Skip to main content

Full text of "Le pourtraict de la santé"

See other formats


:m7!f 



POVRTRAICT 

DE LA SANTE'. 


OÙ ejlau ‘vif refrejentée lal{eigle •vniuerfellc 
^fanicHlim^de bien fainemeni: 

Cîr longuement ‘vïure. 

Enrichy de plufieurs preeeptes , raifons , & beaux 
exemples, tirez des Médecins, Philofophes 
& Hiftoriens,tant Grecs que Latins, 
les plus célébrés. 

VâtlOS. Dr c H ES N E, ÇiewdeUV'tQlettel 
ConfetUer^ Médecin ordirmire du Èojy^ 


A PARIS, 

Chez C L AV D E Morel, ruelamâ 

lacqueSj à la Fontainé, 

• îü. ©iC X5STO 

uéuec Pmilege de fa Malefîe, 


/•«j-x 


P- 











A mf-haut,tref-fuijfant,&tref- 
magnanime 

HENRY DE BOVRBON. 

PRINCE DE eONDE: 
premier Prince du fang, & premier 
Pair de France ; Gouuerneur & Lieu¬ 
tenant general pour le Roy, en fon 
pais de Guyenne, &c. 

■ ONSEIGNMR. 

(^e nefi fas pins mi fonj 
que U plujj>art des an-- 
ciens P-hiloJophes ^ com^ 
me Xénon , ^jtha- 

gore^PUtonl ^ Galien mejmé y om tel¬ 
lement admire la nature humaine , qùiU 
■tont qualifiée des plus beaux tiltres 
. Monneur^ quils ont peu s’imaginer. 

Les njns la difant efire la rojne des 


chofes infirieures , O* merueiüe dpè 
fheatre mondain : les autres la conion- 
Ûion des chofes humaines auec lesdiui- 
nés : aucuns four comprendre en feu de 
paroles beaucoup, l'ont appeÜee le petit 
monde : contenant en foj , comme dans 
/vn abrégé J tant 0* tant de mèruèilles, 
quon voit en tout le grand vniuers. 

Entre tel nombre de belles qualité'^ 
'0^ opinions ^ il mefemble que celle qui 
luy conuiènt le mieux ^ 0 qui approche 
le plus de la vérité ^ c'efl quand on'luy 
attribue le nom d'harmonie, d'accord^ ër 
Jé pr^ortion : nom^, dont l'ont baptifee la 
plufpart d'eux fort a propos. 

Car par la , c efl faire apparoir en 
l'homme, non la feule harmonie des deux 
en fesmouuemens f regle"^, exaële- 
ment mefure^^, félon le dire des Pytha¬ 
goriciens: non le grand rapport 0jym-* 
bole feulement, des chofes fuperieures, 
auec les inferieures : du ciel auec la terre : 



dfi mondç. ceUfle ttuec U monde elemen^ 
taire: ^ celle de ces deux mondes ^auec 
t homme le petit monde y pion les ‘Tlato- 
niciens : ains cefi recognoifire particu-^ 
lierement encore enl%ommey^ne admi¬ 
rable liaipon , trep-eflroitte conionêliony 

harmonie en toutes ps parties : non 
pulement pour le regard de tameymais 
aupi du corps y qui ne. pourrait aucune¬ 
ment fuhpper y fans çepe belle harmonie y 
fymmetrie proportion naturelle y qui 
repde aux humeurs élémentaires y dont il 
epeompofê. 

Or tout ainpquiljadelapeincy 
de la dijpcultè y dlentretenir toupours en 
mefme poinél y ^ bon accord, y quelque 
luth ou autre inprument demupque yp- 
Ion les tons ^ proportions qui leur font 
conuenables : leurs cordes y ores fe remol- 
lijfant ^ relafchant par trop dhumi¬ 
dité: ores fe dejfeichant mirant pav. 
trop de chaleur éT picherejp ce qui 
d iij 


leurofie^ ^ mi les friue de toute home 
harmonie : tellement qtüls ont Ainp he- 
foin toujiours de la maïn deiqùelque bon 
maifire, pour efire accorde:^ de Ttouueau: 
Jl nj dpasau^i moins de peine ^trauaii 
^ àiffcultè/de maintenir en fin entier^ 
la Jante de noflre corps : la conjeruation 
dé laquelle dépend d'vne bonne harmo-- 
nie /r proportion J d'vn bon accord 0* 
Jymbole ^ qui doit efire entre les parties 
e^le tout: entre toutes les jkculte'j^y 
finElions ^operations qui en depen^ 
dent. 

Ce qu ayant confiderL' ^ itigé^ que 
ce qui pouuoit entretenir^ le plus en fin 
entier cet accord harmonie fi necefi 
Jaire pour la Jante, conjeruation &pro~ 
longation de la 'vie humaine ; c ejloit la 
Diatetique , comme la plus ancienne, 
'Utile ^ necejjaire partie de la medecine: 

comme tenant le premier rang ,Jur 
les mis organes ^ infirumens de tout 



tart CHratoi^e: c efifur keüeprincipale^ 
ment que lay prins tout le JujeB de ce 
\ mien petit ouurage : petit d caufe de la 
petitejfe de mon entendement : & qui ne 
pourra par conséquent efire traiÛe ajfe^ 
dignement J félon fa grandeur (y* mérité: 
mais tref-grand J & qui furpajje mefme 
mes forces ^ pour la dignité y 'Vtilité ^ 
preflance du fujeél, 

Sujeél que ïay 'Voulu non feulement 
enrichir embellir de plufieurs préce¬ 
ptes falutaire s : ains deplufeurshifloirès 
^ exemples , pour ioindre leplaifir à tv- 
tilité. Efiimant que les Leéîeurs débon¬ 
naires 3 & non pafionne:(^ 3 rrîen fçau- 
ront quelque gré : & ne me priueront 
du lojer deu d tries labeurs j & a mes 
'veilles 3 trauaillant pour le public y comme 
iefaj. 

Tout ce que ïay donc d craindre 3 
M'onfeigneur3.C ef le feul choix queïofe 
faire de 'pojlre perfonne : en luy offrant 
d iiij 



^ conjacrdnt chofe fi aliénée de fia qua¬ 
lité ciT* grandeur ^ comme quelque cen- 
fieur me le pourra reprocher, fiar ce fie¬ 
rait plus a propos j & plus digne de vo- 
fire mérité^que ie 'vous reprefientajfiefiur 
quelque grand tableau ^ les grands ^ 
hautsfiaits d’armes^ la magnanimité de 
coUrage ^ gefies héroïques j des Roy s 
^ Princes i 'vos ancefires : Ou quelque 
beau miroir ^ pour njousjfaire 'veoirles 
'vertus ^ generofite:^ requifie 's en 'vn 
Prince : plufiofi qu'vn PourtraiB de la 
Santé. 

Apres auoir néanmoins confideré ^ 
pefié de bien prés toutes ces chofis s ie me 
fuis refiolu en fin de'vous loffrir : appujé 
Jur 'voflre feule bonté ^ douceuraccou- 
fiumée: qui idaure’X^ e^ard a lapetiteffie 
de b offrande 3 ains a Ladeuotion^ ^ au 
ï^le du fidele fieruiteur, qui 'vous b offre: 
loinB que îefiime 'vous offrir chofe ^ la 
plus rare du monde: ^ dont toutes per- 



formes ^ les Roy s ^ les grands Primes 
mefmement^om le plus de befoin. 

Car 'VOUS efies^ Monfeigneur ,'vous 
mefrne vngrand ^ rare tableau de toute 
proüejje (y* magnanimité de courage: 
'VOUS efies vn beau miroir de toute 'vertu: 
cpuand ie 'vous ojfrirois doncques ce que 
'VOUS pojfede':^ fi a plain^ ne ferait ce pas 
çhofe vaine f ^ comme vouloir entre¬ 
prendre d'accroifire vne grand mer auec 
vne feule goutte d'eau : & vn grandfeUy 
en J apportant vne petite eflinceüef 

Mais la fieure quarte ^ dont vous efies 
maintenant affligé : vous fait Je m'affeu- 
re J cognoifire comme il nj a chofe quifioit 
plus defirahle y necejfaire & precieufe^ 
que la famé: fans laquelle la vertu plus 
fieurijfante j efi commejleflrie : ^ le plus 
magnanime courage afjoihly yterrajjé gy* 
abbatu. 

C'efi donc ce Pourtrdiéî de la Santé: 
ce threfor fi grand précieux , que 
a V 



tap^ens deuant lautel de'vojlregrandeur. 
C'e[l thumhle'vœu cjue ienjous confacrcy 
en tefmoignage de ma trej-humhle ^ 
tref-fidele oheiffance ^ feruitude, 
s^il 'VOUS plaifl feulement te daigner 'voir 
d*'vn œiljkuorahle :Je 'voj tous mes hay- 
neux & enuieux ia comme ej^erdus^ mar¬ 
cher la tefie haijfée : ^ auoïr les yeux ' 
tous ejhlouys ^pour ne pouuoir fupporter 
la 'viue ^ grande Jplendeur de 'uofhre 
lumière. 

Je fupplie le Tout-puijfant^ lefeul & 
grand médecin j cpi il luy plaije ^ 'vous re¬ 
mettre au plujtofi , en pleine ^ entière 
famé: 'VOUS combler de plus en plus defes 
fainfle s grâces ^ benediélions j auec au¬ 
tant de profperité, d'heur ^ de grandeur, 
que 'VOUS defire^ 

M ONSEIGNEVR, 

Voftre tref>humble, tref-’obeilTanc 
&r,tref-fidele feruiteur, 
los. DT Chèsne. 



L’AVTHEVR 

^r LECTEVR VEBONN^IiE. 

MY Ledcur, i’cftimpis 
te donner ce mien Pôur- 
traid de la Santé , en 
François & en Latin,en' 
vn mefnîe temps ; Mais 
l’Imprimeur qui n’a peu 
fournir que d’vne prcffc, ayant d’autres 
ceuures à imprimer , n’cn a eu le tempr 
&leloifir. Ce qui me le faifoit dë'firer, 
c’eftoit pour me parer des coups que 
quelques enuicux pourront ietter con¬ 
tre moy, d’eftre trop long &:d’aduencu- 
re trop ennuyeux,en recitant tropd’hi- 
ftoires, & mettant en auant trop grand 
nombre d’exemples fur vn mefmefujet: 
principalement dans la fedion première, 
cru ie traidc des Perturbations de refprir. 
le confefle librement, qu d y a de l’excez 
en cela : mais ie l’ay fait à deffein, pour 
m’accpmoder à pluficurs perfonnes qui 




ne font lettrées, &: qui ne font verfécs en 
l’hiftoire dont les ay voulu rendreparti- 
cipans, pour leur donner mcfine par ce 
moyen plus de plaifir. En mon traité 
Latin, que ie nomme Diætcticum Poly- 
hiftor.icum, tu m’y verras abréger les hi- 
ftoircs, & en^ctranchcr plufieurs, aufli 
bien quedes^xemples: & d’cftre par con¬ 
séquent auflî bref & fuccinaenlafuittc 
de mes paroles Latines, que tu me vois 
prolixe en François. Dont iê c’ay voulu 
aduertir : & d’excufer de mefme, quel¬ 
ques fentenccs defedueufes en certains 
lieux: quelques mots perucrtis, & quel¬ 
ques autres fautes glilTécs cnl’imprelfion 
queitu y pourras trouuer : n’ayant peu 
vacquer à la corredion. A Dieu. 



TABLE DES 

CHAPITRES GONTÉ- 
nus en la première Sedtiori du 
Pourtraiddelà Santé, duiScur 
de la Violette, , . ' 

D e. s ùemrhationsde hêrit, wapîtrei* 

Vcl^dmbmo^^ chdp.ii, / 0/.24 

JDd'duarice, chap.in, , 

Del’‘emie,chdp.ilii, . “ 

DeCamourheluptueux iChdp.y, 

Ifeldchoiere^ chap.vi, - 
Veldtoyâf chdp.vii. fol .26 

,J)eIdcrainte ^ châp.vill» : ' 

Deldtrijiejjey chdp.ix. . JoLioz 

Table dés Chapitres de la 
fécondé Sedion. 

Q V E L eji l'office de tout; "yrdy médecin, 
chàp.i, . foLi/[r/ 

L>e l’dtr, chap.il. . foLijf 




Veslents, chdpAll, foliC^ 

I)tt mander (<r du boire, chdp.im, /• 183 

Des diuerjés fortes de pains ^ hreuuages, 
quels font les meilleurs pour U nourriture de 
thomme, chap.V, /•^05 

D» ■>1» ^ autres hreuuages ou boijjons neceffat- 
res, tant pour nojirc ordinaire nourriture , 
conferuation de U l/ie , que pour la cure de 
diuersmaux, chap.vi. 

De l’eau, chap.Vn. /• 2<34 

DeseffeBsdiuersde la fohrieté ^ gourmandife 
enuers l*hemme, chap.VIii. f. 14 j 

DeUyeiüe^dufommeil, chap.ix. /.ly^ 
Dufommeil, chap.x. 

Deùxercice ^durtfos, chap.xi. fi 9 o 

Du repos, chap.xii, 

De la repletion inanition, chap. xi 11, 

De l'inamtton, chap.xiin. /■350 


Table des Chapitres contenus ch la 
troilîefmc & dernière Sedion. 





Des herbages , ^deleurs dépendances , chap.îi, 
fol. ^69 

Vesfrutôfs en general, chap.in. /• 3^3 

Des chairs, chap.ini. /• 4 lo 

Des oyfeaux les plus communs dont on fe fertpour 
hiande, chap.y. /. 412. 

Des parties des animaux, des chofes qm en 
font produises , propres d lal>ie, nourriture 
enfante des hommes, chap,wu /• 43^ 

Despoiffons, chap.vii. ' '/• 445 > 

Des chofes qui feruent a l’apprejlkge , faulces c^f 
affaifpnnement des Ifiandes , cbap, 'viîi, 
fol. 479. 

Du manger , tant alimenteux que medicamen^ 
teux , propre a tous malades , dffaillu de quel¬ 
que maladie que ce Jhit,chap.ïx. /• 4i?5 

De diuers breuuages -alimenteux y propres ^ 
!>files A toutes fortes de maladieschap.x, 
fol.^io* . ^ 

Des l/ins , eaux ^ hydromels médicamenteux, 
chapitre dernier. 

^ I N. 



^ngmio (LtnzlkiSpn^vtur t 
Tuwca,nimdpi minlm^^uÆloà 
: %cnftmu,€ttotui tuM 


imrmr 

fù> ^ 

môrtt. 








SECTION PREMIERE 

DV povtraigt 

^ D E L A SANTE'. 


JO S. DK 

SinrR DE LA VIOLETTE^ 
Confeiller ■& Médecin 
• ■ ordinaire du Rfij. 

PROEME. 

’E S T vne chofe bien no- 
toire , rccognuë & auoüee 
d’vu chacun , que les exem- 
pies tirez des bonnes hiftoi- 
res, feruent de beaucoup, non 
lèuleœent à bien regler & 
reformer la vie en bonnes 
mœurs: ainsauffi pour entretenir la peiTopne en 
bonne fanté, ôc difpofition de bien & longue¬ 
ment viure : à quoy doit principalement butter 
tout vray médecin. 


A 


i SeCT. I. DV rCYRTRAlT 

Ceft ee qui m’a pouffe à entreprendre cec 
ouurage, comme chofe conuenablc à mon eftat 
& deuoir^ & de le faire mefrae en François, en 
faucurde la France ma patrie; afin qu’on l’en¬ 
tende,& que iufques aux moindres on s’en puiffe 
fcruir: ouurage que nous auons enrichy & dé¬ 
coré de beaucoup de belles hiftoircs & beaux 
exemples, pour ioindre l’ytilité aucc ce quieft 
piaffant & agréable. Car comme vnc ieuneffe 
dcsbauchec , & qui indiferettement fe licencie 
à faire chofes peu conucnables à fon deuoir, 
bien fouuent fe change par les exemples qu’elle 
voit reluire en d’autres plus fages qu’elle , & 
tire de là profit pour fe redrefler & reformer : 
fcmblableracnt les malades comme cfgarez de 
leur bonne difpofition & fanté, laquelle ils 
auroient perdue, comme dcsbauchcz d’vn bon 
reglement & forme de viure, voyant les autres 
pius fains& mieux difpofez pour fe mieux gou- 
uerner ^ conduire en leur viure , félon l’aduis 
des fages médecins : à leur exemple fe redref- 
fént & difpofcnt à fuiure pour fe mieux por¬ 
ter , les enfeignemens de bien viure,'qui leur 
font donnez par-gens entendus & ordonnez de 
Dieu pour ce faire. Ce que nous ne voyons pas 
. feulement par vne expérience ordinaire , mais 
dequoy nous font foy vne infinité d’aurhoricez 
ôc tefraoignages tant des anciens, que dés mo¬ 
dernes efcriuains. 

. C’eft pourquoy nous auons prins occafion 
d’apporter & chlacçr dans noftre prefent traitté. 


IDE lÀ SAi^TE^ i 

iûUtte les préceptes de la médecine , & taifons 
philofophiqucs, plufieurs fortes d’exemples, que 
nous auons tiré de ça & de là des meilleures 
hiftoires : defquels non feulement les malades 
peuuent receuoir beaucoup de bien pour lare- 
ftitution de leur fanté, mais les fains aufli y pren¬ 
dront vn fingulier gouft,plaifîr & contentement: 
efperant pour ce regard que toutes perfonnes 
xnodeftes auront occafion de felouer &dcmoy 
&demonouurage. 

Lequel nous diuifons pour plus grande & 
facile intelligence en trois fedioris : defquel- 
les les deux premières font gçneraies , & la 
troifîefme eft particulière. Et bhaque fedion 
cft diuifee en chapitres j afin que non feulement 
les ieunes médecins , ains qu’yn chacun en 
puifie tant mieux rapporter quelque Fruid ôc 
vtilité. 

Oeuure que nous auons voulu faire deraef- 
me en Latin fouz le nom dé Diæteticon 
i>OLyHiSToRiçoN, pout Ics iiations eftran- 
geres : & qu’auons mefme cnrichy des plus bel¬ 
les fleurs > qu’on trcuue dans les iardins & des 
Dogmatiques,&des Hermétiques. • 

Or celle partie de medecine que nous y trai¬ 
tions , s’appelloit anciennement Diætetique, 

, qui en retient eneores le nom : laquelle a efti 
en vogue des premières, & pradiquée dés plus 
anciens médecins : & qui s’açompiit par vn d’ancùti. 
régime ou bonne façon de viuré que doiuenc »««• 
tenir tant"les fains que les malades , pour 
A ij ' 


'4 SECT. I. DV POVRTRAICT 
la Gonferuation de leur fanté , prolongement 
de leur vie , & guerifon de diuers & grands 
maux dont tous hommes font ordinairement 
alTaillis. 

Celle diaetetique pour tous remcdes fe fert de 
la deuc adminiftration des fix chofes particuliè¬ 
res , que les médecins appellent non naturel¬ 
les: qui font l’air, le manger & le boire,l’ina¬ 
nition & repletion , le fommeil & la veille, le 
tra^ail & le repos , les perturbations de l’ame 
'&:'de l’cfprit; comme font l’ire ou le couroux, 
la triftelTe, la trop grande ioye , la crainte , & 
autres femblables perturbations , defquelles 
ainfi que de vents & flots impétueux la nef 
humaine fe void agitée , pendant qu’elle flotte 
parrny les gouffres de celle vie: & ce en tant de 
{brtcs que ne pouuant ellre guidée [à caufe de 
leur trop grande tempefte & impctuofîté] par 
îé timon de la raifon, elle fe pert s’auoifinantdu 
port, & y fait en fin le plus fouuent vn piteux 
naufrage. 

Nous parlerons doneques en ce lieu de ces 
iix choies non naturelles en ^general, &' puis 
«aidant d’icelles parneulierefiient , nous fe- 
rons veoir leurs grands effeds ; tant fur l’efprit 
que fur les corpsdeshommes: qu’elles altèrent 
bien fouuent eq tant de fortes, que leur fanté, 
habitude, difpofition & autres bonnes fon¬ 
dions en font totalement amoindries , depra- 
uees , voire fouuent abolies , quand elles font 
vfurpees auec intemperànce , & aùec autre or- 


DE LA santé'. $ 

dre qu’il ne faut : comme au contraire ce font 
autant de caufes falubrcs & ncceffàircs pour la 
conferuation &foufticn de noftrc vie, tant pour 
nous entretenir fains , que pour nous guérir 
cftans malades, quand nous en vfonsauec réglé, 
mefure,fobrieté,& tempérance requife. 

Car e’eft chofe certaine que Dieu qui eft la Toufes 
mefme bonté & perfeftion , créa dés le com- thofeuretet 
raencement toutes chofes bonnes & en leurs 
efpeces parfaides pour l’vfage & bénéfice de^**^*^— 
l’homme : auquel il voulut donner la fuperin- * 
tendence & pree minen ce fur toutes ces chofes 
la, pour l’auoir créé à fa femblance,, & doüé d’in- 
fîniès , admirables & fingulieres grâces tant de 
i’efpric que du corps , iufques à luy permettre 
de manger du fruid de vie : afin de luy feruir 
comme d’vn facrement & certaine affeurancc 
que tant qu’il perfeuereroit à luy obeyr & com¬ 
plaire, fà vie feroit immortelle. Mais depuis,fa L’homme 
reuolte eftant interuenuë, il s’efttrouuédecheu a 
auec toute fa poïlerité de celle grâce & félicité, ***** 
ôc tombé en fi grands malheurs , qu’il a elle com- ces 
me degradé-.& defpoüillé de tous les dons excel- uoit receuës 
lens &dehefprit &du corps dont auparauant il 
auoit.eftéreueftu. 

Car le beau rayon de fon intelligence, par le¬ 
quel foii efprit cftoit cfclarcy, a efté depuis om- - 
bragé & obfcurcy de tant d’efpais btouillars Ôc 
nuages , qu’il eft maintenant tout plein ' de te- 
nebres : fa belle cognoillance a efté couuerte 
des voiles d’ignorance; fa raifon s’efthebetéet 
A il] 


^ SECT. I. DV POVRTRAïCT 
fa mémoire prefqué euanoüyc ; Bref toits fes 
beaux feus ont efte tellement deprauez , qu’au 
lieu qu’ils l’efleuoicnt auparauant par deffus 
tous les cieux , ils fabbaifTcnt maintenant iuC-^ 
ques aux plus profondes abyfmes delaterre: & 
au lieu qu’il portoit auparauant fur le front les 
viues marques & les trai(îl:s plus naïfs de ladiui- 
îiité, & qu’il iouylToit d’vn fouucrain bien & 
aflèuré repos , il faut qu’il fe reeognoiiTe main- 
” tenant homme, voire vne créature mortelle des 
plus miferables. 

Si l’efprit a perdu par cefte defobeylTance 
beaucoup de fon excellence, le corps de Ton co¬ 
llé en a perdu encores d’auantage. Ses aureilles 
auparauant ouuertes ôc fort entendues à la dou-* 
CS harmonie refultant des belles parties de cet 
To«j ^£5maintenant fourdes &eftouppces, 
/eiif ^ rnefmes àoüyf refoliner la louange & gloire de 
Vhmme pieu : fes yeux clair-voÿâns font maintenant 
Jefra^ pleins de fuffufions, mailles & cararaéles, qui le 
rendent aueugle: fon nez doux-fleorant eft main- 
^ tenant vnefentine de puanteur & corruption : la 
douceur de fon gouft efl conuertie en fiel & gran-- 
de amertume : & au lieu que fes mains eftoienc 
deftinees à prendre le fruiét de vie pour s’en re- 
paiftre éternellement aqec delices, il faut qu’elles 
îuy feruent maintenant à foiiyr la terre auec 
grande peine Ôc trauail: voire comme il eft dit 
auec la fucur de fon corps pour gagner fa pauure 
^ mifetable vie. 

Q^oy ^us î la fleur de fon printemps aupat'. 


DI L A s A N T e'. 7 

auânt verdoyante , ôc toufiours florifTante ,. fe 
voit en fin fanée par les afpres aflfauxde l'hyüer 
d'vnc prompte vieilleflè : 4 belle beauté reçoit 
vn mafque tout diforme & plein de rides : fa viue 
chaleur fe conuertit en glace : fa naïfue couleur 
fe bazane & ternit, & fa vigueur & fa force s’af- 
foibliflcnt. En fomme cefte ioyc & grand con¬ 
tentement dont il eftoit doiié, & ioüyflbit en 
Teftat de fon intégrité, le tout eft changé en cha* 
grin, en mefeontentement & extreme detreflè, 
eftant afiailly du chaud, du froid, de la foif, de 
la faim, êc fubied àvn nombre infiny d’autres 
telles miferes. 

Ce n’eft pas tout : fon corps qui auparauant 
iouyllbit d’vnc fi bonne fymmetric 6c tempe- 
rature , eft maintenant tant & tant intemperé 
que l’homme fe peut dire le plus miferablc 
d’entre tous les animaux : d’autant qu’il eft 
afflige luy feul de plus de diuerfes & grandes 
maladies , que tous les autres ne peuuenteftreî 
eftant ordinairement comme vn vray eigouft 
de tous maux: maux qui le tourmentent, qui 
le gehennent & affligent en mille fortes dés 
fon berceau iufques au cercueil, & qui pour 
cftre les fruiéts de fon premier péché, abrè¬ 
gent fes jours, & le précipitent à la mort auant 
le terme. 

Aufîî certes par cefte defobeiffànce , & la 
terre en a efté maudite, & maudits de raefnie par 
confequent les autres elemens : fi bien qu’en tie 
lieu d’entretenir la viede l’homme incorrupti- l’hemme, 
A iiij 


8 SSCT. î. DV POVRTRAICT 
ble, ilsonc participé eux-mefmes cl’vne eftrangc 
alteration & corruption, de laquelle il faut vn 
iour qu’ils foient reftaurez. 

L’air auparaiiant toufiours ferain , & qui 
cftoit comme lamermc pureté pour purifier les 
efprits de l’homme , dcfquels il eftoit le fou- 
llien , l’entretien & la principale nourriture, 
eft au, contraire depuis deuenu trouble, nébu¬ 
leux & le plus fouuent infeû & |)eftilcnt : de 
forte qu’il nous caufe vne infinité de maladies 
epidimiques & antres grands & diuers fympto- 
jnes r 

La terre auparauant benifte , & en toutes 
fortes plantuteufc , fut maudite & rendue fte- 
ïile ; & au.lieu que tous les fruiéts créez pour 
l’yfage de l’homme eftoient fruiéts délicieux, 
& vtiles , & autant de fecrettes teindurcs & 
quintes edènees balfamiques, qui Icprefcruoient 
de toute corruption : ce font maintenant au 
contraire fruids pernicieux , fruids grofîîers, 
fruids terreftres, pleins de tartre, d’ordure, de 
lies, &de tant d’impuretez& corruptions, que 
lious pouuons dire auioürd’huy que noftre man¬ 
ger &c que noftre boire, lors mermes que nous 
les auons en plus grande abondance, font caufe 
tant des gloutonnies, yurongneries & d’autres 
femblables excez , que des diuerfes maladies & 
fymptomes par confequent aufquels l’homm^ 

OiKe ne font feulement ces perturbations & 
^ffedionsde rcfprit, ce n’eftaufiilefeüiair,ny 


delasante'. P 

le fciil manger & boire dont nous auons cy dé¬ 
liant parlé , quicaufent tant de troubles & fedi- 
tions en nous : mais auflî vnc trop grande inani¬ 
tion & repletion : le forameil & la veille, le mou- 
ucment & le repos, excefîifs ou defeétueiix : qui 
peuuent tellement altérer nos corps , que le 
plus fouuent la famé en eftdu tout pctuertie & 

deftruiéte. _ 

C’eft auflî vne des raifons pourquoy telles clio- 
fes font diètes par les médecins non naturelles, „amtlleT 
d'autant qu’elles ne font point en nous de naturcj font di£iej 
ains furuiebnent du dehors Sc de l’exterieur. - 
Ce font donc ces fîx organes & initruniens 
dont fe fert la Diærctique qu’il nous faut de rang 
& au long efplücher ; veü qu’ils font fl neceflài- 
res pour la conferuationde noftrevie, & mcC. 
mes pour dcliufer toutes perfonnes & grandes 
ôc petites, de toutes maladies indifpofitions & 
infirmitez. 

Orveuque le fruièten peuteftre fi grand, il 
ne fe faudra eltonner fi nous nous cftendons fur 
ce fubieèt vn peu amplement, & plus au long 
d’auanture que ne requeroit l’abregé de ce pre- 
fent traiclé. 

Car nous n’entendons pas que aucuns s’en fer- 
uent feulement, & particulièrement: ains ce fera v'me,fer- 
vn régime de viure, general, qui pourra s’adapter uantàtau. 
& approprier à toutes maladies & grandes & perfon- 
petites, feruant à tous fexes, à tous aages & à tou- 
tes perfonnes,aux petits auflî bien qu’aux grands, 

& aux riches auflî bien qu’aux pauures : &donc 
Av 


10 SECt. I. »V POVRT.RAïCT 
raefrac tous vrays Afclcpiades médecins, ama» 
teurs de la famé des hommes, qui font charita¬ 
bles , & plus curieux du bien de leur prochain ôc 
de leur honneur que de leur profit particulier en 
pourront tirer quelque vtilité. BannilTant autant 
que ie puis de la ledure & communication de 
monliure, tous mercenaires, tous præftigiatcurs, 
charlatans, vendeurs de triades, empiriques, & 
toute telle forte de gens ineptes qui s’ofeht méf¬ 
ier de la médecine fans légitimé vocation, auC^ 
quels j’adrdfece quadrainZ 

Ghiii^Utansqui ne fçaunezviure , 
Sanstromjuy&ch4rlataner: 

Ne iettez. l’œil dedans mon liure 
Qm four vous y ^oir condamner^ 


DES PERTVRBATIONS 

©E l’esprit. 

G hA-P. D . .. - ' 

I L femble de premier abord que les Philofo^ 
phes Payens, comme Platon, Ariftote, Xeno- 
phon, Plutarque , Seneque & tels autres, ont 
traidé dodement & fulEfammcnt du troublo 
& du repos de l’efprit : mais tous hommes Chre- 
ftiens & qui ont la cognoilfance du vray Dieu, 
defcouuriront du premier coup la faulfe mon-, 
noyé de leurs enfeignemens, parlavraye pierre 
de touche des efc.titures fainde? , cognoU 


DE LA santé'. Il 

ftl'ont combien ils ont efté lourdement trom- Les^tUfo- 
pez, tant en la cognoiffànce de la nature & ef- troftie^ 
fence de fes maladies, qu’en la recherche de leurs 
caufes & moyens de leur gucrifon: leurs difeours ^7»4t»re 
pourtant en font hauts & tres-beaux, & paroift ç| def 
en iceux quelque eftincelle de vérité, mais qui ne ladies^ 
nous peut pourtant conduire au vray chemin - 
fans eftre accompagnez de la vraye lumière. 

Entre tous ceux-là, Platon en a parlé plus clai-. nimfionde 
remet, qui en recherchant la fource de tels maux, 
diuife noftre ame en deux parties : l’vne qui corn' 
me participante de laraifon eft;tranquille,paiïi- 
ble & maiftrelTe des cupiditez : l’autre quieft bru¬ 
tale & farouche addonnee & afTuiettie à toutes ^ 
voluprez & à les cpnuoitifes. 

Dans la première il a voulu qu’il n’y euft rien 
de fafchcHx nyde trouble ; mais que tout y fuft 
paifîble & tranquille, y ayant pour cet efFed logé ^ 

cefte conftancc que nous appelions la tranquilHté 
d’efprit. 

L’autre, comme celle qui eft fubiefte à tou¬ 
tes cupiditez, voire qui alléchée , ores par le 
plailîr des vôluptez,ores par l’opinion du maL 
ne celTe dé flotter d’yn cofté & d’autre ainfl ‘ 
qu’vn nauire poufle en pleine mer par des vents 
contraires, fans pouuoir eftre arrefté ny affermi 
auec l’ancre de la raifon ; dans cefte autre dif-ic 
il a aflis tous ces raouuemens turbulens del’ef- Zefiegein 
^ prit ; à fçauoir la cupidité, l’cnuie , l’ire, la fu- capidh^ 
reur, la crainte, la triftefle, & telles femblablcs 
furies, . - 


tz SECT. I. DV POVRTRAICT 

Le mefme Platon en fon Phçdre , compare 
cefte mefme partie de l’ame fubiede à telles 
Partie ie perturbations par vne belle allégorie à vn ché- 
frfwr foj»-ual farouche indompté & de forte bouche: 
parée à ^tout ainfi quc l’autre àvnboncheual tout dref- 
refîch/'*' ^ ^ conduire au plai- 

fîr de la raifon qui efl: comme fon maiftre & 
fon efcuyer : à laquelle elle obeyt & s’alTuiettic 
en tout & par tout : & pour ce mcfprifc & s’op- 
pofe conftamment à toutes les aduerfitez quife 
peuuent prefenter, ne s’efioüylTant pour la frui- 
tion de quelque bien, foit en attente, non plus 
qu’elle fe conttifte par le mal défia prefent ou à 
- venir. 

De l’eau d’vne fi belle fource & permanente 
fontaine, ont efté abbreuuez plufieurs pauures 
Ethniques Philofophes, & autres célébrés per- 
fonnes ; qui par celle leur prefuppofee confian¬ 
ce, par les mefpris des voluptez & zele qu’ils 
auoient en l’amour de ie ne fçay quelle vertu, fe 
font acquis vn renom comme immortel à toute 
iapofteriré. 

Mais ceux quife foucient plus du ciel que de 
îâ terre, & qui portent plus de croyance & de 
refpeâ: à la pure fimplicîté de la parole de Dieu 
, qu’au retentilTement 6c grâue langage des phi- 
Enqmy'U lofophes , recognoiftroiit que toute leur con- 
témérité, & leur fagelTc que pu- 
te folie, en ce qu’ils s’arreftent par trop à eux- 
raefmes,& qu’ils cherchent dans eux- mefmes en 
ce monde & en cefte vie ce qu’ils n’y fçaurdient 
trouuer. 


DE LA santé'. 15 

Car c’eft au ciel & au Royaume de Dieu, que o» ejl U 
lefus-Chrifl; fou fils nous a acquis parfonfang, 
où gift noftre feulvray contentement,à(çauoir 
la béatitude éternelle, qu’il garde à tous feen- * 
fans qui l’auront icy cfperé & attendu, iufqucs 
au temps qu’appatoififant au dernier iour en fa 
gloire, il luy plaira les en rendre plainement 
iouylTans. ]Mon que les enfans de Dieu, ce pen-* 
dant en ce mondé mefme, n’en relTentent quel¬ 
ques coramencemens , & qu’en recognoilTant 
des qu’ils font regeneî ez .la grande vanité de ce 
mondéjils ne s’eftudient d’en arracher leur cœur, 
pour l’efleuer en haut à Dieu , vers lequel ils 
iont pouffez par les aifles delà Foy, & auquel 
leul comme en ,vn port tres-alîêuré ils iettenc - 
l’ancre de leur falut, repos, & de leur feule & 
vraye félicité. le né veux pourtant, en tout & 
par , tout condamner , ce que ces Phiiofophes 
Ethniques ont eferit de ces perturbations d’ef- 
prit, & des remedes qu’ils y ont apportez pour 
les guérir ; approuuant , voire admirant leurs 
preignantes paroles & exceilens'difcours qu’ils - 
ont faid fur ce fujed, en nous defpeignant le 
vice & la vertu: ,1a vertu toute bonne,douce, ■ 
aggreable , & douée d’vne excellente beauté 
pour nous allécher & attirer à fon amour: Et le 
vice au contraire laid , faie, vilain, raauuais ÔC 
difforme pour nous le rendre, odieux , mon- 
ftrueux, deceftable, voire pour nous le faire auoic 
en telle horreur que le plus horrible monftredu 
monde. 


Î4 SÈCT. t DV POVRTRAICÏ 
l’ay peur que les Ccnfeiirs de ce mien difeours^ 
n’y trouucnt àredire, en ce que ic pafle les bor¬ 
nes de la médecine i empruntant de la théologie 
les vrays remedes du trouble de l’cfprit qui s’ef- 
coulent de la vraye félicité & béatitude que le 
Ciel nous referue. 

Mais ce n’eft qu’vn mot que i’enay voulu di¬ 
re & toucher en palTant, croyant qu’il n’y a Chre- 
ftien qui puilTe trouuer mauuais, que ie préféré 
}a fainébe Philofophie à la profane , la vérité à 
l’erreur , & la dodrine Euangelique à celle de 
l’Academie Peripathetique. Mais ic m’en vay. 
pourfuiurc en médecin celle matière ; confidc' 
ration certes très-excellente,profitable & plai- 
^ fante , qui mérité d^ellre non moins exade- 
ment recherchée que coraprife bien attentiuc- 
meuf. 

Ces troubles doneques ou cfmotions^, qu’on 
nomme communément accidens de l’efprit, font 
appeliez des Grecs Ws», des Latins & de nous, 
perturbations ou pallions de l’ame , qui ne font 
V ^utre chofe qu’vn eftrange &fubic raouuemenc 
Dtfinhk» d’vU efpritboiiillant, turbulent &efgaré, qui fe 
détraque desvoyes &iimites de la raifon, com- 
de l’opinion de la plufparc des Philofophes 

- ,£n (poy Or tout ainfî que la guerifon des maladies 
tènfiftela çorporelles confifte principalement en la co- 
guenfindts guoiflance des caufes qui les engendrent : de 
niAlaieh jjjefi-ne pour remédier aux maladies de refprit, 
il nous faut cognoiftre principalement les eau- 


15 


DE tA santé'. 

Tes dont elles procèdent. 

Et comme les caufes des maladies corporelles 
font toulîours , ou le plus fouuent diftinguees caafes Jee 
en deux ; à fçauoir en externes & internes : de maUdieüft 
‘ mefme les caufes des maladies de Tefprit font internes ou 
extérieures & intérieures ; les extérieures font 
l’indigence, la perte d’honneur & des biens, les 
inimitiez, les iniures & opprobres, & autres ac- 
cidens femblables : Elles font dides extérieures, 
d’autant qu’elles naüTent hors de noftrc corps, 
qui peuucnt pourtant exciter en nous beaucoup 
d’ennuis, de fafeheries & troubles en no-ftre 
cfprit, &cftre caufe par ce liaoyendes fufdites 
paflions deramc. 

Les caufes intérieures font de deux fortes : 
les vnes corporelles, qui s’attaquent première- Cmfis m- 
ment au corps , comme font les douleurs, êc mienresde 
mille autres maladies qui trauaillent le corps, & fines* 
qui ne peuuent eftre fans trauailler de mefme, ' 
éc apporter du trouble & de la paflion à refprit , ^ - 
humain. 

Les autres font fpirhucllesqui font îeWrayes _ 
perturbations & troubles qu’on appelle pro-^ 
prement & particulièrement maladies & paf- 
fions d’ofprit : comme eftant celles qui princi¬ 
palement ont plus de pouuoir& de vertu pour 
troubler nos efprks. Car eftans caufes mobiles, 
inftables & legeres-, elles font plus aifees àcÉ 
branler, & apporter du trouble , & vn eftrange 
mouuement en nos entendemens ; tout ainh 
que l’air & l’eau comme corps mobiles , font , 




l5 SECT. I. BV POVRTRAICT 
plus aifez à s’esbranler par rcfraorion des vents, 
^uc les rochers de la mer 6c les montagnes de la 
terre. 

Or tout ainfi que les médecins pour apporter 
vn prompt & bon remede aux maladies du corps, 
doiuent fur toutes chofes aupir la cognoiflance 
de la caufe du mal, laquelle oftec , l’effed, à fça- 
uoir le raal.eft au(ïi toft ofté : tout de mcfme doit- 
>. on reraedier à l’endroit des maladies de l’efprit, 
à fçauoir d’en ofter les caufes. 

Icelles peuuent aufîî bien que les maladies 
corporelles eftre diuifees en primitiues, antcce- 
■Caufis cfes dentes & conioindes. Les primitiuesferappor- 
permba- tent aux externes dont nous auons parlé : caufes 
ttonsàeU- qui font toutcs apparentes,& aufquelles par con- 
on peut ordonner pluftoft.quelque re- 
* mede, qu’aux antécédentes &conioin6tes, qui 
font intérieures, &c les vrayes caufes, & qui ont 
VH grand rapportl’vneaucc l’autre. Les antécé¬ 
dentes, fçauoir eft les douleurs, maladies & hu¬ 
meurs corrompues qui nailfent dans nos corps, 
fomentent & entretiennent les caufes conioin- 
des, qui font le mal mefme, à fçauoir les fufditcs 
perturbations ou paflions del’ame. 

Ainfi beaucoup de fortes de maux , . voire 
de douleurs caufees d’humeurs acres & viru- 
lents, ou d’autre caufe , faifantfolution de con¬ 
tinuité,-quelle qu’elle foit, n’apportent pas feu¬ 
lement vn trifte fentiment à tous corps qu’elles 

affligent: ains troublent de mefine l’efprit, à 

Caufe: defdits diuers humeurs acres & melan- 


DE LA santé'. ty 

choliques, qui par leurs cxhalaifons, fuyes, & 
nuages obfcurs qui s’en efleuent fouuenc aa 
cetueau , obfcurciirenc tcllemenc la lumière de 
noftre entendement,&. deprauent en forte l’ima- 
ginatiue & les autres fundlions de l’ame que 
l'homme en dèuient fouuent percluz de iuge- 
m*ent, fol, ftupide, &: vüide.de toute raifon, ainlî 
que nous le ferons voir tantoft en fon lieu par 
infinis exemples, lors que nous parlerons parci- 
culiereraenDdecefte perturbation d’efprit qu’on, 
nomme triftefle. ^ ' 

Or comme la partie prophylaffcique ou pre--N 
feruatiue de la medecine eft appropriée prin¬ 
cipalement pour l’euacuation, reuulfion & de- 
riuation de la caufe antecedenre des maladies 
corporelles, & que la thérapeutique ou cura- 
toire appartient principalement, àofter la cau¬ 
fe conioinde, qui eft le mal mefrae, ainfî que' , 
nous l’auons def-ja dit : Tout de raefme pour 
bien guérit les maladies fpirituelles & pertur- 
bâtions d’efprit, il nous faut apporter le prin- maladies 
cipâl remede à la caufe conioinde (qui font les ffimueHes^ 
mefmesdides paffions ) dont il nous faut taf- 
cher à deliurer le corps par tous bons & falu- 
tâires remedes , tant internes que locaux ou to¬ 
piques. - 

Or les plus generaux & fpecifiques remedes 
( apres le preVier & principal qu’il nous faut 
chercher en la parole de Dieu : ou les efprits les 
plus affligez treuuent toufîours confolation)ront 
les admonitions, difeours, remonftrances,ar- d^/e/buT 
gumens de exemples : voire les effigies ou pein- 
B 


éa»fe prk 
çipale des 
perturba¬ 
tions gifi, 
. en Ùmagi- 
nation de- 
praueOt 
Hijloite 
mtahle. 


î8 SEC T. X, liv fOVRTRAlCT 
turcs viucs de la vertu & du vice : peintures qu'il 
nous faut rcprcfenter à toute heure deuant nos 
yeux, fuiure & aymcr la beauté de l’vne, fuir Ôc 
hait la laideur de l’autre, comme nous en auons 
îcy deffus parlé : tels remedes font dits generaux 
c^umme médecines vniuerfelles qui fe peuuent 
en general approprier à toutes maladies fpfri- 
tuelles, & à quoy le Théologien qui eft le vray 
médecin de l’efprit eft principalement requis. 

Gomme le médecin des corps peut apporter 
pliifieurs particuliers &diuers remèdes à beau¬ 
coup de diuerfes maladies fpitituelles qui font 
caulees des corporelles : & qui deprauans en 
diuerfes façons les funétions de l’ame, & mef- 
me i’imaginatiue , excitent diuers troubles & 
maux d’eîprit, pour la guerifon defquels eft be- 
foind’vne grande viuacité & induftrie pourin- 
> uenter & appliquer le remede à propos. Car 
bien que la principale caufedù mal gife en Ti- 
maginatiue, 'qui.6ibcotrampue>c’eft à cesde- 
.^prauees eftranges & bijarres imaginations qu’il 
nous faut apporter le-remede. Celuyqui.cui- 
doit auoir vn nez aulG grand & gros qu’vne 
cruche, par la fubtilité du médecin, qui luy diéb 
-qu’il le ralloit coupper, & ayant a'ppreftédeux 
ou trois foyes de bœuf, &vn rafoir pour faire 
rôpcràîipn, auec le dos duquel il touchoit fon 
nez, & en coupoit du taillant de groslopinsdu- 
ditfoye^dont il luyenfanglantoit levi{age,fut 
en fin guery , quand il creut qu’on luy auoit' 
vrayement coupé Ton nez. Nous dirons tantolb 
en fon lieu plufieurs telles maladies auoir efté 



fcl LÀ SANtÉ^. 

gueriès par ces remcdes particuliers’, & ch re¬ 
marquerons pluficurs autres exemples j voire 
incroyables fi des perfonnes encore vidantes 
& qualifiées en toutes fortes n’en pouuoienc 
parler 6c rendre, tefmoignage, mefmes auiout- ' . 
d’huy. 

Par- ce que npus venons deferife i.touchant 
i’eflence dés makdiés fpirituelles de leur câufo • 

6c curation , qui eonfifte en arrachant les raci¬ 
nes , & nous defpoüillant dé telles paSrohs oU 
maux d efpdt : ce n’eft pas pour cohclurre 6c 
vouloir perfuader j comtne font les Stoiques 
que lés hommes puiflène ou doiueht éftre eti 
tout & par tout ftupides &pnue25 de toutes af* 
feêtions î czt c’eft vné chofe auffi rmpoffibii> 
quc' de ppuuoir fe palTer de boire & mângeri , 
Telles affediohs fèruent beaucoup pour la con- 
feiuation de la focieté humainé; & c’èft pour- 
quoy Ariftote en £ës Ethiquès reprend rels phi** 
lofophes Stoiques qui çonftkuoiènt la vertu en ; 
vne priuation de toute affedion : voulant en*, 
feignet ^ar cela qu’elle gifl: en la modération 
des afFeâ:ions : condamnant par ppnfequcnt , 
tout autant ceux qui'njput nul fentimept ( vo¬ 
lontiers fots, greffiers lourdaux j; quelesdif-. 
folus & <ieihauchez ,qui fans diferetion fe laif- : 

fent aller où leur appétit fenfucl les tranfporto, 

C’eft la raifon auffi. pour laquelle Platon enfon 
Philebe appelle telles afeéèions nerfs de l’efprit: 
pour faire entendre pâr cefte fitnilitüde,qu€ corn- 
me les nerfs donpént & departiffient au corps 
huwaiiLle. fentiment j & mouuément ; que teilêS 
- ' ■ B ij ■' V 



Ib SECT. I- DV POVRTRAICT 
paffions aufli ferucnt de nerfs à l’cfpric pour le 
rpouuoir de tous coftez,ores le hauflant &re- 
bailTant & retirant: & qu’outre elles font occa- 
fion du fentimcntA prefque de toute la cognoif. 
fance que l’efptit peut auoir. Efprit qui n’eftant 
pouffé du vent de telles afFeéirions ,feroit autre¬ 
ment immobile & ferablable à vn nauire fur mer, 
qui ne peut pourtant partir nydcmarerd’vn lieu 
alors que le vent luy deffaut ; Vent qui fert de 
principal moteur audit nauire, comme ces af- 
fcélions à noftre efprit : affedions fans lefquellcs 
il n’y auroit homme qui peuft ou vouluftfe re¬ 
muer à chofe quelconque. 

Par là nous pouuons inferer que pour la cure 
de tels maux & affedions de l’ame, il ne fc faut 
pas imaginer d’en pouuoir ny deuoir du tout 
priucr 1 homme : ains en conferuant ce qui eft 
bon, il faut couper & extirper ce qui eft mauuais 
Soûsmede- feulement *^0 eft à dire faire comme les bons me- 
€m ^mis, decins, qui ne purgent que les humeurs nuifî- 
bleS',& retiennent & conferuent les bonnes & 
profitables, & qui mefme tafehent à réduire & 
rerhettre les mauuaifes ^ fans du tout les euacuer 
à quelque bonne crafe & température. 

. Ou imiter le bon iardinier & laboureur ; ce» 
Urdiniers ftuy-là qui fardera & arrachera d’vn iardin rou¬ 
gi»*/*. tes les mauuaifes herbes, &cultiuera & arrofera 
les bonnes pour leur faire produire quelque 
bon fruid. Ceftuy-cy qui arrachera bien les 
fauuageons qui font parmy fes bois, & parmy fes 
xhamps inutiles, oififs,efpineux: mais ce ne fe¬ 
ra pas pour les jettet au feu, ains apres leur auoir 



DE IA santé'. ai 

ofté ce qui cftdefuperflu,pour lestranfplanter 
dans fon verger,les labourer, houcr, & leur faire 
prendre racines dans vn meilleur terroir ; puis 
les enter, & par le moyen d’vnc greffe en ofter 
toute l’aigreur : bref d’inutiles . infertiles, ôc 
, agreftesqu’ilseftoient,les rendre vtiles, fertiles, 
& propres à rendre des fruidts qui ne foiéntpas 
feulement profitables, ains outre cela d’vn goufk 
doux,délicat &fauoureux , & fouuerainemenc 
plaifant&aggreable. 

C’eft'donc ainfi qu’il faut procéder àl’endroit 
des affeâ:ions de l’efprit , fans pfefumer de les 
arracher du fein de la nature indifféremment : car 
au lieu d’auançer ce feroic reculer, Beaulieu de 
cuider gaigher,ce feroit tout perdre. 

Mais tout ainfi que pour bien raedicamenter 
vn corps : il faut toüfiours que les preparatifit 
precedent les purgatifs, pour tant mieux rendre 
aptes les maüuàifes &nuifîbleshumeurs àl’eua- 
cüation : Et qu’il eft befoin du codé du malade 
& du medeciri d’implorer la grâce & benedidion 
de Dieu, afin qu’il luyplaife bénir le rèmede. De 
mefrae pour bienreceuoir lesrecepres pour les 
maladiesfpirituelles. Il faut que laperfonnequi 
en eft attainte, fe préparé & difpofe à bien rece- 
uoir les inftrudions falutaires.raifons & exem¬ 
ples qui feront mifes en auant, pour chafque paf- 
fion. Et qu’il inuoque noftre Dieu pour bien dif- _ 
pofer fon entendement & fon cœur à les pren¬ 
dre, de forte qu’elles puiffent operer en luyauec 
efficace & vertu. 

Tout ce que deffus appartient à la cure gene» 

B iij 



Il SIÇT. î. DV POVRTRÀIÇT 
raie Jes maladies d’cCprit. J’our venir à la par¬ 
ticulière J il nous faut difcéurir en particulier 
des remedes fpecifiques appropriez à chacune ■ 
derdites paffions * apres auoir drt quelque chofe , 
fralf fortes dedeurs nombres '& différences. Outre l’appe- . 
i-app?Ms tit naturel qui'qious eft commun auec toutes 
thqme. les chofes créées^; & le râifbnnablcqui nous ap¬ 
partient particulièrement, toute autre nature 
en eilant priuée , fi ce n’eft fhumaine # nous 
, foj^mes afFortis en outre de l’appetit animal, 
aütrcraént fenfitif duquel auec -nous partici¬ 
pent les autres animaux. De cet appétit lenfitif,^ 
ou pukTance naturelle fenfitiue par laquelle 
pappetlt îi^us venons à pourchaffer le bien, ^ euiterle 
fenfitif mal I fortent deux autres facultez comme deux 
pmrebafe branches d’vne mefme raciné , & deux ruif- 
ieVen, ^ (gaux d’vne mefme fontaine , à fçauoir l’appetit 
' irafcible , êc concupifcible : du domaine deü 
quels nous releuons les diuers mouuemens 
& paffions y dont nous fommes agitez ny plus 
ny moins 'que la mer du foufïlemeni des' 
vents. , • - 

A l’appetit de conupitife fe rapportent fîx 
!?/«<»/« diuerfès efpçces de perturbations ; trois au 
rjfeees refpedt du bien qu’il fe propofe , & les autres 
glTae r/- trois pour le regard du mal Sc dommage qu’il 
petf/de^ tafehedefuir^ les trois premières font l’amour, 
defir , & la ioye^ les autres ^ui leur font 
oppofées font la hain^, la fiiitte, & la tri^ 
ftefie. " * ^ 

L’appetit ^ l’appetit itafcible , qui pour fon obied fe 
iuf ikU, propofe je bien entant qu’il eft malaifé d’acque^ 



DE lA IAKTE'.' Î5 

rir où <3e fuir le màlîfoiisla mefme conGdéra- <*«ee fn 
tion on rapporte cinq autres efpeçes de tnouüe- 
inensoupa{îions:àfçâUoirrefperance,ledefef- 
poi^ la crainte, l’audace Scia cholerc. > 

Ut là les vns tirent vnze fortes de palîîoris yôj-- 

perturbations: Scies autres les reduifent à fcpt, f"" 
à fçauoir l’ambition,la volupté, i’auarice,l’enuie, 
la curiofité, la cholere,5c la crainte. Vit/ept'flr 

Aucuns Philofophcs n’en rccognoiiTerit que les âmes 
quatre en general nçauoireft la ioye , la dou- o» 
leur , l’efperancc Sc la crainte , à l’aduis def- 
quels Virgile femble Ce ranger comme il appert 
par ces vers extraits du fixiefaïc liure de Ton 
Encide: 

Hincmetuunt CHpiuntque daîentque^Hdentque. 

Varro, Scia plufpartdesphilofophes parlent 
de quatre paillons/^ Sc en colloquent deux du 
cofté du bien ^ Sc les deux autres du coflé du ^ 
mal, foit que véritablement ilfoit tel de nature, deux ia 
ou par le preiugé de l’apparance Sc de l’opinion««^e da 
Car la doiileur Sc \la crainte, à ce qu’ils allèguent, 
font deux mauuaifes opinions, qui concernenc 
îè mal imaginé, preCent ou avenir;^ pareiüe- 
ment la ioye Sç lé déficit font deux bonnes opU 
nions qui onr^pour leür obieél: le bien ptefenc 
ou futur. 

Si nous voulions difeourir à plain fonds fur 
ce fubieét cela nous engoufFreroit en vn pro¬ 
fond Océan de matière, de laquelle nous faue 
retirer pour nous embarquer ieuleraent icy au 
traidé des paffions d’efpri^qui par leur diuers 
aiouucmens peuuent exciter plufîeurs Sc di. 

B iiij 


a4 ^SECT. I. dv povrtraict 
uers maux à noftre corps ' A quoy le médecin 
doit pouraoir. félon fon dcuoir : comme c’eft 
l’ofEce du théologien de pouraoir aux paflîons 
<ÿîi attaquent principalement lame, telles que 
font rambition, la cupidité, Tanarice & l’enuie: 
encor que l’vne & rautre de ces paffions, appor¬ 
tent en aucune forte bien fouuent vne .ruine & 
perdition totale au corps. 


DE UA MBIT ION/ 

Ch AP. II. 

L ’ambition qui n’eft autre chofc qu’vn 
defîr naturel de paroiftre & 's'efleuer trop 
haut, eft toufiours condamnable quand mefme 
elleferoit pour acquérir de la gloire plus que les 
autres, eftant defmefuree : & d’autant plus à 
forte raifon eft elle doublement vituperable, 
quand on y eft pouffé pour quelque chofe in- 
deüe & des-honnefte. 

On voit comme cefte paffion, qui s’eft gliffee 
des premiers au monde , eft defplaifante &: 
odieufe à Dieu, par les rigoureufes punitions 
qu’ilafaides de tout temps des orgueilleux. 

Les raauuais anges pour fe vouloir efgaler à 
Cheateies Dieu leurcreateur, & s’cfleuer trop haut, trcf- 
bûchèrent au profond des enfers fans efpoir dé 
grâce nyde roifericorde, d’autant que par leur 
propre malice & feule deprauee volonté, ils 
furent induitl:s& portez à faire vue fi horrible 



DE lA SANTE*. 

faute, & à fe mefcognoiftre d>ne üî ingrate & 
fopçrbe façon.- Pareillement Adamnoftre pre- fffnhhn 
mièr pere pouffé de cefte malheureufc ambi- d'Mapour 
tion à defîrer d’eftre efgal à Dieu : fat iuftement finorgntiL 
puny de cefte audace & vilaine ingratitude, ab- 
baille autant qu’il fe vouloir exalter, & defpoiîil- 
lé de toutes les prerogatiucs, grâces & dons ex- 
cellens de l’efprit & du corps, dont fi abondam¬ 
ment fon créateur l’auoitreueftu. A l’exemple 
d’Adam tout autant qu’il y a eu d’hommes mo¬ 
narques & d’autres ambitieux, qui ont voulu s’e- . 
leuer&rguinder trop haut,ont efté en fin préci¬ 
pitez, & font péris miferablement. L’ambitieux de 

& fier Goliath qui defpitoit Dieu : le fier Sen- ^ 

nacherib, l’audacieux Holopherne , qui aueu- 
glez de leur orgueil s’cfleuerent contre l’eter- 
nel : Ozias qui non content de la dignité Royale 
vfurpa par ambition la facrificaiure : Aman poûr 
s’eftre faidadorer: Herode pour auoir permis 
que le peuple flateur luy fift autant d’honneur 
qu’àvn Dieu: & entre les Empereursvn Cali- 
gula, vn Domitian, & vn Heliogabale : qui pour 
ne vouloir cftre dits mortels, fe firent baftir des 
autels, dreffer des images, voiier des vœuz, voire 
mettre au rang des Dieux. Tous ceux-là difjo , 
font periz ignominieufement, tous ont faitvne 
honteufe & miferable fin. 

Et de fait les Poëtes qui en leurs fidions cou- 
urent fouuent d’vne nuee la vérité des chofes, 
nous defcouurenc affèz quelle eft la fin& laca- 
taftrophe miferable de ces ambitieux. le m’en 
rapporte à la fable de Phaëton,qu’ils difent auoir 
B V 


iS SECT. L DV POVRTRAICT 
efté foudroyé pour s’eftre monftré fi orgueilleux 
& fuperbe, que d’entreprendre à conduire les 
cheuaux & cjiars du foleil ; peu refouuenarit & 
memoratif de la belle admonition que Phœbus 
fon pere luy auoit faide par ces vers icy. 
uiltiw egnfm ^cœleftiifignacrmabiSt 
Jnferittê terrai; mediotmijfmmibii* 

Le rnefme noos eft figuré par la cheute d’I¬ 
care fils de Dedâlus, qui pour auoir voulu voler 
tro^ haut auec des ailles de cire , fut abyfmé 
dans la mer : les Poëtes dîf-je par telles fidions 
' nous ont voulu apprendre,commcla fin de l’am- 

bitîon eft toufiours raiferable, & que Dieu ne 
peut fupporretles orgueilleux fans les punit ri- 
goureufement d’vne façon ou d’autre, voire 
lans les frapper des rhaladics incogneues aux 
médecins pour lefquelles guérir tous les retne- 
Bijiotm, dés de la médecine font vains & inutiles. Ainfî 
le Roy Ozias fut attaint d’vne lepre incurable, 
AntiochusEpiphanes d’vne playe inuifible, & 
Herode d’vne maladie pédiculaire. Combien 
.auons nous leu, veu, ouy dire, qu’il y a eu de 
grands monarques & autres de noftre fiecle qui 
ont efté confumez d’eftranges maladies inco'- 
gneuës à tous, naturaliftes, médecins qui ne pou- 
uoient céder à leurs remedes naturels ^ d’autant 
que Ic^Lcaufes d’icelles eftpient furnaturelles, 
chofe digne d’vne recherche & fpeculation, 
pour eftre fi grande qu’elle pafie le feus com¬ 
mun , & fe 4-ouue au delà de noftre difeouts (5ç 
imagination. 



BE LA SAKTB'v 


^ 7 - 


DE rAVARICE. 

Chap. III. ^ 

L ’avarice cfi; bica aufli vne pafSon des 
plus furieufes & violentes: & qui agite d’in- , 
finies efmotions & perturbations, les efprits de 
là plufpart des hommes. Car ils font fans ceflè 
fâboulez de quelque vent dexupidité , fans auoir 
repos iûur & nuiâ:, non plus que la mer Egce, 
ou que le deftroit de Charybde ou dé Scylle, 
qu oa dit eftre fans ceffe efmcuc de vents con¬ 
traires aiutins &j:urbulens. La desfiancc , la Lesfme$ 
crainte, la folicitude, la vaine efperance , & l^des homei. 
defefpoit font cinq furies, qui font toufîours à 
fes coftez, qui le trauaillent tant que la iournee 
dure, & luy donnent vne fi forte gehenne., telle 
qu’eft la beurricre qu’on appelle , qui eft plus 
intolérable que la mefme mort ; La nuid a-il 
plus de repos 2 Rien moins que cela , car tant 
s’en faut que ce defir enragé d’entaflèr de l’or 
fur de l’argent,le lailTedormir Reprendre quel¬ 
que foulagement J qu’au contraire il le gehenne 
de tourmente d’vne autre forte de torture & 
tourment, en le picquant inceflàmment, en ne 
permettant qu’il ferme les yeux, le faifant cou* 
cher au lieu d’vn lid mol, fur la terre dure, par- 
my les ronces & orties: voire mourir ainfîcent 
fois le iour àtoute heure, de foing de trauail& 
foucy, encor qu’il foit plein de yie. Bref le fup* 


iS SECT. I. DV POVRTRAICT 
plice du Taureau ardent inuenté par Perillc & 
pratiqué par Phalaris d’Agrigent j ny tous les 
autres horribles & cfpouuantables toürmens, 
mis en œuure par tous les plus grands tyrans 
qui furent oneques , ^our bourrelet les hom¬ 
mes: ne font point femblables àceuxqu’exerec 
celle execrable Megere d’Auaricc,fur fcsefcla- 
ues les Auaricieux. Auffi eft elle qualifiée par l’ef- 
Auartee prit de Dieu , & les autheuts facrez.la racine de 
racine de tous maux.viî fetuage de Pidolatrie, vn hallier 
efpineuxjvne fangfuë infatiable, &:vn lacet de 
perdition. 

Quel mal fçaurions nous trouuer foit du 
corps,Toit de l’elprit, que cefte abominable cupi¬ 
dité ne fufdre? C'eft pourquoy Ariftote atref- 
/ bien eferit auliuteôc chapitre premier de Tes Po- 
Senree des ^‘riqncs, que tous vices precedent de l'auarice & 
de lambition,comme de leur première rource,& 
que ces deux bourreaux de la nature humaine 
font-feminaires jdefquds naiflent & viennent à 
,s efclorre toutes les lafchetez & mefchancetez 
qui fe font au monde. 

Tous ceux qui voyent pàinéle au vif vne fi 
laide & deteftablé furie tant dommageable aux 
humains qui l’aiment & la fuiuent, ôc qui fe laif- 
fent enfqrceler par les allechemens d’vne telle 
Medee, font perfonnes infenfees fans raifon, & 
qufont totalement perdu le fens&ieiugement: 
âueugles, miferablcs, qui pour les tenebres d’vn 
monftre fi difForme~quittent l’admirable iplcn- 
deur de la vertu, vertu toute celefte. vertu tou¬ 
te diuine, qui poulTc iufques aux cieux tous, 


DE lA santé', Z9 

ceuxqui lâeheri0enc,& les rend bien heureux: 
au lieu que lauarice gehenne, bourrelle, & ty-* 
rannife fes courtifans les plus affinez pour 

dernier, falaire, les précipité aux enfers, gouffres 
erernels de toute mifere. 

Combien y a-il de pauures payens qui ont 
mefprifé les biens & les richcffes, pour fuiure la 
vertu,& qui feront le procez àplufieurs Chre- 
, ftiens infatiables pour acquérir des biens , &ido. 

Jarres fpirituels de eerMàmraon infernal Prince 
(de l’au,arice. . ; 

Quctrouucra-on auiourd’huy vn homme tel Hijitires 
-queEfeemetrius le Phalereen,lequel (aurapport 
de Plutarque au traiéfé du repos de fefprit) a- ® 
près artoir pafTé & employé plufieurs années à 
-araafTcr des^ biens , faifânt reftat de marchand : 
entra d’auanture vn iour en l’auditoire ou Cra¬ 
ies enfeignoit publiquement : & apres qu’il 
l’euft oüy âuec grande attention & admiration 
difcourir vne heure-ou deux des louanges &ra-. 
retez des biens de l’efprit ; malheureux que ie 
fuis (s’efcriarilfoudain) d’auoirefté fi long temps ' 
ignorant ,& n’auoir fait eftime ny cas des biens 
fi précieux que ceux de la vertu: biens au refte 
de fi facile conquefte ouacquifîtion, où les autres 
vains qui portent feulement l’apparence & le 
mafque du bien fe pourchafTenc auec tant de 
peines, fe conferuent auec tant de foins , & fe 
perdent auec tant de regrets, de foufpîrs & de 
gemifTemens. 

Où void-on en ce temps des perfonnes, foie 
de robbe courte, foit de robbe longue , telles 


jo SECt. î. bV POVRTRÀICf 
que fut yn philolophe nommé Anacréon , au¬ 
quel Policrates ( bien qu’il fuft tyran ) fit don 
d’enuiron trois mil'efcus. L’hiftoirc de vray 
nous rapporte qu’il accepta le préfentj mais elle 
adioufte auffi qu’iceluy fe voyant faifi de craintes 
ôc folicimdes non accoufturaees, & qu’en lieu 
de dormir doucement, comme il auoit accou- 
ftumé ilne faifoit querefu€r,&le plus fouuent 
s’efueiller enfùrfauît,croyant que quelque bri¬ 
gand fuft défia entré dans facbambîe, pour luy 
coupper la gorge: ou qu’il y euft quelque larron 
doméftique qui crochetaft fon coffre pour duy 
defrober fes efeus : iceluy dif-ie «fie voyÆt ré¬ 
duit en jcelle anxiété & perplexité d’efprü:;, rie 
penfa pour lors qu’à fe remettre en (a premier© 
liberté : à ces fins printfoudain l’argent, le ren¬ 
dit à Policrates, & luy dit qu’en fi peu de iours 
qu’il auoit tenu fon riche prefent en fes coffres» 
il luy auoit plus donné d’ennuy , de peur, de 
ftayeür & tourmeiit , que ne luy fçauroit onc- 
ques apporter deplaifir, de ioye ny de conten¬ 
tement. ", . _ 

Tout ce que nous auons dit & tous les èxem* 
pics que nous auons mis en auanr,ne font que 
pour monftrer comme la ^maudite cupidités 
auarice agite ôc trouble nos efprits d’infinies 
grandes paffions 6c perturbations ^ & comme 
elles nous bourrcllent & tyrannifent, afin que 
par cefte feule repreieritatibri y'noùs reuenions 
àmous : & foyons induits àfuyr vn vice fi exé¬ 
crable , peftilent & pernicieux à rioftre amc Ôc à 
lîoftre corps. 



DE LA SANTE'é Jï 

Il f elle qu’en médecin comme ayant pour 
fubiet le corps humain principalement ; que 
nous adiouftiônslesdiucrfes & grandes maladies 
& diuers fymptomes que caufe en nos corps 
celle mefme deteftable furie. Car eftant glou¬ 
tonne , comme eHe eft, fans pouuoir eftrc iamais 
alTouuienjraffàfiee ayant vneftomachd’aultru- 
chc, qui digère non feulement le fer, ains l’or & 
l’argent, plus folides d’entre les métaux : ne tra- 
uaille-elle pas ceux qu’elle polTede, d’vne faim 
canine & infatiable, l’vne des plus grandes ma¬ 
ladies qui affligent les corps î 

Mais voyons le remede, qu’elle apporte pour 'îAçon it 
raflàlîer cet appétit inàmoderé, & gue ir vn fi dt$ 
grand mal; c’eft de manger vn morceau de pain 
bis , fait de fegle : des ougnons, porreaux, raues 
& naueaux : quelque morceau de lard , ou de 
bœuf falé & parfumé à la cheminee : de la moUr 
lue fangeufe, & du haran falé, pour toutes vian^ 
des, tant iours gras que maigres:boire de là deC- 
penfe, ou desbaiffiercs de quelque vin poufie; 
dont s’engendre du fang falé-, recuit & mauuais^ 

& tant de mauuaifes humeurs, qu'vn auaricieux 
en eft toufiours valétudinaire. Au refte cftanc 
prefque toufiours tour nud, & ne fe couurant 
contre l’iniure mefme du plus froid & rigou¬ 
reux hyuer, que de toile & de bureau, voyageant 
par mcr& parterre,hyüer,efté,iour&nuiél, 
par pluyes, neiges, glaces, froidures & chaleurs, 
fans fe donner tant foit peu de repos : d’où s’en- 
gendrent infinies Gruditez,indigeftions, foiblefi* 
fes,qui font caufe de catarrhes,de fiu$ions,toux. 


Il SECT. I. DV POVRTRÂICT 
pleurefîfis, & d’infinies autres maladies^ Et que 
fait-il pour y remédier î C’eft qu’il vfe d’vne trop 
grande abftinence , qui luy eft familière man¬ 
geant alors pour tout reftauranc quelque œuf 
cuit à k braife: du pain trempé dans beau, en lieu 
de quelque bon hachis ou preflis : d’vn bouillon 
au beurre falé ou fait de choux, en lieu de quel¬ 
que confumé & gelce : & pour tout remede pur-, 
gatif, s’il a le ventre dur, prenant vne dragm'e de 
graine d’hiebles, en lieu de reubarbe, qui luy 
coufteroit trop cher: le touppar fonconfeildu 
de quelque vieille forciere ,pour efpargner le fa- 
laire d’vn médecin & apothicaircv 

Q^y plus ? le defefpoir faifît de forte par 
fois i’efprit de telles gens, que voyant l’abon¬ 
dance ôc bonne faifon de quelque bonne an¬ 
née,- & qu’ils n’ont pas vendu leurs bleds , ny 
icursvins, qu’ils ont laifiTé pluftoft pourrir, en 
fin ils fe précipitent dans quelques puits, ou fè 
pendent, perdant ainfi & leur corps & leur 
ame. 

lamùtâi- Maisvoyons les punitions diuines que Dieu 
mine des a- enuoye bien fouLient à telles maudites gens, 
ttartcieax. nous en' pourrions mettre cent exemples , fi 
nous ne craignions que quelque morne ou cen- 
feur enuieux, qui trouue à redite & reprendre à 
tout, ne me vinft mettre en aüant, que ce n’eft à 
• proposde remplir vne dietique ou façon de vi- 
ure, d’hiftoires & d’exensples : mais tout équita¬ 
ble leéteurqui aura veu comme mon intention 
ejl de traiéter, & d’eferire cefte partie de la mé¬ 
decine, qui eft des-plus necelTaires generalemenc 
ôcnon 



DB IA SAHTt'. JJ 

& non patticulièremént d’vii fîcoplé crayon, 
prendra mon exeufe en bonne part, & treuoé* 
ra tantoft quand i’en rraiétcray en particulier, 
dequoy le contenter ; m’eftendant expreflemenc 
de la forte fur lespaffions& maladies d’efprits, 
que le médecin doit cognoiftre 8c examiner 
, de près, pour les troubles eftranges, & autrès 
maux qu’elle apporte le plus fouuent au corps 
humain, qui procèdent d’ailleurs que des hu¬ 
meurs : & qui ont mcfme contraint le grand 
Hippocrate d’eferire , qu’il y auoit quelque 
chofe de diuin en aucunes maladies. Or comme 
nous auons mis cy dcilus deux punitions eftran¬ 
ges auoir efté enuoyces à deux ambitieux, à fça- 
uoir la lepre, la maladje pédiculaire, nous deferi- 
rons en bref l’efpouucncable & iufte punition 
que Dieu enuoya à vn auaricieux que nous auons 
plus à plain deferit en vers Françojs, il y a plus de 
vinge-fîx ans, en noftre mororcGmie& chants 
doriques, imprimez à Lion par lean de Ter¬ 
nes au chant du fouuerain bien. Ceft auari¬ 
cieux fut vn Prélat de Mayence qui ennuyé Hifioirt 
" en vn temps de famine, d’ouyr la clameur 
plaintiue de cent ôc cent panures, qui mou- 
rans de faim luy deraandoient l’aumofne , le *’'**** 
cruel & impitoyable commanda yn iour que 
toute telle vermine de pauurcs qu’il appelloic 
rats, fulfcnc enfermez en vne grange où il fie 
mettre le feu, & y furent bruflez. Mais Dieu 
tout puiflànc luy enuoya foudain la punition: 
car tout âulfi toft vne indicible troupe de rats 
lùy font U guerre ,-.^'le pourchaüent 


14 SICT. 1. DV POVRTRAICT 
le ronger & manger affis, débout, au lid & à la 
table, il a beau le cacher & s’enfermer en lieu, 
où n’y a portes ny fcncftrcs : les rats ont vn 
pâlie* par-tout : les fcruiteurs & les alEftans 
ont beau les chalTer à coups de bafton & de 
balay : cefte defenfeeft inutile : il a beau faire 
baftir yne tour au milieu du Rhin, croyant ainli 
efehapper & cuiter les coups dç ce fléau diuin, 
vnc armee de rats qui le fuit à nage, entrent 
dedans la tour, & rongent & mangent en fin le 
milêrabie abandonné de tous les liens. Outre 
celle punition vilible. Dieu en a d’autres pour 
punir les hommes de leurs forfaits, dont les 
caufes font fort occultes, & furpalTent par 
fois les réglés de la medecine , à quoy le bon 
Sç Chrellien médecin doit bien prendre gar¬ 
de, pour en rechercher les remedes en autres 
cures que ceux de Galien . Hippocrate, Cclfe 
^ Auicennç. 


DE L’ENVIE^ 

Chap. IIII. 

T O V T E s ‘ ces monftrueufes & indicibles de-, 
formitez que i’ay depaintes au vray &dc 
bambition & de la vilaine auarice & cupidité, 
n’approchent en rien à ladeteftable condition 
de l’cnuie, &quiellvnedes palEons d’efpritla 
plus vitiçufe & defordonnee, & qui n’a nul fujet 



■ DE LA SANTE. _ ?5 

ny fondement tant foitpenbiehfcant ’&raifdn- 
nable: comme le peuuent auoir les' autres paf- 
fions, lefquelles ont^quelque raifon en apparen¬ 
ce, finon pour du tout s'exeufer, au moins pour 
fe couurir & coulourer aucunement. Car il y 
peut auoir quelque iufte couleur d’ambition,à 
Içauoir l’émulation de la vertu. 

Comme Alexandre ne fe rcfioüyiEïit point 
des conqueftes &gcftes de fon pere Philippes, 
craignant qu’il ne luy iaiiraft rien pour acquérir 
gloire & louange , tant il eftoit conuoiteux & 
ambitieux; ou commevnThcmiftocles^qulne 
fe pouuoit laiTer de dire, quelelos.laprouëfle, 
la gloire & renom d’vn Miltiades , troubloit 
grandement fon repos, & le trauailloit iour de 
nuiét en l’efprit &au corps , pour le grand défie 
qu’il auoit d’imiter & fuiure les traces defa ver¬ 
tu, & paruenir en tel degré d’honneur que luy, 
voire le lûrpallfr : bref l’ambition pour exeufe 
peut mettre en auant le peu d’eftat qu’on faiâ: 
(en .ee fiecle rnermement ) des perfonnes fi elles 
ne font honorées, fi elles ne font en réputation, 
crédit&authorité. 

La volupté alléguera de fon cofté, la douceur 
du plaifir.le contentement que c’eft d’eftre en 
compagnie ,defpendrele fien, d’eftre propre, & 
bien veftu, pluftoft que d’eftre defehiré,-vilain, 
efehars & mechanique, L’auarice pour fa iufte 
defenfe dira qu’il n y a rien plus miferable. 
honteux, ny melprifable ,,que d^eftre pauüre: 
qu’il n’y a rien de plus beau que d’en auoir: 


c\e enuitux 
d'henneuft 


Raifitts de 
la vülfipté 
ieihome. 


Raifoni de 
(auarHe. 



SECT. I, DV POVRTRAICT 
cft abandonne dës médecins quand on ed mala* 
de î voire des amis, parens, & plus proches bien 
fouucnt, quand on cft en ncccffiié. 

Venu» n'a Mais l’enuic ne peut mettre en auant nul argu- 
nuüe raifon mcnt, ny fophiftiqucrie pour s’exeufer quand on 
de fa />-*/• l’aceufe : ny refpondre ou répliquer quand on 
'^*** la dira cftre la plus fale & infâme de toutes les 
palGons : en ce que toutes les autres procèdent 
d’vne langueur & maladie de nature, mais l’cnuie 
naift de la malice & peruerfité de noftre propre 
volonté. Car le naturel de l’enuieux cft fi eftran- 
ge,hôrrible, voire fi diabolique que le bon heur 
; d autruy eft fon malheur : qu’il fe contrifte de la 
profpcrité &ioye dcfonprochain.&s’efioüytde 
ion afflidion, triftefle & aduerfiié : il rit quand 
il pleure, Ôc pleure quand il rit : il s’engraiftè 
quand il le void maigre : il s’emmaigrit de le 
veoir gras , & en bon poind : & quand il le 
CamparaU void malade c’eft fil feule fanté & guerifon. 
fm & def Bref on peut comparer l’enuicux à vn Ti- 
TtnHit»» Athénien, ennemy des hommes & de 

’ tout leur bien & félicité : & par confequent 
ennemy de Dieu , ^ vuide de toute charita¬ 
ble affedion , en ce qu’il n’a rien tant à con¬ 
trecœur que de veoir Dieu autheur de toute 
bonté , bien feire & les hommes profpcrer : 
veoir que Dieu fait pleuuoir du ciel la Man- 
_ ne de fes benedidions , & que fes prochains 
X’tcniwfMx s’en repaiflènt. Mais quel bien , quelle vtilité 
fimbUkta reuient-il à l’enuicu:? de fon enuie ^ c’eft qu’il 
cft lemblable à vn Promethee auquel vn vau¬ 
tour ronge fans cçfic le cœur, fouffranc vn tour- 



DE lA SAKTE*. 57 

ment perpétuel & indicible, & qu’il cft l’efcha- 
faut, la peine, le fupplicc & le bourreau tout 
cnfcmblc luy-mcfme de foy-raefmc : ce mal 
luy fucceant les moüelles dans les os, eftans 
tous entiers, & luy fucceant comme vne gran¬ 
de fangfuc tout le fang dans fes veines ^ & le 
rendant par confequent maigre, pâlie , desfait 
& défigure : de forte qu’on diroit que c’eft vn 
corps priué de vie, abandonné des médecins, & 
qui n’attend rien plus que le tombeau. Le Poète 
a trefbicn deferit en fes epigrammes ce malpefti- 
ferc, par fes vers: 

Liuor téihifieHm maîû venettHm» 

JntaBis vorat ejjihtts meduUas, 

€t totum bibit artubut eruorem^ 

Qmd fuïit inuidet^ forts 

Vt débit fibi pcsftd femper ipfe 
le voy quant àmoy icy dépeints au vif quel¬ 
ques cenfeurs mes enuieux , qui ont taillé eux- 
mefmes ma plume,& m’ont donné fubjetpour 
mieux Sc plus à plain delcrire les defreglces &c 
defnaturces complcxions de l’enuie, les qua- 
•litcz de ce mal pernicieux, & les fymptomes 
qui accompagnent ceux qui en font attainds^ 
comme ils font fur tous autres : defqucls me 
plai- t vn iour à vn feigneur des premiers 
de ce Royaume : & de la bien-vueillancc du¬ 
quel ic fay plus d’eftat, il me rcfponcbt,. com¬ 
me il eft autant abondant en graues paroles, 
que prudent en bon çonfcil, en ces termes; 
Vous vous plaignez d’vne chofe,dont vousde- 
ùriez faire tro^ee; car eftant enuié, c’eft vn fi- 


5$: SECt. I.‘ DV :'P0VRTI^AICT 

gne & argument trcC-certain qu’il y a quelque 
chofc en vous de vertueux qui mérité d’cftrc 
loué. Et à ce propos mettant en auànt vn apo¬ 
phtegme , me dit qu’il me confeilloit Je mefme 
que Gonleilla vn iouc Diogenes à quelqu’vn qui 
fe plaignoitàluy de l’enuiè & de la haine qu’on 
luÿ pbrtoit : à fçaùoir que pour s’emvanger il 
continuaft à eftre vertueux comme .vn des plus 
propres & meilleurs rhoyens qu’on puiflè auoir, 
pour bien punir fon;ennemy ; lequel brufle an 
dedans du-cœur , & s’afflige beaucoup plus pour 
la vertu de ccloy qu’il enuie, que pour toutes les 
iniures qu’on luy fçaurpit faire ny dire. 

Nous lairrons à difcGurir plus à pîàih quel- 
queTheologien furlefubjet des pâfflons del’ef- 
prit que nous venons de traider : d’autant qü’cl- 
les attaquent, princi paiement l’ame : & nous 
cftcndfons. d’anantage-fur/quatre cautres pertur- 
bationsLOU rnaladies Æefprit, qui reftent,, com¬ 
me celles, qui s’ahurtent le plus communément 
au corps qui ont îè plus de pouuoir de l’ct 
mouuoir: de laqùclleefmotion &toutlerang& 
tous les autres humeurs fe troublent, & de paifi- 
blés fe rendent feditieux & mutins, d’où naift 
vne grande guerre oiuilc en nos corps , qui eft 
caufe de plufîeurs maux & calamitez qui nous 
furuiennent aufquelles & la prudence ëc 
la preuoyance d’vn bon & expert médecin eft 
requife, pour appaifer. vne telle ëc fi grande 
fedition. 



1)8 LAS À N T ï'. " ' 


DE UAMOVR VOLVPTVEA^X. 

Chat.' V. ^ \ 

L e s perturbations & paffions TpiritueHeS 
dont il nous refte à difcourir, font l’ariioar 
(s’entendlevoluptueux) kcholère,UÆrainte, la - 
ioye & U triftcffc : de toutes lefquellcs râmour 
cftcomme la plus grande, la principale, voiré 
comme la fource des autres. ij : 

Car la ialoufic en fort ; de la iâloufie la cho- Frui&s. 
lere, voire la jFüreur: de laforeur rbutragé; àc^'vnamut 
routrage,la crainte delà punition, taloaùee.d’vii 
perpétuel remors, ennüy & triftêlTe. 

Gu pour le prendre dVn- autre Biais : de 
mour'f ort la cupidité & défit de' ioüyr du biea 
abfçnt: s’il eft prefent&qu’bhen ayfk‘ ibuïfc 
fance, c’cft la ioye qui s’en engendre : de cefte 
ioye de peu de duree, vient la crainte & l’ap- 
prehcnfion de perdre ce bien fi mobile, in- 
conftant & periflable , duquel la garde éft fi 
hazardeufc , que quelque bon guet qu’on fa¬ 
ce , on n’en doit efpcrer ny attendre que 
la totale perte. De cefte perte riaift la dou¬ 
leur, voire vne mortelle trifteflè qui géhenne 
nuid & iour les perfonnes d’indicibles touE- 
mens. 

Donc l’amour voluptueux , eftant comme 
le fondement & principe des autres paffions, 
comme nous le venons de dire : ce fera pat 
C iiij 



4© SEGT-. POVRTRAtCr 

luy que nous coinmencerons, comtne eilânt 
ccluy qui fur toutes autres affcûions trauaiUe, 
tournîente & agûe , voire de diuers orages & 
tempeftes, & l’efprit & le corps de tous hom¬ 
mes , qui s’y laiffent aller & gagner. C’eft luy 
qui aueùgle & peruertit tellement tous les Cens, 
que les plas fages en deuiennent fols & infenfezi 
les plus a%us & gentils cfprits s’en rendent he- 
bcrez & ftüpides; les plusiudieieux, fans iuge- 
ment; les plus virils,efFeminez ; lés plus raifon-, 
lîabies, irraifqnnables. Bref d’homme on dé¬ 
nient heilé brute , voire cefte petuerfe paflîon 
gagne bien fpuuent tant fur les perfonnes qu’elle 
les domine , qu’elle les plonge çn defefpoir & le» 
rends meurtriers d’eux-mclmcs& de leurs fem- 
blables, pires parconfequent, que les plus eçud- 
licsbcftcsqui nefe precîpitentà larmortvolow- 
tairc, . qui ne tuent de leurs dents ou de leurs 
griftes les beftes de leur forte. 

Or tout ainfi que cefte Circe ofte à tous ceux 
qu’elle voidjj^^& quil’approchenr, toute lalumie- 
IX à vigueur de leur entendement, & toute la 
€pg6oiuànce & affection de la vertu, voire les 
transforme par leurs vices en beftesles plusor- 
des , fales & vilaines : à fçauoir en porceaux, 
ainfi que l’ont à propos voulu defpeindre & 
figurer les anciens Poètes fous la fable de cefte 
forcicre : par laquelle ils ont entendu la volu¬ 
pté : ) Audi tarit-clle de mefmctoute la vigueur, 
force & vertu des corps de tous fes adheràns : 
4çprauant^ bleffant les funftions de tous leurs 
cfprits, animaux , vitaux dc naturels ; entant que 


Oî lA SANTb'. . 4Î 
de forts & robufîes elle les tend foiblcs, encr- 
UC2 & paralytiques de leurs membres, tant ils 
fontoyüfe, pareffeux, & fainéants: de coura¬ 
geux & de haut cœur elle les rend lafches ôc dé¬ 
licats , fubieârs toufiours aux lyncopes & lipo¬ 
thymies, c’cftàdirc à tousdefauxde cœur : Et 
d’ailleurs elle depraue touiç i’œconomie des 
parties de la nutrition,telles gens eftant le plus 
iouuent delgoutez, fans appétit, fanspoauoic 
dormir, ny prendrevn bon repos de nuid ou 
deiour tdontlaconcodion eftant peruertie, ils 
font fubieds à engendrer par confequent in¬ 
finies cruditezqui leur eftouppent les veines, 
leur rendant vn vifage pafle & liuide , & tout 
bouffi. Bref de fains & difpos qu’ils cftoienc 
auparauant, les rend cachediques & mal habi¬ 
tuez. Voila quels font les fruidsque produid 
vnrel amour, & dans l’cfprit dedans le corps 
des hommes qui marchent fous fon enfeigne, 
dont il nous refte en monftrer de rang & par 
ordre les exemples pour plus grapde confirma¬ 
tion de noftre dire. Et à fin auffi que tels exem¬ 
ples puiflènt feruirde quelques remedes. Car 
les cheutes Sc folies d’autruy noos doiuent re- 
leuer& faire deuenir fages: &celuyqui le pre¬ 
mier s’embourbe en quelque mauuais chemin, 
en doit faire prendre vn autre meilleur à fon 
compagnon qui le fuit: autrement il feroit trop 
mal aduifé & blafmé iuftcmenc d’imprudence 
Sc fottifç d’vn chacun. 

Or donc pour monftrer que l’amour rend, 
les plus fages fols,& infenfez, nous en auons 
C V 


41 SECT. I. ©V POVRTRAICT 
Ixemple^^ notable exemple de Salomon auquel Diét! 
d'vn J auoit departy tant de grâces fingulieres qu-’il 
rneur dere.^ftoit en ce mohdc Comme vn miracle de fa- 
glé de S4- ge(pe prudence j téfmoin fa fapience & fes aii- 
Imw. très fainâs eferits. Il eftoit en outrèxomme vn 
miroir de toute aube vertu &përjfeâ:ion,&cc\ 
pendant en fonvieil sage, il fe iaifTa tellement 
afFoler-à l’amour des femmes ; qu’il eh deuint 
idolâtre-: : Sc fi éxeeflif en fon impudicité qu’il 
auoit 700. femmes,- & îoo. concubines j com¬ 
me l’efcdtlofephcau iiureS.des^mîquitez,^^ 
comn>é le téfindigne encore mieux l’Efcriturè 
fainde; Qui fera Cejuy qui confiderantde prés 
ce mémorable cxemplé , & qui par les grmdès 
fautes ,cnorntite2L & folies commifes parle plus 
làge du nionde, nè tafçhèfade prier Dieu qu’il 
le veuille deftourner des amorces^ des attraids 
Sc regards pernicieux de ceftè raefebante & af- 
fedee voluptés ; ' ‘ ^ ^ 

Veut-ôii voir comme les plus^ grands & ai- . 
güzefprits- (Sccônime les peffonnes les plus 
. iüdîciètffes- & les plus virils fe irendèrit èffemi- 
Stfhùkti ’ qfiand ils fohtfrâppez de ce mortel venin ; 

exepiJres^ nous \en.auons les exemples en vmMarc Am 
de ceux qui tboine pcrfonnagë dé fàin iugément V de bel én- 
sot frappei^^enàémemy de fagë Conduitte, éOmmë les-èf- 
d’ametn. feds l’auoient faid paroiftre par tant de belles 
8 c grandes conqueftes, dont il aiïbir la moitié 
de T’Empire Romain en goüüernemcnt : Mais 
depuis qu’il fut affolé des amours d’vne Cieo- 
patre, il deuint leger , pareflèux & mal adûifé 
en tous Tes eonfeils : & ne fift depuis entreprife 



DE lA SANTE'. 45 

qui meritaft d’cftre louée : Car fon efprit mou- 
roit en luy pour aller du tout yiure au corps de 
Ton amie, & eftoit tellement enchanté, que fans 
âuoir aucun refpeét de honte & dcf-honneur, 

Tiy de danger qu’il encouroit, il ne refpiroit & 
ne parloit quê dvne Cleopatrejfcommed’efcric 
Plutarque en fa "vie : & qu’ell^ en fijll la finî 
maPheureufe & pitoyable & pour l’vn & pour 
l’autre. 

Hercules qu’on nous propofe comme pour 
le modelle & exemple d’vn homme genereuXj 
pour vn miroir de toute Ÿerîu; j&: pour le dom¬ 
pteur des monftrcs & tyrans de la terre, dont il 
deliura tous leslieuxparouilpa{ïbit,pourmet- 
tte les hommesen liberté,fuft en fin luy-mef- 
me l’efclaue de cet amour: & ne peufî: pourfa 
force & vertu, refifter à fon effort, qu’il ne fuft 
cnforcelé desariraiéts d’vneQraphâle: & telle¬ 
ment capriué & alTerüy , que fans auoir efgardà 
la grand playe. qu’il feroic à fa grande renom¬ 
mée, qui voloit partoüt,nyàlapertc detantde 
gloire & d’honneur qu’il s’efloit acquis,ilfe 
defpoiiilla delà peau defonlyon,pourfevcftir 
de la peau d’vne chambrière, & quitta fa maifïè 
vidorieufe pour prendre à fon cofté vne que¬ 
nouille. Bref le dompteur des Geans,&leplus 
fort du monde , fuft dompté par vne femme: 
l’homme le plus viril deuint le plus effeminé, ) 
plus mol, délicat, & délicieux que les mefmes 
femmes. £t à fin qu’on ne nous reproche pas 
que nous ne mettons en auant que des comptes 
& des fables, le fort, le vaillant ; l’inuincible 


44 SICT. r. ©V POVRTaAlCŸ 
£j(emple Sâmfon foufticndra la vente de ces hiftoircs, 
de Sam/ott. lequel for forcé , vaincu , lié & garroté : voire 
lioré comme vne pauurc befte, fans aucune rc* 
fiftencc, entre les mains de fes ennemis, par vne 
feule femriic. , 

Exemple Lucius Vitellius ( pere de Vitellius Em- 

pereur) çomme l’eferit Suetone , qui eftoit vn 
vieillard induftrieux & de bon entendement, 
fuft pourtant en fin tellement enforcelé de fa, 

. mour d’vne libertine, qu’il faifoit vn meflange 
de la faliue de celle putain infâme aueedumiel, 
& comme fi ç’euft efté quelque fouuerainbaul- 
me qui luy peuft reftaurer la vie,s’cn oignoicles 
arteres, & toute k gorge, non à cachette ou ra¬ 
rement, ainçois tous les iours & publiquement, 
kns qu’il fuft efjmeu d’aucune honte d’vnade fi 
efféminé ,fale ,& ridicule. 

C’eft vn grand cas, que l’amour aucugle telle¬ 
ment les perfonnes, qu’ils ne peuuent ny veoir 
ny cognoiftre l’ignominie , où il les plonge. l’efti- 
me quand à moy , que c’eft pour cela qu’on le 
dépeind aueogle, car s’il auoit ouucrtles yeux, 
il auroit trop de honte. Mais tels voluptueuse 
n’en ont point, tçfmoin l’exemple que nouS 
venons d’alIeguer, Ceft auffi ce que nous a vou¬ 
lu enfeigner Æfope en l’vn de les apologues ; 
quand il did, que routes les affedions êc paC* 
fions fe trouucrent à compofer & former l’a- 
mouTjà fçauoir l’ire,U cruauté, la triftefie,la ioye, 
la douceur, la rigueur, la ialoufie & la défiance 
toutes enfemble : mais quand à k pudeur & hon- 
te,elle ne s’y trouucrent point. 



DE LA SANTE'. 4î 

Reprenons noftrc chemin & faifons veoir 
en outre le grand pouuoir de Tamour, qui n’a¬ 
brutit & ne rend pas feulement iafehes &effe- 
minez ceux qui le fuiuent : ains les rend plus 
fols Scinfenfez que tous les maniaques du mon¬ 
de : iufqu’à les contraindre bien fouuenr de fc 
précipiter, & eftre les bourreaux 5 c les meur¬ 
triers (en dîuerfes fortes) eux-mcfmes de leur 
propre vie. 

Phillis, IphiSjHæmon, Saphon,BibIis,CalIü- Diaers 
ce, Phædra.Timagôras, Cilice, fe font defFaicts de 
leurs propres mains, pour ne pouuoir fuppoteet 
vn lî grand & mortel effort. 

Et pour monftrer des exemples aduenuz de 
noflre temps, d’vhe telle manie ou rage, Galeas Exemple 
Duc de Mantoiie hyuernantàPauic , & yaimant Geleas 
vne fille: paffant par dcfîùs le pont à chcual, & 
elle luy commandant de fe jcitcr dans le fleuue 
qui y pafle grand & profond, donna (pour luy 
obeyr) foudain de l’efperon àfon cheual, Sc fê 
jetta ,& fe précipita du haut en bas, fans craindre 
lamortprcfenté: ce qui donne pourtant frayeur 
à tout homme qui a le fens raffis, quand il en oyt 
reciter feulement l’hiftoire. 

Il y en a encores de fi outrez d’amour , qui, 
ou par la feule abfenee & perte de veuë de la 
chofe .aimee , ou par ^ mort & priuation en 
perdent de regret la vie. 

Vn icune feigneur Prançois , autant braue Exemple 
qu’aggreable, de la maifon des Alcgres, amou- 
reux ôc aimé de l’Infante de Mantoiie : à la- 
quelle ayant par mefgarde donné vue pomme 



46 SE CT. î. DV POVRTRAICT 
empoifonnée ( qu’on Iny auoit donnée à luy 
pour luy feruir de venin à l’cfteindre J voyant 
que cefte Infante qui lauoit mangée en eftoit à 
rextreraité , outré de mortelle douleur, en luy 
^ demandant pardon de cefte faute , mouruft le 
premier entre les bras de l’Infante, fa refpiration 
èftant fuffoquéc 5 & fa vitale chaleur eftainte par 
l’abondance de fes foufpirs & de fes larmes : Elle 
lefuiuittoftapres t mais bamoureufe poifonfuft 
plus foudaine ,& tua piuftoft cet amRnt affolé, 
que celle du napellé ou del’arfenicq qu’on pou- 
uoit auoir mis dans la pomme : par oufe mani- 
fefte la grande vehemence & violence d’vne telle 
Sc mortelle paflion. . , 

En voicy vne autre hiftoire qui nous mahi- 
J)i/io/re de fefte la violence de cefte mefniepaffion. Vhieu- 
U Violence homme Cheualier de l’ordre,de la fuittede 
amour, Sigifmond , & Comte d’Aufbourg 

nommé Euriaîus : pendant le fejour duditEm- 
pereur à Sienne , fuft efpris voire du premier 
regard dé bamour d’vne fille Siennoife , nom- 
' mee Lucrèce doüée d’vne fi excellente beauté, 
que plufieurs l’appelloient vne autre Venus: 
cefte ieune & belle fille ne fuft pas moins éfpri- 
fe de l’amour dudit Euri^lus de bonnegrace, & 
beau de mefme à merueilles : le feu amoureux 
s’embraza o’vn cofté Sc d'autre, la grande; fureur 
^ duquel ne fuft appaifée que par la iouyflànce 

d’vn mutuel amour: mais tout ainfi qu’on voit 
que le peu d’eau dont le forgeron arrofe par¬ 
fois le feu de fa forge, fert pour luy accroiftre fa 
force & vigueur, en lieu de l’amortir j ainfi en 



DE LA- santé'* - 

aduint il à cfsd^ux amans : Car apres la iouyfi. 

Canccjla flamme s’^creuft & s’enflamma de telle 
forte, qa’Eurialus eftanc contraindt par le de- 
part de rEraperpurde le fuiurc, &dabandon-i 
ner &,dire vfljtriftc a-Dieu à fa chere Lucrèce: 
elle fuft furprife de tant de. dueil & d’ennuy 
pour vne telle ablènce, que la violence du re- : 
gret la fift mourir en peu d'heures : & luy cn- 
leridant celle trifte nouuclle, euft pafle le mef- 
me pas fans la confolation qu’il rcçeut de fes 
amis. Il vefquic pourtant depuis toufiours en 
grand deftreiTc, fans qu’on l’ait veu oneques rire 
n’y s’cEouyr. 

Les prodigieux effedls de cet amour pafîent 
encore fi auant que les mignards attraidls des 
femmes aymees » n’aueuglent pas feulemenr en 
oftant la lumière de l’entendement, &toutfain 
iugement à ceux qu’elles pofledent : aii^ plu- 
fieurs d’elles fe feruent ^e caufes externes, com- 
me de breuuagc amatoire, pour attirer de tant 
plus, voire fubiuguer & efclaucr les perfonnes 
en leur amour : fi bien mcfmes que par fois elles 
en deuiennent furieufes & infenfccs, yoire iuf- 
ques à en perdre la vie. 

Caius l’Empereur fut fi bien abreuué d’vn 
breüuage amatoire par fa femme , que 
il n’euft aucune fanté ny de l’elprit ny du d» d’vtt 

corps • bteuuage 

Cornélius Gallus gouerneurdu temps d’Au- , 

gufte en Ægypte par vn femblâble brcuuage 
deuintfurieux*& perdit lefens, comme l’efctic 
Eufebe en fes Chroniques. 


^ '4S SBCT. L DV POVRTÜAICT 

Le mcfmc autkcur cfcrit cftcorcs comme le 
pocte L V c R E c B dcuint fî furieux^ j)ar vti fem- 
blablc brcuuage ,que fa femme qui s’appelloit 
L V c IL L E luy auoit donne félon aucuns, qu’en 
fin il fc tua de fes propres mains ; en tcfmoin de* 
Sîtrotf. in quoy toicy ceque l’vndcs Pdres anciens nous 
Rufjinum, en laiffe par cfcrit cn CCS mots : Liuia a tué fon 
mary pourle trop haïr, 6c Lucillaleficn pour le 
trôpaymcr. Cefte-la donna à boire de l’aconit 
au ficn, ccfte-cy qui cft Lucillc trompée dubreu» 
uage qu’elle prefenta à fbn mary, pourvnc po¬ 
tion d’amour, luy donna vn brcuuagc qui le fift 
enrager. Voicy ce qui fc trouuc par cfcrit de luy 
dans P-olitian en fes nutrities : 

Hic tjMiphiltra bibit^imioque infantu Âtrivre^ 
M ex ferra occHbhit ,Jtc mntem amifirat amneml 
Il y en a qui eicriuent quVn des principaux 
ingrediens de tels breuuagcs araatoircs, cftoit 
l’hippomanes, ic me rapporte à ce qui en eft, mè 
contentant d’adioufter que le breuuagc qu’on 
donnepourfe faire ayracr ,font œuurcs diaboli¬ 
ques & indignes de tout Chrcfticn. 

CUrmem ^ ^ pourtant qui paflent bien outre, & 

qui charment auec des anneaux cnforcclcz, 6c 
mmour. autres maniérés les perfonnes , dont elles 
veulent captiuer à iaraais l’amitié , fans qu’il 
leur foit poflible de recouurcr leur première 
liberté : l’cftimerois quant à moy,cela eftrc im- 
poffible fi on ne voyoit les prodigieux cfFedls 
2Sr<»«<»« l’eguillctte, que quelques iMudits char- 
^'egutüette. meurs fçauent noiier en proférant quelques pa- 
rolles magiques ou pluftoil infernales : loinét 

que 



î> É L A s A N T é'. 49 

que toute Tantiquité fait iticntioD du pouuoir 
de tels charmes amoureux par philtres ^ breuua- 
ges,anneaüx,caracleres,breuets,fîgurescîe cire, ' 
& autres telles chofes deteftahics : tefmmn la 
Pharmaceutrie de Theocrite & de Virgile^d ont 
on lit ces vers î 

Lmw vt hic dttrefeit, & h^cvt sera liquefeitt 
P^no (ÿ* eodem igni fis mfier Daphnû amore, 
Tcfmoin la vieille DipCasd’Ouide.qui n’ou¬ 
blie pas le pouuoir de tels charmes par ces 
vers: 

Denoptet abfentes fimulacrdqHe cereafingit» 

Et miferum tenues in iecur vrget acta. 

Tcfmoin de mefmcla Canidie d’Horace, le 
brcuuagc dcCircc,ranjfication d’Apulee & de 
I.ucian,toutcela ne figurant que tels philtres èc 
charmesaraoureuXjdont les Grecs & les Latins 
font tous farcis, le tout procédant de refcolc de 
Satan. 

Les lurifconfultes anciens n’ont pas njefme 
doutCjque l’effort de tels cnchantemens ne puif- 
fe prouoquer à l’amour, veu que;par les loix 
ceuxvqui en vfoient eftoient punis.de grandes 
peincs,&le font mefmeauiourd’huy. 

Mais voyons ce qu’en eferiuent. aucuns des 
plus célébrés Docteurs Ecclefiaftiqùcs, ce qui 
nous doit lè plus induire à i^roire telles voyes 
extraordinaires & diaboliques , de pouuoir par 
charmes attirer, retirer,cxciter, retenir, cfmou- 
uoir,empefcher, allumer & cfteindre les feux 
& amfarazemensAm’oùrcux,voire dans les cosurs 
qui n’y ont nulle naturelle &y.olontairc difpo- 
D 



5© SECT. I, DV POVRTRAICT 

fition, bien que ce foienc chofes prodigieufes 
pleines d’eftonnement, & que le fens commun 
de premier abord iugera eftre irapdflibics, qui 
le font pourtant, comme on ne le preuuc que 
par trop d’auâ:oritez& exemples & anciens ôc 
modernes. 

On trouue en l’hiftoire Ecclefîaftique de Ni-^ 
ccphore,quervne des principales caufes quiap- 
Hifloirt de pellafaindCyprianauCbriftianiime.c’eftqu’âi- 
s.Ci^mn. mant dclbordémentfaindeluftineChreftiennc 
^ & vierge confacrée à Dicu,& n’en pouuant venir, 
à bout: eut enfin recours aux fortilcges magi¬ 
ques dcfquels en ce temps il faifoit grande pro- 
fcffion,& employé à ces fins vn Démon qu'il c- 
ftimoit le plus grand, propre & Conuenable à 
cet effed : mais voyant que les efforts de fon 
Démon eftoient vains, & que luftineperfeue- 
roit à eftrc immobile, ferme, & confiante, il iu- 
gea que le Dieu qu’elle feruoit & inuocquoir,& 
qui la prefcruoit,eftoit plus puiffant que le fîen, 
& par les prières de Iuftine,il euft les yeux de i’e- 
fprit ouuerts,rccogneutfonforfaid,brufla tous 
fes liurcs de magie, Sc embraflant la foy Chre- 
ftiennefutEuefquede Carthage,vnedes gran* 
des lumieresde l’Eglifc, & qui fut mefme en fin 
touronnedü martyre. 

Iftpk en Le célébré, grand & ancien Dodeur Epipha- 

theref zf. nius rapporte comme les Gnoftiques des plus 
vieux heretiqueSjtenoicnt efehoks publiques 
* de magie : enfeignant en public à tous venans 

les charmes,fortilcges & fafcinations,pour pro- 
uoquer à 0 : faire aymer de quelque perfonne 



î> B L A S A îï f St 

^it’ôn vouloir, aufquelles efeholes les Üemons 
tnefme prefîdoient. Il ne faut donc plus douter 
de l’efFort de tels charmes, mais prier Dieu qu’il 
luy plaifc nousengarentir. 

Nous adioufterons poüf confirmation , ce 
ôu’on eferit d’vne femmetant aimée par Char-, 
iemagne que bien que morte de long temps, & ehatmé 
la charogne en la chambre de l’Empereur,où el- d'ame^u 
le eftoit fi puante qu’il n’y auoit perfonne qui en 
peut loufFrir &tolcrer la puanteur: neantmoins 
l’Empereur ne fentoitpointccfteinfeâion, ains 
iareputoit pour vne odeur auflî louëfuc que 
d’vne poudre de violette, ou de C!pre,ou d’vnc 
fraifehe rofe qui efcloft en quelque iardin au 
mois de May. 

Tous les grands 6c principaux du Confeif, ^ 
voyant qu’ils ne pouuoient rien gaigner fur 
l’Empetcur ,-pour l’alicnér & priuer de cefte 
charongne, & la faire enterrer, s’aduiferent que 
c’eftoit quelque charme, en recherchèrent foi* 
gncufcraentla caufe, & trouuerent en fin que 
c’eftoit vne bague d’or que cefte femme char* 

Hierelîc auoit mis à fon heure dernicre en la 
bouche , pour captiucr toufiours, raefme apres 
là mort, l’Empereur. Gefte bague oftee, le char¬ 
me cefla aulE tout foudam: darrEmpercur eftic 
dcforcclé 6c reuenu à foy^auffi toft qu’ilfuften^ 
tré en fa chambre, fc bouchant le nez,pour ne 
pouuoir porter fi grande infeélion , en fortic 
lbudain,en s’eferiant qu’on tiraftde là cëftccha* 
rongne puante. On voit par la fuirte de l’hi* 
ftoirece qui aduint àccluy -qui fuft gardien dé 



Jl SECT, I. DV POVRTRAICT 
ccftc bague tant qu’il la tinft & qu’il l’cufl: raef- 
me iettcc en lieu où on ne la pouuoit plus 
recouurcr, pour la totale deliurançe de l’Ein- 
pereur. 

Maisoutre touslcfditschatmes/cnrorcelle- 
mens, njanics, fureurs, ftupiditez & brutalitez 
que cefle paffion prodaiâ: : voire dans les plus 
fains,beaux & fermes efpritsou entendement 
de combien de fortes de grades maladies (& del^ 
quelles les caufes font occultes, & fort difficiles 
à cognoiftre) molette, afflige & agite elle en oü- 
tre le corps humain î à quoy vn tref expert & 
doâre medecineft trcf-ncCelîàire, pour y appor¬ 
ter les falutaires remedes. 

Combien y a-il de filles,de femmes, & d’hom-r 
mes icunes & vieux , de grande & de petite 
cftofFe,& qualité (l’amourn’ayantrefpedb aux 
perfonnes) qui font trauaillez de cette tyranni¬ 
que & cruelle paffion en leur efprit ^ & en leur 
corps: voire en telle forte qu’ils eu perdent le 
repos, le manger & le boire? Voireilsênamai- 
griflent, & affoibliflènt par fois lî fort, qu’ils 
font contrainéts d’en tenir le licl, comme at- 
tainds de quelque maladie languiflànte : 6 c 
faut qu’on aye recours a^^ ^ecoursdu médecin, 
qui leurtrouuantle pouix frequent, lesvrines. 
rouges à caufe des yeilles, de trop d’abftincnce, 
& inquiétudes perpétuelles, qui enflamment le 
fang& les efprits: conclurra que c’eft quelque 
cachexie ou fleure lente, de la première efpccc 
des hediques, ou tel autre forte de mal, analo¬ 
gue aux Symptômes, dont la perfonneamou- 


D)|. LA SANTE'. ' -55 

rcufccft affligée. Il aura beau luy ordonner la 
miflîondc faiig, vnc benigne purgation, rvfagc 
ou laiâr en fa faifon, le bain doux ; la miffion du 
fang reuuifîue par les malléoles, fi c eû quelque 
ieune fille, qui n'ait eu eneores fes mois : ou qui 
luy foient fupprimez : des tablettes cordiales & 
jdefopilatiuesiauec vnc bonne façon de viure: 
tout cela ne fert que d'augmenter le mal, d’aur- 
tant qu'on ne touche pas à la caufe. Et c’ell à 
quoy,& la fciencc & la grande expérience du 
médecin eft fort requife & neceflaire pour bien 
difeerner & rceognoiftrc tels maux. 

Ce que feeut bien prattiqucrcegrand &vc- 
ncrablc Coryphée des médecins, Hippocrates: j^exitrîtê 
le grand fçauoir & renommée duquel s'efl:cn- ;>r»d«»fe«f 
dant par toute la Grèce, fuft appelle par Perdi- i‘*gement 
CAS Roy de Maccdone, trauaillcd’vnc grande 
& longue maladie qu’onreroyoit eftrç tabide: **^^**** 
arriuc aucc fon compagnon Euriphon , plus 
aagé que Iuy,& ayant diligemment Demeure* 
ment confîdcré la nature du mal du Roy, il re- 
cogneut par certains fignes & indices que le 
raalprocedoitd’rne paffiondebefprit. Car fon 
poulx d’ailleurs languiflànt & debile,s'augmen- 
toit tout auflî toft qu*vne des concubines de 
feu fon perc Alexandre,nommée Phyle,d''ex-. 
ccllcntc beauté , feprefentoit deuant fa face : de 
laquelle Perdicas cftoit venu fi cfpris & amou¬ 
reux f fans luy ofer tcfmoigncr fa paffion ) qu'il, 
fe confumoit peu à peu,tant eftoit grande la vio¬ 
lence de ce feu couuert. MaisHippocrates ayant 
defcouucrt la caufe du mal,y feeut apporter forjc 
‘ D iij "" 


^4 SICT. !■ DV 1»OV]lTaAlCT 
dextreméc je remede. Garen ayant àduercy Phyi 
;ie,elle(pottT fauuer le Roy) le i,arcflr3nt,& regar^ 
dant d’vn oeil doux & fauorable, il fat en peu de 
temps teftitué en fa première fanté. G’eft ce qui 
en eft eferit par Suranus en fa vie. 

il y a vnc femblable hiftoire defetite par Plu¬ 
tarque, en la vie de Demetrius, qui ayant marig 
fafilîe nommée Sttatonice, auec le Roy Seleu- 
eus, aduint que le fils de ce Roy, nay de fa pre¬ 
mière femtne,dç qui eftoit ja grand,nomme An- 
tipchtts, deuint amoureux de çefte Stratonice fa 
belle merc, alTortie dVne parfaide beauté: voire 
en fut fi viuement cfpris & attaint.jqUe combien 
qu’il fit tout fo.n pofiible pour vaincre fa paffion 
il fe trouua pourtant le plus foible ; telleni.cnt 
qu’il iugea qu’il n’y auoii; remedequ’enla feule 
mort i d’autant qu‘il fentoit fon defîï reprocha- 
ble,& f^paflîon incurable, ayant a|faire princi^ 
paiement à fa belle merc, & fon pete qui eftoit 
encore viuant,Sur ce dclefpoir,il délibéra de ter* 
miner fa vicà la longue,en s'abftcna'nc de boire 
^de manger, St feignant d’auoir quelque mal 
intérieur dans le corps qui l’en empefehoit,dans 
peu de temps il deuint dèfaid & tabide. 

Erafift-ratus grand médecin 8é;des premiers ^ 
iErafiftra^ entrelesanGiens,appellé pour faguerifon, s’ap- 
*màec'mt peu de temps aiféœGnt,que le mal 

{ï»çf v»l pfocedoit d’amour: mais il luycffcoit difficile d’ç 
UJlpreme- cognoiftre la caufe &le fujet dont il proccdoir, 
tnmhU, na Ce que voulat defcouurir le médecin , il ne bou- 
immUe, ggpjj jQPj |ç long iour du cheuet de ce icunç 
Prince ; regardant tçes-attcntiuemçfic tnas^çenx 



DE IA SANEeV ' 5 ; 

OU celles qui cntroient, fuft-cc quelque icune 5 c 
belle femme, fillc,ou quelque beau fils:;Car lors 
f exécrable vice de fodomie eftoit commun : & 
pleuft à Dieu que la Chreftienté n*en euft pas 
efté depuis, &: n’en fuft encorcs auiourd’huy in- 
fedée : de mefraë ErafiAratus obfcruoit d’ail¬ 
leurs tous les roouueraens extérieurs qui ont 
aécouftumé de rcfpondre aux paffibns & affe- 
dions fecretes de l’ame. Or ayant remarqué 
tout autant de fois queStratonice arriuoit vers 
luy,ou {èule,ou accompagnée, le grand change- 
met qu’arriuoit audit Antiochus,foit en la cou¬ 
leur de fonvifage qui en rougijGToit &palliflbit: 
foit aux œillades amonreufes qu il luy daréoit' 
incelTamroentifoit au defaut de fa paroile,foit 
au poulx qui fe haftoit & haulToit, & autres tels 
lignes voire deraonftratifs d^vne amoureufe & 
effcenée palfion : iLçonclüd en foy-mefftic que 
c’eftoit l’amour: voire de Stratonice qui le tour- 
mentoit de la forte. Et apres beaucoup depen- 
femens qu’il eut en luy mefrae,s’il dcqlarerok 
au Roy la caufe du mal,ou non,en fin feéonfiant 
en l’amour paternelle que le R oy portoit à fon 
fils,& voyant qu’il y alloit de fa vie, il le bazar¬ 
da de le faire, & de luy dire que le malqü’auoic 
fon fils n’eftoit autre choie qu’amour: Mais que 
c’eftoit vn amour dont il eftoit impofllble qu’il 
iouïe o & par conlèquent fon mal eftoit incu¬ 
rable. Scleucus demeura tout cfpcrdu d’enten¬ 
dre cefte nouuelle,& luy demanda poürquoy 
il eftoit incurable : pour autant dit Erafîftra- 
tus qu’il eft amoureux de ma femroe;&deailuy 
D iiij 


5 ^ SECT. I. DV POVRTRAl C T 
rcplicque le Roy , t’ayant touiîours tenu tant 
mon amy comme i’aÿ fait,ne voudrois-tu pas 
pour fauuec de mort mon fils luy quitter ta fem¬ 
me, à fin qu’il la printeninariage î tu ne le fer ois 
pas toy-raelrae, replicqua-il au Roy, fi.c’eftoic 
Stratonice qu’il aymafl:. O pleuft aux dieux que 
ce fut à elle qu’il s’addreiraft, rcfpbndit le Roy, 
Ce qu’entendant Erafiftratüs & croyant ferme¬ 
ment que le Roy lédifoird’vn cœur non feint, 
âins outré pour l’amour de fonfils, veu les lar¬ 
mes qu’il en verfoitj le prenant parfa main, luy 
■dit franchement : Tu n’as ^ Sire, en Cecÿ que fai¬ 
re de raonfccours:tupeuxfeuleftânt.pere,ma- 
xy Sc Roy,eftre medécin de la maladic de ton fils 
qui ay me Strâtonice.Ce qu’entendu par le pere, 
conuoquc-foudain fdt) oonfeil, & pourgarantit 
fonfils,le fit couronner Roy des hautesprouin- 
çés d’A’fîo,cn luy quittant & donnant en maria¬ 
ge Stratonice. . ; ' 

- Voilacommecesdeuxgrands-perfonnagcsont 
dcfcouucrt par leur fubti! cfprit ,ce mal caché 
d’amour, & en ont deliuré deux grands Princes, 
Mais auec quels remedes ? en leur confeillant 
Ja iouyfiancç de lacliofe aymccrc’eft à dire en 
guctidànt vn mal par vn plus grand mal, à féa- 
uoiren leur conféillânt vn incefte; ouîeur per¬ 
mettant ordonnant vneordcpaillardife, qui 
eftoit perdre leur ame pour fauuer leur corps, 
^ais cefte proccdiire d? medicaraenter eftoit 
en médecin Ethnique,’qui ne doit cftrc fuiuic 
par le médecin Chreftien,qui à tels maux doit 
îrççhcrçhêï autres reraHes, où Dieu ne foit 


DE^ L A S A N t e'. )7 - 

ôffcnfé. Vcu qu’il y en a plufieurs voire fî bensa 
fpeeifiqucs & appropriez àoe mal ; qu’il tiendra ^ 

à la defobeyfTancc du malade, & non à l’office 
& deuoir du médecin qu’il n’en foie à plein de- 
liuré. . ' 

Le remede principal Sc general qu’il faut ^rdy teme^ 
toufiours mettre èhâuant le premier, non 
lemcnt en cefte paffion.ains-éh d’autres maladies: p^io„sie 
c’eft d’auoir recours à Dieu, comme au foüue- Vej^rit. 
rain médecin de tous maux;à la bonté, toute 
puiffiancc & bcnediéèion duquel tout rnèdecin 
Chreftien doit commettre & foÿ & tous les re¬ 
mèdes, & difpofcr les malades d’y mettre, & en 
attendre leur plus grand fccours: il doit palier 
outre en mettant deuant les yeux de tous ceux 
qu’il cognoit xftreattaints de cefte violente & 
pernicieufepaffion qù'ils font priuez de fehs,de 
lugcment & d’entendement :&par conlèqucnt 
rnalades à la mort : eftans mefmcs plongez dans 
vnc ordure qui les rend abrutis, infenfez,enra- , 
gcz,ennemisdetoutevcrtu:voiredcDieumcf- 
mc, à l’amour duquel ils renoncent, & font par 
ce moyen priuez de fa grâce: dont ils ne doiucnc ' 

attendre que la mort &daranation etcrnelle,s’ils ‘ 
ne reuiennent à eux, 5 iî n’ont recours à fa miferi- 
, corde. • 

Qiwnd 1 « maux font grands & du tout dé¬ 
plorables :1e vray médecin pour ledeuoir de la 
charge doit faire fon pronoftique du péril émi- 
nent & prefent. Ce qui rend par fois Tes patiens - 
plus obeylTans ëc attentifs à vfer des remedes 
que Dieu bemt,6c en reçoit-on guerifon. ' ^ 


,j8 SECT. I. ».V î?'OVRTRAlCT 
rrdyfeme» Ce grand & general remede eft tout cçleftc 
2e desafe. &diuîn,Iésdtogues croiflcntau ciel,c’cft Dicu 
£hottsdeie- ^niles ordonne & dirpcnfc, & qui fcul les bénit 
fur^T ^ recoure à luy, quand on rinuo-f 

que, & qu’on cfperc (on falut en fa feule miferi- 
corde. " 

Il y a d’autres rernedes qui font particuliers 
' . & qui defpcndent du médecin, entant qu’hgm- 

ine,& rainiftre ordonné de Dieu pour guérir les 
hommes. 

L’vn de ces particuliers remedes c’eft la fa¬ 
çon de viure par laquelle on ooraraence aujSî 
à toute, autre maladie comme vn remede fort 
.fouucrain : mais quelle fera la plus propre pour 
celle paffion, ç’eftladiætc Pythagorique, c’eft 
àdircefcharce, gmccllc qui fuft apprife par Ly-^ 
.curgus aux Lacederapniens : qui çftoit fi eftroi- 
te & jii bien reglce,qu’on la nommoit ordinairè- 
MfehoUde ment en la Grcce, lefcholc de fobrieté &d’ab- 
fohrtete^ ftincncc. Ilkur fâu,tdoncpour tout reftaurant 
lotage Bo/r ?^ue nation, dont leurs Rois 

vfoient par grandes dclices :1a rneillcure faucur 
dtSfarte. &aflàifonnemcntduqueleftbit des’afFamerpar 
vn long & grand exercice auant que le pren¬ 
dre: autremêt il feroit de fi mauuaisgouft qu’on 
le cracheroit foudain, comme fit Denis le ty¬ 
ran: car il n’y a meilleure faulce que d’appetir, 
ou bien ils feront releguez an pain & à l’eau: 
, dequoy ils n’auront à fc plaindre , veu que le 
Cym «»• gtandEmpereurGyrus, comme l’efcrit Xeno- 
^ ieau en pnon en fa vie, fe contentoit bien voire cnplci- 
fes repas, ne fauÿdc telle façon deviure. Car çftànt in- 


DI L A s AN f e', " 5 ^ 

terrogé vn iour par vn de fcs domeftiques, ce 
quilv.pujoir quonluyapprctafl: pourfon fou- 
per, rien que du pain,refpondit-il,car nous fou- 
peionstanroft auprès de la fontaine. Ceftdonc 
vne abftincncc, vne vie efcharcc & trcs-fobre, 
qui eft fort conuenable à celle voluptueufe paf- 
lion ; car Bàcchus & Venus vont de compa¬ 
gnie, & apres la pancc vient la dance, comme ' 

<lit leproüerbc, & l’expcrience vérifié que les 
goulus, yurongnes, diflblus & oifîfs font com¬ 
munément attaints de celle voluptueufe paf- 
lîon : car fans Cerçs & Bacchus Venus eft froide . 

&salentit. ' ’ ’ 

Celle eftroitc abftincncc confine germaine 
^de la faim ) que nous confeillons maintenant 
aux paflionnez d’amour, eft empruntée de l’vn 
des remedes que Crates leThebain ordonnoit 
à ceux qui eftoient trauaillcz du mefme mal, 
comme l’efcfit Laërtius auliure é.chap.5.nous 
rédigerons icy par eferit les mefmes termes à 
plus près, d’autant qu’ils font beaux : il mettoiç 
donc en auant trois remedes, comme fculs & 
louuerains pour la guerifon d’vn tel mal, à fça- 
uoi J la faim, le temps & le Jfvùremt- 

îicol : car comme ainfi foit que le luxe & les‘^“‘^^ 
dehees foicnt la première & principale nour- l’amur, 
riture d’amour,fon remedecilla faim,leicuf- 
ae& labftincncc: linon autrement le temps y 
remédiera, qui a CQuftume de modérer, racler, 
effacer & faire oublier toutes chofes: que fi ces 
deux remedes n’y feruent de rien , le licol en 
fait Je dernier pffice ,ç’cft à dire qu’il faut que 


éo SeCT. 1. DV POVRtRAlCT 
le malheureux fc pende. 

Nous deteftons ce dernier remede comme 
«liametraleraent oppofé à la foy & religion 
Chreftienne, bien que nous ayons fait ja voir 
que plufieurs réduits en extrême defcfpoir par 
TefFort d’vnc telle & violente paffion fe font par 
leur propre ordonnance desfàits- &renduzcux- 
fficlmes les bourreaux de leur vie. 

Il refte à parler d'vn autre particulier & der¬ 
nier remede pour la gticrifon d’vne telle pafllon, 
SmedesC^cA de leur faire voir par exemples la grande 
2’<ji»o»r^4r iniferCjftttpiditéjVoire brutalité où font réduits 
txm^Us. font frappez : la confideration du 

mal d’autruy nous fait bien fouuent deuenir fa- 
ges: que fi tel remede n’eftfuffifant, il leur faut 
mettre en auanc les tourmens.les douleurs, les 
pourritures & corruptions, les puanteurs, les 
vcrollcs, les chancres qui rongent tout le vifa^ 
ge, & autres parties du corps, & qui fans mou¬ 
rir font foufFrir cent fois le iour aux perfonnes 
des tourmens incroyables & plus infopportar- 
blés quciamefme mort. Pour fin il leur faut re* 
prefentér Thorreur & la laideur de ce vice en 
toutes fes eonlcqüences, & comme le fubiét le 
plus beau qui les peut fi fort paflîonnër, n’eft le 
. plus fouuent que fard,mafque & faicté. 
maintesfois fous le blanc arfcniq la poifon eft 
, cnclofe : comme fouuent auflî fous Therbe plus 
verte & fous la belle fleur le ferpeât venimeux 
cfl: caché, 

Il fera à propos d’infereren cet endroit deux 
belles expériences & cures faiétes fur deux di- 


DE LA santé'. 61 

acrs araoureux,& ce par l’ayde & moyen du der¬ 
nier rem ede. 

La grande beauté dont eftoit doüee vnc da- JJiflalre it 
me d’Alexandrie nommée Hippatia, nous four- 
nira de fubiet &preuueen cecy. Cefté dame ne - 

paroiffbit pas feulement la plus belle de 
de fon temps, comme la pleine Lune entre les/« efiho-^ 
efl:oilles,& le lys & la rofe parmy les herbes 
fleurs d’yn iardin diapré de diuerfes couleurs, 
ains outre cela rcluifoit en fcience entre les 
plus beaux efprits de fon aage. iufqdcs à eftrc 
capable d’cnfeignec & lire publiquement : il 
aduint qu’vn de fes efcholiersdesplusauancez, 

& comblé de plus grande vigueur & capacité, 
en deuint fl amoureux, que l’amour le contrai¬ 
gnit de luy dcfcouurir le mal & l’cxtrcme mar¬ 
tyre qu’il ÇoufFroit pour l’aymer trop ardem¬ 
ment la priant d’en auoir pitié. Hypatiaquinc 
vouloir pas perdre ou defcfpcrer par yn refus 
trop auftere vn ieune perfonnage qui tefmoi- 
gno.it baymet auec tant d’affedion & de paf- 
uon,s’aduiia d*vn expediêt & remede fort doux, 
fubtil dcconuenable. Car le recogrioiffant bien 
né & capable de raifon, voicy ce qu’elle fit pour 
le deftourner de fon amitié : c’eft qu’elle fait 
prouifiondc quelques drapeaux ianglans &in- 
fedez de fes mauuailés menftrues, & l’ayant fait 
vn iour entrer en fa chambre faignant luy vou¬ 
loir donner contentement, haulfe fa robbe, luy 
defcduure vne ordure fi contagieufe , & luy 
tient telles ou fcmblables paroles ; Mon aray 
regarde vn peu, ie te prie, quelle part tuas laifle 


€l SECT. ï. bV POVRfRAlCf 

ton iugeûient en fegueftre: confîdercqucc’cft 
que tu airaes.-examine de près quel motif t’in- 
duitàcarellertantd’immondicitéfardée&dcr- 
guifée d’vne vaine beauté : à ces paroles ce icune 
adolefcent comtnence de r’entrer en foy-mclmc; 
rougit de honte, de voir vnc telle faleté, repre- 
fentée fi ouuertemcnt,& deuint apres plus fobre 
& raoderéen fesaffedions. Suidas nous rappoU 
^ tccecy. 

^empUie yie de Raymond LuU 

le , racontent chofe prcfquc femblable : c’eft 
* qu aimant vne belle dame, & la preflant fort de 
fon amitié. Elle pour s’en deipeftrer luy donne 
aflîgrration vn iour de la venir trouuer, ce quil 
, & Ix trouua mcfnâc couchée dans fon liât 
duquel s’eftànt approché,elle dcfcouurii: fon tc- 
tin gauche j & luy fit voir vn grand chancre qui 
l’auoit prcfquc tout rongé, fpedacie û hideux* 
que cela luy feruit d’vn feur & fpecifique remcv 
de : car fon extreme ardeur d*amour en fut fou* 
dain efteintc & changée envn amour ^charita¬ 
ble de la fccourir & aider à la guérir 3c ddi- 
urcr d^nc fi grande mifere. Ce qui l’occafionna 
de voyager, hanter les grands perfonnages, SC 
de s’addonner à l’eftude de la Philofophie chy* 
mique,pour chercher la médecine vniuerfdllè 
qu’il trouüa à lagucrifon & faute decefte fem¬ 
me. 

Reprenons le fil de noftre propos pour met¬ 
tre fin àccftc dcprauéc, tyrannique & folle paf* 
fiond’amour,des qualitcz & caulcsdc laqudlcj 
tant internes qu’externes, (auec ce qui appar- 


D E t A S AN T ë'* 6^ 

tient à la curation ) nous auons allez amplemcnc 
parlé. < 

Il y a aflTez long temps que nous auons aulE 
dépeint au vif celle effrenée paffion en iVn de 
nosçhantsdoriques, intitulé l’amour celefte,où 
nous fâifons voir îa différence du vray &lairi<^ 
amour permis & decent à tou tes perfonnes, d’a- 
uec le faux & le fale , lequel nous deferiuons 
comme s’enfuit , afin que chacun reeognbilîc 
quel il cft,& s’en prenne garde : ce ne fera donc 
hors de propos d’emprunter de ce chant trois 
ou quatre ftanccs, ou ie deferis l’amour volu¬ 
ptueux & illicite,en i’oppofant au fainâ; & cclc- 
fte,commc il s enfuit. 

Cet amow engenàn de torde volupté 
€(h poHrtant adoré comme vne Deitê» î 

O grande lafcbetél o grande vilenie, 

Qjton croye des hauts Dieux grand maiflrtvn pe» 
titnain: 

Tere de la nature, vn tyran inhumain t 
Prote^eur des humains, le bourreau de leur vie. 

Qiulle brutalité! quel defaut de vertu: 

Qu’on fait d’vntel amour tellement combatu. 

Que la raifon en quitte au fol defir la place? 

Qu on s’en transforme en befie.&quon perde fin los 
udinfique le perdit le preux Thebain Heros, 

Changeantyrop abruty,en quenouille fa majfe. 

Qj^el eceruellement I qu’on efeoute vn pipeur, ' 
Qifonfifisenvn fol,ê^quon croye vn trompeur. 



ér4 SECT. I, DV POVRTRAICT 
Quin fe pHtfe loker d’vn qui nous fait outrage^, ' 
Qji on nomme gracieuxyle pm du defdain \ 
Heureux vn malheureux,fils du Ciel, vn mondain» 
y eritahlevnmenteur,&confiant vnv'ûUgei 

Mondains ce vain amour affolle vos raifons: ■ 
Mondains ce vain amour renuerfe vosmaifins: . ■ 
Mondains cevain Amour^qùin^eflrien que fumée» 
Apres l'aueir feruy ,,vous paye auecduvent, 

Voses enrichit de perte, cér en vota deceuant. 

De voflre honneur en fin honnit ta renommée,Sic, 

le dépeins cncopplus au vif & plus au long ccî 
amour , non amour,en mon premier liure du 
grand miroir du monde , fous l’attribut que 
Dieueftgr'atieux & plein d’amour : où ie feparc 
l’amour de Dieu, qui eft proprement lcfeur& 
vray amour d’auec le uoftre, qui comme ic l’a- 
uoisja monftré, n’eft autre qü’vne effreneepaf- 
iîon,fuiuant les vains obieârs.d’vnecoricupif- 
cencc,où y a des muances t interualleSjVoiredi- 
uers.& repugnans. En lieu que fermeté,amour 
ou charité en Dieu,fonc y ne mefme chofe, com^ 
meielcdefcrisj& leseffcclsquicn proecdcnc eii 
peu de vers en cemien liure. Dieu nous face donc 
Ja grâce que nous le puiflîons recognoiftre pour 
JciQül& vray amour, & en attirant d’vnfainél: 
crabrafementù foy nos cœurs &nos âmes face 
que nous l*airnions, comme il nous aime: c’eft le 
feul & principal remede pour nous guarentir de 
l’e^rence paSion que nous venons de tràiwer. 


DE LA CHÔLERE. , 

Chap. VI. 

E ntre les Philofophes qui ont traiâéla 
philofophie morale & defcrit bien à pro¬ 
pos les paffions de l’efprit , Scneque & Plu¬ 
tarque - tiennent? de droiâ: les beaux premiers 
rangs. Or fus toutes ces paffions & l’vn & l’au¬ 
tre ont pris plaifir à nous peindre merueilleu- 
feraent bien auvif lacholere, afin que fa feule 
forme ôc figure fi horrible, en nous efpouuan- 
tant, nous la fift fuyr, euiter & craindre com¬ 
me par les cornes, parles dents, vngles, gueu¬ 
le , yeux effrayans , nous fuyons de craignons 
d’approcher des beftes monftrueufes & efpou- 
uentables. Ils nous la figurent doneques comme 
vneMegere,furieufe,enragee,audacieufe, vio- Effets h 
lente, tyrannique & cfpouuantable : & nous l^chdkrt, 
ont fai6t voir qu’elle eftoit la racine & fource 
de toutes partialitez, troubles, tumultes, pro¬ 
cès , guerres j meurtres, ruines & faccagemens : 
la pepinierc de tous maux & delordres ; le de- 
luge, la tempefte, le feu, le canon, le tonnerre 6c 
la pefte ; qui noyé, qui fubmerge , qui brufle, 
qui bat, qui foudroyé > qui infeétc, toc & ruine 
tout le monde , qui précipite les hommes fes 
efclaucs en vn abyfme de fautes, qui leur caufe 
vnc infinité de maux eftranges , tant en leur 
corps qu’en leur efprit. Et bref fi mefehante & 
detcftablc, qu’elle ne les abeftit piiS feulement, 
en changeant leur humanité en la brutalité des 
£ 


SECT. I. T>r POYRTRAlCT 
tygres, ains les transforment fouuent en diables 
efpouuantables. 

Ce n’eft pas ï nous en ce lieu de parler des in¬ 
finis & grands malheurs quVnc telle furie pro-^ 
^ duit au monde, nous contentant d’en auoir tou¬ 

ché en general, comme en paffant,quelque mot ; 
mais nous - nous arrefterons fur le pouuoir 
qu elle a fur l’homme,à faire voir les cftranges 
maux qu’elle produit fur luy, afin que les caufes 
en eftans de près recherchées & cogncücs, nous 
y apportions quelque bon remede, ce quieft de 
noftre deuoir & office principalement, 

Defitiptfm P^^emiereraent pour bien dépeindre cefte ef- 
dt U choie- frenee paffioh, & au dedans, & au dehors, rc- 
te, gardez fa démarché brauache à pas defboedez; 

voyez luy frapper des pieds la terre auec vne con¬ 
tenance farouche & def-ordonnec, fe tournant 
ores ça ores la , de cofté& d’autre; ores rougif- 
fantjores blemiffànt : battant des coudes tout ce 
qu’elle rencontre : voicy comme fa propre om¬ 
bre mefrael’offenfe &luydefplaift: oyezfa voix 
tonnante & tremblante, ores la hauffant, ores la 
baifiànt félon que fa fureur la poufle ou la retiêt : 
voyez comme elle mord fes levres, comme elle 
frappedu poing fa poiélrine ^ comme elle s’arra¬ 
che les cheueux qui ne luy ont fait nul mal: à l’e¬ 
xemple d’v.n fier maftin qui court apres la pierre 
qu’on luy a jettee pour la mordre, exerçant con- 
Vtfage^mi- tre elle qui n’en peut mais toute fa fureur ; fi 
rotrdespaf. voulez regarder de plus près auvifage, 

pm * miroir & marque de toutes paf* 

^ ‘ . fions & complexions : regardez comme elle 1’* 


DE IA santé'. èf 

rouge & farouche, & rouf tauelé de taches roué» 
fes comme vn léopard: voyez luy le regardfu- 
rieux,les yeux cous fafFranez&eftincellans, com¬ 
me de flambeaux ardens : les cheueux couleur de 
bœuf, heriffèz & crcfpcz comme ceux d’vnc mo¬ 
re : quel monftre fe pourroit trouuer qui foie plus 
effroyable que cefte furieufe cholere î La voila 
pourtant depeinâie lors qu elle eft en fa meilleu¬ 
re &plus douce humeur, & qu elle a plus tran¬ 
quille refprit. 

Mais lors que quelque perfonne eft pofTedee 
de cefte furie, ou que Icparoxyfmc leticnt,c’eft 
lors vne vraye & cfpouuantable Megere toute 
efchcuelée, tenant en lieu d’vn fouet vnccfpce 
fanglante en vne main, vn flambeau ardent dans 
l’autre : ayant les bras retrouflèz , fa poidrinc 
toute ouuerce , s’eferimant, virant & tournant, 
tancoftça,tantoftla, efeumant de.rage, & criant 
d vne voix efpouuantablcjtuë, tue, àmort,à fac, 
àfang, comme eftant forcenec,furieufe,enra¬ 
gée , eftourdie, & deftituée de fens & de raifonj 
guidée feulement d’vnc meurtrière affedion 
d’aflàfGner, tuer & fkccager , perdre & ruiner 
tout ce qu’elle rencontre. Bref, alors elle furpaflè 
en fureur & cruauté les plus furieufes & cruel¬ 
les beftes. 

Telle forte de cholere,ou po^urmieuxla qua¬ 
lifier, cefte rage & furie infernale eft l’extreme 
cholere ou fureur : qui n’ofte pas fimplement 
l’vfage de la railon , ôc qui ne rend feulement 
turbulent l’efprit , ains le depraue, le peruertit 
& corrompt du tout, 5c par confequent cefte 
E ij 



6Z SE CT. I. DV POVRTRAlCT 
paflion n’eft pas moins déplorable que diaboli¬ 
que & damnable. ^ 

Il y a vne autre forte de cholere totalement 
bppofite à cefté-cy, qu’on appelle douc&puiuftc 
cholere, vn zcle feruent ou vehementc cfmotion 
d’efprit : pour la reprehenfîpn de ce à quoy'on a 
du deuoir: comme le couroux & aigre parole 
dont vfc vn bon pafteur enüers le troupeau que 
Dieu luy a donné à conduire : le couroux & cha- 
ftiment du .perc (de faid ou de paroles) enuers 
fes enfans ,& du précepteur enuers fes difciple's, 
& du maiftre enuers fes feruiteurs : telle cholere 
efl: fupportable, bien qu’il la faille toufiours mo¬ 
dérer , fans exceder les limites de la raifon : aufll 
fe doit-elle pluftoft définir vne bonne aftédion 
que paflion. 

Il y a vne autre forte de cholere,qoi tient l’en- 
trc-milieu des deux, qui eft vrayement paflion 
d’efprit ,&qui le troublant, tourmente & agite 
de mefme le corps en diuerfes fortes, & luy caufe 
diuers maux. 

Deuxfortes De cefte-cy on en fait de deux fortes, l’vne qui 
Àe cheUte feft à plat defcouuert : c’eft à dire qu’on tefmoi- 
àe l min. gne^qu’oii vomit, & dont on fe defeharge prom- 
ptçtncnt, prifee & tolcrce d’aucuns qui iugent 
eftre bon de ne garder vne eau punaife dans le 
cœur lohguement. 

Dautre eft difliraulee , feindc , qu’on peut 
garder long temps, fans la manifefter &mettre 
en euidence. Ce pendant c’eft comme vn fen 
quicouue fous la cendre, qui s’entretient & con- , 
fcriie long temps,fans s’amoindrir ou amortir:' 


DE IA santé'. 

bien que telles cholcrcs foient differentes félon 
,ie fubjet quelles occupent qui fera different, l’vn 
d’vn tempérament chaud , bilieux, prompt Sc 
fubtil : l’autre pituiteux & melancholique plus 
materiel qyc formel, & l’vnc & l’autre paffion 
pourtant font effrenees & dangereufes , & tra- 
uaiilent diuerfcraentles corps : l’vne femble aux 
feux volages qui produifent foudain la vigueur 
de leurs effcâis : l’autre' eft comme vn cancre 
occulte qui ronge peu à peu dont la cure eft 
plus difficile. 

Defquelles deux paffions nous prétendons 
, traidler particulièrement, comme eftant l’vne& 
l’autre, vrayes paffions & maladies fpitituclles qui 
peruertiffent & deprauent les funâions denoftre 
corps, d’où naiffent plufieurs & diuers maux Sc 
accidens eftranges, à quoy le fecours du médecin 
eft neceffaire. 

Ces deux paffions ont deux principaux inftru- 
. mens auec lefquels elles produifent leurs vehe- 
mens & atroces effeds, à fçauoir la main & la 
langue. 

Auec la main on bat ou frappe en diuerfes fa¬ 
çons , auec vn tel tranfport fouucnt qu’on en tuë 
fes femblâbles ; auec la mefme main on eferît in¬ 
famies , vitupérés, maledidions,iniures,voire on 
en picque iufques au fang les hommes, en tou¬ 
chant fur leur preud’hom mie & honneur,quand 
mcfmes on feroit eflongné de cent & cent üeuës, 
auec telle violence & infupportabic e&rt, qu’on 
ne fçait lequel eft le plus grand,ou celuy de l’efpsc 
ou de la plume. 

E iij 


Inflramtm 
de U choie- 
re four fe 
venger. 



7Ô SICT. ï. DV POVRTS.AICT 

Le fécond inftrument c’eft la langue, qui n’cft 
jas moins dangcreufe que la main. Et quand 
nous h dirions mefmc plus pcrnicicufe , nous 
ne penfcrions pas impofcr ou mentir. La main 
«ft bien vne partie plus grande, elle frappe plus 
à defcouuert > & fes coups font bien plus pefans: 
mais fouz la langue du mefdifant & paifîonné 
àr de cholerc, cft cachee vne mortelle peifon, & la 

bouche qui l’enferre c’cft vn fale retrait &jcloa- 
que d’où ne s’exhale que puanteur & mortelle 
infedion. 

Les Philofbphes moraux, & entre autres Plu¬ 
tarque au traidé de bien parler, monftrent pat 
diuers_cxemples les maux infinis, aufqucls la lan¬ 
gue bauarde d’vn paffionné de cholere & efFrcné, 
précipité les hommes : df que la plus grande vertu 
qu’on fçauroit vcoir la plus propre pour la focie- 
té humaine, c’eft la taciturnitc: c’eft à dire fça- 
uoir bien & longuement efeouter & préméditer, 
& eftre bref & court enfcsrefponfes,à fçauoir 
dire peu ou rien, 

La main donc & la langue font comme nous 
le venons de dire les deux principaux inftru- 
mens du cholere , lefquels il met en befongne 
pour executer les effeds de fa furieufe paffion, 
quand l’vn & l’autre font mal gouuernez & 
poffedez d’vne perfonne atteinde d’vne telle 
Id langdt maladie: car autrement la main & la langue en 
it»x vtt~ perfonne bien moderee, patiente, vertueufe, 
firümnTta ^ craignant Dieu , font les organes & mem- 
Vhomehim ^tes les premiers de toutle corps, les plus ytilés 
& necclfaires, l’vn pour chanter ks loiiangcs. 



IA SANTlV,-, _ 7X 
l’aatre pour les célébrer & d'eferire, & en exer¬ 
cer enuers fon prochain toutes œuures pies éc 
charitables. Surquoy nous pouuons alléguer 
ce vers; 

Nil meUtts linÿiâ » lingna ml peitu eâdem. 

Or outre ces deux inftrumens dont la cho- 
kre Ce fert pour exercer fâ furie, & par où fa 
manie fe manifefte le plus, en battant,cnfrap- 
pant, detraébant ôc criant à tort & à traucts, le 
plus fouuent fans occafion ou caufe quelcon¬ 
que. Il y a encores des autres indices fîgnificati^ 
& prédictifs du boiiiilant mouuement d’vne 
perfonne cholerc qui volontiers eft toufioürs 
prefumptueufe, faifant trop de cas de foy : citant 
trop douillette, prompte , fenfible & fubtile: 
tellement que telle perfonne s’ofFenfe de la 
moindre parole , ou œillade, proferee ou jet- 
tee de trauers, bien que ce foit fans y penfer; 
à qui la meilleure àCtion defplaift, fans qu’on 
puiffe faire ou dire chofe qui luy foit aggrca- 
ble , & où il ne trouuc à redire , & qu’il ne 
s’en chagrine. Tous lés cuifîniers de Lucul- 
lus ou de Attitius ne luy pourroient préparer 
vne faulcc qui fuft à fon appétit : il ne peut 
fouffrir qu’on luy contredife , quand ce feroit 
auec toute raifon : il ne prife rien que foy: 
vous le verrez mettre aux champs pour vn 
verre caffé ; prendre vne querelle fur vn pied 
demoufehe, c’eft. àdire pour la moindre occa- 
fion : c’eft vn efprit fi délicat, tendre & cha¬ 
touilleux , fi peu fouffrant & endurant, qu’il 
s’ofienfe du féal foufile des perfonnes , il eft 
£ iiij 



SB CT. I. DV POVRTRAICT 

fetnbkble à vn goutteux qui crie auant qu’on le 
touche : Bref telle perfonne nee d’vn temperara- 
ment cholérique, d’vn fang chaut ,& prompt, 
porte engraué fur le front en lieu des trois gr⬠
ces ou charitez, l’impatience , l’inconftance & 
l’impiété ; car ils font impies & cruels entant 
qu’ils ne peuuent eftrc charitables, attendu que 
les proprietez & effeds de la charité rendent 
rhommebenin, doux,clement, patient, gra¬ 
cieux, affable, fupportant toutes chofes, t>nt 
qu’il eft poffiblc^ qui font qualitez diametrale- 
snent contraires à la cholere. 

Qiiant à l’impatience & l’inconftance, el¬ 
les paroifTent affez en toutes fes adions, eftant 
prompt à s’efmouuoir, roulant , tournant de 
tous codez ^lon que cefte paffion le domine, 
l’ypouflè, fy difpofe, & le met hors:des ter¬ 
mes de raifon, & d’vne ferme conftance, il eft 
L'hùwme pour lors fêmblable en cela à vn fable mbu- 
tUUtefim uant, à vne girouette qui tourne-vire de toutes 
bUbltà va papts : au lieu que tout homme qui a le fens 
^uanl 0 » ^ faflîs, & qui eft modéré , femble à vn ferme 
vne gf. locher qui ne peut eftre efbranlé par le flot, 
iQtienf, pat le vent, ny par nul orage : où à vn corps 
cubique ou carré , qui s’arrefte & fe trouue 
toufiours de quelque cofté qu’on lé tourne en fa 
quadrature, à caufe de fan ferme 5c folide fon¬ 
dement. 

De cefte continuelle 5c trop grande ebul-, 
lition , efinotion 5c agitation d’efprit, tour le 
corps , tout le fang , toutes les humeurs s’ef- 
chaufFent, s’efmouuçnt 5c fc troublent ; la 



DE LA SANTE*. 7f 

bilieufe mcfmcment qui domine fuc tous les 
cholercs,& qui comme eftant la plus foulphreu- 
fe, s’allume pluftoftque toutes les autres d’ôu 
nailTcnc les fleures ardentes, bilieufes, lès tier¬ 
ces , les pleurefies, & autres internes inflam¬ 
mations : du mefme humeur agité & hors de fes 
limites, & deüe température, naiflent auffi plu- 
fleurs autres maux tant internes qu’externes. 

Entre autres cefte maladie qu’on appelle cho- 
lerc, qui regorgeant du fiel en l’eftomach, fait 
aller comme vn verre d’Antimoine& par hault 
& par bas. La iaunifle qui fafFranc tout le corps, 
les crifypelcs ou feux volages , les dertes , les 
vlccrcs noraiques qui nous rongent tout l’ex- 
terieur du corps. Ce quenous mettons en auant 
à fin de faire voir les grands & diuers maux cor¬ 
porels qui procèdent de cefte humeur choléri¬ 
que dont prend fon nom cefte maladie fpiri- 
tuellc, laquelle mefme bien fouuent conduit 
les perfonnes à la mort : tant eft grande cefte 
furieufepaffion. 

L’Empereur Nerua qui cftoit valétudinai¬ 
re, & qui auoit vn fl debile ventricule qu'il 
vomiflbit fouuent fes repas : vn iour en fc 
cholerant contre vn certain qu’on nommoit ' 
Regulus, fiftvn fi grand effort de la poidrine 
€n criant contre luy, qu’il en füft foudain fur- 
pris d’vne fleure , fuyuie d’vne fueur ddiîc il 
mourut. 

Le mefme aduint à l’Empereur Valentiâian 
lequel bruyant & tenant, plein d’ire & de cour- 
roux, en plein Sénat contre les Sarmates , pour 

E Y ‘ 



74 SECT. I. ©V POVRTRAICT 
le 'defgaft qu’ils auoicnt faiâ: de l’Efclauonîe 
ou d’Illycic ,& menaçant le cruel, de deftruire . 
& entièrement ruiner tout le peuple, il vomift 
le fang qui luy fortift par la bouche fi abondam¬ 
ment & impetueufement qu’il en mourut. 
C’efi; ce qu’en eferit de l’yti & de l’autre Cuf- 
pinianus. ' 

Pour faire voir en outre combien celle effte- 
nee paflîon d’elprit a de pouuoir fur le corps, & 
les diuers & eftranges maux qu’elle caufe, voire 
tous contraires à fa qualité, il nous le faut tef- 
XteimpU par l’exemple d’vn Venceflaus Roy 

d» lachole^ Bohême, qui fc mit vn iour fort en cholere 

te àt Vof eon|re vn fien fomnaeliet iufqucs à le vouloir 
tuer de fes mains propres , mais il fut furpris 
foudain d’vne paralyfie dont il mourut toft apres. 
Mçrueille qu’vne efraotion & paflîon choléri¬ 
que qui félon laqualité & nature dont elle porte 
le nom , deuroiteftré chaude & boüillante ait 
pourtant produid vnç paraly fie, la caufe de la¬ 
quelle tout le commun tient eftrê vnc pituite 
froide,c’eft adirévne; totalementoppofite hu- 
ineur à chplcre.^ Celle hiftoire eft deferite par 
Cromërusenfon liure i8. 

Tels exemples deuroient eftre toujours re- 
prefentez dëuant les yeux de tous cholcrcs, pour 
leur faite voir les tnaux , voire mortels où les 
précipité vne relie palfîon , a fin que cela leur 
puifle feruir à s’en donner garde. 

Il y a d’autres plus propres remedes que nous^ 
mettons en auant, tant pour la preferuation 
que pour la curation ; Et pour commencer par 


DE IA SANTE. 

la curâlion. Il faut premièrement & fur toutes 
chofes ne mefptifer le mal,âins y remcdier prom¬ 
ptement ainfiqueditlepoëte: Prwcipijs obfiaferl 
metücinaparamr: obuie à Tentrée du mal,trop 
tard le reraede on applique. 

Tout auflî toft quon fcnt quelque efmotion 
de celle paffion, qua le poulx fe haulfe, & que 
le cœur commence à bouillonner plus que ne 
permet la reigle d’vne bonne température : il 
faut fubit apporter le feu & l’eau de contcm- 
perance alcrabiqucc par la raifon ; comme fai- 
foit Socrates qui fe tcnoit fi bien modéré , & lExmfU 
fçauoit fi bien contempcrer fa cholerc , com-****”'^*'*' 
me le récite Plutarque en fon traiélé dclacho- 
lcre,que tout auflî toft qu’il la fentoit tancfoit 
peu bouillonner & s’aigrir , il s’effbrçoit d’au¬ 
tant plus à tcfmoigner vne modération & 
douceur, tant en fon vifage qu’en tous fes dif- 
cours. 

Mais dira on , où peut-on trouucr ce pauot 
de Gontcmperance en vn cholere qui de la na¬ 
ture cft picquant comme le poiure chaud , & 
qui eft tout boüillant & intemperé ; il le faut 
tranfplanter & cultiucr au iardin de fon cœur ^ 
de longue-main, & comme par la tranfplanta- 
tion & culture, les chicorées ameres s’adoucif- 
fcnt,ainfi en euîtiuant en nous celle contempe- 
rance.c’eft à dire en nous accouftumant àcftre 
doux, clemens, & conteroperez, nous en pou!>* 
rons faire vne habitude, voire vne nature toute 
contraire à celle à laquelle nous eftions enclins. 

Pour s’âccoullumer à celle modération & con- 



tiondePla- 
Un, 


X 7^ SECT. I. DV POVRTRAICT 

tempérance: Le mefmeSocrates lorsqu’il eftoit 
le plus altéré, il tiroit luy mefme de l’eau d’vn 
puits,qu’il mettoit fur le bord, la lailTant alTez 
longuement fans-en vouloir boire, bien que la 
foif 8c que fon appétit le prcflTaflènt bien fort, 
à quoy il refiftoit pourtant, pour en ce faifant 
Maniéré s’accouftumer à modérer fes cupiditez ', & à eji- 
de dompter durer patiemment toütes chofcs : car comme on 
dit en commun prouerbe,lacouftumc.ell vne au- 
If/«e nature. / ; x 

^eerates. Ceftc mefme contemperancc ou.moderation 
auoit efté fi bien cultiuéc dans le cœur de Platon, 
Medera- &y ayoit pri^s telles racines que toutes les iniu* 

' res & tous les outrages foufferta par Denis le Ty- 
ran pendant le temps qu’il demeura en famaifon, 
n’eurent aucun pouuoir feulement de le mettre 
en cholere>ou de lefâircfafehcr. 

Celle mefme modération fuftitelmoignée 
par le mefme Philofophe , comme le delcrit 
Plutarque au traiété .pourquoy la luftice diuine 
différé la punition des nialéfices. : car ayant vu 
, iour furpris fon feruiteur en vne trefgrande 
faute: il fut foudain fi efguillonné ôc tenté d’v- 
ne poinéle de cholere,qu’il en print vnballon,^ 
Exemple Comme s’il l’euft voulu frapper : mais il s’arrclla 
notable de pourtant tout coutt:, fans faire nul femblant de 
Platon, l’en vouloir punir. Dequoy s’eftonnant vn de 
fes familiers, qui auoit efté prefent au,fpe<Sacle, 
luy demanda pourquoy il auoit prins le ballon. ' 
Platon refpondit que ç’auoic efté pour cfiallier 
ôc reprimer fa cliolere qui auoit faid conte¬ 
nance de for tir hors des gons delaraifon- Celle 


SE LA santeV ^ 77 

conteraperance & modération cultiuée de lon¬ 
gue main en nous, & tournée en habitude, 
lert d'vne bonne précaution à telle forte de 
mal & paffion d’efprit, comme l’ont trefbien 
pratiqué les philofopKcs, & nous le monftre- 
rons par leurs exemples : à fin d’efmouuoir 
tous cholercs paflîonncz à vfer de tels ôç fi bons 
remedes. 

Les médecins difent communément qu’aux 
extrêmes & grandes maladies, il faut apporter les 
extrêmes remedes. l’apporte doneques prefcn~ 
tement à la cholcre que nous tenons au rang des 
plus grandes maladies fpirituelles , vn nouucau Le temede 
& extpeme remede , à fçauoir la patience,qui delacho- 
cft comme le feulvray & plus fpccifique remede, 

& voire le vray antidote & vraye eauë theriacalc 
pour nous preferucr ôc guérir d’vn fi mortel 
venin. 

Celle mefme patiencedefcouure dequelaloy 
nous fommes, en nous faifant foufivir fans alte¬ 
ration ny diminution , les rigoureux eflàys du 
feu de celle ardente paffion : & nous rend fem- 
blables à l’or pur, qui ne change de nature ou 
qualité par tout l’effort du feu des eaux fortes 
ou des Copelles, dont on l’efpreuue. Et tout ain- 
fi que l’or fe bonifie , tant plus on le paffe par 
l’examen des feux , ainfi tant plus nous nous 
exérçeons à pradiquer celle patience : & que 
nous nous en armons contre les alTauts de celle 
paffion , tant plus nous en fommes fortifiez de 
garantis: & refiemblons en cela à la palme, qui 
fe haulfe &rcl£ue tant plus on la cuide ployer 


78 SICT. I. DV POVRTltAICT 
OU abbaiffer : & à vn tambour qui tant plus fort 
& roideraent eft battu, c’eft lors que tant plus il 
rcronnc, & au fer qui d’autant plus qu’il eft mar- 
tcllé fur l’enclume, fe rend à l’efpreuue des armes 
à feu. Il nous faut faire veoir les beaux & grands 
effeds de cefte patience,pratiquée mefme par les 
Ethniques, 

^ Exemple Ariftippe reprenant vn iour les vices de De- 
d'Afiftip- uis le tyran , le mit en fi grand cholerc , qu’il 
cracha au vifage de ce bon phibfophe, qui armé 
de cefte vertu de patience, tant s’en faut qu’il fuft 
en aucune forte choleré, ou cfmeu de quelque 
impatience, qu’il le print en icu, & ne s’en fift 
que rire, en luy difant, que fi les pefeheurs pour 
prendre vn petit pôiflbn fouffiroient bien d’eftre 
moüillez, qu’il ne fc deuoit fafeher quant 
xHÎki. e» àluy d’eftre vn peu arroufe pour prendre vngros 
ht vie i‘A- faulmon. 

tifiipptu. Et à fin que nous fafîîons veoir que ce n’ont 
cfté les feuls philofophes, comme perfonnes, 
qui n’auoient moyen d’vfer de reuanche , mais 
qu’il y a eu de grands Princes qui les ont imi¬ 
tez, & qui aufli bien qu’eux ont cfté armez de 
la mefme modeftie & patience. Voicy cequ’ef- 
crit Plutarque en fes apophtegmes au traidc 
Exemple jg cholere d’Antigonus , comme ce Roy vn 
èAntigO' iour en temps d’hyuer , eut contraind fon ar- - 
****** mée de camper en vn lieu où il y auoit grand 
defaut des chofes neceftàircs, &qu’à cefte cau- 
/ fe les foldats vinftent à detrader & mefdi- 
rc de luy , ne fe prenans pas garde que le Roy 
n’eftoit guercs loing d’eux * il fe print à Icuer 


BE IA santé'. 79 

iucc fa baguette, les pentes de fon paiiillon, leur 
difaiitces paroles; Vous ferez pour pleurer fi 
vous n’allez plus loing raefdirc de moy.Pourroit 
on voir rien de plus clément que cefte gaillardi- 
fe, ny de plus gaillard & facétieux que celle clc^ 
mcnce ? Il fe^noit n’eftre pas marry de ce qu’ils 
parloienc mal de luy, mais eftre feulement cour¬ 
roucé de ce qu’ils parloient mal de luy, de fi près 
qu’il les pouuoit ouyr. 

Ce mefme Roy entendant vnc nuid quelques 
vns de fes foldats dire de luy toutes fortes de 
maux, & luy faire mille imprécations pour les 
auoir embaraficz dans vn dcftroiâ: fafeheux & 
plein de bourbier , il s’approcha de ceux qui 
eftoienten plus grande peine, & apres les auoir 
fecourus fans s’eftre manifefté ny defcouuert à 
eux,il leur did, allez maintenant maudiflez har¬ 
diment voftre Antigonus, par la faute duquel 
vous elles tombez en cet encombrier, fi mieux 
vousn’aymcz le bénir & loiier pour vous auoir 
deliuré d’vn fi raauuais palfage. 

Voila de quelle vengeance elloit content vn 
fi grand Roy qui tefmoigne fa grand patience, & 
la magnanimité de fon efprit. Ce qui cil efciic 
par Cœlius, liu.ai. chap. 18 . &'par Erafme, Iiu. 4 . 
defesapoph. 

Mais que dirons nous de cefte grande vertu ExmpU 
de patience &clemence, dont vn Philippe Roy deU ^ 4 - 
de Macedone fe treuue auoir efté armé & for- à$ 
tifié bien fouuent contre beaucoup de grandes 
iniures, calomnies, outrages, & mefdifances, 
qu’il a patiemment fouffertesendiuerfes fortes 



ÎO SlCf. I. DV 1>'0VRTH.A1CT 
& diucrfcs fois , comtpe les hiftoires en font 
foy. 

Plutarque aux apophtegmes des Rois & des 
Empereurs récité comme les Pcloponnefîens 
qui auoient receu de grands bénéfices & bien¬ 
faits de Philippe Roy de Macedoine , nelaif- 
foient pourtant aux jeux olympiques, de le pic- 
quer viuement, voire iufques au fang, en leurs 
farces ; dont ce Roy fut aduerty par aucuns de 
fès courtifans, pour l’induire à en prendre yne 
griefue & exemplaire punition, ce que le Roy 
refufa en leur difant ces paroles : s’ils font fi 
peruers & malins que de fe mocquec de ceux 
aufquelsilsontdc l’obligation , que feront-ils à 
l’endroit de ceux-là dont ils fe fentiront offen- 
fez. Ce Roy patient & clément tout enfcmble, 
aduifa prudemment qu’il ne falloir pas prouo- 
quer par la punition, les mefdifans en lés pu- 
niflànt, à mefdire encore plus amplement de 
nous, 

C’eft aufli pourquoy le mefme Roy eftant 
aduerty par vn des fiens nommé Smicytbc, 
qu’vn Certain Nicanor detradoit à tous pro¬ 
pos , ôc difoit mal de fa Majefté ; & eftant con- 
feillé par luy d’en prendre vne aigre punition. 
Nicanor ( refpond le Roy ) n’eft pas des plus 
'Mm *®efichans de Macedoine: Il faur donc voir s’il 
exemple ^’y » pas faute de mon cofté. Ayant donc reco- 
dudit Roy gneu qu’il cftoit en grande neceflité & qu’il 
for fémur- auoit efté mis en oubly & négligé du Roy: il 
<ÿtnUe. jyy g J porter vn beau prefent: ce qui l’efmeut 
à publier haultcraent & par tout les louanges 

du 


DE tÀ SÂkTé'. ' ti 

du Roy, dont Smicythus &àutres raduérftféritt 
qui faft Gaûfe qu’il leur fei^liqüa : Vous voyea 
doiv: qu’ilcft en noftre pouuoir d’auoir bonne 
ou mauuaifé réputation : voulant dire pat'cela 
combien les bien-faidts des Roys& des grands 
obligent toutes perfonnes à bien dire d’eux ï 
& de mefme au contraire. Cecy eft efcrit par 
Erafme au liu. 4 . des apopht. Il y a prcfquevnie 
femblâble hiftoire en Plutarque, de la clemenee ' Fhtarpi 
du mefrae Roy enuersvn Arcadien qui détra- 
âoitde luyàtQut propos^, mais l’ayant vn iour ^* 
entretenu doucement, & gratifié de quelques-- * 
beaux prefens, il n’y euft vn plus grand ptiblieur 
& Hérault de fes louanges eu toute la Grecé.'En 
quoy le Roy fift voir & fa patience & grande 
clemencc, & en faifant changer les mdeuïs per- 
tiers audit Arcadien, & fauuant vn homme que 
fon forfaidt condamnoit iuftement à la mort, - 
qu’il eftoit meilleur 8c plus fouutrain médecin 
que ceux qui leconfcilloicntdc le faire mourir 
& s’endeffaire. 

Qclius. en fon liu.ii. chap. z 8 . nousfiaîdfe 
voir encorcs trop mieux la patience du mefme 
Roy, fur Y outrage qu’il teneur d’vn Dêmocha- 
res, qui pourledelbordcmcntdefa langue & {k 
mefdifance, s’appelloitTherfîtes. Ceftuy eftoit 
en la compagnie de quelques ambalDidcurs que 
les Athéniens luy auoicnc enuoyez : Apres leur . ’ 

ambaflâde faidle&bienreceuë, eftanrfiir leur 

départ, le Roy leur didt : A duifez s’il y a quel- ■ ' 

que chofe en mon pouuoir, en quoy ie puiftè 

gratifiervoftre,cité; A quoy Demochatesptiriç 


St SECt. I. DV -POVRTRAICT 
I 4 paro,le & refpondit cftourdiment, ouy tu leur 
feras choie agréable fi tu te pends & t’cftrangles 
tey-mefme ; parolle indigne & atroce, &qui 
fgft tr^-^mal prife mefine ôc auec vne grande 
rumeur indignation des autres ambajfiàdeurs 
fes cotjipagnons : Aufquels le Roy fans s’en 
efinounoir leur parla ainfi doucement. Faides 
voftre rapport aux Atbeniens.comme telles gens 
, . , que lesjeurs, font bien plus arrogans & prefoan- 

, V. . ptueu?: ne s’abftenans pas de fi vilains outrages, 
que Ceux qui leur permettent le dire fans pu- 
' 'iiition', & qui digèrent facilement l’infolence 
d’vne telleiniurc. ; 

Qui voudra voir la grande patience & modé¬ 
ration d’efprit qu’ont eu plufieurs autres grands 
Roys & Princes, en fupportant les choleres & 
outrages qu’on leur faifoit ; Il faut voir ce qu’en 
efetiuent d’vn Artaxcrxes, d’vn Phififtratus.d’vn 
Alagar, & d’vn Leonticidas, Fulgius en fon liu.y. 
chap.j., Valerius Maxiraüs en fon liu. 5 . chap.i. 
Brufonius liu.i. chap.i^. Plutarque au traidé de 
U cholere, & Erafine en fon premier liure des 
apophtegmes. 

Nous adiouft.croDS-iculemcnt pour l’arriere 
garde des Princes & des grands qui ont efté 
dpüez de la vertu de patience & modération 
d^efprit, & qui ontefté misfouuent à i’ef- 
SxmpU P^cuue : ce quo Plutarque eferit de PericleS 
ie U mode- CU fà vie:. Ç’eft qu’il fuft tout vn iour tellement 
ration de attaqué par vn certain ràefchant & impudent 
pmles. calomniateur , & mefdilant d’iniures & d’op¬ 
probres, que mefmc il ne l’efpargna pasdefes 



î>£ tA santé'. _ 85 

mefdirances en plain marché, lors qu’il traittoic 
Sc vacquoit à chofes ferieufes pour le bien pu¬ 
blic: Ce que Perielcs pourtant fans s’enefmou- 
uoir, fouffrit fort patiemment. Suc le vcfpre fe 
retirant en fonlogis, ce detradeur ne iaifla pas de 
l’y accompagner & fuiure , ne celïànt de plus 
en plus à le blafmer,outrager & vfer de parol- 
les de mefpris en fon endroid ; Periclcs pour 
toute vengeance , preft à entrer dans fa maifoti 
(la nuid clofe & eftant iavenue) commanda à 
fes feruitcurs d’allumer vn flambeau &d’accom> 
pagner ôc lemencr en fa maifon ce raefdifant 
perfonnage. 

Voila vn exemple d’vne extrerae & grande 
patience : auffi eft le meflne Periclcs remarqué 
par toutes les hiftoires, pour vn vray miroir de 
clemcnce, tempérance & modération , ce qu’il 
monftra mefme à l’article de fa mort. Car apres 
beaucoup de grandes loiianges que ceux qui 
l’approchoient, luy donnoient de tous fes beaux 
ades y qu’ils racontoienc par le menu j II leur 
répliqua , vous auez elpluché toute ma vie ôc 
mes adions, & auez teu le principal dont ic 
m’eftime plus recommandable, c’eft qu’homme 
ne porta iamais robe noire par mon moyen: 
voulant donner à entendre par là, qu’il n’auoit 
iamais ny tué , frappé , ny donné occaflon de 
dueil, ny de plainde à perfonne , durant fon 
gouuernement en Athènes : & par confequent 
qu’il n’auoit efté iamais ny furieux, ny attaindde 
cholcre : ains patient, clement, & modéré, qui 
font qualitez honorables & dignes d’vn grand ÔC^ 
F ij 



84 SËCT. L DV POVRTRAIÔT 
vertueux Prince. 

Nous ne pouuons ( portans le tiltre deChre^ 
ftien comme nous faifons)qn’en méditant & con- 
iîderant de près par les exemples que nous ve¬ 
nons de réciter, l’admirable patience , conftan- 
ce & modération d’efprit des pauures Ethni¬ 
ques , à fupporter fi patiemment &fans fecho- 
lerer ou tant Toit peu efmouuoir, tant d’aigres 
propos, iniüres,opprobres,calomnies Semefr 
difances cy deflus alléguées : que ce ncfoit àno- 
ftre confufion & trop grande honte : qui tant s’en 
faut que nous en fupportions la milîiefme par- 
—tie, que tout au contraire nous tenons qu’il y va 
dùpoinâ: d’honneur, de fouflfir vne iniure ,vne 
parole mal proférée, & vn dementy, fi nous n’v- 
fons de reuanche iufques à nous çoupper la gor¬ 
ge l’vni’autrc : le confelTc, librement que iepra- 
. âique raoy-mefme trefinal le remede de patien¬ 
ce, que i’ay mis en auant & ordonné contre la 
, : ,holere: vfant de reuanche quand on me picque. 
‘ îé ne veux pas alléguer pour exeufe que iefuis 
Gajfcon& en tienne du naturel: lequel comme U 
ne fe laiflè pas vaincre de courtoifie : d’ailleurs 
. jeft fort prompt à la mafii pour ne fouffrir pas vne 

X4 m-> iniure : Tout cela ne m’exeufe pas,ie me con- 
m moy-mefmes,( 5 c en demande par- 

■ don à Dieùr , promettant cornmc ie l’ay iafaic,dc 

ne plus refpondre nyrepliquer par aigres prol- 
les, Comme chofe indigne & d’vn Chreftien & 
d’vn vray médecin , & en fieu de m’aigrir d’a^ 
uantage contre les opprobres & iniures qu’au¬ 
cuns cenfeurs, mes haineux & enuieux pourront 



DE LA santé'. Sf 

cnbores iettcr d orefnauanc contre moy , il me 
fuflSra de leur en rendre grâces & grand mercy, 
en ce qulls font & caufent par leur conuiccs ôc 
iniures que i’eftudie mieux , ôc que ie profite 
toufiours d’anantage , & pour moy-merme & 
pour le bien public: En fini’enfuiuray la patien¬ 
ce, modération & exemple d’vn Leoritychidas 
que nous allons allégué cy deflus, qui eftant ad- 
uerty qu’aucuns qui faifoient profeffion de fon 
amitié detraéloient de luy: leattefte lesî)ieux, 
dit-il, que c’eft l’vn de mes moindres foucis, veu 
que nul d’entre cux ne fcauroit bien dire d’aucun; 
Ainfî fçachant à mon trcfgrand regret, l’enuie 
entre les médecins , eftre fi grande que les plus 
grands amis entr’eux detraélent l’vndel’autre,ic 
nl^m’eftonne pas s’ils en font autant de moy, 
qui dois particulièrement mefprifer leurmcfdi-. 
fance, quand ce ne feroic que pour cefte confi- 
deration, qu’vn ehafcun cognoift affcz ne |«oce-' 
der pas d’vn iugement ferme, mais de certaine 
maladie de lame : fçauoir eft de l’enuie, qui fe 
monftre toufiours contraire, à la vertu. 

Voicy le dernier remede contre la ckolere, 
que îe tiens & ay a^prins d’Athcnodore , & que 
ie mets en auant pour ne rien ob mettre pour la 
curation d’vn fi pernicieux mal. Ceft vn reme¬ 
de que ce Pkilofophe donna à l’Empereur Auga- 
fte, duquel il fut Précepteur: quand fe voulant 
départir de luy àcaufe qu’il eftoit trop vieux, & 
que l’Empereur luy euft requis qu’il luy donnaft 
èncores quelque bon & dernier confeil, pour 
bien régit fon Empire ; Athenodor e acquiçfçane 


8^' SECT. I. oV POVRTRAICT 
Cenfàl à fa demande, l’admonefta feulement qu’il ne fiH 
à'Atheno. j-jcn choleré, & aduenant que par quelque gran- 
de occafîon il en fuft furpris, qu’il fe donnai! gar- 
femar^f(4’ detien ordonner,qu’iln’euft comptépremie» 
kU. rement fur fes doigts les vingt & quatre lettres 
de l’alphabet Grec, pour auoir le temps &loifir 
de fe recognoiftre. Ce remede n’eft pas propre 
Choleres choleres froides, fecrettes & cachées, 

froides ^ dont nous auons parlé, mais pour les chaudes, 
thjMdes^ ôc pour celles qui s’allument auill toft qu’vne 
poudre à canon, & qui ne font pas de moindres 
efforts. Pour la curation de ces choleres fubitesj 
ce petit delay & retenue de nombrer ces lettres 
ferc de remede, d’autant que la raifon a quelque 
relafehe & loifir d’apporter à ce feu ’gregeois, 
violent & prompt, feauë de conteroperanlbs 
qui eft fon vray ôc fpecifique remede. 


DE LA lOYE. 

Ch AP. VU. 

L a ioye ou efiouïffance comme nous le dû 
fons en François , eil diète des Latins 
Mum^Ôc des Grecs qui ont des mots plusfigni- 
ficatifs fçauoir eil de l’ethymôlogie 
jt«'atppé« par ce quec’eft vne certaine dilatation & 
eipanchcraent fubit dufang &:des efprirs vitaux 
àl’extcrieurjfoit qu’elle femanifeile extérieure¬ 
ment par vn ris, par vne accolladê, & bon vifa- 
ge, comme on diél , ou par quelque autre tel 



Dï IA ASTé'. ' 

iccucil graciçux: foit qu’elle foitcacheeeri l’ef^- 
prit intérieurement, & qu’on appelle tacittm & 
occultum gmdium , vne iqye recelée &occultê. 

Cefte ioye aduient diuerfement , ou pour 
noftrc propre bien & partiéulier contentement, 
c’eCbee qui eft proprement appclléioye,^^»iiia«» 
des Latins, des Grecs ; ou elle aduient parle 

contentement que nous auonsde la profpenté 
que nous voyons ou entendons aduenue à Ceux 
que nous aymons qu’on dit ’4h^çsfyt.‘^a ., gm- 
dium ex rebtu alierum fecundû y ioye qui nous 
furiiient pour la profperité d’autruy. Il y a vne 
autre forte de ioye toute contraire, & qui ad- 
uient par quelque defaftre, mal’heur, ou mort 
qui furuient à nos ennemis ou à ce que nous 
haïiIbns,qu’on dir ‘è^’^vuL-ùa.ygmdium eh mala 
infortunia vel mortem inimieomm. O n lit en Suc- 
tone les effets de cefte ioye eftre venue au peu¬ 
ple Romain, par la mort d’vn Tibere, Néron y Sc 
autres Empereurs quilestyrannilbient. On voit 
dans le mefme Suetone la grande ioye'q&’cuft 
tout le Sénat apres que l’Empereur Domitian 
fuft occis : Le Senar, dit-il, fe refîoüit tellement 
de fa mort que le Palais en fuft foudainremply, 
ôc ne fe peut contenir qu’il ne defebiraft le dé¬ 
cédé de toute forte d’acclamations pleines d’ai¬ 
greur, d’opprobres, & d’infamie. 

Cufpian eferit vn grand cfFeâ: adueiiu par cefte 
efpecc de ioye par toute l’Italie en general ôc 
lieux circonuoiftns, apres que Conftant fécond 
Empereur fuft occis en Sicile: ils en furent 
tellement tçmfportez de liefle que l’Exarchae 
F üÿ 


Lescauftt 
de kyty 


loytieU 
mort dtt 
tyrans 


$8 SECT. I. DV POVRTRÂICT 
d’Italie & les Capitaines des bandes n’oferent 
faire la moindre demonftration publique de leur 
dueil &irifteire i tant cet Empereur cftoit mor¬ 
tellement, haï d’vn chafeuft, pour auoir emporté 
' les defpoüillès de Rome, & exigé vn grand tri. 

but de toute ritalie. ; 

Geftc paflîon eft par fois fi grande, fi exceC. 
fîüé J faififlaht le cjpEur fi à coup & yjportant y ne 
fi grande affluance de fang & d’efprit, que la reC- 
piration en eft par fois fuffoquee, d’où aduienc 
. vne foudaine mort; où il fe faiéb au contraire 
#^**4 dé ^ grande & foudaine euaporatiq^ d’ef- 
^ chaleur vitale, que la vie en eft foudain^ 
çftainéte : du nombre de tels font ceux quf 
meurent de trop rire. Ainfi Chryfippus voyant 
'Chÿfip^tu vn afne qui mangeoit des figues, s’eftouffaàfor* 

- ‘ Et Cæliusen ronliure4.chap.i8. recitecom- 

ïarewi-Zéde excellent peintre Zeuxisrjui mit tout 

SLtmiu art &induftrie à parfaidement reprefenter 

& peindre au vif Helene auec toutes fes belles 
beautez, ayant vn lourde mefme dépeint bien 
au vif vne vieille des plus laides & difformes, Sç 
regardant comme il auoitreprefenté fi au vif vne 
fi grande laideur, fe defbanda tellement à rirei 
part foy, qu’en riant ainfi il rendit les derniers 
abbois. 

Quant ^ ceux qui. font morts pour la trop 
grande ioye qu’ils reçoiuent pour leur regard^ 
propre bien'î ou pour Çfux qui leur-touchent de 
bien près , comme poqrroient eftre les propres 
enfans : uQus enauons diüçrs exemples^; 



- DE LA SANTE'r 85 

Sophocle ce grand Poëte tragique, quiauoic 
tant de fois emporté le prix & la gloire entre 
tous fes autres compagnoris. En fin à fa derniere 
Tragœdre, ayant encore emporté la palme,il 
fut tellement congratulé dvn chacun , & Ton Sofijyles 
cœur fut faifi d’vnc û grande & exceffiue ioye, “ 
qu il en mourut fur le cham p, comme i’efçriuent 
Diodore& Valere le grand. 

Philippides Pocte comique d’Atheneseftant jiutr'd 
def-jabeaucoupauancéd’aage,& fe voyant cou- 
roniié pour la vidoire qu’il auoit emportée au 
combat Poétique contre fon efpcrance, fut fur- igyg^ 
pris d’vne telle ioye, que venant à défaillir, il 
mourut tout fubitement, comme refcrii Cell. 
liu.î.chap.i/. 

La mefmc fubite & foudaine mort pour fem- 
blables vidoires, & pour vne trop grande & fu¬ 
bite ioye qui failli: le cœur, par vne trop excef¬ 
fiue & copieufe diflîpation d’erprits qui s’cfua- 
noüiflenttoutàimfl:ant,eftfuruenue àvn Æne- 
tus duît aux cinq fortes des combats de la Grèce, 

& à rAthlète Crotoniates : comme Pefcriuent 
Paufamoi in Laconicis, ^ Aelianus lib.^. deva- 
ria hifioria. 

Nous adioufterons vne hüloire remarquable 
d’vn percquidetropde ioye pour l’honneur & 
la gloire qu’il veit receuoir à fes enfans, mourut 
entre leurs bras, comme PefcritAule Celle liu.3. 
ch.ij.ce perc s’appelloit Diagoraslc Rhodien* 
qui félon ledit Celle euft trois fils ieunes, tous 
trois bien nez, & fies premiers en i’eftat donc 

faifoient profeffion ; Pvn eftoic veçfé à l’efe 



90 SECT. 1. DV P0VRTRA.ICr 
crime dès coups de gantelets, l’autre eftoit pan- 
cratiafte, le troificftne des meilleurs luitteurs, 
lefquels il veit tous trois vainqueurs en mèrmé 
temps aux ieux Olympiques ^ & couronnez de 
fort belles couronnes: or comme ilvindrcnt 
à pofer leurs couronnes fur la tefte de celïon 
vieillard leur pere, & à rembraiTcr cordialement 
il fe fentit efmeu d’vne fi grande îiefie, que de- ' 
uant tout le monde il rendit fefprit entre leurs 
mains. Cîcero récité cefte mcfme hiftoire i; 

> Tufcul. mais il ne fait mention que de deux feuls 
fils victorieux & courotmez. 

Ces exemples ont eftémis en aiiant pour faî- 
l»ye cm'’ à vn chacun le grand pouüoir d’vne de- 

pUxion fa- mefüree pafîion : laquelle autrement eft des plus 
lutaire , falutatres^ d’autant qu’entre lés eothplexions, la 

petfYue» iouiale, c’eft à dire'la ioyeufeeït la plus faine) 
VifexHf. toutefois eft fi pernicieufe au corps 

fine. ^ humain, qu’on en perd fouuent la vie . afin que 
foute perfonne fe conteiriperc & s’exerce à fouf-' 
frir patiemment toutcequi luy-eflenuoyédela 
mam de Dieu, foit- le bien, foit le mal, fans s’èh 
enflcrj hàulfer ou abbailTer, èfioûyrhy contrifter 
hors les termes de la raifon, & noiisfouuenirda 
dcmy vers qui porte V , 

Medium tenuêre yeati. 

Les heureux du milieu a iamais ne s'effarent. 
D’ailleurs le médecin en pourra faire particu¬ 
lièrement fori pfofifV pour defehdre qu’on ne 
porte à fes malàdès-quelques nouuelles qui les 
puifient faire efibuyr t rop à coup, ^ins qu’on les- 
fnefnage bien, les faifant entendre peu àpeue 



DELA santé'. 91 

veü que de cefte paflion ouermotion,bienque 
ioyeufe.le mal nen peuteftre accreu feulemenr, 
ains que la mort rnefme en peut furuenir, com¬ 
me il y en a tant de preuues & d’exemples 
que nous paflbns fouz filencc à caufc de bre- 
ueté. 


DE LA CRAINTE. 

\ 

Chap. VIII. 

L a crainte eft vne des pallions d efprit qui 
nous eft la plus cogneuc, & qui talonne & 
foir prefque toutes les autreSjComme vne ombre 
fuit le corps. Car elle accompagne iVüaricieux, 
qui ne peut eftre fans crainte d’eftre indigent & 
pauure, Uambition qui appréhende fans cefte ^ d'ambi- 
i’opprobjrc & la honte ;: & l’amour qui rrauaille t««. 
iour Sc nuift , craignant le refus & roefpxis de 
la chofe aimce. Bref c’eft vne paflion qui s’eftend 
loing , & dont peu de perfonnes peuuent eftre 
exemptes. 

Voire c’eft vne paflion la pire & la plus faf- Cramte efi 
cheufe de toutes , d’autant que les autres ne font vnedesfi- 
maux , qu’entant que leur caufc dure^& qu’elle 
cft prefente ; & icelle oftee Teflèd en eft ofté; 
mais la crainte eft vn mal qui peut aduenir par jyg queUa 
foy,de chofe qui n’eft point^& qui ne pourra ptnt 
d’auanture iamais eftre. •otmr la 

Ce mal donc qui n’eft mal que par feule pen^ "‘*'»*f* 
fee & opinion, & le plus fouuent à ftulfes enfei- 



SiCr. I.' PV POVRT-RAICT 
gnes, nous rient pourtant au guet & en cerüelle 
perpétuellement ï^iie nous priuc feulement de 
tout bien,repos Seplaifir, ains nous eflPraye^& 
eftonne-de forte quand elle eft trop exceifiue,,.- 
qu’elle nous^faitperdre laraifoiî ^l’entende¬ 
ment ; elle enelou^Je- entraue tous nos fens, ÔC 
: nous rend immobiles & léthargiques | la moin¬ 
dre nous defeourage, priüt nottre cœur de force 
& vàleurjÊ& l’englace de forte qu’il n’y a froid fi 
grand qu’il foit, ny accez de fleure quarte qui foit 
accompagne d’vn fi grand tremblement| auec tel" 
effroy par fois qui s’y raefle , qu’on en perd le iu- 
gement : effroy qqi met apx perfonnes qui en 
font faifies, des aifles aux talons > effroy fouuent 
fuiuy d’vnftel efpouuantementj qu’on euide auoir 
/ les ennemis en queue , qui en feront bien loing, 
& en prend-qn fuitte fans cftre pourfuiuyde 
- Temm perfonne. C’eft ce qu’on appelle terreurs pani- 
f4»iqiies. qucs , defquelles fut affailly premièrement vn 
Brennus, conduifant-Jes Gaulois en Gre^. Les 
efforts que Sathan fit pour garder Ton temple de 
Delphe,continuation dudit Brennus, & les caufçs 
d’vne telle & fi grande terreur font deferites par 
luftin fur la fin du 24. liure. Et Paufaniàs fait ex- 
preffe mention de ces terreurs paniques au 10. lî- 
-, ure.Ellesaduiennentprincipalementiauxarmees> 
quand les cheüaux ÔC les hommes viennent à per¬ 
dre cœur tout fubitement, fans aucune apparence 
fiy fubjet de raifon. 

Il eft eferit par Sigebert comme en l’an 900, 
vn heure fut caufe de la prife de Rome. Car 
/ comme les foldats d’Arnoul Empereuç .(appel-. 



DE lA santé'; : 95 ^ 

îé par le Pape Formofe, pgur mettre ordre à 
quelque fedition des Romauv ) le fulTent mis à 
fuiure vn lieüre , gajoppans vers la ville auec ^me ptife 
grands cris, les Romains efperdus de frayeur fe- 
ietterent de haut en bas des murailles, & le grand 
amas qui s y trooüa de leurs corps , feruit de 
moyen d’efcaladec la ville,& la prendre daflàut. 

Cet efFroy, cet efpouuentail ou terreur pani¬ 
que faifît, comme nous l’auons dit, làns nulle 
caufe apparente le cϝr de plufieurs tout en-, 
femble. Mais il y a des peurs & des craintes par¬ 
ticulières : aufquellcs d’aucunes peiTonncs font 
tubjeâ:es,&'Cefte forte de crairitc & frayeur leur 
procédé de diuerfes caufes occultes , ^ dont la 
recherche cft fort difficile. Car il y Cn a qu’en 
©yanr feul^ent parler du nom d’vn ennemy 
belliqueux en auront terreur, comme le nom de 
leanHuniades tref-yaillânt Capitaine,fut telle* 
ment redouté des Turcs que les nourrices s’en 
feruoient ordinairement ^ & faignoient qu’il 
venoit pour appaifer le cry de leurs nourriffons"^ 
gifans au berceau, l’ayveudesenfans ( bien 
que priuez de iugement-, & qui doiuent eûre 
fans apprehenfion ) apprehendoient pourtant 
de yeoir vn homme fnafqué ou noîrcy, comme 
font les faifeurs de noir à noircir ou rammoii- 
neurs de cheroince^&lors qu’ils pleuroicnt ou 
faifoient des mauuais , quand mefraes ils ne fe 
pouuoient. appaifer par la crainte du foiiet, s’ap- 
paifoient pourtant toutauffi toft qu’on lesmena- 
çoit de faire venir vn ramm.onncur de cheminec, 
ou quelque raafque lydeux d’vn regard ef&oya- 


^4 SECT. I. DV POVRTRAICT 

ble, dèfquels on les auoic défia efFroycz, & qu’ils 

s’eftbient imprimez en l’imaginatiue. 

Ce'fte forte de crainte & frayeur ne furuicnt 
pas feulement aux petits enfans deftituez de iuge- 
ment : ains les personnes lies plus grandes en. 
grades & dignitez, voire les Philofophes Stoi- 
ques, qui eftoient entre tous autres Philofophes 
les plus temperez en toutes leurs adlions, ne fc 
peuuent dire exempts deceftepaflîpn. Bref elle 
attaque & furprend toutes fortes de perfonnes, 
foit hommes ,foit femmes ,ieunes & vieux, foie 
tous feulsjfoit accompagnez-.voire fans efpargner 
les plus conftansjlcs plus hardis & les plus fâges. 

Plutarque en la vie d’Alexandre eferit comme 
CaJJanier Caflander fils d’Antipater , qui défia" du viuant 
tremblant d’Alexaüdre auoitefté effrayé du mauuais accueil 
depejeraU qu’il en auoit receu en Babylone, d’autant qu’il le 
i^Jlexan- foupçoiinoit de luy dreffer embufehes. Eftànt 
dre. depuis deuenu Roy de Mâcedone,&de toute la 
Grèce; fe pourmenant vilioürenDelphe,iette 
l’œil entre autres ftatucs qu’il s’amufoit à regar¬ 
der, fur le fimùlachre d’ Alexandre-, & en fut fur- 
pris d’vne telle apprehenfion, qu’il fe mit à trem- 
oler par tout fon corps, & eut routes les peines 
du monde àreueniràfoyapresauoir quitté l’ob¬ 
jet de cefte image. 

Cefte crainte & frayeur n’aduient feulement 
aux hommes pourl’entreueuë,mémoire ou re- 
cordation des hommes leurs femblables , défi- 
quels comme leur eftaiit ou odieux ou iurez en¬ 
nemis, ils ont receu ou par le paflé ou reçoiuenc 
du préfent ,torr, mal, iniure ou punition, mais il - 



DE lA santé'. ' 

y à d’autres diueis fubieds qui fournirent & 
ieruenc de caufc à cefte paflîon. 

iCaron ne craint pas feulement les lions, les 
tygres ôc autres beftes farouches & cruelles , qui 
nous peuuent donner la mort , ce qui peut fer- 
uir de iufte caufe, de frayeur, & de crainte ; ^ 
on ne craint auflî feulement les ferpens, les cra-, 
paux, les araignes, qui bien que beftes bien peti¬ 
tes nous peuuent pourtant de mefmes tuer en¬ 
tant qu’elles font veneneufés & peftiferees faàm 
il y a des naturels qui par ie ne fçay quelle an¬ 
tipathie ont telle crainte & frayeur d’aucunes 
beftes voire domeftiques, & qui ne leur fçau- 
roient porter^^ faire nul dommage, que c’eft 
vne cho fe in croy able.. J>7 

ï’ay cogneu vn grand Prince que i’ay feruy 
de ma profeflion/en mes îeunes ans; qaimon- 
ftroit fon grand & inuincible courage à eom- 
batre les armees de fes ennemisj^j.mais'cpi eftoit 
beaucoup effrayé^ou de voir ou de féntir vne ffay^^de“ 
fouris.en fa chambre. , . vofr vnt 

l’ay VU: iour donné à difner à vn gentilhom- fiutis. 
me Ahglois en bonne compagnie : au milieu 
du difner on le veit tourner,. virer, que ça que 
là, paflir& tfoftuer^dc forte..^qu’oncuidoitqu’il gigi,tff,ayê 
fuft furpris de quelque grand mal : en ftn on i’vnchat-, 
fçeutd’vn grand perfonnage^qui eftoit. du ban¬ 
quet , & chez lequel il logeoit, qu’il faloit qu’il 
y éuft quelque chat en la chambre;, nous faifant 
entendre c’omtme ce gentilhomme fé^toic fem- 
blab je commotion d’efprit auflî toft qu’vnrchac 
.i’approchoit, bien qu’il ne le vift, tant il auoit vn 


S>« SECT. I. Ï3V PbVRtRAICt 
cxad feniimcnt à recognoiftre ce qu’il cifaignoit 
& haïffoit.-ês-ie fait apres auoir cherché, on en 
trouua vn fous vn liétqui eftant ehaflTc hors 'la 
chambre, tout foudain reuint à foytout hon¬ 
teux, & confeflànt fur cela fon imperfeétion. 

"Arnti Ten ay veu & cogneu depuis plufieurs autres qui 
tiemfles, craignoicnt comme vh capital ennemy, & les 
chats plufieurs autres beftes ^ voire domefti- 
" - ques, & qui ne font pourtant craintes du com¬ 
mun. Ce qu’il nous faut attribuer à quelque fe- 
■ crette antipathie qu’ont aucunès pétfdnnes auçc 
certaines beftes, tout ainfi aü contraire que nous 
en voyons d’aucunes ; aymer voire defefperé- 
ment^ &: fans qu’on fçeuft direpourquoy, cer¬ 
tains animaux. 

Dluerfei Ceftepaffions’eftend bien cncores plus loing: ^ 

faponi des car Ics vns’craignent les eaux & le naufrage, les 
mcEueitieufement effrayez, &non 
its^l^tHts caufe, du tonnerre. L’Empereur Caligula 
ne pouuoit trouuer de caucs affez baflès pour s’y 
Ut aller cacher. Et louiusen la vied’vn Philippus 
eferit qu’il eftoit fort craintif de nature, voires 
iu%ues 4 àjqu’il e(ioit tout tranfporté de frayeur 
au ieul bruit du tonnerre, & comrne celuy qui 
euft perdu le fens, cfaerchoit des cauernes les 
plus obfcurcs & profondes qu’il pouUoit trou- 
ucr, afin de s’y muffer- 

lay cogneu des guerriers des plusbraues &: 
vaillans, qui ne pouuoient fupporter ny en eux; 
nyen autruyde voir ,tirer'du fang ^ fans que le 
cœur leur en defaillift : & cftoient acconftu- 
mez pourtàht d’cnfanglanter leurs efpe«s iuf- 
queS 


DE IA SAîITY. ^ 

qües aux coudes dans les flancs des ennemis. ^ 

Bref, cefte paflion affàut& trauaille diuer- 
fément les hommes, & peu en font exernpts 
d’vne façon & d’autre: mais la crainte desvns 
cft pufillanirae, & celle de quelques autres ad¬ 
ulent auec quelque fondement & raifon , & 
entant m^fmc qu’on eft homme. C’eft ce que 
refpohditvn iour Zenon, comme i’efcrit Laër- 
tius liure 9. chap.j. à quclqu’vn qui luy rcpro- 
choit pourquoy eft-cè^qu’il auoit eu peur, & 
aaoit repouffé vn chien qui abbayoit contre 
luy, & le vouloir mordre : Il eft, dit-il, très-dif¬ 
ficile de dcfpoüiller entièrement ce qui eft de 
l’homme ; & a voulu nous faire parôiftre que 
l’homme n’cft iamais tant difcrct, & fi bien fut 
Tés gardes, que quelquefois il ne fe monftre fub- 
jcft aux paffions. Et Géllc au liure 19. chap.i. 
efcrif comme vn Ariftippus Philofophe naui- 
geant vn iour fur mer, & y eftant furpris d’vne 
fi grande tempefte qu’on n’attendoit que le 
naufrage, il en paflit de peur; ce qu’apperce- 
uanc vn gendarme qui cftoit de la troupe, luy 
dit en s’en riant & mocquant : qu’il fe compor- 
toit peu philofophiquement, attendu que de 
fa part il ne craignoit : le le croy bien, dit ^’au- 5 a 
tre, tu n’as pas auflî tantd’occafion de craindre ieüe£Arü 
que moy; parcç_que tu n’as peueftreén foncy fiijfpui ef- 
que de perdre l’ame d’vn brouillon & d’vn îzy~ 
néant,ou ie fuis en peine pour celle d’vn fage 
addonné à .la philofopre . Par lerquelies paro¬ 
les on peut facilement recueillir que les Stoi- 
ciens auffî bien que les autres pouuoient eftre 



çS SECT. I. DV PPVRTRAICT 
efmcuz de rapprehcnfion du mal entant qu’ils 
eftoient hommes, mais toutefois qu’ils ne vou- 
loient pas y apporter leur confcntement& ap¬ 
probation. 

Il efl: vray qu’il s’en treuue d’aucuns qui ont 
l’efprit fi ferme, tranquille, conftant,&: fort pour 
fouffrir & pour repoufièr le mal, qu’ils ne peu- 
uent eftre appréhendez de cefte paffion, bien 
qu’ils foient lurpris à l’itnpourueu : mais telles 
perfonnes font fort rares :& chacun n’eft pas tel 
UAgnm- queFabricius, lequel (commel’efcrit Plutarque 
tnitédeFA’. en fa vie) cftantenuoyé Ambâffadeur parles Ro- 
iftem, mains vers Pyrrhus RoydesEpyrotes : ce Roy 
voulant efprouucr fa confiance & grandeur de 
courage, ayant faiâ cacher fouz vne tapifièrie vn 
éléphant, le fit braire à l’improuifie, lors que 
Fabricius pafibit tout près, & y penfoit le moins: 
luy qui n’en fut tant foit peu effrayé, en s’en fouf- 
riant dit au Roy Pyrrhus : Sire vofire or hier ne 
m’a fçeu eftonner, ny moins encor vofire élé¬ 
phant auiourd’huy. Ce font exemples de trop 
grande force & confiance, & pour monftrer 
commeils fe font troüue2,& fe peuuent trouuer 
encoresdes perfonnes fans peur ,' & totalement 
exemptes de cefte paffion. 

, Nousauonsàtraider pour la fin des craintes, 
qui font les plus familières, ordinaires & les plus 
grandes d’entre toutes, à fçauoir de celles des af- 
fli<fiions& des maladies. Enquoyon peûçclai-. 
ma tes. rement-voir&cognoiftrè, comme cefte paffion 
cfi la plus faulfe & malicieufe de toutes les au- 
£res,&'qui nous va le plus trompant & feduifanr,' 




OE IA santé'. $9 

Car. en craignant lors qu’on eft en pleine abon¬ 
dance & en pleine fanté l’indigence & la maladies 
c’éft nous faire craindre vn mal aduenir^^ qui 
n’eft pas encore?. En quoy elle fe monftre enne¬ 
mie de tout repos, entant qu’elle nous ofte tout 
le bien & tout le plaifir dont nous iouyflbns, & 
nous met comme àla recherche de ce que nous 
deuons faire entant qu’hommes.^ Ce n’eft pas 
tout, elle eft tyrannique & diabolique, entant 
,qu elle nous fait craindre vn mal qui n’eft pas 
ains vn grand bien^que tant s’en faut qu’on doiue ^ 
craindre, qu on le doit pluftoft dehrer^ pour nous 
faire recognoiftre tels que nous femmes. Car pat 
les aduerïitez & maladies nous cognoiflbns la 
corruption, le vice & la mortalité qui eft en nous, 
à laquelle le péché nous a affuîettis| fi les pan¬ 
ures payens ont eu telles méditations lors qu’ils 
cftoient frappez desaducrfitez,lcs Chrefticnsles 
doiuenc auoir à plusforte raifon. 

Vn Antigonus apres eftre reuenud’vnegran- Lt profit 
de maladie, dit à quelqu’vn de cesdomeftiques 
qu’elle luy auoit apris qu’il cftoit mortel: d’au- 5 ®»*« 
tant que quand il eftoit^oüyflànt d’vne pleine 
ÙLiïté^Sc de toutes autres deiiees, comme eftanc * 
vn grand Roy, il n’auoit iamais penfé àla mort: 
mais ayant vea pat fa maladie que favienecon- 
fiftoit qu’à vn peu de vent Ou de refpiration, ou 
mcfme à vn gobelet d’vne medecine amere,.quc 
fon médecin luy auoir ordonnée pour fagueri- 
fon<.cela luy fie fonger qu’il eftoit mortel. Voi¬ 
la le bien qui prouient de ce qu’on eftime mal: 
qu’on doit par confequent defîrer au lieu de le 
G ij 


eintte la 
tmnte. 


100 SECT. I. DV POVRTRAICT 

craindre. _ 

Ge n’eft pas tout,les mclmes aduerfitez & ma¬ 
ladies feruent d’vn vray antidote contre la crainte 
la plus grande de toutes, qui eft celle de la mort? 
d’autant qu’elles nous lafontdefirer^poureftrè 
deliurez des tourmens infupportables qu’elles 
nous donnent, voire pires & plus extrêmes que 
lamefmemort. 

Celuy qui eft aftailly de l’horrible & efpou- 
uantable epilepfie,celuy qui enbanquetantjCii 
fe ioüant, & lors qu’il y penfe le moins, eft fou- 
dain frappé ôc atterré du foudre de l’apoplexie, 
qui n’en eftant tué, en demeure pour le moins 
pcrclus'dc la moitié de fon corps, qui en deuiënt 
comme mort,fans fentirnent &mouuemcnt le 
reftc'de fa vie./Ces atroces maladies,dif-je,ne 
font-ce pas autant d’auant-coureurs ôc des hé¬ 
rauts qui leur annoncent qu’ils fe préparent à 
la mort, de laquelle ces maladies font mefmes 
comme l’horrible & effroyable fpeétacle. 

Ceux à qui la pleurefîe dague fans ceffe la 
poidrine, & qu’elle eftouffe &fuffoque auecfi 
grand martyre^ les eoliqueux, les phrenetiques 
& goutteux, qui fouffrent nuiét &iour tant de 
tourmens &gchennesdouloarcufcs, voire fi in¬ 
fupportables qu’ils appellent bien fouuent à leur 
fecours la mort pour les en deliuretj N’ont ils pas 
iufte occafîon de quitter ce monde, où ils fouf- 
fçcnt tant,pour ioüyr en l’autre d’vn perpétuel 
& heureux repos. 

Si nous iouyflions toufiours en ce monde de 
tout plaifîr & contentement^ & d’vne pleine 



DE LA SANTe\ 

fanté, nous n’en voudrions iaraais fortir ; mais 
puis que la fatalité ou que le deftin, ou pour par¬ 
ler en Chrcftien , puis que la chjiutc & ambi¬ 
tionne noftre premier perc nous a tous réduits 
tributaires & alTubjettis à la mort^& qu’il nous 
faut neceflàirement quitter les doux appafts & 
délices de ce mondejt.Dicu pour nous en faire 
fortir plus volontairement, &aucc plusdedélit 
& contentement, y cntremefle exprès auec lc 
fucre & le miel la faulce d’vne mouftarde tref- 
acre & tref-picquante. Et comme pour feurer Comparât* 
les enfans, & leur ofter la douce faueur du 
il n’y a meilleur moyen que d’enuironner le 
bout du tetin auec quelque chofe amere y ain- 
fipour nous degoufter des douceui^ de ce mon¬ 
de , il n’y a nul remede fi fouuerain que le fiel 
& l’amertume de ces maladies. Puis donc quel¬ 
les nous apportent tant de bien, c’efi: ebofetrop 
friuole que de les craindre, mais ce font des re¬ 
mèdes pour l’ame qu’on va rechercher au ciel. Il , 
refte doneques que comme médecin des corps, 
nous montrions pour la fin comme il nous faut 
deliurer de celle paffion, & les remedes qufil y 
faut apporter mefrne quand nous femmes, ma- 
lades. 

L’office donc d’vn vray médecin c’eft de con- 
folcr & donner efperance de guetifon àTonma- 
kde ; tenir bonne mine quand il auroit le. plus 
pauuce ieu ; & faire que les affiftans facent le fem- 
blablc. ■ : ^ 

Cependant quand k maladie feroic la plus 
«Jcplorable , & que le malade mefine iudjcieus 
G iij 



Xbl SECT. I. DV POVRTRAICT 
la pourroit croire telle,^ B faut que le médecin 
luy reprcfentelâ toutc-puiflànce de Dieu, qui efl: 
lefouuerain & grand racdecin qui peut tirer les 
hommeî de fepulchre, & qu’il l’induife d’auoir 
fa principale aptente, & l’efperance en luyfeu^ 
îuy reprefentera cependant qu’és maladies aiguës 
les? prédirions des médecins ne font pas touf- 
iours certaines :Jes exemples de ceux qui ont 
cfté releuez, bien qu’on en defefperaft. Et bref 
que tant qu’on peut refpifet il faut efperer : veu 
xncfme que celle efperancc fert toufiours d’vn 
grand antidote à toute maladie: & la crainte au 
çontrairc ne fert que d’vn mortel venift. 


DE LA TRISTESSE. 

Chap. IX. 

N O VS efpluchcrons par le menu au chapi¬ 
tre prefent tout ce qui appartient à celle 
paffion, l’vne des plus grandes, fafeheufes & per- 
niciéufes d’entre celles qui affligent coniGindle- 
raent l’efprit & le corps : & l’examinerons non 
feulement fuiuant les réglés de la mcdecinc, 
ains encor de la philofophie. Si donc nous y 
femmes vn peu longs. nous ferons exçufables : 
car lefubjet requiert deletraider ainfi ,afin que 
le tout foit mieux & plus facilement compris & 
entendu. 

Defcrlpùon Celle pafflon eft vne afflidlion & vne langueur 
ieyjitjft. caufee ^cengendree par i’apprehenfîondequel- 



CE IA LANTe'. 105 

tjuc fihiftre accident & malfuruenu, ou qu’on 
craint qu’il nefuruienne: apprehcnfion qui fai- 
fit& tranfît tout auffi toftlecœur, trouble l’e- 
fprit .débilité toutes les faculiez animales, cor¬ 
rompt tous nos fcns intérieurs & extérieurs, cn- 
fiellc & erapoi(onne toutes nos adions ,depra- 
uc rimaginitiuc&cogitatiuc.^-& affoiblit telle¬ 
ment le cerueau,qu’on voit la pcrfonnequi en 
cft kteinte , fans pouuoic rcpofcr ny de iout 
ny de nuid^^marcher à lents pas, la telle baiflee, 
autour des cimetières & lieux defcns | les yeux 
fichez en terre, tous fondus en pleursy faire au- 
reiile fourde à toute confolation, auoir la bou¬ 
che fans parole, ne faire que foufpircr ; ne fe fer- 
uic des mains qu’à battre fa poidrine j fuyr la 
lümiere, chercher les tcnçbres ^ hayr toute con- 
ucifation, & aymer la folitude. On voit en peu 
de temps comme parcelle paffion dereglee, le 
plus beau vilàge deuient tout abbatü, pâlie ^ dc- 
fîgUré: la plus forte difpofition, affoiblie,& le 
corps le plus gras & en bon poind, tout defei- 
ché. Celle impie & iniulle afFedion eft en ou¬ 
tre fi dommageable^ quelleenroüille&moific 
l’ame : abbatardit & alToupit route la vertu de 
l’homme qu’elle pofiède î le rend couard & hC~ 
che de courage, inepte& incapable à faire cho- 
fc qui vaille^, & l’cmpcfche mefme de receuoir 
ou procurer quelque bien pour foy-mefine, ou 
pour autruy : bref comme vn ellomach mauuais 
& delbauché ne peut faire Ibnprofitdc la vian¬ 
de pour bonne qu’elle foit, ainli toutes adions 
belles & louables fc corrompent & aigtilTent eâ 
G lii] f 



104 SECT. I. BV POVRTRAICT 
l’efpritde la perfonne affligée d’vnc telle paffion. 
N’obuie-on pas de bône heure àcefteafflidtionî - 
elle prend à la longue telles racines^& s’accroifk 
augmente de foite^que la raifon en eft tnefme 
peruertie 6c deprauee, rendant l’homme ftupidc 
6c infenfiblc comme Niohé, Sc par fois fol, ma¬ 
niaque & furieux. Ce que deffus foit dit de la na¬ 
ture & pernicieuxeffeélsd’vnetelle paffion, les 
• di&rences de laquelle font innombrables, félon 
la variété des imaginations, comme nous le fe¬ 
rons voir tantoft par plufieurs exemples. 
fit* Cefte paffion eft auffi diuifee en la vray^ & 

tet dt tri, làulfe , autrement en la naturelle & en la feinde 
ou artificielle. La naturelle a fes caufes intérieu¬ 
res & extericuïes,euidétes & contingentes,com¬ 
me nous dirons cy apres,qui eft vue vraye pertur¬ 
bation 6 c langueur d’efprit,& celle qu’on appelle 
proprement trifteftè,qui ayme les lieux folitaires, 
îe plaift d’eûre feule Sc caçhee,& ne cherche que 
obfcurité, pour mieux fedefolcr&contriftcr à 
ion aiTe,fuiuant ce que nous auons touché main¬ 
tenant. De telle forte de triftefle eftôit atteint 
Bellerophon, duquel parle le Poète : 

Errant és champs d'Alee accablé de . trifiejfet 
_ Stdeuorantfincœuri fiqmftrédetadrejfe 
Et pifie des humains,-,,-^ 

Infinis autres en ont efté de mefme furpris, 
comme nous le manifefterons tantoft plus à 
plain en fon lieu. 

L’autre forte de tciftêftc qui n’eft vraye tti- 
ftefle,ainsfedicimpropreraenrrelle,eftcommu- 
p» »efl. j^émentappcllee dueil,iort contraire â,l’autre s 



DI LA SADîTe', ÎO5 

Car il n’efl: nullement naturel : ains le plus fou- : 
uent, feindjdiffimulé, pretexé,cérémonieux, 
qui veut eftre veu & cogneu en public d’vn chaf» 
cun: & duquel le maleften apparence & cxt6^ 
ricurement bien grand, mais au reftc qui ne tou¬ 
che nullemenrau cœur ny à Tinterieur. T; , 

Cefte hapelourde a efté en vogue , & pradi- 
quee fidiuçrfemcntparlespayens, qu’il fera fa* 
cile de voir de temps en temps fa feinde, diflî- 
mulàtion, &fonimpofture. 

Les Ægyptiens comme l’efcrluent Diodore Fnfê» M 
Sc Hérodote, aux dueils ôc funérailles de leurs 
morts ( & mefmement de leurs Roys) vfoient 
en general de grandes ceremonies, & qui du- ' 
roient long temps ; tout le peuple s’aflèrabloit * 

& diuifoit par plufîeurs centaines , tant hom* 
mes que femmes, fe defehiroit les veftcruéns, 

& s’embourboit & couuroit de boiie le viGige: • 
voire toute la tefte • Vous euifiez veu la plufpart 
de ces gens , ceints au delTous des mamelles 
d’vne liziere ou courroye, renouueller deux fois 
par iourledueil, marcher en rond chantans & 
taifans refonner les vertus du Roy : s’abftenir : 
de viande cuitte d’animaux, de vin.& de tO:Ut 
appareil de table , l’êfpacede foixante &douzc 
iours, fans fe laucr aucunement ,fans auoirfoini 
de foy, ny fe feruir de couche pour repofer, 
moins encore pour iouyt de la compagnie de 
leurs femmes . Bref iis ne. faifoient quefeJa- 
menter,comme s’ils euffent perdu leurs peres 
ouenfans. 0, 

Grecs & iesRomains peuuent auoirtirc 
G ^ 



ioé SECT. I. CV POVKTRAICÏ \ 
T^;en i* des Chaldeens & Ægyptiens leurs dueils aux 
i»eil iis funérailles : Icfquels auec le temps ils ont ac- 
Grecs creus dc ceremonies infinies, & les ont entre- 
^r 7 ^dts* deûiperftitionstotalementabfurdes,ri- 

chdiuHs diculesjdamnables. 

Si c’eftoit quelque Roy, Duc ou chef de guer^ 
re, entre les Çrecs, qui fuftmortj les funérailles 
fc fâifoient auec vn appareil & pompe royale, 
où les captifs prifonniers, & les genfd’armesfai- 
foient des iouftes au tour du buchier bruflanr, 
ou on imraoloit vn grand nombre de brebis & 
des bœufs,& pournerien reprefenter que dueil, 
les hommes & cheuaux eftoient rafez, les for- 
tereffesdémolies, les murs abbatus, les autels 
renuerfez, les Dieux domeftiquesiettez contre 
terre ,& le feu efteinâ:. 

< Les Romains en leurs dueils ont emprunté 
_ be^coup de telles ceremonies des Grecs, ils en 
ont retranché d’aucunes, & adioufté d’autres: 
Car apres qu’ils auoient pleuré le defFunâ:, & 
par trois fois arrofé le corps d’eauë viue, tous 
ccuxeftans achetiez , ils luydorinoient vndetr- 
niêi’ bon-iôur &a-Dieu, comme ne les deuans 
iamais voir. Puis apres pour donner congé au 
peuple, ils crioiehr à haute voix : Allez vous- e» 
il;eft permis. Vergik fait mention de ce dernier 
a-Dicd, quand ildiifl : • - 

- '-—^SalueâtemHmmi^iffîaximlsPalla 
AeiernkmejHe’üMeii : - 

Et de PolydoreV';, ■ 

^nimdmqne fepulchro 
Conjiimmt & mitgnafuprmHm voce cîemus» - 



BE LA SANTE^. 107 

Ils faifoient encorcs plus : ils fe feruoient de Vtrftnni» 
diuerfes perfonnes falariees expies pour 
ce dueil & pleurer leurs morts. Çcs perfonnes f®*/ 
mercenaires ores icttoicnt de hauts cris de la 
bouche, ores verfoient de grands ruyfleaux de 
larmes, & ores chantoient à haute voix les chants 
funèbres , le fon mcfme des clairons & trom- i 
pertes ny eftoit par fois efpargné félon la qua¬ 
lité des perfonnes, comme Virgile remarque en 
fon Æneide : 

It cœlo cUmor clangor^tuhArum 
Et le Poète Saryrique Pcrfe ; 

Hic tuba candeU, tandm^ beutulm Alto 
Compojîtm ItElo. 

Alexandre au 3. liure de fes iours géniaux^- 
chapai- & Caîlius au 16. liure de fes leçons, font 
ipention de telles gens falariez pour mener ces 
lamentations,& difcnt que c’cftoit des femmes 
qui eftoiencappcllees Carines & Præfices, pour Cama ^ 
ce que elles ptefidoient aux dueils & dVn chant 
funebre & cfploré, lamcntoient les morts en ra¬ 
contant leur vie & leurs beaux faidâ : Auec ces 
femmes de plainde & pitié, fouucntesfois fc 
trouuoient des ioüeurs & bafteleurs qui repre- 
fentoientlesperfonnesdestrefpaffcz&contre- 
faifoient leurs aâ:ions& paroles. 

Au refte le pbs commun veftement de dueil. Le fîtu 
receu prcfque par toutes nations, eftoit le blanc «»»»»»» 

& le noir: & de fait nous enauons obferué & Yf!? 
obferuons encore rvfage parmy nous, en beau- ® * 

coup de lieux de la France : voire mefme nos 
Roynes apres la mort des Roys leurs marys^ 



îoS SîCT. L CV bovrtraict 
Beva» blanc, dont aduient que toute 

Hanche B^oync veufuc s’appelle la Royne blanche : à 
fourquey câufc de fon veftement blanc. Mais qui voudra 
ainfi nom’ ptes rechercher la caufe pourquoy dés toute 
antiquité on a choiG pour le dueil ces deux fortes 
de veftetnent de blanc & de noir : nous la pour¬ 
rons tirer de la nature, qui. a mis en l’efprit d’vn, 
chafcun çefte raifon de fe veftir en diieil de 
Teuïi^aty blanc &de noir: pour monftrer par le blanc la 
liberté derefpritforty delàprifon defoncotpsî ' 
hUnf^ & par le noir vne marque de la corruption du 

de noir, COrpS. 

Voilales fards,voila les derguifemens,voila 
les feinétes 5 c mines contrefaiétes de cefte fâul- 
fe trifteffe : voila les Catines, les Præfices, les ef- 
claucs,& telles autres fortes de gens, louées pour 
venir publiquement ietter des pleurs & des lar¬ 
mes pour tels qu’ils ne virent ny n’aymercns 
iamais: larmes acheptees à prix d’argent, extor¬ 
quées par contraindc, &quirariflbient pluftoft 
qu’elles n’eftoient regardées. Voila les cris,les 
hurlemens, les arrachemens deda barbe & des 
cheueux : voila l’immolation' des belles, ôc au¬ 
tres diuerfes ceremonies extérieures, pour con¬ 
trefaire vne douleur qui n’eft point naturelle, 
ains feulement apparente , produiéié par vnè 
vaine opinion, Sc introduiéle par vne populai¬ 
re coufturae, qui s’çftoic forgée ce faux dueil ôc 
trompeufe trifteffè. 

Auffi telle couftume n’a pas efté receuc iiî- 
SoUcap.17. différemment de, tout le monde: les Thraciens 
val^ Man. comme l’efcriuent Solin & Valere le Grand, fç 



BE IA santé'. 109 

font iufteraent acquis le nom d’eftrc fages, d’au- UKi.eapli. 
tant qu’ils celebroient lanailTance des hommes «îe 
aueç pleurs : & leurs funérailles auec grande 
ioyc : voulans monftrer par la, que l’homme en j- * *- 

naiflànc, entre en vn eflat triftement déplora- ' 
blc, digne de pitié, & commiferation, & qu’en 
mourant il quitte les miferes de ce monde, 
de la deliurance dcfquelies chafcun fe deuroit 
refîôuyr. 

Lé fage Solon n’approuuoit pas tels dueils 
fiippofcz, quand il abolit fes defchiremens des ^jj^^gmens 
pleureurs , pradiquez pour la commiferation,& pieu- 

lors qu’il défendit les cris qu’on iettoit lut les fu- rem. 
ncrailles des ntorts, comme i’eferit Plutarque en 
là vie. 

le ne veux pas par ce que deflus inferer, que 
nous ne puiffions & déuions eftre contriftez ôc 
mener dueil taut pour la perte de nos proches, & 
denos amis, que pour beaucoup d’afflidions qui 
nous furuiennent ; car autrement nous ferions 
deftituez d’humanité. 

Et ceft auffi pourquoyle raefme Solon, corn- SoU» 

me il eft eferit parCicer. au liuredela VieillelTe, tecomrifân’ 
recommanda d’elfre enfeuely non à petit bruit 
& fans lamentation^ duquel le dire porte. pulture. 

Ke mibi illHgHbrüveniat mors.fed mihi charls 
Mœrorem poîius adferat (^gemitm. 

le ne veux fanspleurs ma trifie mort fipajjh 

Ains^ue mes chers amis lamenter elle face. 

Et à fin que nous nous feruions mefme des 
hiftoires faindes , pour monftrer que le dueil 
& que les larmes verfées pour les morts, ont 



2 > 0 »! dt 
ïac»b plo’ 
rat lofi^h. 


G«»37. 


Exemples 
de plufieurs 
mires 
ituils. 

». VaraUp. 

eap.ii. 


ï,Mach.9. 


UduASes, 


IIO SECT. I. DV POVRTRAICT 
efté religieufement Qbfcruccs & approuuees de 
toute l’antiquité. 

Le Patriarche lacob ayant vcula robbe defon 
cher fils lofeph, tainétedefangj&cuidantqu’ü 
euft eftédeuoré par quelque befte fauuagc : coup^ 
pe fes veftemens & ceinâ fes coftez, & plora fon 
fils vne longue efpacc de temps, fans vouloir rece- 
uoir confolation : voire fon dueil fut fi extrerae 
qu’ildefiredefcendreiufques aufepulchrc, pour 
y plaindre fon fils. 

Dauid a pleuré chauldement la mort de fon 
fils Abfalon. 

On mena vn grand düeil par toute la ludee, 
pour la mort de lofias, & Hieremie ie Prophète 
feit vne odefunebre fur fa mort : de laquelle les 
chantres formèrent vn chant pour célébrer la 
mémoire de ce Roy débonnaire. 

Tous lesIfraëlites pleurèrent àhaults cris,la 
mort de ludas Machabœe plufieurs iours en 
difant ; comment eft cheut celuy qui fauuoit 
Ifiracl. 

Apres que fainél Eftienne fut lapidé, & qu’il 
euft fouffert le premier martyre, quelques Chre- 
ftiens pies & religieux,demandèrent & obrin- 
drent fon corps des luifs , & menèrent grand 
dueil en fa cenfideration. 

Voila par ces exemples , comme le dueil eft 
chofe permife & deuë , voire parmy les Chre- 
ftiens : mais il'faut qu’il foit vrayement dueil, 
& non feint, volontaire & diferet, & non extor¬ 
qué & immodéré, fans fe forfaire à foy mefme» 
Il eftoic défendu au peuple d’Ifraëi de defehirér 



DE IA SANTE. III 

fon corps & d’arracher fes cheueux ^ comme les Dmerâil 
Gentils fail'oient. 

Comme i’approuuele vray dueil, modéré, ie 
procefte approuuer encore de mcfme la modé¬ 
ration des funérailles des Ghrettiens, comme 
chofes pies,rcligieufes & charitables. 

Abraham euft grand foin de faire enfeuélir 
honorablement fa femme Sarra. ■■ - g„agi 

Ifaac & ïfmaël n’oublicrerit pas d’enterrer la fepttlmre 
leur perc Abraham, mort en la double cauerne aHc'ms 

du champ qu’il auoit acheté d’Ephron Hettien 
en fon vioanr. 

Le Patriarche lacob qui mourut en Ægypte, 
commanda à fes erifans, qu’il fuft enfeucly en 
Chanaan au fepulchrede fon pere; & lofcph 
fon fils quidemefme mourut en Ægypte, long 
temps apres obligea par ferment ceux de fon 
peuple, que quand D-ieu lesauroit fecourus Sc 
tirez de la terre d’Ægypte, ilsemportaflent fe-s 
osaueceux. 

Dauid fut foigneux d’aller prendre & enlc- 
uer en la terre des Paleftins & Galaadites, les os 
de Saul, lonatham', & autres fes enfans, pour 
les enterrer honorablement au fepulchc de Cis 
leur pere. 

Tobie commanda à fon fils qu’il l’enfeuelift 
honorablement apres fa mort , qu’il honoraft 
fa mere, & rememoraft les douleurs qu’elle au- 
roit fenties à caufe de luy, & euft à l’enfeuelir Tth. 4J 
honneftement au mefme fepulcre , après fon 
deceds. 

- On voit en outre aux eferits des anciens & 



ill SECT. I. DV POVRTRAICT 
aux hiftoires Ecclefiaftiques, combien entre les 
Chreftiens, les funérailles ont cfté recomman¬ 
dées , & honorablement obferuees : quand c’eft 
4oncquesauec modération, ceftvnechofe pie 
tres-loiiable. 

Ceft ce que nous a voulu apprendre faind 
. rjB»; Joi# Chry'foftome, homel.i6. quand"il diâ: que 
tfire thm- Thonneur qu’on doit faire aux morts, ce n’elî 
neur fton pas de pleurer & crier : mais de raraenteijoir 
^ott fdtre içm-g louanges & bonne vie , & accompagner 
vttxmns, leuf fepuiture d’hymnes & de pfalmes, Autre- 
, " ment vn homme perdu ne gagnera rien pour 
auoir éfte pleuré de toute la cité en fon enter¬ 
rement. - . 

" Voila la différence du fainâ:,vray & licite dueil 

d’auec le faux, le feint&profane. 

Y Reüenons donc à la vray e trifteffe, de laquel¬ 

le nous nous femmes d’auanture trop longue¬ 
ment détraquez, pour eftre noftrc principal fu- 
jeét, entant qu’elle eft nâturelb& la vraye paf- 
fion ^c perturbation d’cfprit : qui fe recognoift 
telle par plufifeurs lignes & indices, qff on pour¬ 
ra voir amplement d’eferits par Cclfc médecin 
des premiers entre les Latins, en fon fécond liure 
de la medecine chap./. Nous l’auons allez au 
vifdépainéfc cydelTus. I^s premiers & princi¬ 
paux indices fontvne crainte qui les accompa¬ 
gne fans celTer, fans pouuoir dormir. Ceux qui 
-, . en font attaints ont le vifage plombé, les yeux 

enfoncez, efgarez & ténébreux :: tou liours pen- 
fifs, toufiours foüfpirans, foupçonneux, fon- 
geurs, & amisde ia-folitade-: lecœur leürbat, 
comme 



DÉ LA santé'. îl| 

comme aux cathediques ; leur ratceft cnflce, le 
ventre leur bruit, comme eftànt plein de vents, 
leareftomach ne regorge qu’vnc humeur acide 
& vitriolique; ils font pour la plufpart famçli- 
quescEt comme dit Aecc tetr, j. fermon a.cbap. 

17. Ils pifïènt hoir quelquesfois, & par interual- 
les leur corps s’attiédit & dcüicnt lafchc ; leurs 
deieârions reprefentont la couleur du vitriol, & 
ont pluftoft le ventre dur que lafchc. Qi^ fi au 
demeurant ils ont vne tefte vcrtigineule, fort 
fciche & petite,fâi( 5 l:es eftat que telles perfonnss 
font du tout difpofées à celle trille & melan- 
chôlique palfion. 

Q^nt aux Caufes, elles font extérieures & in- . 
terieures: les extérieures font les fafchcries&les ■"** 

ennuis.quipeuucntfuruenir pour plufieurs fu- 
jets; commepour la perte que les peres font des 
enfans : les enfans des pcccs : les maris de leurs 
femmes des femmes de leurs maris des amis de 
ceux qu’ils aiment;pour la perte des biens & 
honneurs & chofcs ïerablàbles, qui donnent oc- 
cafion d’ennuy & de trillelîè. 

L’vfage des viandes raelancholiqües qui en¬ 
gendrent vnfang mclancholique; La graine & 
femence de l’ytfroye qu'on trouuc en plufieurs 
lieux ,parmy les bleds & orges , qu’on ne fe- 
parcen tous lieux, mais eft meflée à la confe- 
< 5 lion du pain & des bicres. De ces matières & 
viandes corrompues,s’éflcuent des vapeurs ma¬ 
lignes &pernicieufes au ccrueau, qui enyurent 
les lèns, troublent la mémoire, & efgarent l’en¬ 
tendement. 


H 


ii4 siçT. I. BV ïoVrtraict 
Lm caufcs intérieures, & qui font en nouSj 
c*efl:vnc humeur ou fang mclancholic ôc bruf- 
lé, contenu dans vncerucau trop chaud,ou di- 
fperfépar toutes les veines &: toute l’habitude 
du corps;: qu qui abonde dans les hippocoa- 
dres, dans la ^atc & mefentcroil’où font fuf- 
citées des fumées & noires e:^haIaifons, qui ren¬ 
dent le ccrueau obfcur, ténébreux, offufqué, & 
le noirciffent & couurent ni plus ni moins que 
les tenebres font la face du Giel,d’où s’enfuit im¬ 
médiatement que ces noires/fumées nepcuuenc 
apporter aux hommes qui en fokt couuerts,que 
frayeur & crainte. Or félon la diuerfîté de ces 
cxhalaifonsjproucnanics d'vne diuerfîté & va¬ 
riété de fang , duquel font produises ces fu¬ 
mées ôc fuyesjil y a diuerfes fortes de triftef- 
' fe ou melancholic ,,qui attaquent diuerfement, 
ôc deprauent fur tout lés fondions de la fa- 
, culte imaginatrice. Car comme la variété du 
fang diuerfîfie l’entenderaent, comme l’enfci- 
gnent Hippoc. au liure de fiat. & Arâftote au li- 
ure fécond des parties des animaux , tout ainfî 
suffi l’adion de l’ame"changée, change les hu¬ 
meurs du corps. 

Tnuerfes' De cefte mutation &dcprâuationd’humcurs 
lïicfraeraentaux temperamens raelancholiques, 
trilles g/ f«>^üiennent des bijarres & cftrangcs imagina- 
ttielanchoîh tions,caufécs par CCS fumées bu fuyes noires,cn- 
geancc donamageabk de cefte humeur mclan- 
cholique, ; - 

Quelques vnstroublez de cesaccidens.pen- 
kht qu iis foicntdespotsdc terre,comme ccluy 


X) E t A s A N T E'i ' . Iljî 

<|ui s’iniaginoit d’eftre dcucwi cruche ^ $c prioic 
'tüus ceux qui le venoicnt voir, de u’approcher 
de luy de peur qu’on ne le caflàft. 

Vn grand Seigneur fe fantafîoit qu’il eftoit f dntajii 
de verre j& prioit fcs amis ne s’approcher de 
luY : difcouranc au reftc lainemen; d’autres 
cholcSi 

Les autres fe perfuadent qu’ils font transfor- ^ttms 
mcz en autres figures, dont les vns icttent des 
-chants de cocu,les àutres' dccoq,les autres d’au- ^tUntÙu 
tresanimaux,fecroyanseftrctcIst 

Les autrcTpen^hns cftre deuins, fe promettent 
beaucoup de ckofes à l’aducnir. Aucuns auf- 
fi cftiment ^ftrc grands pcrfonnages, côthmc ce 
Palefrenier dont parle Muret, qui pcnfoit c- 
Jlrc Papc,&tenoit vn certain confîftoirc à cet 
effcâ: tous les iours à Venifc, en la maifon de fon 
maiftre*'T7 

Les autres croyent qu’ils ont la telle coup- 
pce : les autres, iarabcs & bras. Aëce eferit d’vn 
quicroyoit n’auoir point de telle,& publioiCt 
par tout qu’on la luy auoit couppce , iufquCs 
à ce qu’on l’ofta de celle bijarrerie parle moyen 
d’vn bonnet de fer fort pefanc qu’on luy mit 
fur la tefte. 

Vnieüne homme penfoit que fon nez eftoit 
teîIèmcntallongc.qu’iln’ofoitbougerd’WpIa- 
cc,de peur qu’il ne hurtaft en quelque lieu. 

Les autres combien qhHls craignent la mortj 
toutesfois ils la défirent, & quelquesfois fe , 
papportent, comme n’en y a qu^ trop d’excm* 
pics. - ^ 



tîg SECT. I. DV POVRTRAICT 

Les, ynscuidcnt mourir de faim, & ne font 
que manger & deuorer. Au contraire les autres 
rcfufeht à manger, eftiraans qu’ilnyaplus de 
vie en eux. . • 

Trallian eferit auoir veu vnc femme qui pen- 
foit auoir deuori: vn ferpent, il la guérit en la* 
faifant vomir,&fuppofantvn ferpent dedans le 
.. baflStï* .'" V-;- ; ■ 

■ Demophon mmftre d’hoftcl d’Alexandre le 
Grand, penfoit fe morfondre au Soleil, ôc s’ef- 
chauffer àrorabrc.r ^ 

Androii’Argicn,pafroitIesdeferts chaleureux 
deLyjbiepourfçrafraifchir. ; 

Lêvjallet de Pcriclcs pour dormir enfeurctc 
s’aUoitoouçheE furie feft des maifons. 

T heon Ty thoreen Stoicicn cheminoit en dor- 
raânt,ainfi qu’ont fait plufîeuts autrcs:voirc par 
dclfus la bouche des puits, d’où peut eftre venu 
lcprouerbe ,quc Dieu efpargne & garantit des 
bazards,& les fols & les petits enfans. 

Les vns penfent toufiours eftre attrapez des 
larrons; les autres qu’ils ont en queue quelque 
Preuoft des roarefehaux , ou Sergens pour les 
rendre prifonniers : Les autres cuident deuoir c- 
ftre engloutis de la terre; Les autres font pou fiez 
d’autres imaginations félon le cours de la vie 
qu’ils auront mené. 

Finalement félon qu*vn chacun aura efte 
affedionné ôc exercé à cecy & à cela de grand 
ardeur , il leur en prend d’y pchfcr fouuçnt 
en veillant, comme aüx fains de foriger fou- 
uent en dormant à l’exercice aufquels ils fc 



DS lA- santé'. 117 

feront occupez affcducufcracnt tout le long du 
iour. 

V oila les cftrangcs & prcfque incroyables rcf- 
uecics , où ceftp eftrangc & exceflîuc paflîon 
pouîlè les pcrfonnes qui en font attaintcs. 

Outre plus cefte mefme pafiion cft le plus fou- 
uent fi tyrannique quelle ne fc contente pas 
d’attaquer & afTaillir refprit en tant de fortes 
que nous venons de dire:ains elle alTaultlc corps 
de tint d afïlidions , qu'elle le rnatte & rend 
comme inutile à toutes fes adions: yoire le vio¬ 
lente par fois iufqucs là qu’elle luy procure êC 
auancc la mort. 

Oâiauia la foeur de l’Empereur Augufte, fut 
fî mattéc de triftefle & d’afflidion ( pour la 
mort de fon fis Marcellus Prince d*vne gran¬ 
de efpcrance) qu’elle mefeognoifToit & ne fai- 
foit cas de tous fes proches, ne vouloir recc- 
uoir d’eux ne d^utres aucune confblatione j 
eftouppoit l’aureillc à tout réconfort/ fuyoit 8c 
fc cachoît de toutes perfonnes,pour eftrefeule 
& folitaire dans des lieux obfcurs pour mieux 
pleurer ôc gémir fon fils,comme elle fifi: tout Stntfteglî 
le refte de fa vie qu’elle paf& aucc tant de lan- traittideU 
gueur quo fans raourk clic mourait mille fois 
leiour. 

Mais faifons voir corame pour femblabics MerttJ'uhU 
pertes, la mort mefme en eftd’aucunesfois fur-w depla-^ 
uenue à plufîeurs, tant eft grand l’effort de cefte 
mortelle paffion. 

Adraftus rcmenanî l’armcc dc4a prinfc de 
Thebes ‘. ayant entendu » arriuant à Megare, 

JJ - 



IlS SïCT. I. bV POVRTR.AICT 
f4»f4n. i» mort de fon fils Ægioleus, mourut fubitçment 
AttiÇi dctrop detrifteflcj&futlàcnfeucly. 

. . . ' Edpüatd troifiefme. Roy d'Angleterre, ayant 

‘perdu fon'fils Edouard Prince très-grand 
âi tres-vertueux, mourut toft apres accablé de 
dueil. 

Combien ^Je femmes font mortes de triftef- 
fe ayans entendu la mort de leurs maris? Nous 
pouuons inférer en ce nombre -Iulia la fille de" 
Çu^in. i» Cæfar & femme de Pompée , & rimperatrice 
Irene femme de l’Empereur Philippes ,'qui 
ayant ouy la mort dudit Empereur fon mary 
outrée d’vne extremé douleur , eftant groflè 
rendit fon fruiéb hor s de terme, & mourut téft 
apres. ' 

Celle ellrange & impiteüfc afFéâ:ion ne s’at-^ 
taque feulement aux femmes ÿ ains elle dom-^ 
pte le courage des plus grands puiffans 
. Roys, Tel fut le Roy Antigonus Epithancs, 
qui outré de raortcl regret d’vne rctraitte hon- 
icufe qu’il auoit cfté contrainél de faire : & 
ayant tout aufli toft entendu que Lifias d’au¬ 
tre collé auo.it efté chalTé & mis en route par 
les luifs fes ennemis, accreuft tellement fa 
douleur,qu’il fut contrainél confeÏÏèr à fes â- 
ï Machal ’ Comme par trop de triftelîè 

" foliçitude il ne pouuoit dormir , qu’il auoic 
perdu le courage, qu’il fc fenroit défaillir , êi 
fi. prcuoyoic fa mort qui de faid luy aduint toft 
apres. 

jCufpiân recite comme lullin le mineur rc- 
çeut vne fi grande & extrême iriftclTc de la 



»B IA SANTE. ÎÏ9 

defconficure faide eh Perfc, qu’il en perdit le 
fens.* 5 çfurpris d’vne phrcnefîecn mourut. 

La raelme mort aduint à yn Vrfatus lufti- Cmmud- 
nianus chef de la guerre banale desVenctiens,***» 
pour quelque dèfaftrc & perte qui luy eftoit fur- **'”i’^***. 
uenue à la guerrq. 

Il s'en^eftvéu qui pour auoir efte douez d’vn 
elprit trop fublime, & n’auoir peu venir àbout 
de leurs conccptiqhs,en ont efté fî faifîs au cce.uc 
trànfportcz dVn figrand, defpit 5 ccrcuc-cceur 
qu’ils en font morts» 

Philctas natif de l’ifle dç Co, l’vn dqsgrands 
Critiques de Ton temps , delFcicba de triftefle*®^^'^ ■ 
& mourut de regret,pourn*auoir peu diflbu-^ ' 
dre vn fophiime dans lequel on l’auoit cn- 

Oa eferit du grand Stagirita Ariftote, qu'a.- 
pres eftre ve«u en Chalcidc & y auoiradmirç 
la nature du flux & reflux de ÎEuripe , qüi le 
jour & la nuid fe faifoit fept fois : Apres aüoiç 
alembiquç long temps fon efprit pour en rc- ‘ 
chercher & trouuer les caufes , & apres auoir 
cogneu qu’il ne les pouuoit dcfcouurir , il en. 
rcceut vn fl grand defplaiflr de douleur, qu’il en 
- maladie dont il ne releua jamais* 

Cœlius èn fon liure 29. chapitre 8. pafle outre, 

& dit qu’il conccuc vn tel defpit ou defefpoir 
pour cela , qu’il fe précipita dans ce bras de 

_mer. De là cft forry ce dire : Pour ce qu’Ari- 

ftote n'auoit pas pris l’Eutipe , l’Euripe prine 
Ariftote. 

H iiij 



^ 120 SîCT. ï. DV POVRTRA-ICT 

Voila comme cefte cruelle & mortelle paC. 
lion nefpargne perfonne de quelque qualité ôc 
condition qu’elle foit : & comme elle ne fe con¬ 
tente pas d’attaquer feulement refprit en diuer- 
fes fortes, ains ericores le corps, iufques à luy 
donner &aduancer la mort. 

Çeft doncà nous d’apporter quclquc'bon & 
fîn'gulier remède à vn fi grand & pernicieux mal, 
& quelque vtiîe antidote à fi dommageable poi- 
fon & iniufte paffioh. ^ ' 

Gr comme nobs àuons fiaiét diiierfes difFe- 
îences de ces maladies,Ôf comme nous aüpns 
moftftré les caufes en eftre diuerfes,, nous dc- 
uons yfèr de diuers remedes poürla cure qüi 
, s’y peut appliquer. Cefte cure fera pointant di- 
«iféc en la generale Sc particulière : la generale 
f appropriera à toutes les fortes & différences 
de triftefle cy deffus rapportées, tarit naturel- 
îcis ou vrayès, que fâuflès baûarde's ou non ve- 
ritàb'lés.; , 7 ' 

Les principaux remedes de la cure gcncra- 
rtiU de Ici feront puifezide dcux fources: t,a"prémierc 
s’emjpruntera des ràifons perfüàfîues;,'qui puif- 
fent. atrefter afFérmir 'le iugemeiit efgaré, 

trifte ou mèîancholiqùe deftourner fes ob- 
jeéls ) & addoucir par difeours ôc ehfeigner 
mens fon niai. L’autre fe prendra des exem¬ 
ples; qu’if leur faut oppofer deuant les yeux, 
pour aflèuref par ce moych leur efprît eftdn- 
né , par le luftre' de quelques curés faiétes 
héureufement en cas pareils fèrablables. 



B£ LA S AN T B*. - hl 

Car vcfl que refprit eft particulièrement atta- 
quéen'ceftefortc deraaux, c’eft à refpritaufli 
particulièrement qu'il nous faut butter , & y 
ioindre toutes nos intentions curatiucs.Or félon 
la diuerfîté des maux,il nous faut vfet tantpfb 
de diuerfes raifons, de maintenant d’exemples 
diuers,& les rapporter toulîours à leurs caufes: 
car lacaufe oftee, refFed eft auflîpftc , &non 
autrement. 

Or nous auons diuifé les cauffâ de ces maJa- . 
dies aux externes & internes; dcencorcs que le 
médecin aux maladies corporelles n’ait pas 
beaucoup d’efgard aux caufes externes , ûnon 
entant qu’elles font prefentes, félon Gal. au 4. 
de fa méthode J II n’en va pas a infi des maladies 
de l’efprit : car telles caufes, bien qu’abfentçsSc 
furuenues de longue main ,leur font roufiqurs 
commeprefentes, &partant il faut neccflàire- ^ 
ment & au préalable les examiner & rechercher 
de près. Odauia de laquelle nousauons cy def- 
fas parlé, atteindc de cefte; trifte affadion par. 
vne caufe externe, à raifbn <le la mort furuenuç 
à fon fîls,n’en peut iaraais c;ftrc deftournee :.ains 
elle fc reprefenta toufîours la caufe depant les 
yeux, toufîours arreftee & du tout affichée à 
ccla,fe detnonftrant auffi trifte tout Iq tempsde 
fa vie, quelle fut le iour des funérailles de fou-, 
dit fils. 

Puis qu’Odauia f dira quclqu’vn) fœur, d’vn 
ü grand Empereur qu’Auguftc-, qui futi^ peutd’oSrf»»^. 
cftrè fecouruë à Rome des plus grands & ^do- 
des perfonnages du m onde^ ^ peut reccuoft 



m SECT. I. DV POVRTRAICT. 
gucrifon : que feruira-il d’en ordonner ât prei 
faire les reracdcsîll ne s’enfuit pas que s’ils ne 
ferucnt toufîours à toutes perfonnes, qu’ils ne 
puiiTent profiter à quelques-vnes: car comme 
toutes les maladies du corps nefepcuuent paï. 
guérir en toutes perfonnes: aufli ne font celles 
Htîîoir* d« de l’efprit. Liuia femme dudit Empereur tou- 
zimttrtUe chee prcfquc en mefrac temps,frappée de pa- 
siort maladie Ôc pour raefme caufe, à fçauoir 

pourla mort de fon fils Drufus qui deuoit fuc- 
gué. céder àl’Empire,fupporta nçantmoinspaticm- 
rie farAts,ment & fagcment la mort d’iceluy, êc f^ut guc- 
rie de la mortelle paflîonque luy caufeit vne iî 
theArt' gf^ndcpcrte,par les bons rcraedes & graucs dif- 
cours de eonfoiatiôn que luy fit le Philofophc 
Ariüs,^.j;;j^ ’ ■ 

^<«14 ^ du mefme mal, 

wort perte de fon fils Metelius gentil-homme 

■ fils Mete- de tfcs-grandecfpcrancc,& doüé de toutes ver- 
Uui. tus,reéeuten fin aufliguerifonàfon mal par les 
admonitions & confolations du grand Sencc- 
quc; ■ . , 

Nous deuoris emprunter des eferits de tels, 
grands perfbnnagesdesreracdesdont ils fefonc 
feroîSjpour la cure de tels maux procédez de 
Câufes femblables, dont i’en redigeray par eferit 
çn cet endroit quelques ordonnances & formu¬ 
laires fommaircs. Yn chacun pourra plusàulôg 
leseftendrç & adminiftrer par art, & méthode, 
félon lenaturél ôc qualité des perfonnes, & qu’il 
jugera eftrc pour le miçux. 

La première ordonnance eft de remonftrcr 



Dï t A s A NT e'. 115: 

îa condition de tout le genre humain, qui eft de Vraya/on- 
Bâiftre au monde pour mourir:quec’eftDieu 
qui nous a limité noftrc vie,quifeui cognoift^^',^'*?* 
quandil eft expédient qu’elle prenne fin|qu’ilcn"^*^”** 
tient le filet en fa main: qu'il lalonge, ou qu’il le 
rompt quand & comme il hxy plaift^ qu’il nous 
faut conformer à fa fainâe volonté^ que faire ^ 
autrement, c’eft murmurer contre luy ,& cora-^ 
mettre vue trop grande offenfe. 

-Outre ce, puis qu'il nous faut neceffairement 
mourir, que l’heure de la mort nous eft incer¬ 
taine ,& qu’elle cftaduancécou retardée com¬ 
me il plaift à Dieufdcquoy feruent les conti- 
Hueilcs pleurs & trifteflês î ces plaintes ne font- 
ce pas plaintes vaines & inutiles pour les morts, 
puis que la mort n’en defmord iamaisî^ que 
pcuuent-elles ferait aux yiuans mortels, fînon 
à leur procurer & aduancer à eux-mefmes la 
mort? 

Mais pourquoy regrette-on ceux qui^fortis 
des mifcrcsdeccraondc,fontfans comparaifon 
plus heureux hors du monde que non pas de¬ 
dans , ipuïflàns en vn autre fiecle d’vne vie éter¬ 
nelle & bien heurcufefPourquoy enuie-on à l’⬠
me immortelle de fortir des priions du corps 
mortel &caduque,pourrcuoier au cieffon vray 
repaire & domicile. - 

Si on dit qu’on fçait bien cefte generale loy, 
qu’41 nous faut tous mourir: mais qu’on regret- 
tek mort arriuce inopinément, aüant temps, 
ou en la fleur de l’aage de quclqu’vn ? Quelle 
plus grande folie & refucric y a-il? Q^lic per- 


114 SE CT. I. DV PO V RT R AI CT 
fonne y a-il grande ou petite, de quelque qua,. 
litc qu'elle foit,qui ait le droid & priuilcge par¬ 
ticulier d’attaindre Taagc de la vieilleflc? Les cn- 
fens dcsEmpcreurs& des Rois ne meurent-ils 
pas fouuent aufli bier^ dans les berceaux que 
ceux des paftres & bergers. La mort frappecf. 
gaiement à.la porte dès pauures , & aux grands 
tours des Roisjdit le Poète, On n’a donc nulle 
oceafîon de Ce plaindre & contrifter pour les 
wefpaffcz ,foit qu’ils ayent cfte peu ou longttc- 
mcnt;aJjcc nous ; aduenant qu’ils fuiïcnt vitieux 
&dc peu de mefitc . ils no pouuolent alfez loft 
tnpuriri s’ils eftoient vertueux & : pjcinsde gloi¬ 
re, ils doiucnteftromoinsjcgrcttez d’eftrefor- 
tis d’vn monde corrompu , où ils fe pouuoicnt 
corrompre, ioint que par leur vertu tous morts 
qu’ils Ipntjils yiuçnt perpétuellement en la mé¬ 
moire des hommes, ; 

Nousadioufterons pour derniers reraedes de 
cefte erpcGc Ôc calibre, commcic’cft chofe pro¬ 
pre à gens de peu d’eftoife de prit cceur, 
de s’affliger outrçémenc & fans melure f 
qu’aux plus grandes aducrfitczv ilvfaùt monffret 
fa conftancc; que le temps cffacc-tout, doit en 
fin terminer ces douleurs. Voire qüc mcfraesla 
nature nous apprend de tenir quelque réglé Sc 
modération au ducil le plus dcfrcglé , qu’au- 
trement les bcftçs des champs,&dcs oyfcaux 
noos feront la leçon , lefquels trouuans leurs 
faons & petits perdus ou cnleuez par quel"!*: 
qù’vn de leurs nids & taniercs,fè monfirenteui- 
demment cfmeuz & emportez aux premiers' 


DE IA SAîTTb'. Iî| 

mouucmens de leur perte, mais dans fore peu de 
iours cela pa{re,& ne s’en fbuuicnnent plus,ce re¬ 
mède toutefois ne leur cftant appris que de la 
feule nature. 

Toutes les raifons que delTus font autant de 
remedes préparatifs pour feruir à conftammenc 
fupporter vdetrifteffi; prouenue d’vne telle cau- 
Cc que nousauons allcguee,&mife enauant pour 
leuacuer & arracher. Ilnous reçoit la propor¬ 
tion des exemples de ceux ou celles qui ont con- 
ftamment & auec grande admiration de leur 
confiance & gloire immortelle , fupportc & 
veincu ce mal, afin que cela nous induifeauin à 
le fupporter &vcincre doucement. 

Si ce font hommes oppreflèz de cefte affli- 
âion pour la perte de leurs enfans, aùfquels 
nous ayons à faire,illeur faudra oppofer & met¬ 
tre en auant Pexcmple du Roy Dauid, qui voyâc 
fon fils qu’il auoit engendré de Bethfabce, ma¬ 
lade à l’extremité d’vnc maladie dont il deuoit 
mourir, comme luy auoit prédit le Prophète 
Nathan. Tout autant qu’il fut malade icufna 
tres-eftroittement, fans prendre aucune refe- 
dionifc coucha par terre,en larmes,dueils Sc 
prières, pourappaifer rEternel iuftement irrite 
contre luy : mais auflî toft qu’il feeut fa mort, 
quiâduintdans lefcpticfme iour,il fcleua, s’oi* 
gnit & changea d’accouftremens & mangea; 
dont fes feruiteurs demeurèrent eftonnez , & 
defîrans fçauoir la raifon d’vn fi foudain chan¬ 
gement,Dauid leur dit que tandis quePenfanc 
eftoit en vie, il auoit gemy & icufné, cuidant 



11(5 SECT*Ï, DV POVRTRAICÎ 

par fcspleurs obtenir mifcricordc pour luy,mais 
qu’eftant mort,ny fcs icufncSi ny fcs larmes ne le 
.pourroient faire rcuehirt&conclud fon propos, 
difant qu’il s’en iroit quelque jour vers Ton fîl^ 
tuais qu’il ne rcuiendroit. iaraais vers luy. En Ci 
peu de mots on peut voir toute la f^bftance de 
cc^que i’ay allégué cy deflus, aucc beaucoup de 
paroles , fur les premiers reraedes confolatifs. 
Ceux qui font craignans Dieu rrouueront vn 
fouuerain remède à leurs ducils, à l’exemple de 
ce grand feruiteur de Dieu. 

Mais quand nous leur ferons voir qu’il y a 
eu raefme des Payens, qui par vnc fimpîc Philo- 
fophie morale ont appris & reccu d’eux meC- 
mes ccftcconfôlation,en tcfmoignantvne ad¬ 
mirable confiance , à fupporter patiemment 
femblables afflictions : ne fera-ce pas là noftrc 
iiônte, fî f nous qui faifons profeflîon d’eftre 
Chrefticns,& d’auoir cftéinftruiCls d’vncplus 
grande & plus certaine Philofophie) n’apprfr- 
nons c^ffeîeçon, & ne la pratiquons en nous 
mCifiuesi* 

CmPinte Anaxagore difcourant vn îour parmy qucl- 
^ patience qucs vnsdèfes amis & familiers, de la naturel 
dAmxA. propriété des chofes-f on luy vint annoncer à 
î’aurcille la mort de fon fafeheufe nou- 

uelle arreffa le propos du Philofophc quelque 
minutte de temps : mais le reprenant foudainSc 
le continuant, le fçauois bien, dit-il,que i’auois 
engendré vn homme fujet àlaraort.Toutainfi 
que Rochadus fils de Polienidc, quand on luy 
apporta la nouuclle d’vn de les fils trcfpaff*é,fans 



y DE t A S A N T l'. 117 

eh faite nul autre femblant rcfpondit, le fçauois 
de long temps qu’il deuoit mourir. 

Pcricles grand pcrfonnage entre les Athéniens, 
ayant perdu da,hs quatre ioursdeuxieunes ado- 
lefcens fcs fils, d oüez de grandes perfeélionsfen 
ce mefrac temps il ne lailïa pas d’harangucr en 
public d’vne fi confiante voix, & tenir mefme 
contenance qu’auparauant. ^ 

Sinous nousvoulonsferuirdesexcmplesRo- 
mains, qui n’admirera en telles fortes d’afflir 
élions&pcrtesd’enfafis.voiredegrandraeri- 
te,la confiance admirable d’vn Quintus Fabius, 
d’yn Horatius Puluillus,d’vn L.Paulus Æmi- jEmiUj ^ 
Ij«K,&d’vn Caton leCenfeur.comme on le peut cat. 
voir dans Plutarque,Yalerc le Grand, Pontanus VaLlth.^.t. 
^autres? lÿ.ao. 

l’adioufieray pour la fin de cefie confiance & 
patience admirable des Romains, ce que Valere 
le Grand eferit en fon 4.1iure chap. i. d’vn Mar, Magnent 
Bibulus perfonnage de grande authoritc, & de- 
coré de beaucoup de grandes & honorables 
charges, qui pendant fon fejour en Syrie perdit 
deux de fesfils perfectionnez d’excellentes ver¬ 
tus, & qui furent inhunjainemêt occis par quel¬ 
ques gensd’armes d’Egypte Gabianieus. La Roi. 
ne Clcopatre marrie d’vn telaflàffin, fit prendre 
foudain les maffacrcurs,&les enuoye liez & ga- 
rottez à Bibulus pour en prendre la vengean¬ 
ce, & en faire telle punition quebonluyfem- 
bleroit : mais hiy ayant receu ce prefènt & bé¬ 
néfice , qui ne pouuoit efirc plus grand à vn ef- 
plorc & extrêmement angoifle, fit céder fàdou. 



Ïl8 SECT.IvDV POVRTRAICT 
leur à fa modération, &rcnuoya les bourreaux 
de fon fils tout à Tinftâtjfans les ofiènfer,à Cleo- 
patra , difant qu’il n auoit pas la puilTancc en 
main, ny l’authoritc de prendre vengeance de ce 
forfaiâi: mais que c eftoit à faire au Sénat. 

Voila de beaux exemples tirez de grands 
perfonnages qu*on pourra reprefenter aux 
hommes furpris de telle paffion, pour la per¬ 
te de leurs cnfans,qui font des vrais antidotes 
pour faire palTer & cfcouler leur douleur. E- 
xcmples,dif-je,puifezdes hiftoires faindes & 
profanes. 

Si ce font des femmes qui en foientattaintes, 
on leur pourra propofer pour fouucrain remc- 
de, en premier lieu les exemples d’infinies fem¬ 
mes Chrcfticnnes, qui font mortes, & qui ont 
veu mourir & fouffeir le martyre ,auec tant & 
tant de confiance à leurs propres enfans, ce qui 
doit efirebicnprins de tous Chrefiiens affligez 
d’vn'tcl mal, veu que nous fommes tels par la 
grâce de Dieu. 

Entre cent exemples qu*on peut voir &trou- 
uer aux hiftoires Ecclefîaftiqucs,onpeut met¬ 
tre’ en auanc vne Blandine,vne Sophie,vne Féli¬ 
cité, qui ont veu bourrelier & martytifer leurs 
enfans auce vnc admirable & incroyable con¬ 
fiance. Entre ces trois faindes femmes Féli¬ 
cité a efte vne vefue Romaine des premières 
quife fit Chreftienne, & qui donna la cognoif- 
fancc de lefus-Chrift à toute fa famille , & à 
fept enfans quelle auoit, lefquels durant le 
regne de TEmpcccur Antonin, elle vid fouf- 

frir 


' DE IA santé'. ïl^ 

feif diuetfes fortes de tourmens auec vnè indi^ 
cible conftanGc , en les admoneftant de per- 
fifter influes à la fin en leur foy, par ces paroles; 
Tref-chers fils demeurez fermes en la foy & 
confeffion que vous auez faide : voila Chrift . 
AUec fes Sainds qui vous regardent, combat¬ 
tez pour le falût de vos ^araes > & vous rendez 
fideles à voftre Sauueur. Apres les auoir vea 
mourir l’vn apres l’autre, elle fouf&it d’vne pa¬ 
reille confiance le martyre. Sainâ: Grégoire a 
eferitees belles paroles en fa louange : Félicité a 
cfté feruahte de Chrifi par foy* & par fa pré¬ 
dication a efté fàiâe mere de Cbrift ; car en prefr 
çhanr elle a enfante des enfans à Dieu * Icfqucls 
félon la chair elle auoit mis au monde, & qu elle 
fçauoit biejn efire fes enfans_& fa chair : pour 
ce regard elle ne pouuoit les voir mourir fans 
angoilTe: mais il y auoit vne force intérieure 
A’amour en elle * qui furmontoit l’amour de 
la' chair, &c. 

Outre ces fainds exemples, nous en_pouuons 
emprunter des hiftoires profanes , par où nous 
ferons voie d’admirables confiances de plu- 
fieurs femmes en la perte & mort de leurs en- 
fans pour nous en ferait commode falutaires re^ 
medes enuers les femmes & toutes autres per- 
fonnes qui feront afRigees & perfecutees d’vne 
fi dolente & griefue paflion. 

Nous aduancerons en premier lieu les ma¬ 
trones Lacedaemoniennes qui fouloient apres 
les combats donnez , -& Jors qu’elles enten- 
doientque leurs fils y eftoient demeurez morts 
I ' 



IJO SECT. î. DV POVR^RAICT ' 
fur la place, accourir auecallegrefle, & rcgaracr 
les playesde leurs enfans: fi elles en trouuoienc 
beaucouj4)ar le deuanc (fignal que c’eftoitcn 
pourfuiuant & combactanc cïontre Tennemy,, 
qu’ils les auoient receücs ) lors elles les faifoient 
cnfeuelir auec grande ioye aux fcpulchres de 
leurs anceftres : s’ils eftoient blelTez par derrière, 
.(marque de les auoir receües en fuyant ) elles fe 
retiroient toutes honteufes , & en creuant de 
dued Wflbient là les corps, les eftimans indi¬ 
gnes de fcpulturé. 

Mais particulièrement nous produirons des 
exemples de la magnanimité, conftance & alTeu- 
ranee de certaines femmes, qui ont monftréleur 
vertu cnfemblables afflidions, dont les hiftoires 
font toutes pleines. 

Fulgofe en fonliurej. chap.io. faid men¬ 
tion d’vne Lacedemonienne qui auoit cinq fils, 
qui eftoient tous cinq allez à vn combat qui 
fe donna près de leur ville : cefte femme fortir 
pour fçauoir comme tout y alloit: demande à 
quelqu’vn qui en venoit en quel cftat il auoit 
îaifte les affaires du combat: l’autre luy refpon- 
dit que tous fes enfans y eftoient morts & de¬ 
meurez fur la plaçc: auquel elle répliqua alfez 
aigrement ces paroles : Que malheur t’aduien- 
ne ! ce n’eft point ce que ie t’ay demandé, mais 
comme les affaires du pays fe portoiertt : quand 
l’autre luy eut répliqué que tout alloit bien: 
pour ce regard elle adioufta ces beaux mots 
pleins de magnanimité plus que féminine : Que 
les mifcrablesdoaquesplorent: quant à raoyie 



DE IA santé', m 

m’eftime bien beureufe, puifque la partie cft de¬ 
meurée vidorieufe. 

Plutarque in Laeon. apoph. & Diodore en Ton 
iiure douziefme , deferment vne autre belle & 
admirable hiftoire de Archileonidc'. mere de 
Brafidas ce grand & preux Capitaine Spartain, 
qui apres auoir rendu en infinis combats pour 
fa patrie, la preuue de fon cœurgenereux &in- 
uîncible: en fin eftant entré en bataille auec 
Cleon chef des AîHeniens à Amphipolis, com¬ 
battant le premicr_& deuanc tolis autres tref- 
vaillammenc à traners des monceaux d’hom¬ 
mes qu’il auok abbattus, en fin H y perdit ver- 
tueuferaent la vie , y ayant tué d’autrepart en' 
combattant Cleon l’autre chef. La nouuelle de 
ce grand combat eftant paruenuë à Lacédémo¬ 
ne auec la mort de Brafidas’, la mere en ayant 
oüylebruit,s’enquit fur toutes chofesdesraef- 
fagers qui eftoient Thraciens, fi Brafidas eftoit 
mort honnorablement, & en bien combattant: 
& quand ils luy eurent refpondu qu’entre tous 
les Lacédémoniens il auoit le plus valeureufemet 
combattu, & qu’il n’y auoit point eu fon pareil: 
Vous-vous trompez,leur dit-elle, & voy bien 
que vous n’auez grande cognoiftànce des Lace- 
demoniens , mon fils Brafidas eftoit yeritable- 
mentjiomme de bien & courageux, toutesfois 
il y a eu beaucoup d’autres auparauant luy plus 
vaillans & habiles , & refte encores beaucoup 
de fes concitoyens qui le furpaflènt en vertu & 
proüefle. Ces paroles eftans rapportées par la 
ville , les Ephores luy firent publiquement des 

I ÿ 



î|i SBCT. I. Î)V POVRTRAICr 
grands honneurs , pour ce qu’elle auoit préféré 
la gloire du pays, & la inaiefté publique, qui luy 
eftbicnt de grand prix, à l’honneur & louange de 

iF n’y a cœur fi lafche ny fi abbattn de trifteflè, 
qui ne foitreleué & fortifié par ces beaux cxem- 
ples. 

Quittons Sparte pour venir à Rome : car com¬ 
me elle nous a défia fufcité des exemples de plu- 
fieurs hommes illuftres,qui ont fi fagement, con- 
ftammcnt & doucement fupporté telles paffions, 

{ elle n’eft pas moins deftituee de femmes qui fe 

\ font râonftrees auffi genereüfes à fupporter & 

Vcincre telles fortes de maux. 

Uijîeite le Tefmoin entre les Chreftiennes vne Melapia 
U confiant Romaine, de noble race, femmç du Conful Mar¬ 
te;* Afe- céllus, de laquelle fainétHierofmc faitmention 
Uutit. çjj l’epiftre fur la mort de Paul,ayant perdu en 
raefine temps,& fon mary & deux de fes'fils, 
fupportant cefte grande affliâion conftamment, 
s’eftant mife àgenoux dit feulement, addreffant. 
^fa parole à Dieu , & efleuant les yeux au ciel, 
Tarelt! de Seigneur ie feray plus agile d’orefnauant à te 
Uelama feruir, puis que tu m’as defehareee d’vn fi grand 

^ Et entre les Payennes vne Liuia, dont nous 

auons cy deffus parlé, vne Rutilia , vne Arria, 
vne Cornelia fille de Scipion & mere des Grac, 
ches, ont pareillement tefmoigné en la perte de 
leurs fils vne admirable confiance. 

Exemple auons referué pour la fin de tels exem- 

^Amatri^ ples,celuy d’vne fîmple fesnmc noramee Ama- 



DE tA SANTE',’: Ï55 

triciana , d’autant qu’il cft digne d’admiration. c!4»aJsgM 
Laquelle ayant entendu que fon fils qu’oname- d’ejlre <»- 
noit au fupplice eftoit trop dcfailly de coeuTi 
elle accourt vers luy pour IcnGourager,&l’ex- 
horter d’appaifer fes larmes fans crainte de la 
mort, l’admoneftant fans cefle d efleuer fa tefte 
en haut pour y veoir le foleil & le ciel : à quoy 
ayant obey le pauurc patient fon fils, elle luy dit 
ces paroles ; Ne fçais tu pas mon fils que tu 
t’eh iras incontinent j &.feras logé dans ces 
hauts palais que tu vois fi beaux, & qu’à grand 
peine endureras tu vn feul petit moment de^ 
temps , qui t’apportera vn repos ^ loye cter-^ 
nelleî 

Qui eft le trifte melancholique entre les 
Chreftiens , deuenu tel pour quelque perte do 
fes plus proches ou plus grands amis : lequel 
voyant par ces exemples lagenerofité & admira¬ 
ble conftance qu’ont eu les pauures Payens en 
Semblables pertes, ne s’eftudie & s’efforce à vein- 
cre encorcs fon mal plus genereufement, entant 
qu’il eft certain (ce que n’eftoient les Payens) d.e 
fa refarreétion, & que par le-tribut de la mort,les 
enfans de Dieu font affeurez de la ioüyflànce 
d’vne vie éternellement heureufe, & heureufe- 
ment etcrnelleî 

Si la ttiftefic furuient pour la.perte des’ 
biens , ou telle Semblable afflidion ; les re- 

medes que la raifon y doit apporter, c’eft en _ 

premier lieu de faire veoir qu’on fe contrifte 
pour vne chofe vaine & de nçant. Car. Içs 
biens & toutes autres grandeurs font de vil wfitjft, 

I iij 



tJ4 SECT. -1. DV POV'RTRAICT 

prix , confîderces en elles iTiefmes gi^andeurs 
^ ' qui font pourtant prifees & taxées bien hault par 
i’opinioades hommes, qui n’eft rien qu’abufioti 
& tromperie i & qui eft-contraire à la nature, qui 
fe eontcnïe dé péu y comme l’opinion eft infa- 
- . tiable.- 

Quandd’h'ommè naift au monde , il eft raf- 
fafié: éc rtpeu de feül laié^: & peut yiure com¬ 
modément en toutè 'âüttre'-àage-dci paiu & de 
re 3 mi/& cèfte reigle eft'félon la nature : mais 
il faut beaucoup pour fatisfaire à vh goalu,& 
appétit non naturel & derordonné, qui eft vue 
faim eaninèr m^adie ou on jiïé 'fe'faQule ia- 
mais , ains tant plus on mange ^ tant plus on 
èft affàmé- :i àinfî Où i>cft iamais ;airouüy de 
' polTeder des biens, ains 'tant plus on en a, tant 

'plus eft. on affamé d’en pofféder d’auantage. 
•Tèlle perfonne doneques n’eft iamais, làtisfai- 
'ifte ny contente : ne l’eftant pas , elle eft plus 
que paüure & mircrâble , ^uand inefme elle 
Vhtuteon- poffederoit tout le monde : car i’heuï confifte 
fifteaucon- gq contentement : dauantage ié ne fcây com- 
untmtntf jjjg ph peut âppeliéf bien i Ce qui peut efehap- 
per , &' n’â autre condition que d’eftre periffa. 
ble. Et quand le plus riche Se puiffant du mon¬ 
de âuroit perdu tout fon auoir , il n’eft pas fa- 
ge de .s’en contrifter & Ven plaindre : car il 
ïie perd rien qui foît à luy : tous lés biens du 
monde nous* ont efté preftez à rendre quand 
Dieu voudra. Quelle occafion auons nous 
donc de nous fafeher & defpiter s’il les nous 
redemande. Voila des rcraedes que tout vray 



DE IA SANTeV 155 

niedcGin de l’cfprit, doit mettre en auant à ceux 
qui font frappez de quelque trifteife pour la 
perte de leurs biens & grandeurs. 

A ces fins d’abondant on leur peut propo- 
fer ceux qui montez au plus haut degré de la 
fortune , lonten fin trefbuchéz en vû-abyfme 
de mifereS;> pour leur fake voir qu’il n’y. a rien 
de conftânt ny de ferme en ce rnoude, & que 
par confèquent c’eft vne pure folie de s’èn con- 
triûei%^ ,, 

. Crœfus Roy des Lydiens, qui mettoit toute 
là béatitude aux grandeurs & riehefles , & 
qui fut vn des grands ôc riches Princes de fon 
temps, dont il s’eftimoit bien-heureux, fut 
repris par Solon le Philofophe , luy difant 
qu’il n’y anoit perfonne entre les mortels qui 
le peufl: dire bien-heureux auant la mort : pà^ 
rôles que ledit Crœfus print à fi grand con¬ 
tre-cœur , qu’il le châflà & bannit comme vn 
homme fol & defpourueu de fens : veu qu’il 
inefprifoit ainfi fa prefente félicité. Mais le- cemmè 
dit Crœfus., ayant efté prins prifonnier par Crœfiu «/, 
Cyrus Roy de Perfe en vne guerre qu’il auoit châppad»' 
trop audacieufement entreprinfe contre luy; 
il recogneut alors qu’il leftoit hommes & fe; 
voyant fur le bûcher! preft à eftrebruflé, il 
commença à s’eferier o Solon, Solbn .';.reco- 
gnoiffànt i mais bien tard, que le confeildc 
Solon auoit efté fort bon & très-falutaire. 

Cyrus fut plus fage Sc aduifé , lequel ayant 
ouy le nom de Solon appelle par Crœfus, &■ 

I iiij 



iy6 SECT. I. BV PBVRTRAXCT . ' 
apres auoir fçeu la caufe de celle exclamation* 
il deliura Crœfus du feu , & le rctinft tout le 
temps de fa vie en fa maifon fort honorable- 
ment, fe tcprefentant l’inconllancc&: fragilité 
de rhomme. 

Il faudra à telles fortes de malades, 8c con- 
triftez. pour la perte dêis biens y leur mettre 
auflî en auant l’exemple que rapporté le tncfmé 
Hérodote d’vn Polycratçs T yran de Samos .le¬ 
quel durant le temps de fa vie s’cll peu reputer 

l#èi>t 4 We non feulement le nourrilTon de Fortune, aii^ 
jî» de Polym à femblé qu’il auoit efte mefmes enfante & ch- 

«Mî«. gendre d’icelle tant félon le monde il eftoit plein 

de biens & de pro^eritez. Mais fa mort infâme 

& ignominieufe nt cognoiftre en fin combien 
il eftoit malheureux : car il fut pris d’Oro*c)ef 
Roy de Perfe, & pendu en vn gibet fort hon- 
teufement. 

Nous mettrons en aùant pour dernier exem¬ 
ple M. Craflus, qui de pauiire qu’il eftoit aa 
commencement, deuirit vn des plus riches qui ' 
fuft entre les Romains : voire fut fi opulent 
qu’il lie craignoit pas de dire qu’il n’eftimoie 
quant? à luy riche, finon ccluy qui pourroit en¬ 
tretenir & tlesfrayebi’efpacc.d’vn an vnc ar¬ 
mée de fon reuenü'^^ïM^is que luy aduint-il. 

> apres.auoitr fuccc & cfpuilé tout l’or > des Par- 
thes ? c’eft qu’il fut miierablement veincu, pris 
& tué par Surena leur ÎDuc, & iàtefte auec fa 
dextre enuoyee pour trophée au Roy d’Arme- 
nie Hyrodes, - 



D8 tA santé', 137 

Tcls"&r fcmblables exepaplcs doiuent eftre 
mis en auant , à ceux qui font ou qui peuuenc 
eftrc affligez de ceftc trifte & mortelle paflion, 
fucuenue pour la perte des biens & des gran-. 
deurs, à fin de rendre leur efprit troublé & a- 
gité, capable de penfer qu’ils s’affligcnt&con- 
ttiffént en vain pour chofes fi caducques & pc- 
riffàbles , veu que des plus haults montez du 
monde , plufieurs ont efté miferablement ra- 
ualez en bas ^ & par la roiie de fonune, com¬ 
me on did, reduiâs en piteux ôc miîbrable 
eftat. ^ 

Pour la derniere intention curatiuc de fera- 
blablesmaux, c’eff la rcuulfion ou deffourne- 
ment qu’on doit faire de l’cfprit & de la penfee 
trifte, pourfubuenir au mal, & le décliner par 
toutes chofes aggreables-, plaifantcs & ioyeu- 
fes : temede qui eft propre & neceffaire à toutes 
triffefTes , caufees tant par les caùfes externes 
qu’internes. Le vray médecin doneques appelle 
pour la cure de tels maux, doit pour la conferua- 
tiondes malades defolez, leur fournird’objeâs 
récréatifs, en toute forte, tant par compagnies 
ioyeufes, par les ycux& par la parole ou voix 
harmonieufe, que par toute forte d’inftrum ents 
de mufique, & toutes autres telles récréations 
& objedsqui peuuent efiouyrvn efprit aflailly 
de telle paflion. Car comme eferit Menandre 
comme nous l’auons dit ailleurs. 

Semo enim efi triftitiâ rmedium film : ' 

TriJiitU enim henenelififeit mederifirme: 

Serm medictu cfi, efi in animapajfiçnü: 

I V . 



138 SlCt. I. DV POVRTRAICT 

jlnimidgretantis efimedieinafermo. 

Sentence notable cjuc nous auons tournée ett 
CCS vers François : 

De l’ennay qUi tejprit pojfede 
La parole efi le feHl remede, 

La parole adoucit le dueil 
Dudefconfortquil'e[pritmine, 
Laparoteeftlàmedecine.' ' 

Et le médecin du cercueiL 
Outre la parole conlolatiuc & ioyeufe, il y: ^ 
% les chants & la mufique inftrumentalc, qui èfk- 
vn ton de voix accommodées fur les cordes, 
d’inftrumens & proportionnées par touches & 
accords conuenables , les doux accords de la¬ 
quelle ont de merueilleux efFeâ:s pour adoucir 
toute douleur, & vhe grande efficace pour reC- 
iouyr ceux qui font fafchezL & contriftez. Car 
l’ame s’efgaye aux" proportions èc nombres 
Vamecow dont elle eft compofec félon des Pythagoriciens 
pofee àhar- & platoniciens, lefquels £ê trenuent exadtes en 
mufique vocale & infttumenrale ^ ( comme ' 
Plutarque, Boëthius, Glareanus, & autres mo- . 
dernes font tres-bieri monftré en leurs eferits) 
Ce qui cfroeut merueilieufement f âffie pour ce 
qu’elle eft bien plus auant touchée & chatouillée 
par lesauteilleSj que par les autres proportions 
iroptoalaifees à comprendre. 

- Et de faidt tous ceux & Celles qui ont goufté 
d? qui gouttent la douceur de l’aeeord & me-' 
lodie de quatre bu cinq voix%differentes bien, 
choifies & délicates;J comme il is-’en voit dâhs 
noftre Court & ailleurs , fignçront tout ce que 



Dl 1A SAîTTe'. ; Ï39 

ie viens de dire: àfçauoir la grande efficace qu’a 
vne telle mufique, (bit vocale ^ foit inftrumenta- 
■le àcfmouuoirvvoire àrauir prefque lamehors 
du corps par trop de contenternent. Gàr fi le 
mouuement eft doux & graue, elle accroift ôc 
arrefte i’efprit le .plus prefie;& agité de dou¬ 
leur : au contraire s’il eft foudaia & gay, on yoid 
fâulter,ejfbranlervefleuer & prefqueibrtirhors 
de -foy les perfonne^, ainfi quhl fe void aux vol- ^ 
tes &remWables fortes dc.dançer: Et c’eft mer- 
«éilles, que les/enfans qui n’ont encoreS co- 
gnoifîànce , appaiferont leurs cris & leurs lar- 
i 1 aeS j & branleront leurs corps entre les bras de 
leurs nourrices, au doux & .gay Ton de tels in- 
ôrumens. Qi^byplus., les ruftiques mefinesplus 
lourds, & les cerueaux les pliis pefans & endor- 
inis s’efueiiîent & s’elgayent au fon de telle mé¬ 
lodie: Les beftes cnfontmefmes efmeües Se in- jporee deU 
-uirées à fe refioûyr & chanter, tefmoin les roffi- mufique. 
'gnois, ^ autres : fi que Ce n^ft pas fans caufe 
que les poctes ont feint que le mélodieux har- 
peur de laThrace Orphée jpouuoit pàrfes doux 
accords efmouuoir les rochers infenfibles^dcf. 
raciner les bois,adoucir les beftes les plus fau- 
uages & les contraindre à le fuiure : ce qui 11 a 
cfté feind par eux, que pour faire veoit les mer- 
üeilleux & admirables effeds des aceordsxy def- 
fus alléguez.- : ' 

Mais ;laifibns à part les fables, pour faire veoir 
la grande efficace de ces nombres & accords 
mufîcaux à l’endroit du Roy Saiil. Toutes & 
quantes-fois-que ce Prince eftoit tranfpotté 



140 SE CT. I. DV POVRTRAICT 
d’vne humeur melancholique : voire vexe dü 
Saul dHïgéttialin efprit, il cftoir foulagé & reçeuoit beau- 
far lahkr- coup d’allegement àfonmaUtout auffi toftque 
feàeDa, Dauid èmpoignoit fa harpe & eniouoit deuant 
luy. - , 

Nous voyons mefraes les admirables effets 
de CCS harmonies à l’endroit de ceüx qui font, 
Muft^ue picquez du venin de la Tarentule; qui produid 
eentre le diuers efFcds ,felon les diuers temperamenfs me- 
venin dtla lancholiquçs,dcs peefonnes qui en font attain- 
Taremle. Gc venin neantmoins eft guery par le fon 
des inftrlimens 6 c, de la mufique. Scaliger en fa 
iSy. cxercitation contre Cardan ; Et Matheol, 
aa j7. chap. du z. lime de Diofeoride, en difent 
merucilles. Ven py parlé & de la grand’ efficace 
des accords, au 4> liure de mon grand Miroir du 
monde. 

Voila tous les remedes qu’on peut donner 
aux melancholie^ dirifteffes, faides d’vnecaur 
fe externe, bien que le dernier remede de cefte' 
melodieüfe muïiquc fe puifle adapter aux trir 
, fteffès qui naiflent eh nous mcfmes, par la maû- 
Uâife qualité de quelque noire & mclancholi- 
que humeur, de la guerifon de jaquelle il nous 
, refte à parler. Tout ainfi que celle humeur pro- 
du[d diuerfes cxhalaifons félon les diuers tem- 
peraraens des hommes qui en font affligez, 
auffi caufe elle diuers efîeds , diuerfes folles 
penfees & impreffions dans l’imaginatiue , & 
D/»m e/- diuerfement encor le ceru'eau. Car 

feBi de lit outre- les diuerfes & bigearres fantafies qu>llp 
melaeholie. leur imprime s comme nous auons touché cy 


DE LA santé'. I4Î 

«îciTuS jelle rend les vns facétieux &ioyeux: Les 
autres triftes*, les vns plcurans,4es autres rians; 
les vns ftupides , les autres furieux : Et ne faut 
s’efmeruciller que les fumées & exhalaifons 
produises de cefte noire humeur vniforme, 
produifent fîdiuers efFeélSjVeu mefmc que cela 
procédé en .partie de la diuerfe difpofition 8c 
température de ceux qui en font attainfts. Ainfi 
voyons nous les effeds de ryurongncric eftrc 
diuers, &que ceux qui font trop remplis devin 
ont diuerfes contenances. Car le vin fait pieu'^ 
rer les vns,& rire les autres : rend les vns muets, 
les autres babillards : les vns faulteurs, les au¬ 
tres ftupides : les vns efucillez, & les autres en¬ 
dormis : les vns flatteurs, & les autres batteurs. 
Le pareil aufli fe peut aflèurer de cefte triftepaf- 
fîon, entendu que tout ainfî qu’il y a des vins, 
les vns plus forts, plus fumeux & nuifîblcs, & 
qui donnent pluftofbau cerucau que les autres» 
Il y a pareillement auflî diuerfes efpeces d’hu^. 
meurs melancholiques , entre lefquels la bile 
atre & noire eft la plus pernicieufê, par ce que 
fes fumées offençent & troublent pkiftoft le 
cerueau. 

Or la cure de ces raelancholies & trifteflesi " 
doit eftre differente d’auecles precedentes ,dont. 
nous âuonsiaparlé. Car cefte noire humeur eu 
eftant la première &-principale caufe : Il faut 
donner ordre à l’arracher par préparations ôc 
purgations melanogogues, propres & .fpecifi- 
ques : à quoy les fyrops de pommes de court-" 
pendu, violât, de bugloffe , d’Epithyme , de 



Î4l SECT. I. /DV POVRTRAICT 
coings,de faraeterre, pour pi'e|)ara.nfs vulgaires 
' font cônuenables. Et pour les purgatifs de lapis 
' lazuli & les hellébores préparez comme il faut, 
ne tiennent entre les végétaux le dernier lieu. 
Ce fait il fautk releuer & deriuer & puis l’appai- 
fer par quelque lenition & douceur conucnable 
& appropriée à la trifteire,qui fe plaift en telle 
humeur &en tire fa nourriture. Ce n’eft pas le 
temps ny le lieu, & moins noftre intention de 
fpecifier plus auant infinis autres remedes , em¬ 
pruntez raefme de la famille des métaux, foit in¬ 
ternes , foit externes, que nous fourniffent & la 
pharmacie. & la diætique par vne bonne facon de 
viure’’, & la chirurgie par la mifïion du fang, pro- 
uocation des hemorrhoïdes & autres operations 
de la main. 

le diray pour vn principal remede,qne comme 
Vimaginatiue eft principalement bleffée & de- 
prauée en telle forte depaffîon : que c’eftlà prin¬ 
cipalement qu’il nous faut butter : c’efl à fçauoir 
de la tromper, & tafeher en toutes fortes à efià- 
çer vne fi folle impreflion ,qui y eft imprimée, 
à quoy faut que le médecin foit fort rufé & expe- 
limenté. 

Nous auons diét cy deffus trois ou quatre . 
diuerfes fortes de telles pallîons, auoir efté gue- 
Htfloire de la façon que nous alléguons. Comme 
i’vn qiéi celuy qui cuidoit auoir vn nez auflî gros quV- 
fen/ett A- nc cruchc , fut guery de cefte folle impreflion. 
Hoir on vint àcouppet de gros lopins de foyc 

^ bœuf,appliqué prés de fon nez, & qu’en 
couppant ledit foye , on luy faifoit mal au nez 



DE LA santé'. 14 j 

ia dos du couteau , ôc luy cnfanglantoit-on 
Eouç le vifage : dont iceluy ayant-veu tant de 
gros morceaux qu’on auoitcouppez, & cuidant 
que c’eftoit vrayment fon nez qu’on luy euft 
appetiffé , reüinten fon fens & quitta £a folle 
fantafie. 

De mefrae celuy qui euidoit auoir vn ferpent hî- 

dans l’eftomach , fut guery quand on fuppofa 
dans vn badin vn ferpent vif, & qu’on luy fift ac- 
croire qu’il l’auoitvomyjpar vn vomitoire 
on luy auoitdonné. dam hjig- 

De mefme félon les vaines, faulfes & diuer- muh. 
fes imaginations des perfonnes, & qui caufenc 
diuerfes fantafies àfimaginatiue, il y 4 ur appor¬ 
ter dextrement le remede, qui puiffe auec quel¬ 
que apparence, edeindre & efFaeer cefte folle 
irapredion. ‘ 

Pour la fin i’adioufteray vne hidoire fort mé¬ 
morable , d’vnc belle cure de femblable mal & 
padîon, qui a edé faide en cede ville de Paris, 
par l’addrede & dextérité de monfîeur Penna, ’ 

perfonnage dode & de grande réputation , & 

- mpn ancien amy. ^ 

Monfieur Vignier, médecin Champenois, & 
hidoriographedu Roy,cutvnfien parent de bon notlbull* 
lieu, & dode perfonnage, affligé de cede mefme autres 

maladied’fpric,qui s’edoit imaginé, &croyoit 
fermement qu’vn certain perfonnage de fa co- 
gnoidànce.qui venoit d’Italie, luy auoit donné 
& mis dans le corps deux efprits , qui parloicnt 
à luy, & luy apprenoient beaucoup de chofes, 

& mefrae le menaçoient, ou de le faire mourir 



Ï44 SECT. I. DV POVRTRAieT 
onde l’affliger de quelque grand mal. Apres 
qu’il euft deÆouucrt fon mal audit fleur Vignier, 
il recogneut foudain que c’eftoit vne maladie 
d’efprit, & par ce qu’il aymoit ce fien parent, il 
voulut prendreConfcil pour yreraedier. Aces 
fins tous deux cfifcmble refolurcnt de venir en 
cefte ville de Paris : s’addrefferent à monfieur 
Pcnna ,qui recogneuft aufli toft le mal : à fça- 
uoir que l’imaginatiue eftoit.bleffèeen ce per- 
fonnage, qui luy did de-premier abord que fa 
maladieeftoit formelle & fpirituelle,& par con-^ 
fcquent qu’elle. rcqueroit rem edes fpirituels, Sc 
tous autres que les corpdrek vulgaires. Ceque 
ledit fleur Penna luy accorda & promit qu’il 
trauailleroit à rechercher quelque fpecifique 
remede pour fa guerifon, dont ce malade le re¬ 
mercia & pteflade fe hafter, luydifant que fes 
efprits le menaçoient à toute heure de le tuer, 
ou l’affliger de quelque grande maladie. Il falut 
vfer^de beaucoup de ftratagemes & fineffes 
pour ofterces mauuaifes imprcflîonsde la fan- 
tafîedu malade: quieftantdoâ:c& fort fpecur 
latif, comme font tous mélancoliques, vouloir 
comprendre par raifon,.le moyende fa gueri¬ 
fon: le ferois d’auanture ennuyeux fl i’efcriuois 
. au long tout ce qui fe paffaen cec affaire: l’cn 
tpucheray les principaux poinds : Il falut fi¬ 
gurer en vn petit liure quelques charaderes & 
noms d’cfprits, & feindre qu’il falloir qu’vnef- 
prit plus fort que ceux qu’il auoit en fon corps 
les en chaflàft. Le Remede fut plaufible au ma¬ 
lade , cependant en attendant le temps & l’heure 
corn-- 



DE IA SAN T b'. 

commode ,on fairbit toufiours préndfG audic 
malade des remedes-pr-opres à püfger, domptée 
& modérer l’hurnêur meknchoiique. Ainfî il 
s’éféouja^ quelque temps i & les iqurs caniculai¬ 
resfe pairerentjtantquerAutoranerüfainc. Ea 
En'^De grande fale fut eboifie ^our faire cefte 
féime^ubcation d^erprits c'vn certain' honefte 
peffonnage cbHurgîen'-f^nt apbfté pour ioüeE 
le peribnnage de éc prétendu efpriCj qui inüo- 
qù é .rçàuoit la par tie qu’il au oit àtcnir& àdi- 
re>Pàruenusdoncâu lieu eboifi, àl-heüre qu’on 
aüdk prîfeile ccfçkeltant faid, & aatreà ecre- 
mibnies que ceux'-qiii fe meüeht-dc lâ^Nccro- 
marice/bnt en tèi cas accouftumé- d’bbfcruer: 
Et dédirperfonnage mis au milieu du cercle, 
éncoüfâg'é'dde-nc ■aefténnef : après' quelques 
feints tnarnidcPcmchày on comm'enia^kppel- 
1er i’cfpt-mdu leüant 'qùf ne vinr|fe%'v‘puis Fe- 
iprit de midy qui ne vint pas aüfli : en fin à la 
troifiefrae fois , le perfonnage apofté caché en 
vn certainendroit propre:commença d’appa¬ 
roir en celle falc aiTcz obfcure,on alîèurapîus 
queiâtnaisicpaticnr, quidit qu’il n’auoit point 
de pcur,quoy qu’iladuint,tant ilattendoit& 
auoic mis fon efperance en cefte illufîon. En 
fin l’affaire paflè fi finement & dextrement, que 
le pauure patient creut que cet cfpric, qu'il 
cuidoit eftre non feint, auoit eu le pouuoir dc" 
dompter & c^iaflcr hors de fon corps les deux 
autres qu’il s’imaginoit y eftre enclos*. Si que 
cela feruit à rcdrcflèr fon imaginatiue, & à en 
effacer la faufle perruafion ,.qui y cftoit cra- 
K 



Î4^ SÎCT. I. DV POyRTRt DE :LA SANTE, 
prcinte : ccla ayant efté lç principal remcdc de 
fà gucrifoo. Lefieur Pœna ne laifïapas deluy 
faire yfer refpacc d’vn tnoys durant de remè¬ 
des propres àpqrgcr & dompter l’humeur mc- 
lancholiquc;, qu’il alloit prendre chez vn apo- 
tiquairc de la ruefaindt Honnoré, & au bout 
d’vn mois eefte,humeur ayant cûé purgée, il fe 
rccognut defabufé & gucry, ,& fut tout hon¬ 
teux de tefte fâülfc imagination qui luy auoit 
fi long temps trouble l’cCprit : ne s'eftant onç- 
ques plasrefcntydc telle paflîon. Céftehiftoi- 
re feruira à tous médecins, pour les aduertir. 
dexaâcmenc rechercher les remèdes en.fem- 
blables maux, d’vlcr d’inuentions fubtiles: voi¬ 
re de pratiquer des tromperies faidtes à bonne 
fin, pour ayder à reftabjir" l’imaginatiue de 
l’homme ,&la remettre en bon eftat, quand on 
la voit eftre blcflcc & efgarée aueç h^z^r d. 



SECTION SECONDE 

DV POVTRAICT 

DE LA santé'.* 


^E L E S T L'OFFICE 

de tout .. 

• GhAP. I- - 

E S grands M ytais méde- 
çins ne fe peuucnt; pas 9** , 

tels . 

vcricz en 1^ d tïîp“ ^ 

pocrates & de Galien,Toit 
pour auoir bien & diligem¬ 
ment feuïlletté Icürscfcrits, 
foiepource qu^appartientà, . 
la théorie ou à la prafti^üe de lamçdecine qu’ils ' 
tirent d’iceux : ainçois ils doiuéniauoir kcqg. 
noifsâcede Tyniuers: cognoiftre to’ les aftres du 
Cicl,auoir la notice de leurs mouuenîens diuers, 

& de leurs influences, qui font les faifons diffe¬ 
rentes 3c mutations de temps 3 4’où naiflait plu- 
fleurs diflèmblables changemensen nos corpi^ 

K ij 


m 




Ï48 SECT. II. DV POVRTRAICT 
& s’cngendrenc en eux diuerfes maladies. 

Cogitolf- llsdoiuentaufficognoiftre les différences des 
fance des vapcursfroidcs& humides,dont fe fonc les nua- 
^iTiTalx neiges,frimats & ferablablcs : & des 

wSwLr^^exbalâifbns chaudes & feiches, comme font les 
Les efclairs,tonnerres, foudres, & tels autres mereo- 

renees des res fouffreux,& bruflans:ppur de là pouuoir 
mtteores. Comprendre les corps irapatfaids,froids 

& humides qui fç forment en la région acree du 
Les raj>‘ petit monde,\dréft ic écrûeau': comme font fes 
ports des diuerfes defeentes ou defluxions accoraparées 
”‘!ïnd^n :4csnciges frimats & tels autres glâ- 

^tM^etii. cez> acct^parc? à nos paralyfies,apoplexies, & 
à nos autres inaux; Tel vtày médecin doit de 
mcfrac auoir cognoiffànce de tout ce qui eft 
produidt & contenu en i-Elcraent de Peau : & de 
toutes les chofes vcgctales & animales quideco- 
; . -renfla face de kîerrtt.Doirdemermecôgnoiftre 
■ tous les fucs &'diucrfes fübftanccsmctalliqijcs 
. . engendre & contient dans fon fein, & 

. de fon ventre j pour rapporter 

toutes ceS chofes ccleftcs & élémentaires à ! 
hhomme qüieft vn petit monde. 

Cet excellent chcf-d^œuure ,^ant efté crée le 
Homme, dernier de toutes les créatures, & ayant efte la 
petit mit- caufe finàle,pGur faquelle toutes éhpfes ont efté 
df. fai<9:es,6c mcfme forme de la terrc, la matrice de 

feminairé de toutes chofes i participe de toutes 
leurs natüTcSjCn fon corps mortel & terreftre,& 
en fon arae/ qui luy fut infpirée du foufle de 
DieUiCréateur) dé fon cfprit.' 

'•IcBcm’eftendray pasplusauam furcc fujeû 



ft'E ■; t- A s A N t s'. , Î49 

ettcetraitté:rercruâBtidetraitterpIusàpIaincc- 
ftc bclle & haute matière en noftrcliurc derecon-^ 
dka rerHmnatura,amfyiie myfimüjôcc. 

Outre cefte cognoiiTance generale de toiit 
rvniuers que doit auoir,comme nous venons 
dédireitout vray médecin, il efttenu de mefmè, 
pour pouüoir eftre dit tel, auoir frequente tou- Meiecm 
tes les.parties du monde, s’illuy eftoit poffible: àometvoy* 
ou pour le moins beaucoup de diuerfes conr^®*' /'*"*'* 
trées : & en chacune d’icelles, auoir ohlcrué ^ 

tout ce qu’il y a de rare & particulier aux moncs 
& aux plaines : Toit en minéraux, foit en végé¬ 
taux, foit en animaux : Et doit encore commu* 
iiiqUer auec les grands perfonnages de fapro- 
fc{fion,pour apprendre d’eux cequ’il.y a de pro¬ 
pire & particulier en leur pays ; quelles maladies 
y font ordinaires : quels font les moyens & re¬ 
mèdes pour s’en.gafentir & guérir ; Puis apres ' 

CCS longs voyages,&curieufes recherches, apres ' 
auoir fuiuy les armées, & pradtiqué dans les ho- 
fpicaux , & auoir communiqué auec diücrs & 
grands perfonnages, quand il voudra faire fa re- 
traitte en quelque lieu, & y pratiquer ce qu’il 
aura appris,que luy faudra-il faire? C’eft de con- ohferuaùS 
fîderetla lîmationdc fa ville, ou lieu oùil vou- »«' 
dra habiter : /il eft en lieu montagncux,en plai- 
ne ou en coufteaux : fi le terroir eft bourbeux 
fablonneux,presouloingdelacou deraarefea- meure, 
ge-caffis fur vneriuiereoqfurle bord de la mer: 
du codé d’Orient ou d’Occident : battu du nort 
ouduraidy. Faudraenoutre obferuer la natui. 
re des eaux, & des vins, que tel lieu produid : & 

K iij 



15© SICT. II. DV POVRTRAICT 
inefmes quels font fcsblcds,frui£lagcs, & au¬ 
tres nourritures : la façon de viurc des habitans; 

fils font gens de trauail bu fainéants Ôc paref- 
feux, fubjeds à gourmander & fenyurcr, ou à 
viurc fobrçment. Cela bien confîdere, il luy 
faudra encore fçauoir les maladies qui pullu¬ 
lent ^'ordinaire le plus en tel lieu : Erce félon 
l’opinion dHippocrates en fon liu. de l’Air^ des 
lieux, & des eaux. 

Telles & fembiabics, necciraires&curieufes 

recherches, font dignes & appartiennent à l of¬ 
fice d’vti médecin qui veut eftrc habile & digne 
defon^ftat. Mais plufieurs autres qui font les 
fuftîfans pour auoir beaucoup de babil, & qui 
n’ont veu ny voyagé plusloing que leur fouyer, 
font pluftoft médecins de paroles que d’eifeâ:: 
vuides d’expericncc, & debons & grands reme- 
des, qui n’ont rien qui ne foit commun à leurs 
apothicaires v& ce pendant ils font fî prefum- 
ptueux, qu’ils ont honte d’apprendre, pour n’e- 
fire veus rien ignorer. C eft en quoy ils imitent 
<S 4 Ϋ»tf tref-mal le grand Galien noftre Coryphée, que 
Itaitcou^ nous lifons auoir voyage en plufieurs lieux, fui- 
uy les codes de la mer, vifîté les mines, & auoir 
fouillé iüfques dans les entrailles de la terre, 
tant il eftoit dehreux d’apprendre , voire des 
l>lus baflès & viles petfonnes. 

Or pour raonftrcr quelque preuucdcce que 
i’ay mis en auant cy dedus.: ,à fçauoir , qu’vn 
vray medecin,qui aura voyage & trauerfé main¬ 
tes contrées, peut auoir cognoifîànce de plu- 
ficurs maladies particulières à chalquc région. 



DE LA S ANtÉV"^ ' jji 

qu’il peut fçauoir les remedes fpceiaux, qu’on y 
apporte, & en peut faire mieux Ton profit cç 
lemps & lieu,qu’vn fedentaire : nous en propo- 
ferons diuers exemples. 

Au pays d’Angleterre, vne nouüellê forte de 
maladie s cfleua en l’an 14 S 6 . fous le règne 
Henry VII. maladie qui y régné encore par fois 
& par interuallc de temps. Ce raaleft vnefucurt»«e /»e«f 
mortelle, afiàillant foudainle corps^accùtapi- 
gnec d’vneextrerac douleur de tefte, & d’vne*'**. 
chaleur tres-ardente, qu’on fent en l’eftoraach. 

Ceux qui'furent les premiers attaints de cefte 
cftrange contagion, moururent prcfque tous, 
auant qu’on y fccut apporter le rcmede: d’au¬ 
tant qu’ils fe dcfpouïlloientjquâd ils en eftoienc 
furpris , ne pouuans fupporter la trop grande 
chaleur , & qu’ils beuuoient demefuréement 
pour appâifcr leur grande foif & alteration. 

Par ainfî,prefque tous ceux qui furent attaints 
de cefte maladie du commencement, comme 
nous auons dit,n’en peurent efehaper, & n’y 
eut auenn rcmede de la medecine , qui leur 
peut feruir. Quelquesvns pourtant qui en cf- 
chapperent, & furent de meilleur régime & 
conduite , eftans derechef faifis du racfme 
mal, apres auoir obfcrué, comme ils s’eftoienc 
guéris , tindrent la mefrac voye de leur pre¬ 
mière guerifon. Par cefte obferuation ils ap- 
prindent le rcmede à vn mal contagieux. Qui 
eftoit en fomrac,quefi c’eftoit durant le iout, 
qu’on en fut furpris,il failloit foudainfans (cterrt. 
■deueftir , s’aller ietter fur vn liil, & quand 
K iiij 



jji s'icr. II. Dv po vrtç-Aigt > . 

Je mal les furprenoit la nuid eftans couchez, 
qu ounebougeaftd’vncplace, qu’on refift lïiG- ‘ 

jJiocrcment couurir, fans fc tourner çà ny là, & 
moins fortir hors dulid ny pied ny main:de 
peurdereràqrfondre,& eropefeher la fueiir^à 
diftiller; doucement fans trop de contrainte. i 
Or il failloit fe tenir ainfî coyement, l’cfpace \ 
de vingt-quatre heures , fans manger ny boi¬ 
re-, s’il eftoit poflible. Voila le feul remede, t 
qu’on a trpuuc à vn teimial , mal & remede, 
qui n’ont efté dcfcrics, ny par Hippocrates, ny 
par Galien : mais le médecin qui aura voyagé ^ , 
en Angleterre , le pourra aiioir appris, à fin 
qu’aduenant( comme il fc peut faire) qu’vn tcl 
malou fcmblabie.vintà pulluler au pays de fa - 
demeure,il y puifTe apporter guerifon,laquel¬ 
le il aura apprife en voyageant, & non par la 
ledure des liures des anciens Grecs, Latins, ny 
Arabes. 

Smlmm, Scorbutura eft auffi vnc nouucllemaladie 

<>* fesaeà- produide d vne maligne vapeur, qui vient de 

la raterquienchancrc touteIabouche,&def- 
charne toutes les dents, comme on voit adue- 
nir à ceux qui font frottez de l’argent vif. Ce¬ 
lle maladie eft fort commune en aucuns en¬ 
droits d’Allemagne : mefme à Hambourg, Ro- 
ftoch, & à ceux qui font affis fur le bord delà 

mer. Ce mal eft accompagné d’autres fafeheux 
& pernicieux fyraptQmes:& l’vndcsfinguliers 
remèdes, ç’eft de prendre vne liurc de ladeco- 
Hetha d’orge, fix onces de vin blanc, de l’herbe 

CothUatizA^^^ Cochkaria,qui eft vtic clpecc de Ctcflon,^ 



,Vt LA santé'. ^ 155 

trois poignées, lefditcs herbes ioient pilées ôcsemede 
preirécs ians les faire cuire., & de la liqueur epi eifique te», 
en fortira, mefléeaueclc refte. faides en boire*" 
cinq ou fîx onces matin & foir, apres -auoir efté^*'^*'^* 
prernièrement purge aucc mcdiçam.cns pro¬ 
pres & c.onuenables.,Hieron. Reufnerus tref- 
dode perfonnage a eferit vn beau liure de la¬ 
dite maladie, auquel on y void plu (jeu rs re¬ 
mèdes. 

De mcfmc en Alfatie, AuItriche,Morauie,& Sorte 
en laDuchédeTyrol, fetrouuc frequente vne^' 5 *' 
forte de colique,caufee d’efpritsaigrcs,acres & 
vitrioliqucs ,qui degencrent ordinairement en 
contraidures, comme font les coliques de Mc- 
lun. On guérit telles maladies par iesremedes 
deferits au liure de Tartaro de Paracclfc, & par 
ceux que Sckenckius a propofez en fes obler- 
uâtions. 

Il y a vne heure vulgaire & bien familière en 
JJongrie, prefque ferabkble à la heure ardente, 
que les médecins appellent caufos/qui engendre 
vne grande noifeeur en la langue & au goher,lc- 
quclfyraptomc fe nomme TrunelU, ‘ÈraitTie en 
Alleraâd.Le remedeà vii telmal,ceft vnfcl nitre 
préparé auec du foulphrc, qubn donne à boke 
aucc de Peau, & appelle-on ledit reraede com¬ 
munément SalprmelUyfOüt le grad & merucil- 
leux effed qu’il a d’ellcindre ccftcgrarrdc &fu- 
riè'üfeardeur,quirend lalâgueaiiffi noire qu’vn 
charbon. Quelquecenfeurcrouucrabien eftran. - 
gcvn tel reraede,fçauoir qu’auecdu feipetTC& ^ 

-du foulphte, (qui font de nature ignée, comme “^tabL 



Il8 SICX II. DV POVRTRAIC^ 
il rcfl:imcrâ)vn fî grand feu allumé dans le cofps, 
fepuifle fl promptemeni efteindre. Cela ne le 
trouucpaidans les règles de Galien, ny dans les 
pliures. Mais s’ils auoicnc voyagé en Hongrie,, 
&VCU cent & cent perfonnes gucries par ce feul 
îemcde,communauiourd’huy à tout le pays, & 
qu’iLcutouyfurccfaiâ: le tcfmoignagc de tous 
les grands perfonnages médecins dcslicüx,il fe¬ 
ra contraint de confcllèr & croire qu’vn mede, 
cin en ne lifant que fes feuls liuresnc peuteftre 
bien inftruiâ: & descaufés, & des remedes de 
telles maladies. , 

, NeuueUi llcourt auflî vnc maladie nouuelle cn Polor 
malaif): eu g^c dite Plica fort approchante dcs veroksjdc 

fi grande & difScile curation,qu’elle ne peut c- 
ftre domptee, ni par l’vnâion de l’hydrargirc 
ou vif argent, ni par hydrotiques (ou façons de 
•diettes comme on appelle ) ni par autres tels 
communs remèdes : ains faut auoir recours à 
quelques fpecifiques. Hercules Saxonia tres- 
eelebre perfonnage, & premier profefleur à Pa- 
<iouë, a eferit doéteraent de ce mal ch particu¬ 
lier. Mais le fpccifique remede s’apprêdra mieux 
des médecins du pays,qui eft à ce que i’entens vn 
Mercure de vie, 

Ifcrûuëües Les cfcioilelles font maladies frequentes cn 
familières Efpagne : le mcfmc mal eft fort commun en vnc 
tnE^agne. Pfoyjj^ce d'Alleiuagnc nommée Carinthie ; ce 
qu’on attribue à certaine eau du païs, qui rend 
mcfmc efcroüelleux les cheuaux qui en boiuent. 
En la mcfme région fe trouue bon nombre de 
gens niais,fols & priuez de fain iugement : ceux 


O DI la: SA NT sV 155 

qui voyagent par là, peuuent fçauoir les rerae- 
des qu’ils y apportent, \ 

Les vlccrcs aux iambes font difficiles à guc- MdUi'm 
rir à Fcrrare ; on treuùc force aueuglcs à Pa- 
doiic : les playcsdc la tefte en Aüignon,&cn[v* 
Languedoc font tref-dangereufes la pluf- 
parc font mortelles à Maitiie. Les charbons 
font familiers à Montpelicr & vers Narbonne, 
à caufe du maniement des laines : & les goit- 
trcs(pour la froideur des eaux) en la Moriane 
Tarentaife, & autres pays de m ontagne. 

Ceux qui ont voyagé par Icfdits pays Sc ré¬ 
gions, peuuent auec plus d’aiTcurance , expé¬ 
rience éc cognoiflàncc, parler de l’cflènce ou 
naturedefditsmaux,de leurscaufes, & desre- 
medes vfitez pour les guérir, que les médecins 
fedentaires, & qui n’auront iaraais bougé d’v- 
neplace. 

Car tout vn public qui cft communément af- 
failly d’vn mal, tafehe à y porter le remede; com¬ 
me par exemple le goittre donc nous venons de 
parler, communaufditspays montagneux, qui 
cft caufe de ce que leurs eaux prouiennent 
pGurlaplufpartdesnGigcs,auqueiraal aufliles 
femmes & pauures gens, qui n'ont du vin pour 
boire, font les plus fubiets. Or pour tarir & 
confumer vne telle difforme tumeur (ce que 
tous les refolutifs remedes ne pourroient faire j 
ilsontdecouftume de mettre en cendre vnéef- gmm jje- 
pongedemer, ou celle qui croift furies aubef^ tifqHs. 
pins, laquelle cendre eftmifc dans vne bouteil¬ 
le de vin blanc, duquel on prend deux ou trois 



l^è SECT. II. DV POVRTRAICT 
onces le matin, depuis le commencement de la 
pleine Lune,iufq^ues au renouuellcmcnt d’iccllc; i 
ainfipcu àpeu ceftetumeur difparoiftà roefurc j 
quela Lune deferoitt. Voila le rcraedé couftu- | 
micraupaySj&quonapprcndpoür yauoireftc | 
&conucrfé. i 

Ce%»« Ilyatroisouquatrcansquei’eftoyccnLimo- j 
frequem en {Jn ^ Petjgotd : où i’ày veu plus de coliques & 
contraidurcs,qu’enâücunautrclicu de la Fran- 
jsT/pw Ûe ce, ny de l’Europe, oùi’ay.e voyagé. Cela me ^ 
aèrefoc ^ obfcruer (comme i’en cftois inftruit parRippo- 
#2»«. crates ) la nature du terroir du pays, qui n’a que 

du bois de chaftagnier , & duquel tous les châps 

font pleins de fougcre.qui eft le fimple qui a plus 
defelpoignant & alkatiqu’aucun autre: de la 
feule cendre duqnelaufli oti fait levcrre : ce qui i 
fit queie rapportay la caufe de ce mal fi frequer, 
à la nourriture : eftant impoflible que le bled Sz 
aütresgrainsqui nailîent au pays, ne participent ^ 
beaucoup de cefel acre & poignant, dont tout le 
terroir: abonde : aulfi en ay-je gucry quelques 
vns; mais le principal rcmcdecfioitdeleur con- 
leillcr qu ils vfaflent du bled d’AngouIcfme, ou 
de quelque autre bonne contrée. 

Or comme par laçonfcrencc faide en voya¬ 
geant, aucc beaucoup de grands perfonnages, 

& par l’enqucfte'qu’on peut faire ( en trauerfant 
beaucoup de régions & pays eftranges,) des 
maladies qui y pullulent, & des remedes dont 
on vfe pour la curation,vn médecin peut ap¬ 
prendre beaucoup de chofesvtiles & neceflai- 
rcs, qui ne fotit-efcrites dans les liurcs qu’il a 



. D E ri A s A N T e’. IJ7, ' 

dans fon eftude. Ainfioutreles nialadies ordi¬ 
naires qui regneni en certains lieux, & leur af. 
fîctte naturelle , il peut & doit prendcc;garde i . 
beaucoup d’occurrences vqui pcuuent furuenic 
près d’ieeux : comme grande quantité de mdrrs, 
quand il fe donne en temps de guerre quelque 
combat ou bataille, qui.font aulfi la caufedc 
plu ficurs aouuellej & grandes maladies qui en 
iuruienncnr,' ^ -, f 3 

Voicy ce qu’en elcrif Aëcrc Itetr. i.- fcrraon i. 
chapitre 94.au liure des maladies populaires ,& ' 

qui le (êment par cy par làjraefmes des maladies ' V 
peftilentielles. Mais,dic-il,lanature du.pays a** 
fouuentesfois introduit des maladies Gominu-** 
nés par le moyende l’air que nous refpironSjin- * « 
fede de vapeurs dc exhalations pourries.- Or la ** 
caufe de telleseuaporàtioHs puantes & pourrics * « 
prouientjou d’vric multitude de corps morts, 
ainfi qu’il àduienr fouuent eh guerre, ou des g- * « 
ftâgs&aurréspuabyfmGsprofonds,oü dequel-* « 
qucsraaraisvoifinsdèsliéuxinfcdeE.qui iettent “ 
perpetucllcracnc desexhaiàtions malignes & ve- ‘ , . 

nimculcs.- «« ^ ' ' 

Ægineteau z.liure de la.tnedecine, chapitre }f, 
intitulé des maladies populaires, eferit prcfque MaUiU$ 
le pareil en ces mots : Mais comme la nature 
lieux a louucntcsfois introduit maladies com- t < 
munes, qui prouiennent quelquesfois des^ma-^ce 
rais, quelquesfois des antres Sc profondes C3- c< 
uernes qui exhalent desÆimécs & vapeurs per-<« 
nicieufes & venimeafes ^eomme il aduient fou- <^ 
uenc, De là l'air qui nous enuironne chapge fa <« 



158 SI CT. II. DV POVRTR. AICT 
température : comme auflî quand il dcuicnt cx- 
^ * ceflîuemenc chaud ou froid, fcc ou humide, 
nous-nous en fentons trauailicz. 

Voila .ee que le vray médecin doit -obferuec 
ç’ilvcut bien faite fon deuoir: voila ce que luy 
feroënt fes conférences, pérégrinations & voya- 
gespar met & par terre, ; Celuy qui aura^voyage 
vers Naples, & qüiaura yeu la pernitieufe & 
raortéllc vapeur qui fort d’vn antre ou cauerne 
pfcsPutëoli ou foutes fortes debeftes quony 
f^Û^utrer, par la maligne vapeur qui en fort, 
voifin M «icmeurçnt commesmortes, & de faid n’en rele- 
terroir di ucnt point, fifoudain on ne les icttoit dans vn 
Tmol. petit lâC; tout prochain qui les fait reuiure, Sc 
: leur fert comme de rçmëdc : ceux. dif-je peu- 
- ucnt_ mieux auoir recherche de près, & eftrè 
inftruids dcscaufesd’vnë fi mortelle contagion 
que les autres qui en auront leu ou oüy conter 
des nouucllescn l’air, comme on ditr Maisd!au- 
tant que c’çft l’air qu’on inlpirc, qui principale¬ 
ment s’infede de. telles malignes vapeurs, & 
, qucledic air pourlc fymbolcqu’ilyade chofc_ 
derlh. fpirituellc à chofe fpirituellc, & de vapeur à va- 
*, peur nous comnauniqUe Cffftc infedion par 
î’infpiration ordinaife que nous tirons de luy: 
ll.nous faut parler principalement de celle cho- 
fc non naturelle, tant. & tant importante, & de 
laquelle nous ne nous pouuons palier vn fcul 
moment, que nous ne foyons conirainds de 
l’infpirer & refpirer inceflararaent, c6rae cllant 
la principale pallurc , entretien ic nourriture 
delà vie. 


B E 1- A S A N T e'. IJp 


D E D AI R. 

C H A P. I I. ï 

C E n eft pas fans caufe. que les mededns 
nomment & mettent Tait au premier rang 
desE? chofes non naturelles, comme cftant k 
chofe la plus nccelTaire pour rentretien &: con- 
feruation de la vie humaine : & de laquelle com¬ 
me nous venons de dire, on ne fc peut paflèr vn 
fcul moment. 

Or Tair comme c’efl; yne vapeur fubtile &Z.Vr4»<- 
ipirituelIe,c’eûpourquoy'iIeftfubîctàfî diuers 
changemens , & propre à rcceuoir fi diuerfesyj//j{^^, 
alterations ; pouuant de chaud éftre rendu froid, utrfei «»- 
de froid c^ud,de fec humide, d’humide fec : & m'hhss 
c’eftauflîpdurquoy no.ftre tempérament en eft 
fi fouuent change & peruerty. Aece & Æg. â- 
presHippocr. & Galien faux Hures & chapitres 
cy deuant alléguez nous'tefmoignent cecy en 
ces termes. Mais l’air qui nous enuironhé, chan- < , 
gc & peruèrtit noftrc tempérament,quand il de- * c 
uientjou immodérément chaud ou froid,ou ex- <, 
ceflluement fec ou humide. Pour le regard des < c 
autres caufes nous n’y fommes pas tous fubiets, « « 
&nenousattouchentpasaufl^ toufiours. Màis.c 
l’air qui nous enuironne au dehors, s’elpanche « c 
de tous coftez à tous, & entre dans vn chacun.. 
parrinfpiration qui s’en tire. Il eft donc necef- c« 
kirc, que lelon les changemens qu'il fubiu* 


\èo Sect. il dy fovrtraict 
It change- ôch température qujl reçoit,les animaux pa- 
met de l'air reiilement changent leur dirpolîtion &. habi- 
^ rude. 

imofîmn apperçoit ces diuerfes mutations de l’aip, 

^ ’ aux quatre iaifons de Tannée , félon le cours 
du Soleil :carau Printemps ileft le plus appro¬ 
chant de Ton naturel, à fçauoir médiocrement 
chaud & humide: en Elté, eftant cfchaufFc d’a- 
üantage par le Soleil ,il eft rendu chaud Ckdec: 
en Automnefrold&iec tenHyuer froid & hu¬ 
mide, '. 

Mais lé Soleil n’apporte pas feulement aux 

quatre faifons tels changemens tk'mütatîbnséri. 
Différentes Tair,ains là Lune mefrae en fea quatre quartiers, 
fmrute-x^ apporiéen rair quatre différences, conàrae Tcf. 

^ Galien &; Àecc'âpresiuyTctr.ii.rcr- 
iBwe,' mon 1. chapitre léa. Car le pteTnicr feptenai- 
rc , depuis la nôuuelle Lune iürqoe§; au fé. 
ptiefmc ipur cft femblablé au Printemps, citant 
chaud & humide . Le fécond feptenaife- iuf,- 
ques à la pleine Lune eft femblableà l’Efte. Le 
troilîcÇfnéj lâ Lunedecroiiîànt, refpphd àTAu- 
tomne. Et le quatriefme & dernier quartier; à 
THiuer.' ^ ‘ 

Mais celte différence d’air ne fc'voîd feule-' 
iîient tous les ans & tous les mbis,felon les qua¬ 
tre faiforis Solaires & Lunaires, qui adüichncnc 
par la reuolütion de ces deux luminaires,ains 
lefdiîs autheurs ont remarqué en Tair chaque 
iour ces quatre mefracs différences: car le ma¬ 
tin cil chaud & humide comme le Printemps.' 
C’eft pourquoy auffi les corps tant des fains 

que 



DE LA IANTeV ; i . .l£t> 

que malades ont quelque relafche,voire iurque# 
aux febjcicitans qui foiit plus êntepos ce temps- , . 
là. Mais le Midy eftaccompâré^àitepéii comme ^ ^ 
la feree à'I’Autonne,& le vefpre a l’Hyuer. Voir#, 
on peut remarquer èn la nuiét ces quatre m:e^ 
mes différences auffi bien qu’au iour e ge accons- 
parer fa première partie au Printemps,kminui<ffc 
à l’Efté 3 & les deux autres parties à l’AutoranÈ: 
&àl’Hyuer., • ; 

Voila les grandes & diuerfes mutations dej;, 
qualitezde l’air aux quatre faifons de l’an » aur 
mois;, aux iours & aux nuiâ:s: chofes digne»: 
d’eftre remarquées de tous médecins , d’au¬ 
tant qu’elles apportent diuerfes akeratioins auXi 
corps , & aux humeurs des fains & des ma¬ 
lades. ■ r 

ïl j a biend’auantaîge : c’eft que le Icuer & le Veriui iti 
coucher de certains-A ftrés & Eftoiles > quand 
elles fe leuent heliaqueraent, ou fe couchent '®^®'^"*- 
chroniquement (ainfi que parlent les Aftroio- ; . 
ques) 4 lon l’ordredu temps qui leur aefté or¬ 
donné du Créateur j donnent de fi fubites 
grandes mutations à l’air, qu’il aduicnr de là que 
les vents foufflent diüerfements & qu’ils chan-^ 
gent fuccelGuement de qualitez, félon les altfcra=« 
tiens qu’ils fouftiennenr* , - 

Ce qui importe grandement d’eftre fçeu du Afitonotah 
médecin ^ veu que non feulement les corps des 
fains, ains que ceux des malades encore d’auanr '**'”^^‘**** 
tage reçoiuent grande alteration félon les di- 
uers mouuemens de l’air, comme nous l’auOns 
dit cy deuant. Et c’eft pourquoy la coghoiffanc^ 

L 


léz SECT. II. DV POVRTRAICT 

du ciéli à fçauoir de raftronomie ( félon meCme 
^ipp l de Hippocrate | fl neceflaire à tout médecin, 
*ereJoc'.& qüé celuy ^iu rignote ne mérité d’en porter le 
ttims. HOin V . : ' 

Nous^ mettrons icy quelques exemples des 
aftres principaux, defquels le leüer & coucher 
donne d’euidentes mutations au temps, & à 
l’air ,-Gomme toute l’antiquité l’a obferué par 
rne continuelle expérience : voire iufques là, 
feshergers ,qui font pour-la plus part & le iour 
& la nuid aux champs ont eu quelque Gognoif- 
fânee de ces mutations, & en ont faid dehetfes 
ohferuations ,■ comme leurs almanachs le tef- 
moignent;- ' 

Sur le ir. -ou zi. de Mars* félon le calcul du 
fâria calendrier , le Soleil entre au figne 

efioiUs au d’Afies, Sten mêfmetemps lecheüal Pcgalefc 
lafvMmn, leuc le mâtin : lors fe faid l’eqüinoxe vernal : oti 
' voit alorsvne grande mutation èc perturbation 
en ^air : le tempss’cfchaufFer, la terre ouurir fon 
fein, les-arbres commencent à produire leurs 
féües, & rcsfleûrs à poüfler,'fleurir & reuerdir: 
l’eau mefme fe re'flent des eflèds d’vnc telle con- 
iondion : car elle enfle plus alors fes marees, 
qu’en autre faifon. - Quoy plus ? fur cefte noü- 
uelle mutation, les vins boüillonnent fans feu* 
. * & fe troublent alors dans nos caucs : comme 
font de mefme les humeurs dedans noftre corps: 

, ' d’où aduient qu’en ce temps beaucoupde ma¬ 
ladies pullulent. • 

Prefriete Depuis le i8. i j.io.d’Auril, & quelques iours 

àtifUtaiei fuyuans, IçsPleïades ( que le vulgaire appelle la 


DÉ t A santé'. 

PdifloHnierè ) qui font afiîfcs près î’œil du Tau- 
rcaù, &qui foiit'vn Aftre forcfroidureux, fe le- 
üëric'auecle Soleil» ScrefroidifTem derorté &'fi 
Tübitement fa chaltur , qo’on appërçoit l’air en 
ce temps plus froidureux qu’au mois de Mars. 

On obferuê auffi en ce temps , quelques iours 
que ie vulgaire appelle les vandangèurs , à fda- 
ÜÔ& Marqueta Georget, & Croifec : d’autane 
qu’il'gele volontiers alors » & que ladite gelee 
gafte lès vignes furtous les autres fruids. ’ ; 

' te iS. dudit mois,raftreOrion fe couche preC- 
que auflî toll: que le Soleil & enuiron le pre- 
niier de May les Hyades fe leuent heiiaquement. Hyades 
tous ces figues orageux & pluuicux approchans quand tü " 
du Soleil donnent de grandes mutations à l’air 
ôcautempsî aufîî void-on fouuentgsler, quoi! 
eft bien auant en May. 

Le 7. de May les Pleïades commencent à pà- 
roïftre le matin, par confequent le Soleil com¬ 
mence à s’eflongnêr d’elles, quittant peu à peu 
le logis du Taureau, pour aller gagner celuy^dés 
deux BelTons Amycieens:’ lors l’air commence 
àeftreappaifé, & nous n’auons plus crainte des 
grandes froidures. - 

Enuiron ie 6 . de luin Arduriis fe couche toft 
apres le Soleil ; le 9 .iour le Dauphin paroift auanc 
le Soleil leuant , & fur le 25. & 24. ' Orion dé mef- / ' 
me commence à fe leuer le matin. Ceft lors que 
ie Soleil entre en rÈfcreüiire faifant le folftice Ahmtm 
d’Efté : ou l’air. 5. ou 4, iours deuant & apres, te- d* ttmpi, 
çoit vne merueilleufe alteration, ÔC par confè- 
quent nos corps : fi que les maladies arguës qui ^ 

L ij 


ï64 SECT. II. DT povrtrAict 
furuiennent en ce temps,font fort pcnlleures.. 

Le troifiermc iour de luillet tout l’afire d’Ô- 
: lion paroift au leuant : car outre les trois eftoiles, 
de la première grandeur, qui font toutes, d’vn 
rang, & qui font que les François rappellent 
bourdon, ou les trois Roys : il y a trente cinq au¬ 
tres eftoiles de la fécondé & troifîefme grandeup, 
quin’apparoiflent pas fi toft, ny cfgaleraent,poilr 
cftre aflez eflongnees.C eft pourquoy nous auons 
dit cy deiTus que le 14. de luin ce fîgne d’Orion 
commençoit d’apparoir le matin > & le 3. luiHet 
il eft tout leac. 

EfftBs de Le 14. dudit mois Procyon ou la Canicule fc 
Uçanicu- leue le matin fut Ic 19. le chien eftoilc rouge 

i ardente & ignee, commence de fe leuer de mef- 
me le matin : lors que le Soleil eft preft d’entrer 
dans le Lion, qui eft la maifon de fon exaltation: 
êc s’approchant du Chien, fes rayons, & par con- 
fequent tout l’air en eft rendu plus chaleureux: 
(d’où il aduient aufli alors vne grande efmotion 
d’air. Ce font les iours Caniculaires qui trou¬ 
blent & efehauffent tnerueilleufementnos corps; 
ce qui a donné occafion au grand Hippocrate de 
dire qu’il eft difficile & dangereux de purger de» 
uant & apres la canicule. 

BeBeeJ/er- Nous auons apperçcu pourtant depuis peu 
uduo/utU d’annees,que ces iours Caniculaires, n’ont efte 
Canisult, ^ chaleureux en,France; cela eft aduenu parce 
que la Planette de Saturne, qui fait le cours du 
ciel en trente années, & qui fejourne en chaque 
ligne deux ans fix mois,eftoit pour Jors dans le 
Lion & la Vierge , planette qui par fa froideur 


DE IA SANTE*. 

âttiediflbit la grande ardeur de la Canieule & 
du Soleil. Mais maintenant qu’elle s’en efloU- 
gne, nous apperceuons ces iours-là plus chaleu-‘ 
reux , dont nous deuons inférer que ces réglés 
generales ne font fans quelque exception, & 
qu’éllés peuucnt manquer quelquesfois , félon 
les afpeds diuers des planettes, & autres aftres, 
à quoy il conuient prendre garde. 

Xe iy. dé Septembre Arflurus fe létfant,altéré, ArBurm 
trouble, & donne grandes cfmotions atout l’air: permha- 
le i8. Spica fe leuc de mefme le matin: bair enl.**^ 
cft aufll quelques iours deuant & apres efmeu, 

& altéré : toft apres le Soleil entrer dans le Tro- 
buchet : c"eft l’cquinoxe Automnal, auquel temps 
féfait vn mérueiileùx trouble & nîODuémenten 
Pair , en l’eau, en la terre, auflibién qtfen l^qui- 
noxe du Printemps dont nous auons parlé cy 
deuant : dont nos ?bûmeurs & nos corps font de ‘ 
mefraë fort troublez: c’eft pourquoy on fèdoitÂD^eww* 
garder, comme dit Aëce , en ce temps-lid’ouuriï 
la veine,de purgcr,& de prendre detropviolentfi;””, *" ^ 
exercices,depuis le 15. de Septembre, iufqu’au i4. 
du mefme mois, - tmite. ' 

Le ij. à mefure quele Soleil fe leue, les Pléia¬ 
des fe coucbent,& à cet inftant, il fe fait vn grand, 
trouble & efmotion dans l’air. Sur la fin dfO- 
â:obre, & fur le,commencement de Nouembrei 
on apperçoit au matin Orionfeleuer, lors que 
le Soleil eft encores dans le Scorpion., fon mor¬ 
tel ennemy. U aduient pour lors grand change- ffopmtê 
ment en l’air, qu’on void fe remplir detoutbil- de L'ajhe 
Ions & d’orages. C’eft ce que i’ayefcrit en mon Onon. 

L iij 


léé. SECT. IL DV POVRTHAICT 
quatrierme liure du grand miroir du monde, 
f raidant du ciel k deibris fubfequemment les in-^ 
fluçnces aclçsdiuers efFebts des aftres. Vpicy ce, 
quciedisfurlisdirOrion, 

' rom. 

. ^^remmt4empèfier4otiff,er,gronder&brHîYe, 
^ccufez^ Ùricn c( chaleur }îmge^^ 
A<^UAtique^€rifeLpûJle4rjfie,Bra^^ 

JjA Ufrt^r<ji(^ Nochers,^ ni craignant U n^pfc dgt 
y^mhrmtJeitYnefaupottdo:^^ 

‘ SoHkm'^-^mdèlfHnyeHxiJsmfitappeH^ % 

.jQjpe:£v^JK4ifireememjlevemnileuitei [_: 

Quand:.Yi^mYidefa mort il sy»Ycndo^^ .. 

CitfU^ute ' premiec dç Deçembre. IfiChien (e çoucbe; 
4» umpf au tBatîn> /©.F on arob;reEiié-j(;diï Aëce 1. Sc;çba.. ia; 
fnfefuïUs allégué) de longue-maini, que fi ce iour-là eft 
troublé &, efineu de tcmpeftei, le trouble de l’air 
' ’Mnrera , & ne fera calme de 3o.iours: :; mais s’il fe 
” trduue beam &. ferain on ne doit point-craindre 
par autant-de temps if tempeile vienne^ 

Le Bouc &; iâ-Ckeure Je couchent le mâtin en 
quelques iours, deuatit le folftice hyiiernal, lors 
qucle Soleil entre en Caprieo,rne,Sc que^Hyucr 
commence de glacer la région de l’air; c’eft alors 
auffi que nos corps font fujets à beaucoup de 

V rheumesôcdeBuxions^ ©ar comme beïctit JEgir 

s» ncte 1. 1 . deYemediea jcnp. ioo. Leiblftice d’Hy- 
3» ucr accroift aux hommes les defluxions ^humi- 
^ 3» dite? iufqu’à l’cquinoxe du Printemps. 

Comme ces aftres ccleftes donnent de grands 
çhangemens en l’air, & par çonfequent à' nos 


, Î)E LA S AîTTI^ï -v ; . iCj , 

corps: on recognoit dé meftne,vokê plus elaire-., 
ment les dinerfes alterations qu’appôftentàjtpii- - : 
tes çhofes les tours &,deftours des dpitx pands 
Luminaires du Ciel, fçauoir eft du^Soieil^i delà 
, Lune. Le S oleil par fon cours fait les quarte fai- 
rons.erquellcsonvoitla naiiraneéil’aceroiiremêti ^ 
maturité, perfeétion, ôc en fin lamôrtde toutes 
çhofes. Carens’efloignantdenous,l’ai£‘feg.lace,.v : 
k froidure furuient,qui eft la mort de toutes eho- 
fes : .froid qui par fa qualité condenffi Sc referre 
tous corps,qui contraint que la chaleur vitale dés 
çhofes fe retire dans leur centre : laquelle par.fa 
ficeitéi(: dont elle eft volontiers accompagnée) 
tarit & confume exterieurêracc l’humeur radical Catffe ât 
de toutescreatures capablés de vie &den3ouue-; 
ment:d’où aduient que les. prairies font pour lors 
priuees de leur belle verdure fies plantesde leurs 
fleurs,les arbres de leursfueilles & fruiâ:s,&;fem- 
blent comme déftitueesde vie pendanti’abfence 
du Soleiljiufqu’àce queie rapprochant de nous, 
Centrant danslamaifon dujBelier,ilcommènce 
par fes tiedes &:viuifians: rayons à refehauffer 
l’air & la terre : laquelle ouurant fon fein départ 
derechef fon humeur radical à toutes çhofes,qui 
fe mettentdeflors àreuerdir, refleurir, frudificr, 
meurirq)ar,les diuers degrez de feu, que produi- 
fent les rayons decc grand luminaire , au Prin-, 
temps, en l’Eftéf & en l’ Autonne, Comme nous - 
voyons ces admirables vertus à plain & mani- 
feftement jians les plantes : elles fe maniféftenc ' 

;;de mefme a l’endfoiét dp tous animaux, & mef- 
raement en i’homme.Car comme l’efcrit Aétüar. 

L liij 


lè% 8BCT. IL DV JOVRtRAICT 
",> 11 attire àlâftftfacc du côrps toute noftre chaleur 
4ü Héû profond où elle habite, comme chez fon 
9i hôftè fatnilier & Coufîn. E t à caufe de cefte attra- 
aion, értfemble pour la matière qui y rcfide, il 
pullule fut iapeau, par tout le corps vne grande 

varietdde r0ugerolles»verolcs>vcfcies,pourprcs, 
în'oittcurs,fueuri& autres chofes femblablcs» 

: CareÔmela terreeftau Printemps en amour, 

fhfmn & qu’elle commence à produire fesgerrnes : les 

ml^dies, animaux font en amour aufîi en cefte mutation 
de temps : les oy féaux couuent pour lors, êc tout 
trauaille à produire (on efpcce. Et commc later^ 
re elçhauffee, tranfportc pour lors fon hiimeut 
radical,du dedans àu dehors :ainfi noftre chaleur 
xetirce & retenue dedans par la froideur, s’eC* 
panchc pat tout là corps : en ce mefme temps, 
noftre fang en bouillonne & fe trouble ,ainfi que 
levindans les caues, comme nous venons derc-» 
marquer es paroleîî d’Adluarius. 

De ce troublement de fang & d’humeurs, s’e* 
ueillent au(S & furuiénent en ce tçmps-là,les pa^ 
roxyfmes ( aupatauant tranquilles & à repos) des 
maladies héréditaires, mcfmêment des gouttes 
&fcmblables: voila le grand pouuoir& admi^ 
rable vertu des diuers afpeds du Soleil fur tou¬ 
tes chôfes.- Ce qui a efmeu ledit Aduar. d’eferire 
^ au lio. & chap. cy delTus allégué, ecs paroles : 

* » D’auantage long temps y a que l’eflence tant 
des animaux que des plantes, euftefte fenee & 
» aflTechee de phthifîe & pauurcté , fi le Soleil 
>» n’euft caufé ces tant efmerueillables change- 
*> mens, de temps. Mais maintenant comme ainfî 



Bï ÎA SÀNTîV ' „ 

foît qu’il préparé & difpenfe diuerlèm^nt tan-'»» 
toll cccy, tantoft cela*, il appert qu’il eft inftru- >j> 
raentdufouuerain ûuurier, en la génération & »» 
corruption de toutes chofcs. - Carlateirre,lainer 
& toutes autres chofesfont remplies de fes ver- '<»» 
tus & facultc2 : tellement que le Soleil eft vn *»> 
merueilleux? Organe, de d’ouuricr fouueram:» 
pour remuerdc changer tous corps qui eu font 
alterçz. ■„ 
La Lune imite aulE lâ vicilEtude des temps, en:.- 
fes accroifîèmens & dçcroifîcraëns. Leigrands 
cifeds de ce Juminaireicy,commc le plus proche t 
de la terre, fontiîeognus;&communs à-imchaf- > 
cun.que ie n’en diray pas d’aoantageïLâ cognoif' : 
fance des quatre diuerfesiordinaires & prefque \ 
fcptenakcs mutations depe lurainaite, feruent. 
encor de beaucoup pour:, la cogiioîflance des 
iours decretoires chofedigne &. nccelTairëid’c.-: 
ftrc fçeüe de tout medecini* & qui requieït en, 
autre lieu pour en dirçQurirplusau long. 


:DES 

Châp. ÏII. / 

I L nous faut dire quelque mot auiH dè la 
grande mutation des-vents, comme'chofe 
appartenant à ce que nous traitons maintenant 
de la nature & diucrfes qualitez de Pair: vcu 
que le vent eft vn air coulant, cnvhe part: ou 
vue force d’air allant d’vn coftc: ou vne courfe — 
L 


170 SE CT. II* PY PO VRT'r AICT 
d’air.vprpçu plus véhémente que l’ordinaire. 
Car l’ait: coule & . s’cfmeut :tre^legere.mçnt 8 c 
fnbtilement., &. le vent c eft.vn fouffle plus vç-r 
hement.,: Déçcfteefmotiün^s’emptuntçjladif-, 

. ference entre l’air & lèvent, commerrerçric Se- 

neqüe, ênXoin j.liu. des: qneftions naturelles , où. 

: on peum voir qu’elle cû la raatiere-& laeaufc’ 

, principale de la génération dcs.vencsi»; de beau**’: 
coup d’autres telles & belles recherches, cy^ ap- 
partiennent à cêftenia.ciereiQnierenu.oyOrâÿlc 

leifteur de peur d’eftte trop’long ; & me çont.en- 
taray de dèc , que îles, Yapeuts les plus itenucs 
cfleüees dé laterrc, iufqufâ.i la glacee & froide 

région dcliaîr-(quine pêuuent paüet outre, ains 
font contrainâ:es,de.3:eé]uler dcytebroflèr chc?' 
min ) ;cn rent'Contrantquèlques exhaiafonsifou^ 
phreofes:l:&ignees,.quiΣS entourent, ehlaiTent 
dcreflertèntde tropiprdsi.&de routespacés :I)e; 
Commt fe ceTrclfepement, iüruièntfvnagrand cbinbat^ef'- 
^vent motion,dcagitatiom,enrrelechaudibuphreur;: 
êc l’aëreux humide: qui eftant contraint, par 
fon plus fort ennemy', de s’enfuyr, s’éflaigir, 
fend ce qui l’enuiroiînû,fait Quuerture à trauers 
l’air, & fc fait vent, foufflant, fifflant, ronflant, 
bruyant,tempeftant .'bourdonnant: ores belle¬ 
ment, ores médiocrement, ores plus roidemenc, 
félon que ce fuligineux. amas i, quiidstiéut irif 
ferrée-l’aëreevapeuE, fc,com.pr„ou,{€cifeueroft 
tout à coup, ou auec. le temps-, & (îeloh la quan-^ 
tité grande ou moindre des matériaux nehuleux,! 
& qu’ils font plus ou moins agitez,' par -leurs 
contraires:qualitcz.. . 



Dï LA SANTE. lyt 

: Si queli^e quantité d’eauëeftenclofeiîans vnc jExemph 
boule clecuiure,ou<iefcr;,qwi n’ait qu’vn petit 
tuyau eftroiéfc., & auffi grand feuleçnent qu vnf®®*' ”*®'**' 
fer-d’efguiÜette: & fi cefte boule eft efehauffée^'^y^^^j 
dc: feux diuers, qui contraignent i'eauë dè s’ex- leytnt. 
haler, par ce qu'elle ne peut auoir iibre.y{ruë,que ; :{ 

par vn lieu bien eftroid: vous voyez félon les de- ^ - 

grcz du feu, en fortir ^ foufiler vn moindre ou • ' 
plus grand; vent : vnire tel qudi fuffira à faire 
fondre yn métalce qu on appellé vn foufflct SoHfjUt 
d’cauë. Que. la perfonne curieufe-eoniidere de 
pres , cefie. demonftrarionjj& la praélique>& il ’ ' - 

trouuëtra ftcilement d’oè procedcnties vents. & 
inoindres,&roides,,&,vio!lens. ray-Ttraidéam- - , 

plcment au ydiure de mon-grand miroir du monr 
de,ce fubjed : à fçauoir de la nature, differencesî ' 
çaufes, materielle & formelle des vents': de leur 
fituâtion,noros,& nombreiîant félon les anciens, 
que les modernes. . 

le repetcray feulementien ceft endcoid leurs 
noms . nombre & fituation, poureftte chofene- ^ fi" 

çeiïàire, de digne d'eftre cogneuë de eiiafque me- ** 

decin, pour les diuerfes alterations & diuers 
mouuemcns quVn chafeun d’eux. voirê en cer¬ 
tain temps, excrçent en nos corps. Au refte , 1 e 
mouuement des vents a fon commencement 
d enhault, eft oblique,& fonffle de cofté, & vers 
cequiluyeftoppofite. Ils font dvnemefme ori* 
gine,nature, & qualité : mais qui eft changée, fé¬ 
lon les lieux diuers où ils naiflent, & les lieux par 
où ils palfent. 

CAufter ou le midy eft chaud & fec en Libye: 



lyi SECT. II. DV POVRTRAICT 
dV U mais paffanc parlamermeditcrranéc, il acquiert 
veat de d’icelle vtie grande humidité, & deuient chaud &c 
midy «“ humide , & par confequent fort putrefaftif en 
Cw!” Languedoc. _ ■ 

La bize,acquiert fa plus grande froideur, par les 
CMftdeU Hei2es & glaces du pays de Scythie.pac ou elle 
/wiare ie p^j; gjufi des autres. ■ . 

uht-if. Les vents communs tirent plus fouuent au; 

Printemps & en Automne , qu’en Efté & en 
pourfuéy il Hyuer t c’eft' 4 ’^utant qu’aüx fufdites premières 
■uente'^ plM faifons s’engendrent plus de vapeurs & d’cxha- 
au frtnteps laifoas en Wir ; & durent d’au antagc : attendu' 
^Tu’auic 4 ‘^’elle's font promptement confumécs enl’Efté, 
deux autres pat l’ardeur du Soleil : ôù la froideur de l’Hyùer 
faifons. les referre & garde de forür des fentes de la 
terre. ' ' v 

- Ôn fcnt fouuent Icucr des vents le matinj 
mcfmcment es marefcag€s fpâcieux,&' és lieux 
médiocrement humides. Il fc peut auffî bien 
engendrer des vents dans ies centres creux & 
entrailles de la terre : Vous en verrez des rai- 
. fons en Seneque, au traidé que i’ay allégué cy 
deflus. 

Quand au nombre,nom & Etuation des vents: 
il y en a quatre principauxjalTignez au leuant,cou¬ 
chant,midy, feptentrion ; & chafeun d’eux a deux 
vents collateraux, vn de chafquc cofte : ainfi il y 
aura douze vents. 

Le principal vent du Icuartt, s’appelle Subfo- 
E« noms lan, & des mariniers , éft dit, Eft, qui fouffle 
des vents, dcoid foubz l’Æquateur du cofté de l’Aurore; 

Lcuros- ou le Suheft l’accompagne du cofté du 



DE l A santé'. 173 

Solftice d’Hyuer, & Goëcias dit Nordheft, da 
cofté d’où le Soleil fe leue aux plus longs iouts 
d’Efté , qui eft le Solftice Eûiual ; Le Subiblan 
cft le plus {âin &contemperé de tous les vents, 
& c’eft vers cefte part qu’on deuroit toufîours 
donner, & faire les oüuertures & feneftrages des 
maifons. 

L’Eurus vndefcldits lieutenans,bruit Sefiffle 
roidçment, Seproduid force efpais broüillars : Et 
le Nordheft eft vn vent plain d’inconiftance & 
prefquc toufiours nuageux. 

Le vent diamétralement oppofîte au Subfo- 
lan , eft le Fauonius ou Zephyre , que les No¬ 
chers nomme l’Ouheft, ou Ponant , qui, eft'vn 
vent doux &germeux,qui fouffle foubzlemeC 
me Æquâteur, du cofte du fiait : l’vn de fes com¬ 
pagnons du cofté du Solftice d’Efté, s’appelle 
Corus.ou Nord-ouheft, qui nous ameine'volon- 
tiers leS' grefles,& trouble de nuages le ieuanr. 
L’autre du cofté du Solftice d’Hyuer, s’appelle 
Libs ouSu-ouheft qui tient du naturel del’Au- 
ûer (bn voifin. - 

Lequel Aufter,ainfî dit desLatins,où Notus: & 
des Nochers Su, foufHc du midy àdroide ligne, 
ducoftédelaiflîeu Antartique : fon lieutenant du 
cofté du leuant eft Eùro- aufterj& du cofté d’occi¬ 
dent Aufter-aphricus. tous; ces dits vents font 
chauts,humides &tempeftueux.. 

Le vent diamétralement contraire audit. Au- 
fter ou Su , sTappelle Boreas, des François la 
Bize; Tramontane,ou Nors des Nochers. Ç’eft 
vn vent froid & fec , qui chaflè & baloyc l’ait. 



Ï74 SECt. It. DV pOVRTRAICt 
de nuages, & r’ameine le Soleil, comme chante 
Virgile. L’vn de fes lîeutehans du cofté du le- 
uant, c^eft Circius: l’autre du cofté d’occident, 
c’eft rAquilo, l’horrible & le plus afpre, roidc, 
froid & tempcftueux de tous les vents. 

Ohferud- Au' Éefte il faut noter, que les vents qui font 
directement oppofez, comme l’Aufter l’eft R la 
«»« ** Bize le Subfolan à Fauonius, ne foufflent pas 
cnfemblé en mcrrné temps , & foubz mefrae 
horizon. Mais ceux qui (e regardent oblique¬ 
ment, tirent & ventent fouuentesfois l’vn quand 
& l’autre : & plus ils forit obliques,plus ils elraeu- 
uentdetempeftes. 

^tîs font Entre les vents , les Orientaux font les plus 
Us plM ft~ falubres : ceux du Septentrion , tiennent le fe^* 
cond lieu: ceux d’Oçcident le troifiefrae : Et 
les plus mal fains &nuifiblcs de tous, àlafantë 
des corps humains , font les Méridionaux. 
Voyez fur ce fubjet Arift. au 2. liure des Metœo* 
res chap. 5.6. Pline au 2. liure. Et Gellius au 2. liu. 
chap.22. 

Au refte chafeun pourra par les effeds des 
vents , admirer la diüinë prouidence , laquelle 
pour diuerfes raifons vtiles & neceftaires, les a 
difpofez ainfî diuerfemeilt én la région de l’air, 
tantpft pour ne le laiflér croupir-, airts pat con¬ 
tinuelle agitation , le purifier & le rendre plus 
’A quoyîes ^ aux animaux qui l’infpirent : tan- 
vents font toft pour cohferuer-la température du /Ciel êc 
ereer^ ^ de la terre ; ores pour rafraifehir la trop grande 
otuleu ardeur du Soleil qui pourroit trop deffeicher & 
co.nftimer l’humeur vitalè de toutes les fémen- 



" ' ' fit lÀ s anteV I7f 

ces & fruifts de la terèç : & ores pQUC les ed 
chauffer & ayder à mcurir, tant pai-leür cha- 
ieur , que" par leur agitâHon qui atcire le fuc 
au fruiâ: , & Icmpefche dè s^affadit &'âcfl:rki 
f inaiemeiît pour huracdér la terre y & luy four¬ 
nir de nourriture par dés piuyes y qui tpârleure 
moyens Jt font verfees çà & là: Gkr parfois ils 
àmeinent les nuésv par fois lés partirent d’vn 
cofté&d’autre,^ les pouffent de lieu à autre, 
à fin qu’ils diftEibücrit la piuye &^rroufent la 
terre par tous lès quartiers du monde. L’Aqui¬ 
lon Septentrional pouffe les piuyes vers les 
païsdu midy. Le Su tneridional , vers les pais 
Septentrionaux, & ainfi des autres en general. 
Mais on Voit particulièrement en vne raefme 
contrée leur grande vtilité , non feufement en 
cëcy i aihs encore po'ur ljrider &deftOàrnef de 
diuèrS lieuX'les oragesexceffifs. Quoy plus ? les 
vents font les nettoyeurs ■ & purificateurs des 
immondices ôc- fiipeifluirez de toutes graines : 
& fans les vents, les efpics ne feroientnncques 
bien entre-nUuerts, nv purgez de beaucoup de 
bourre i & autrè^choîesinutiles,qUilescnuèi- 
lopp'ent. Par le fndyen des vents,en outre,Dieù 
a voulu {par la nauigation ) oüUrir le commer¬ 
ce entre les peuples: voire qui p!ds eft/aflèm- 
blcr lés nations eftranges diftantes l’vnede l’au¬ 
tre (comme 1 eferit Seneqüe au liure cy deffus 
' allégué ) à fin que rhomine Cogneufl: les ehofes 
efloigneesde luy. Car ç’eutt eftévrie belle fans 
expérience , s’il fuft demeuré confiné dans les 
bornes du païs de fa naiflànce, Seneque s’ad- 



iy4 SECT. n. OV POVRTRAICT 
dreffé icy dircdcmcnt, & faid vne belle leçon à 

tous médecins fedentaires. 

Reuenotis à noftrc propos, pour faire voir 
encore comme defdits vents, ainfi que de l’air, 
on tire beaucoup de prefages, -Les médecins 
experts:, les fages laboureurs, les bons & rufez 
pilotes, & les prudents guerriers;, fçauentbien 
faire iemr profiâ: des diuerfes mutations & 
changemens de l’air , s’ils ne font ignorans de 
Ifognofii- l’Æromance, Voire les beftes, par la viuacitc 
\ extérieur , en ont vn; mcrueilleux 

rreflentiment. Combien ay-ieveu de pe-rfonnes 
fatUiLu fubjeàes à des maux detefte in.uetcree , qui 

tn*Hx. predifoient fans faillir , que le vent & le temps 

fe cbangetoit, pat la douleur qui les fficnaf* 
fbit. 

Ceux qui font fubjefts; aux hernies, & entc- 
recèles, fupportcnt de tres-grandes douleurs 
durant que le vent du Midy fouffle* 

^ Qu?tîd le temps eft ferein, & que le vent de 

Bize tire, ceux qui fonttrauaillezd’vne furditc 
ou difficulté d’ouye, oyent quelque peu mieux, 
& plus clair, que quand ifeft fombre, nuageux, 
piuuieux, & que le vent de Midy régné. 

Les defluxions s’augmentent aux eatarreux 
durant le mefmc vent, & le raefme temps. De 
forte que les diuers raouuemens defdits vents en 
general,ont grand pouuoir fur nos corps,& peu- 
uent efmouuoir nos humeurs diuerfement. 

Ils monftrent encor leur pouuoir & grands 
effeéls fur quelques corps & régions particu¬ 
lières, Les Thtaces. ont le ccrueau gros Sf: pc- 
fant 


,de courte 
^ ^mémoire. 


CE IA SANtÈ'< 177 

fànr, àcaufcde la région qu’ils habitent, qui a lw 
l’air gros & mal ferain : Car ils en font parclïèux, Z‘'°* 

endormis, & oublieux : tellement qu’ils né peu- ■' 
uent compter que iufques à quatre , oubliantt^ 
incontinent ce qu’ils ont compté auparauanî, 
s’ils veulent palTer outre, comiiie Guydo lefap¬ 
porte d’Herodote. Les BœoriensaulE eftoient ®^®“*'**‘^* 
de gros & lourds efprits, à caule de l’impürctéde xbracet^^ 
leur air: Dont Horace chante V . * 

Bûeotum çrajfomraris inaérettâtHm. . . . y 

En rifle de Lelbos à Mytilcne'i ,les hommes, 
deuiennent maladesquandle véntde midy fouf- 
fle, qu’on appelle Aufter : Et au vent de Corus ils, CceliM ^l 
touITent: mais ils font incontinent reftablisdu «-is.ff»». 
vent Septentrional.; " 

On obferue encore qu’il y a des iours en cer- 
îiuhs mois fort intempere:z , en exceflîue cha» 
leur, commeiladuintaumoisdeîuin,l’an 1115. 
en laquelle tous les fruijSts bruflerenr: & de bel¬ 
les apparences qu’il y auoit d’vne belle rnoiflon, 
ne rapportèrent rien. Il y ewft méfine des forefts, 
en cet an & mois i qui parcefte intempetieex- 
ceflîuement chaude de l’air, bruflerent. Apres 
celafuruindrent de grandes & longues maladies, 

& beaucoup de diarchoees, qui furent fuiuies de 
pcftesmorielUs. ^ vlnmiW. 

Le vent Circius çft h impétueux, fi bruyant 
& nuifible, aux riues Occidentales de Noruege, 
que s’il y a quelqu’vn qui entreprenne de voya- D»vm 
ger par là, quand il fouffle, il faut qu’il façe eflat Cirtiw, 
de fa perte, & qu’il foitfuflbqué; Ledit vent eâ 
en outre en celle région, fi extrêmement froid, 

' M ' 



178 SE CT. II. DV POVRTRAICT 
qu’il ne fouffre qu’aucun arbre ny arbrifTcau y 

^ OUh» naillè:rellenient qu’à faute de bois, il faut qu’ils 

fg fcruent d’os de grand poiffons, pour cuire 
eaf.io, Igurs viandes. 

Sans aller rechercher de plus loingles grandes 
& diuérfes mutations de l’air : Il nous faut con- 
fidêrer le temps de celle prefente année 1605. 

' ' Auquel le froid (comme onl’a efcrit)ayant elle fi 

Saifon dé grandcnÈfpagne, Italie, Prouencc,Languedoc 

l’K»m 6 os. ^ autres lieux, approchansdu midy,&où les 
nalre! ** froidures y font de peu de duree : que les grolTes 
riûieres^y ont gelé: Et en ce climat de France, & 

' de Paris 5 fans comparaifon plus froids, à grand 
peine y auons nous veu vrî feul glaçon, & moins 
' yailnege. Celle grande & non ordinaire mu¬ 
tation d’air prefàge; & aux vns & aux autres con¬ 
trées, de grandes maladies, fi Dieu>par fa naiferi- 
corde,ne nous en preferue. 

Nous auons amplement difeourudes grandes 
& diuerfes mutations aufquelles l’air ell fubjed: 
Et encore qu’on l’eftime d’ordinaire {entant que 
pur élément) eftre chaud & humide : tant y a que 
comme vn Prothee,ou comme vn Caméléon eft 
fubjed à changer de diuerfes faces & couleurs. 
Ainli l’air facilement change'dequalicez,& re¬ 
çoit diuerfes mutations , non feulement félon 
les diuers afpeâis des allres , & des plancttes 
jccleftes : ains àuflî par les diuerfes régions & lî- 
tuations-particulières d’aucuns lieux , tant fur 
mer, que fur terre. ■ 

ell trouble, nuageux, pluuieux, aquatique, 

"limait & gfoflier,> corrompu & infeét, rendu tel par les 


DE IA SANtV. ■ « 7 ^ 

ikcs , eftangs , marefcagcs, eaux dormantes & mtfilUy Çf 
corrompues de cloaques, gouffires, & centres de î»<I 
k terre: belles mortes, ou telles autres infedions 
êc puanteurS^, proches des hahitations , eft vh 
air nuifible, pernicieux, peftilent & contraire à 
la conferuation de noftrc vie. Et au contraire 
l’air plus ferain & exempt de toutes ces mauuai* 
fes qualitez , eft celuy qu’on doit choifir pouc . 
fa demeure, afin deviure faincmcnt &longue-^ 
ment-. 

Or il eft à noter qu’entre ces diücrfés qualitez ; 
de l’air, il y en y a qu’on peut corriger, & autres 
non: L’air infed par le s charongnes mortes, pair 
les bbües Sc ordures puantes, qui font ou parmy 
les rues, ou près du lieu de l’habitation, le peut 
changer & corriger, en les oftant & en bien net- Slÿtlpi 
toyant lefdits lieux'fales : à quôy vnc bonne po-/««< 
lice eft requife. . feptuteer- 

- l’ây veu de mon temps k ville de Thoulou- 
fc, eftre fort fübjeéfee'à la pefte, à caüfe que le non. * 
vent marin y regrie fouucnt, comme en Lan- . 
gucdoc: lequel vent eft fort putride pour l’hu- polhâ itU 
midîté qu’il attire en trauerfant la Mer medi^- viù de 
tèrranéè : mais depuis qu’on a eflargyles roës, Thouloufif 
retranchant le deuant de beaucoup de maifbns ^**^^^** 
qui eftouffoient l’âîr , S fin de les rendre plus 
claires & a'e’rées » & qu’on a efté foigneux de 
bien nettoyer tousles iours les rues, ayant à ces 
fins créé vn office exprès (qu’on appelle en lan¬ 
gue vulgaire , capitaine des fangas , qui veut 
dire des boiies ) pour en auoir foin comme il a; 

(n’y ayant ville en France, pour eftre fi grande 

U ij 



îSq sect. U.- dv povrtraict 
. «u’elle eft ,qui foie plus nette. ) Depuis ceft or- 
. . dre donné, dif- ie. ceac ville n a efté fubjeae à la 
.cont^igion : ou fv elle s’y.mer. ccft peufouuent, 
& y eft de peu de durée. Ce bon ordre fcroïc 
bien requis dans cefte ville de Paris, où les puan¬ 
teurs des rues, raefme en £fté, font intoléra¬ 
bles,, & qui lie peuuent que caufer beaucoup 
de mal. , 

Mais l’aird’vn.lieumarerçagguX jquaffis pTes, 
l'atr (pi nt OU fur le bord de quelque lac, OU autre eauédor- 
/ê pe»t c»r- jipante & çQrro,rapue‘ > ou qui foit affis dans le 
fonds dequelque vallée,entre des montagnes, qui 

ne verront que deux ou trois heures du iourle 
Soleil , & qui feront en telle oufemblable fitua- 
tion; Tel air nç fè;peut amender,&le yray re- 
mede de le corriger , c’eft de changer & s’habiter 
enquelquenadlleurlieu. V 

Qjwnd aux qùalùez trop chaudes, trop .froi^ 
“ des, trpp {èichés, & humidesque l’air peut^re- 
- ceuoir fçjpq la diuerfîté des lieux , des temps, 
iVrï peui des fàifons; l’arc peur facilement donner ordre 
corriger les à tout Cela, voife^approprier l’ait aux maladies, 
ewifî^o» ^ c’eft en Efté, & que l’air foit trop chaud, 
froides & eliouffant, & le malade attainél ,dc quelque 
l'air. iËeure , où autre maladie qui foit ardente : on 
colloquera le malade en quelque chambre ou 
falle balle, lieux qui font, en Èfté toufiours plus 
. . fraiz què les eftages hault.s : à caufe de l’anti- 
frl 7 lha»d Oi' pourra en outre arroufer le lieu 

dots eftre ’ fouuent ,auec de l’eau froide, à fin d’eq refroi- 
corrigé ^ dit l’air, que fi vous voulez rendre l’air propre 
ne refroidir feulement le corps, ains à le cor- 



DI IA S An't eV - iSt 
roborer tout enfèmble, comme c’eft chofe pro¬ 
pre aux ficures he'diques' : Il faut faire ce que 
Trallian nous confeille en fetnbiable maladie? TtallUa. 
Ceft d efpancher fur le paué des fuêilles de vt- 
gne, de faule, de lentifque, de ioubarbe, des rô¬ 
les , & femblables fleurs & fueilles trempées 
dans de l’eauë fraifche , qui puiflè & fefraifchir 
& corroborer tout enfemblc,' Tel aie ( dit ledit' 

Trallian ) eft vtile à tous les' heéfciques , mais »» 
principalement à ceux , à qui le poulmon & le »> 
cœur font trauaillez de prime abordée de cha- »» 
leur ardente. Car ceux-là ne font passant iyf 
dez de viandes &breüuages réfrigérants, qülls 
font loülagez d’vn- air froid qu’ils hument. Aü 
contraire telles gens Tentent- plus de profit par »> 
le boire & manger, que par bair /quand le foyëj « 
le ventricule, ou autre telle partie fera affli->» 
géc. 

Eft-il befoin en temps d’Hyuer d’éfchauffcr 
l’air , pour quelque maladie froide î 11 faut Comme 
choifîr vn lieu bien clos & ferré > qui ne foie 
expofé aux vents, où on face bon feu-: dont 1 air 
eirconuoifin foit médiocrement efohauffé : que auhefoin. 
fi on veut (félon la nature du mal) que l’air foii 
efcliauffe & mortifié en roborant tout enfemblc, 
comme il eft requis en quelques maladies de la 
poictrine : on pourra faire le feu auec les bois de 
genieure, de laurier,d’oranger, de romarin, & de 
lentifque , és lieux où il s’en trouue à foifon, 
comme en Languedoc & Prouence : oii pour¬ 
ra mefme à certains maux parfumer la cham¬ 
bre auec des doux de giroffle , ou oyfelers de 
M iij 



iSt SICT. H. DV POVRTRAICT 

Cyprc , ou auec quelque parfum, compofe,dc 
chofcs odorantes : comme grains de genicure, 
de myrrhe, bênioin, girofles » mufeades, macis 
& femblables;.. 

En Allemagne ils ont leurs poifles qui peuucnc 
contemperer l'air froid, de forte qu’ils font de 
î’Hyuec vnPrintemps & vn Efte , non feuler 
ment en leurs poifles & maifons, mais en plains 
champs : comme les iardins quei’a.y veus à Hei¬ 
delberg, _& à Calfel , qu’on cloft & entoure de 
bois en Hyuer , y ayant aux quatre coings des 
poifles qui efehauffent leur contenu aflezample 
d’vne chaleur mediocré, li qu’on y void produite 
des Orangers, Limoniers , Figuiers, Grenadiers, 
& toute telle forte d’arbres auflî gros, & portans 
auflibonfruicls &l’Hyuer &l’Efté , qu’en Pro- 
uence&àfainâreReine, fur lacofte de Gennes. 

■ C’eft pour monder comme mefme par l’àrt on 
peut changer les qualitez de l’air en diuerfes for¬ 
tes. Nous nous fommes trop arreflezfurledif- 
cours de l’air, il ed temps que nous parlions du 
manger & du boite, vne autre des caufes non na¬ 
turelles, apres l’air, la plus neceffkire pour la con^ 
feruation delà vie. 



de lassante’. 1S3 


DV MANGER ET DV 

BOIRE. 

Chap. un. 

A pres auoir parlé fuffifamment de l’air, ce 
ne fera hors de propos, voiremefme il 
femblc eftre bien neceflaire, que nous traidiqns 
confequemment du boire & du manger ; atten¬ 
du qu’ils ne font pas moins neceflaires, pour la 
conferuation de la vie humaine, que l’air mefme; 
finon que leur nourriture eft plus tardiue que 
celle de l’air: Car ce qui s’efpuife de noftre cha¬ 
leur naturellcjde noftre humeur vital,& quintef- 
fencede noftre nedarde vie, parla chaleur, le 
trauail, & faute de viande, fe reftitue par le boire 
àc manger : & le corps reprend par ce moyen Tes 
forces,& accroift fa fubftance. Car npus ne fom- 
mes compofez d’autre chofe,que de ce que nous 
beuuons & mangeons,& comme difoit vn grand tffi 

Philofophe , nous mangeons tous Icsioursno- î"® *”^ 5 " 
ftre perc, & noftre mere. 

Le lieu feroit icy alTez à propos de foudre 
vne graue & difficile qùeftion : fçauoir eft, fion 
peut viure quelque temps fans boire & man¬ 
ger : Mais nous remettrons la folution plus 
ample d’icelle, à vn autre endroit. le raedn- S'tlejt pof- 
teray feulement vne couple d’hiftoires de deux fi 

filles qui ontvefcu pluficurs années, fapsauoir ^ 
vfé d’aucune viande que ce foit: Et toucheray mJler, ' 
M iiij 



i 84 SÏCT. II. DVTOVRTRAICT 

icŸ, la raifon d’Vne fi longue abltincnce, le plus 
briefiiement qu’il me fera poflible, ôc félon mon 
, petit iugemenc. 

. . Il y a quelques quatre ans ou plus, que ie fis 
«Sf* vn voyage vers les carriers de Périgord & de 
d'vne fiU Lÿmofm, où ie veis en la ville deCoufolan, vrie 
dt Coitfa- ieune fille aagee de trois ou quatre ans, detenue 
au lidt, & viuante, fans auoir ny beu ny mange 
il y auoit plus d’vn an : tout le monde eftoic 
cftonnéd’vne chofe fi efmerueillable,& chacun 
penfoit que cela ne fe pouuoit faire fans qu on 
luy donnaft fecrettement & à cachette , quel¬ 
que nourriture. Mais quand i’eus manie la ré¬ 
gion de fon ventricule , du foye, des hypochon- 
dres, de la râtelle, & de tout le ventre inferieur; 
ie leur fis perdre cefte opinion, en leur raon- 
ftrantquele ventre eftant fi plat , & dur par tout 
comme marbre , il ne pouuoit rien receuoir, 
non plus qu’il n’y pouuoit rien paifer: d’où moy 
mefme ie fus bien eftonné , comme auecvn fi 
grand vice, defaut ôc dureté des parties fi ne- 
cefiàires à la vie , la fille pouuoit fubfifter en 
vie. En fin , méditant à part-moy les raifons 
d’vn cas fi eftrange, le refôlus qu’il falloir que 
CCS parties là fulfent du tout coagulées & eon- 
uerties en tartre ou pierre 5 & qui toutesfois 
ne pouuoiént pas moins fubfifter & fé prefer- 
uer de corruption, que cet enfant, qui fut trou- 
ue emmarbré, dans le ventre de (à merc ; qui en 
demeura grofte par pluficùrs & longues an¬ 
nées , dont l’hiftoire en cft commune &cognuc 
à chacun. 



DELA santé'. rSy 

Or la raifon pourquoyk fille pouuoit viurc Raûo^eur^ 
fans rien prendre par la bouche , qui la peuft «» 
nourrir, eft en ce que les plus nobles & prin- 
cipales parriesdu corps, & dansIcfquelles 
principalement la vie , n'eftoienc aucunement 
alterces, ains toutes vitales & entières, excepté 
qu’elles n’auoient leur pleine & parfaire nour¬ 
riture. Telles parties font,le cœur, les poulmons 
& le cerueau, qui fe peuuent repaiftre d’vn plus 
fubtil & de moins gros aliment, que ne requiè¬ 
rent les autres parties, moins nobles & plus grof- 
fieres, comme le ventricule, le foye & la râtelle, 
qui fe delcétent & repailTent de plus groffès 
viandes que les membres fufdits. Et de fait l’-ex- 

{ ïcrience ordinaire nous monftre, que le cœur, 
e cerueau, & les poulmons ne peuuent iouyr de 
la vie, ou fubftance du boire du manger, que 
premièrement l’eftoràach, le foye & autres par¬ 
ties nutritiues, ne les ayent reduides en quinte- 
elTence, c’eft adiré en vne fubftance rpirituellc 
& etheree, de laquelle les parties fuldites ont 
couftume de fe repaiftre & renforcer, non de 
gtoffieres & terreftres. G’eft pourquoy ces par- 
tieS'là font appellees membres fpkituels. 

Comme ainfi fipit donc qu’ils loient tels, ç’eft 
pourquoy il faut conclurre que leur nourriture 
doiteftre aëree & fpirituelle: &de faid il ap- 
pert que le cœur eft incontinent eftouffé & tué, 
fi le fouffle de l’air luy eft ofté pour tant peu de 
temps que cefoit. Pour mefine raifon les Philo- 
fophes & Médecins enfeignent que le cerueau 
fe repaift de bonnes odeurs, & les parties pèdo* 

M V 



ÏÎC SECT. IL DV PÔVRTRAICT 
raies d’vn bon & fpirituel air. Or quand lefditcs 
parties font fournies de vie > elles lacommuni- 
quent àtoutic refte du corps, pourueu que rien 
n’empefche les conduits de la laifler palTer li¬ 
brement par tour. Et n’y auoit rien aufli en ceftc 
fille qui n’eufl: vie , fors les parties qui fem- 
bloient comme reduides en pierre , ainfî qüe 
ireusauonsdit. Lefquelles quoyqu’cllesfuffcnt 
prefques mortes, cfteindes & priüees de tomes 
leurs adions & facultez, toutefois ne pouuoient 
empcfcher la vie des membres fpirituels, qui 
refpirent d’ailleurs , & hument leur vigueur 
acree d’autre part, que par le ventricule » foye & 
râtelle, delquels ils n’ont que faire pour la vie, 
maisbien pour lafolidité & fermeté delà vie de 
leur corps plus groffier , afin de parfaidement 
vacquer à leurs fondions,àquoy ilsunanquent, 
fans la vie plus groffiere qui procédé du boire 
&:du manger,digerez& alambiquezparl’efto- 
mach, le foye , & autres parties naturelles de la 
végétation. 

Il faut donc ceifer d’admirer telle cliofe, fila 
vie peut fubfifter, (ans ce que les parties nutriti- 
ues & feruantes à la digeftion, y apportent quel¬ 
que chofe. Car les membres fpirituels fe peu- 
uentpafler de la digeftion des naturels, en Ce qui- 
cftdc leur nourriture fpirituelle, pOurce qu’ils 
trouuent leur viande toute digeree en l’air, és 
odeurs & bonnes influences du ciel & des aftrcs 
quils hument continuellement. Vray eft & 
faut confeflèr qu’ils n’ont que demy vie, pour ce 
que la folidité de leur corps, qui eft vn peu gcof- 


DE LA SANTE*. 187 

fier,ne fe contente pas d’vnc vie fi rpirituclle,mais 
defire aufli celle du boire & du manger, pour de¬ 
meurer plus confiante & plus ferme. C’eft pour- 
quoy en la vie de cefte fi lie il y a bien de la vigueur 
au corps , mais qui eft irapuilTante pourtant à 
faire aucune aefiion pour n auoir pas fa vie en¬ 
tière, qui la puifle rendre capable à aucune fon¬ 
ction de fes membres. On demande encores. 
la defiiis, comme il eft poflible que le refte du 
corps viue, rcftomach, le foye, & autres parties 
du ventre inferieur eftans comme mortes & 
eftein(5tes,qui font toutefois neceflàircs àla con- 
feruation du corps & entretien de là vie? Nous 
reipondons ce que nous auons défia dit, que les 
membres Ipiritucls, pour la préparation de leur 
nourriture, fe peuuent pafièr des autres naturels, 
& pourtant qu’ils peuuentfubfîfter fans eux , foit 
qu’lis viuent,foit que non. D’autre part nous auôs 
dit que la mort de tels membres naturels, n’eftoit 
qu’vne conuerfîon de fubftance charnelle en fub- 
ftance de pierre, ou de fei. Laquelle fubftance 
faline, tant s’en faut qu’elle apporte corruption 
.aux autres parties du corps , pour les infeder & 
deftruire, que pluftoft elle leur apporte par vn 
baulme naturel f comme le^^ a cela de propre 
de eonferuer & erapefeher la corruption) la con- 
feruation de leur fubftance. Et de faiCt c’eft pour- 
quoy elles fe conferuent elles-mefmes en cet 
eftat (comme eftoit l’enfant au ventre defame- 
ïe, duquel auons fait cy delTus mention ) fans 
pouuoir eftre corrompues & reduides à néant. 
Or pour le regard de la vie, il faut confefier la 



l88 SECT. II. DV povrtrAict 
vérité qu elle ne peut cftre entière & parfaide 
Inpey co- nous,fî notis ne nous feruons des deux'mqyens 
fffie U vtt. ^ ordonnez pour Ton entretien , qui eft 

d’vfer librement de Tair , & chofes aërees , & 
du boire & du manger: afin que non feulement 
les efptits vitaux iouyfl'ent de la vie , mais que 
le corps aufii fe puilTe cftendre en toutes fes di- 
naenfions . pour demeurer ferme en icelles , & 
par icelles faire toutes fes fundions, comme il eft 
requis. 

Vn curieux fufeitera encor icyvnetroifiefme 
queftion, comme il fe peut faite que la chair ^ les 
s»membranes, tuniques & autres chofes femblâr 
tminietneiblci peuuent.xftrc conuetties en pierre. Mais 
du corps fe pQ^J quc tout he^fe peut.pas dite totalement 
feuuet em- ynlicu, nous referuerôns-auffila folution plus 

ptetter.. zvne autre fois: feulement nous 

dirons en paflant qu'il y a dans le petit monde 
des eaux minérales & cfprits métalliques , qui 
peuuent tranfmuer la fubftance charnelle en 
vne pierreufe farine ou métallique : comme au 
grand-monde il s’en trouue qui muent Sc chan¬ 
gent des herbes & bois, qu’on iette dedans, en 
pierre & nature métallique. Repaffant par la 
mefme ville quelques mois apres ou enuiron vn 
an, ie la trouuay au mefme eftat que ie l’auois 
veuc. Elle fembloit eftred’vn tempérament bien 
mclancholique,d’vnnàturelforrtaciturne, ayant 
toufiours la tefte panchee de quelque cofté, ne 
pOuuant remuer ny bras ny iambes , pour ce 
• qu’elle n’eftoit repeuë que d’air , duquel fe rc- 
ftaurent les efprits principalement y 6c non de 



DE IA SANTî', l8p 

viande êc breuuage , qui font requis pour les 
membres greffiers afin de s’affermir. Mais i’ay 
efté fort euonné en ce que depuis que ieneTay: 

Veüe, i’ay entendu qu’elle eftoit creüe, qu’elle 
marchoit, & qu’elle auoit recouuert fon natu¬ 
rel appétit de boire & de manger. Ce qui me fit 
penfer depuis , & prendre autre refolution que 
celle que i’auois tenue' auparauant : à fçauoir que 
lefdites parties pierreufes n’auoicnt pas du tout 
perdu leur fubftance charneufe , mais qu’elles 
eftoietÿ: feulement couuertes Sc enucloppées * 

d-’vn tartre &felcfpais, qui empefehoit qu’elles 
lie rendiffent leurs fundbions, & receuffent pat 
communication les facultez & vertus des autres ' 
membres, félon que nature les gouuerne enfem- 
ble : lequel tartre ou fel fe feroit en fin ou pat 
narurc refoult en eau , ou liquifié par d’autres 
moyens , & par confequent auroit lailîé les mem¬ 
bres où ils eftoient attachez, repurgez & deliurez 
de telles coagulations,durtez & obftrudions, qui 
auroient repris par ce moyen leurs vertus & pre.- 
mieres facultez naturelles. 

11 y a auffi enuiron trois ou quatre ans queie ^ 
vifitay vne autre fille aagee de dix-huid ans ou flaire à'v ’n* 
enuiron , d’v.n tempérament auffi fort melan-' 
cholique , qui auoit efté plus de deux ans fans vittantfini 
boire ny manger. Elle perdit peu àpeulegouft, ^ 
premièrement du pain, puis des autres viandes, 
voire mefmcs des fruicts , que les filles de eeft 
aage là ayment bien,qui fut caufe qu’on com¬ 
mença à la repaiftre de bouillons ; mais cela ne 
dura gueres qu’elle n’en perdift auffi bien toft 



S9Ô SECT. H. DV POVRTRAICT 
l‘appetit tant qu’on ne fçeut que luy donner C|i 
fin , fiuqn quelques cueillerees de vin trempé, 
dequoy elkfut bien toft ralTafiee, & duquel elle 
nepeutiongtemps vfer, pour en fentir de fi gran¬ 
des douleurs en l’eftomach,qu’elle ne les pouuoic 
fupporter. Tellement qu’elle fut contrainte de 
s’abftenir de toutes chofes, demeurant quelques 
ioursfans mangen puis quelques femaines,& en 
fin plufieürs mois, fans pouuoir rien aualler, hu¬ 
mer où attirer que l’air feul. 

Céfte fille eftoit d’vne petite ville aflî^ près 
" du lac de Neuf-chaftel, appartenant aux fei- 
gneurs de Berne, feigneurs tref-prudens , treC. 
fagés & tref-aduifez: lefquels aduertis de Ce cas 
fi eftrange, & pour veoir s’il n’y auoit point quel¬ 
que fraude,commandèrent quclàmere & la fil¬ 
le fuffent amenées eri leur ville: lefquelles atri- 
uecs les-firent reccuoir dans leur hofpkal, où ils 
ordonnèrent gens pour veiller fur elles, &adui- 
fer fi on ne donnoit point à cachette quelque 
viande a la fille qui l’entretinft. Ce que n’ayant 
cfté apperceu, on tinft la ebofe pour véritable. 
Monleigneur de Sillery Garde des féaux de Fran¬ 
ce, eftant pour la fécondé fois enuoyé Ambaffa- 
deur enSuifiTe.pour y renouucller l’alliance des 
Cantons & leurs alliez auèc fa majeflé : alliance 
qu’il auoit fi beureufement, fi fagement & lon¬ 
guement entretenue & conferuee pendant fa 
première légation,auec les principaux cantons, 
en vn temps fi calamiteux qu’vn chacun fçaic 
auoir efté. M'ondit ficur , dir-)e ( lequel i’auois 
fuiuy ôc accompagné en ce voyage ) ayant enten- 



DE IA SANTE. ï^t , 

<!u bruit decbofe fi mcrueilleufe:, me comman¬ 
da d’y aller, 8c defira que i’en fufiè tefmoin ocu- ' 
lâire, pour luy rapporter fidèlement la vérité de 
tout. 

Ce que ie fis auec monficur Robert doâremc- 
decin mon intime amy, & qui eft maintenant 
ordinaire près la perfonrie de monfeigneur le 
Prince. La fille fut par nous vifitee, interrogée, 
jnaniee & palpee ; nous trouüafmes fon poulx 
affez elgal & bon : les vifeeres de la nutrition 
âflèz traidables, & tout le refte du corps aflez 
charneûx: les forces pourtant debiles, la fille ne 
pouuant bouger du liét. Sur tout nous fufmes 
afleurez qu’elle viuoit fans rien manger ny boire- 
du tout,& en fifmes noftre rapport. Et depuis vn 
dode médecin de la ville dé Berne mon ancien 
arny nommé M. Lentulus a obferué toutecqui 
eft furuenu : la fille ayant furuefeu long temps 
apres fans manger ny boire, & afaid vn beau 
traidé de cefte hiftoire admirable. 

Sur ce que i’ay dit que ces deux filles com¬ 
mencèrent à perdre peu à peu l’appetit, 8c qu’en 
fin elles le perdirent du tout, dequoy nous n’an- 
rions rendu la raifon cy deflus, mais feulement 
de ce qu’elles pouuoient viure fans boire ny 
manger ; i’ay bien voulu icy adioufter mon opi¬ 
nion fur ce fait, priant le ledeur de prendre le 
tout en bonne part, & vouloir aiguifer luy-raef- 
me (on efprit pour ayder à fouldrc de fon cofté, 
cefte queftion des plus difficiles. 

Nosdodeurs nous enfeignent que l’appetit 
fepecd, ou par vne trop grande chaleur qui de- 



içi SECT. II. DV POVRTS.AICT 
feichc Tel^omach & fes^efprits faméliques: où 
d’vne trop grande froideur qui les congele,amor¬ 
tit & refroidit trop excefliuement : ou d'vnc re- - 
dondance d’humeurs & obftruâiion des parties 
qui empefçhent que leGiits efprits ne puilTent 
librement courir par toute leurfphære, & faire 
les fundion^u’ils ont en charge. • 

‘'Nous reccuons cesraifons comme bonnes & 
(tnhoit flût yûâhlts : car l’experience ordinaire nous en-, 
e»^ EJié ifeigne qu’aüx grandes chaleurs & fleures, T.ap- 
peçt : de manger eft tout languilTant, comme 
mangt. ^fa^trcpart. les efprits altérez font.aiguifez à fou- 
hâitter le boire. Audi reccuons-nous que par 
vnc trôp*grande/rqidure,le§ membres & efprits 
fe peuûent congeler : comme de mefmes telles 
partiespeuucnteftreempefGhees&enuelop- 
pees d’pbftfuétions caufeesdematieres yifcideSï 
gUireufes ou de tartres & lies efpailTcs, que les 
médecins appellent pituite gypfee ou pierrcufc. 
tefqùelles chofes combien qu’eliesfGyent veri- 
jables y. ’fi êft- ce toutcsfois que la caufe n’en d oit 
point cftfe toufîours rapportée aux feules & 
fimples intempéries : mais pluftoft aux efprits 
çoagulatifs & ;vitrioliques du corps humain : & 
qui y abondent ou plus ou mofns, félon les in- 
flucncefde fesaftres propres.,Eç quand, aux op- 
0 pilotions qui rempliffenc & empefçhent les par¬ 

ties tantoft péu à peu, ^ quelquesfois tout d’vn 
coup ( comme on le voit en quelques petits en- 
- fansi', qui à grand peine fonr-ils naiz, portent 
danslavelTiedes pierres groffès, comme s’il e- 
ftoicnt aagez de pliificurs ans) cela prouient aufli 


D E I, A s ante'. ' 191 

des mefraes crprics minéraux J tartariques, pier¬ 
reux & coagulatifs, maintenant peu à peu, com¬ 
me quand le froid croiflanc peu à peu, gele Tcau 
d’vnc riuiere maintenant tout à vn moment^ 
comme quand par laCpre froid dVne nuidics 
riuieres glacent. Nous confelTbns que par telles 
oppilations pareillement caulces des mines du 
corps, ou de celles qui prouiennent du boire & qtttî- 

du manger, les fundions des parties, & la libre 
tranfpiratiô des efpritseft retenue,pour ne pou- 
uoir agir, commeleur charge le porte, d’où ad- 
uientjOU que peu à peu, ou que tout à vnin- 
ftantTappetit le diminue ou fe perd du tour. 

Or où il n’y a point d’appetit ,il n’y a point 
d’attradion : où il n’y a point d’attradion,la ré¬ 
tention manque aufli : s’il n’y a point de réten¬ 
tion, il n’y a point de digeftion: ne par confe- 
quent d’expulfion. Voilacomme c’eft vne chai- > 
ned’Homcre,tout eftant conioind & contigu: 
par ou on peut remarquer que l’vne des facultcz 
manquant, les autres défaillent auffi. 

Le premier organe & moteur de toutes les 
facultez fufdites f^felon l’ordre quedeflus) c’eft 
l’appctitjCaulcd’vne humeur acide, melancho- l’ai>petit de 
liquc tranfportec de la ratte par fon c6nduit,que «“«g" «» 
lesmedecinsappellêr,t;4^^r^afi(^îf£«<5/?<?»,dâsle 
vctriculc félon le côraun : ou ce font pluftoft des 
cfprits efurins, acides & vitrioliques, qui ayans 
faitl’exhauftion& confumptiondela viande, &: 
ne trouuans à quoy plus s’exercer & mordre, 
viennent par eeftcleur fpirituelle acidité , velli- 
quer,poindre, & frétiller-l’orifice fuperieur du 
N ; 



194 SECT. II. DV POVRTRAICT 
ventricule ( partie & membre entre autres, d’vn 
tres-exade fentiraent, à caufe de deux nerfs qui 
y font tranfplantezdc lafixiçfme coniugaifon) ' 
de ccftc.vcllication ou diuulfion furuient le fens, 
du fens ledit appétit, Sc de l’appctit la faim pro- 
uoquee par lefditsefprits efurins, qui défirent 
auoir nouuelle viande & matière,fur laquelle ils 
puillènt agir & exercer leurs dÜTolucntcs ver- 
ius.ee qu’on appelle codion oudigeftion, quâd 
ladite viande cft conucrtic en chyle, comme il 
aduient dans cinq ou fix heures, par ceséfprits 
efurins,ou feu de nature, plus formel que mate¬ 
riel: ce que nulle chaude qualité tant excefliuc, 
grande ou bouillante qu’elle foit,nc pourroit 
faire de la forte enpluficurs iours ny femaines. 
Ces elpris efurins doneques eftans empefehez à 
faire leurs fundions, ( comme cela peut aduenic 
- par lesCâufes que deflus) rappetit peut eftre dc- 
D’o» vient praué,voire du tout aboly:& de là aduiêt qu’on 
n’eft point prefle de la faim, & que par confe- 
we»re lom demeurer fans manger : le corps 

temps fans pourtant eftant fubftanié & viuifié par le nedar 
manger, & vraye eau de vie, fpirituelle & aëree que l’air 
que nous refpirons fomente & entretient : cra- 
pefehant le feu naturel de s’efteindre,& qui 
bruflant alTcz long temps, fuffit à entretenir la 
chaleur vitale,& conferuer la vie par confequent 
quelque temps, voire longuement, félon qu’el¬ 
le abondeen quantité,& excelle en qualité: & 
que les vaiflèaux qui la contiennent font fîgil* 
lez hermétiquement : c’eft à dirrque les veines, 
artères. & le corps ne foient denfes , ny rares. 



, D 1 LA S A N ï E'i Î9| 

buuerts &pcrfpirables plus ou moins qu’il ne 
faut. Autrement par là fc fait vne plus tardiue 
ou plus prompte confomption & exhalation 
d’cfprits, l’oy icy bruire,i’oy tonner & efclattec 
Je foudre de quelques cenleurs, en ce qu’il fera- ; 

Wc que i’cfcriuc chofes fi répugnantes & con- ! 

traites aux communs axiomes,qu’on tient com¬ 
me loix certaines & irréfragables. Car par cc 
que deflus ils diront que ie deftruis eefte loy 
fondamentale en la mcdeciné,qui tient que la. 
chaleur naturelle & humidité radicale,, s’exba- 
lans ôc cônfumans fans cefibjdoiucnt eftrc in- - 
ceflàmment refaids & reftaurez patlemanger 
& le boire. Mais que dcuicndra,ô Anatomiftes, 
eefte vollrediuifion départies, que vous diftin- aucor^shui 
guez en nobles & principales, à fçaudix de .cer- «îam/ê/pa 
ucau, le cœur & lefoye,defquelles vous affer- Anato^ 
mez tout animal ne pouuoir viure fans leurs 
fondions, non plus que fans les vtiles & necef» 
faires, à caufe de leurs offices, qui font l’efto.^ 
raachjla ratte,les inteftins, les poulmons, les 
reins, la veffie,à qui vous donnez lejTcçond rang 
pour la conferuation delâ vie:veu qii’on véri¬ 
fié, & qu’on fait comme toucher au doigt, & 
voir à l’œil , par les deux exemples, véritables 
qu’auons mis en auant, qu’on ne lai|0[é.pas de vi¬ 
ure & fubfiftcr, bien queJesfun^ionsdufoye,' 
du vcntticale,de la râtte,d£s reins & veJfie,foiéc 
non feulement deprauces & peruexties;, .mais 
auffidu tout abolies î Cesdeux exéples.merueil- 
leux depreiquemiraculeux peuuent eftrecôfir- 
mcz par plufieurs autres aodoritez &■ exemples.: 



SECT. II. DV POVRTRAlCf 

Pline en fon liure 7. de Thiftoirc naturelle : & 
apres luy Caelius en fon 24. liure, chapitre ij. de 
fes antiques leçons eferiuent, qu’aux dernieres 
P^,yj„„jjextreraircz(l’Indic,depuis l’Orient,autour de 
viuMtes de la fontaincjôc fourcè de Ganges J 1 y a vne nation 
îodeut /«»- d’Aftomes,qui ne vit que de la feule odeur & ex- 
^‘‘^'/'‘“"“halation de certaines racines, fleurs & fruidts 

Olyrapiodore Platonicien, interprète d’Ari- 
llote,aefGritqu’ii ya vn certain homme lequel 
, n’a iamais mangé tant qu’il a vefeu, mais feuîe- 
VUMtt du ment demeurant au Soleil, auoir d’ieeluy tifé v- 
SeUil, ne nourriture fpirituelle. 

Platon en fon Phgedre eferit chofes fenibla- 
bles à cela. Mais afin que nous-nous leruions 
des hifl:oires& exemples plus recens &aduenus 
de noftrefiecle. Albert le Grand alaiffe par ef. 
crit en fon liure des animaux, qu’il y a eu vne 
Peww#®»-femme à Cologne en Allemagne du temps de 
uant fins l’Empercur Frideric XI. qui a paffe quelquefois 
«'‘‘"S*»'* vingt iours, voire le plus fouuent trente,fans 
mangeraucune chofe. 

Gérard Bucoldian & plufieurs autres graues 
autheurs mettent en auant qu’en l’an de Chrift 
1539. il s’efttrouué entre ecux de Spire, en vne 
fioire * *'^^o^’^gadeappcllee Rhodo vne certaine fille du 
futnom de Marguerite, fille d’vn SouffridoV- 
ueis &■ de Barbara fes pere & mere , laquelle 
ayant attaint prcfque le dixiefmc an de fon aa- 
ge.fut attaquée d’vne aflez legere douleur de 
tefte & de ventre, le ioür de la fefte de fainét 
Michel, qui ayant cncorcs continué de manger 



BE LA S Ante'. 

iufqucsà la feftc de laNatiuité du Seigneur,de¬ 
puis cc iour la celTadc manger & vfer de vian¬ 
de,& pat confequent cefla auflî de vuider par le 
ventre aucuns excremens. Icalle apres Pafqucs 
commença auffi à defdaigner,le boire,telleraenc 
que la Pentecoftepaffee,quelques chaleurs d’E- 
fté qu'il y eut,elle ne beuuoit aucunement, & ne 
pifldic femblablement. L'Empereur Ferdinand 
voulant obuicr à ce qu’il n’y eut tromperie, fie 
veiller fes médecins fur ccftechofe, & bien ob- 
feruer le tour. 

Cefte hiftoire approche de celle qn’auons cf- 
crite cy defllis cftre aduenue au pays de Berne. 

Nous voyons donc comme les loixdelame- 
decine ne font pas toufîours fi certaines qu’elles 
ne puilTcnt auoir quelque exception. 

' Nous trouuons le boire necelTaire pour ab- 
breuucr la viande, & on void tels qui fepafiè- 
ront pluftoft de manger que deboire. On peut 
mourir auffibTen de fbif que de faim. Nous U eejjairt co- 
. pourrions confirmer & faire voir par cent exem- »»'*»• 
pies, & que la foif n’cfl: pas moins iniuppor- 
table que la faim :& nous trouuons pourtant, gwij»» fe 
(mais c'eftauffi par merueille) comme vn Ma- fent pajjex^ 
gon Carthaginien, & vn Lafyrta Lafionien (cfinsheirt, 
fènrpcu pafficr fans boire aucune liqueur, bien 
qu’ils vfaflcnt de viandes falees,comme referit'^*^-^'^-®'* 
Athcnæe. 

Cælius eferit comme quclqu’vn à Naples 
de la nation des Taraacelliens a pafTé toute la vie 
fans boire. 

Ariftotc en quelque endroit faidl mention 

N iij 



Ï5)S SECT. IL DV ÏOVRTRAICT 
comme vn Andro Argien, n’a eu ny foif ny beu 
toui le temps de fa vic,cncore qu’il vfaft d’abon¬ 
dance de viandes falecs& fcches. 

Lemefme cftant allé à Hammon par vn 
chemin où il nefetrouuoit point d’eau, encore 
qu’il ne vefqüift que de fcche farine, toutesfois 
il h’êploya iaraais aucune liqueur pour boire : ce 
qu’il continua tout le temps de fa vie, qui ionc 
chofes mcrueilleufes. Auflî cela eft confirmé 
par Apollonius, en fon liurc des Hiftoircs ad¬ 
mirables. 

Nous ne nousamufcronspas pourlepre- 
fent à rechercher de près les caufesdu fuppor- 
'Casifet qai tcment de telle foif en aucuns : N ous dirons feu* 
tmptfcheat^ leme.nt que la nature & tempérament humide 
« ^ pituiteux, & la façon de viurc continuée dC 

accouftumee, y fert de beaucoup : ce que ic 
pourrois prouuer, fi ie ne craignois cftrc trop 
long, par l’exemple de plufieurs hydropiques, 
qui ont efté deliurez de ce mal (accompagné 
d’vne foif infuportable)en s’abftenant du tout 
deboire. Vray eft qu’ils eftoient en grande an- 
goilTepour les premiers iours feulement : mais 
s’y accouftumans peu à peu, il leur cftoit facile 
defepaficrentout & par tout de boire. Voire 
y en a eu qui âpres auoir cfté guéris dudit mal, 
craigaans d’y retomber, n’ont vféd*aucune li¬ 
queur tout le refte de leur vie : comme on le lit 
^ fi’vnlulius Viator CheualicrRomam,&dcplu. 

liéursautrçs. 

Mais pour ce que nous difeourons de ces cho- 
. fes plus amplement en noftre liure de rseandkd 



DE tA SA K te'.' 

Ytmm fî4tura, & que là nous traidcrons des cau- 
fes plus occultes & ardues des chofes d’impor¬ 
tance, &dont l’origine n’eft cogncuë à vncha- 
cun: nous nous contenterons pour ceflie heu¬ 
re de ce qui a efté dit cy deiTus, commë en paf- ^ 
fant , & pour donner occafion à quelque cfpric 
plus fubtil que le mien, à s’efgayet fut la re- 
cerchcdesraironsplusprcgnantcspourprou- 
ucr qu’on puiflè viure fans manger ne boire. 

-î. Ilnousfaut donc reprendre noftre traiâcda 
boire & du manger que nous auons laifle pour 
faire entendre ces deux petites hiftoires , qui 
méritent bien d’eftre cogneuës,âfinde remar¬ 
quer les grands effcils 'de celuy qui gouucrne 
tout le monde: ioindquc lefditcs hiftoires ne 
font hors de noftre propos , & du traidté du 
boire & du manger, fanslcfquels l’homme ne 
peut viurc fuyuant l’ordonnance du Dieu: Sc 
toutesfois ilfe void autrement en ces filles 8c 
autrcs’.-chofe trcftadmirable & tref-eftrange,^ 
dont on doit glorifier DicUé 

Pour ce que la matière & fubiët de ce chapi¬ 
tre s’eftand au long & au large, & comprend 
beaucoup de chofes rares & belles, à quoy il 
nous faudra bien prendre garde, le pricray le 
ledeur ra’exculer .s’ilraetrouue vn peu long à 
. cfplucher les choies ainfî qu’il faudra, eftimant 
toutesfois qu’en ma longueur il trouuera du 
plaifîr & du contentement. 

Auant donc que l’antiquité euft eu fi pici- gultui» 
ne cognoiilàncc de plufieurs fortes de bleds, ^ 
grains, Icgumagcsqu’on a maintenanc,lapluf- dn boirt, 
N iiij 



100 SECT. I. DV POVRTRAICT 
ternie-part fcrepaiffbicde gland: & quelques nation* 
teJoun't»- particulières de certaine forte de fruits dont 
tt de nos jjj abondqient, comme les poires cftoient en v- 
aux- Argiues, & les figues aux Athéniens: 
legl^fge delquclles ils auoient vnc fi grande abondance 
âmes -qu ils en noutrilToient leur beftail : les amen- 
diutrs des. cftoient pour pafturc aux Medes : 1 c fruid 
fruits. jgg cannes aux Æthiopiens ; le cardamum aux 
Aîex.lj. ics dattes aux Babyloniens ; aux Ægy- 

iptiehs le. treffle, de la Xemcncc duquel on fai- 
foit mefmcs vnc efpece de pain, commei eferit 
Aëce.,:^.: ' 

Par fucceflîon de temps rvfagc du bled ,i'& 
tels grains les plus nutritifs d entre les végé¬ 
taux, furent trouucz '.delquels on fait le pain, 
& qui /font auiourd’huy en vfage prefque 
par tout le monde , comme eftant la bafe & 
principal fondement de toute bonne nourri¬ 
ture. - 

X)lms epU Les Poëces Payens ont feint par leurs fables 
thetes de que Ceres fut la première qui inuentalcsmoyés 
Ceresy ^ decultiucr le grain, le moudre, pcftrir, & en fai- 
’ re du pain. Ceft pourquoy onluy donne diuers 
’epithetes, iaunc, roügc, merc des grains , & 
porte-ftuid. Ce qui.fe peut rapporter aux 
moiffonsiqui commençans à meurir iauniftenr, 
& qui font en aptes roufles eftans meures du 
tout & pleines de fruids : à fçauoir quand on les 
môiflonne& cueille. On l’appelleauffi pour la 
-vie & nourriture que nous en receüons, Poly- 
photbe,c’eftàdire,toutnourrifrant,Garpo- 
phorc, donnefruids, ou porteftuids,iZcdorc 


DE LA santé'. loi 

& Bcodore donne vie, & tels autres epithetes 
fe m b labiés , pour Eoonftrerla grande vtilitc 
prouenuc à toute la focieté, humaine par bagri- 
culture, &produdion des bleds, & des fruidks. 

Ouide au J. liure de la Metaraorphofe, en efcric 
a iufi : 

frimA Ceresvncoterram dim^Mt AYAtYo, 

I pYÎmAdédit jrtiges AlimentdcjuemmateYYiSi&c, 

Nous autres qui auons toute autre cognoif- 
fànceduvray Dieu, que n'auoient les pauures 
Payens, qui firent vn Idole de Ceres, deuons 
rapporter, & ragriculture,la cognoilTance & 
vfage des grains, pour la vie des hommes à 
Adam, lès fucceflcurs,&dc lait inconti- A quif$ 
naht apres le déluge, & long temps auparauat, 
quelesChaldcens,queIes Grecs, ny les Latins, T 
& que leur Cybelc, Ceres, Bacchus, ou tels raüf- 
fes idoles fufséi adorez & inuoquez parmy euxj 
nouslifonsen Teferiture,comme Noë eftap- 
pelle laboureur & .vigneron, & comme il yeft 
fait mention du pain, da vin & autres fruidls 
.nutritifs, fans qu’on doiue rapporter tellcin- 
uentionà ces faux Dieux. 

Il eft vray que comme le monde a efté peu¬ 
plé peu à peu, quelacognoiiîànccdc du labou¬ 
rage & de femer, laifler meurir, & recueillir les 
grains,les cuirc,& adapter, à fin d’eftre propres 
den faire vne bonne nourriture: eft venu de 
rocfmeencognoiftànce: non à coup, ainsauec 
le temps: Et ceux qui ont apporté vne telle ou 
fcmblable inuention, cômodité & vrilité, jpour 
le public, ont cfté reucrez & adorez comme 



IQl SECT. IL DV POVRTRAICT 
Unus ejii- Dieux. Ainfi lafius, Roy du pays nomme lors 
mé Dieu, Latiumjfoù Rome fur depuis baftic) & feigneur 
feurVvfa- peuple agrcfl;c& greffier .ayantappris Lart 
gt e agu‘ les terres. & quelques autres cho* 

ftéttiêiftf 0t$6 *9/1* I 

Hauoit < 1 ^. fes vtilcs par Saturne qui seftoit retire vers luy 
ffifeie Sa> apres auoireftéchafle de fon Royaume parfon 
Ç.**?»*! propre fils: ledit lanus pour tels bien-faits, 
Tafiocia auecluy, &fon peuple commença à 
mettreSaturne au nombre des Dieux. ' 

Voila l’abus de ces pauurcs Payens: le pain 
& le vin, tous autres fruits, chair, &poiflbnSj 
ont efté creez de Dieu, pour le bien & vfage de 
l’homme: maisonacu peu à peucognoilTance 
de leur préparation, coction & fermentation, 
pour les rendre plus vtiles. propres & conuena» 
bles, pour'vne bonne & deuë nourriture. 

Auant queiavraye préparation du pain, ait 
eftécognuëdc toutes nations: plufîcurs d’iceU 
les^vfoientde diuerfes nourritures, pour fub-_ 
ft 2 ,nter leur vie : Lesvns de chair des belles fau- 
iet. uages, comme les Gctuliens:les autres des poif- 
fons, & à ces fins eftoicnc nommez îchthyophà- 
ges: Les autres de tortues-, qu’on nommoit 
"AUxini. : Et les Æthiopiens, de Saute- 

/,2,C4p.Il. *^^11^5. ^ _ 

On voit encor le viure des Indiens fauuages, 
tout different du noftre en leur manger & en 
leur boireî iufques à manger (chofetrop bru- 
•taie & cruelle) de la chair humaine,ainfîqu’on 
le voit aux hiftoires des Indes. • 

Maisnouslaiflbns à telles fortesde gensfau- 
uages, agreftes, ôc brutaux, leur façon de viure 



ÿi 1 A s A N T E. 20J 

brutale: & parlerons fculeracnc de celle qui eft 
accoufturaée en l’Europe , ou les perfonncs 
font plus Giuiles,& qui ont tous vnc façon de 
viure qui cft toute prefque" femblablc , encor 
qu’il fe rroaue en l’apprcft beaucoup de diffé¬ 
rences. 

Or d’autant que comme François i’éfcris par¬ 
ticulièrement ce traidté pour ferüir à ma pa¬ 
trie ,icparlcray principalement de la façon de 
viure,des pays & contrées de la France, & qui 
eftla plus vulgaire & commune à vnchacun,& 
la plus neceflaire pour rentretien & conferua'^ 
tion de la vie. 


DES DIVERSES SORTES DE 
paitjs & hreuuages , ^ quels font les meHleurs 
four lanoHYriture de l'homme. 

Ch AP. Y, 

N o V s auonsdit cy delîùs, & difonsencore, Talnfeo» 
que le pain eft la bafe & principal fonde- 
ment de la nourriture : d'autant qu’il eft fait de 
graines qui ont beaucoup d cfprir, d’eau de vie, 

& beaucoup de rapport,fymbole, & confor¬ 
mation aucc nos eîprits, &le ncélar de noftre 
vie. Et bien que le vin ait & contienne plus 
d’efprit &c eauë de vie que le pain, & que l’o¬ 
deur de cet efprit du vin,nous efueille St reftau- 
re les efprits (qui font comme cfperdus & cf» 
uanomy aux fyncopes) & pluftoft & mieux que 





i 04 SeCT. II. »V rOVRTRAiCT 
rôdeur du pain : fi eft-cc que d’autant que le 
vin, n’a point de colle ou d’accrochemcnt, pour 
pouuoir cftrc retenu fi longucraent^qu’il faut, 
en noftrc cftomach, eftant liquide &coulable 
Iiurqmy jg nature: c’eft la raifon pourquoy il n’eft 
pas'fipro-^^^ ^ bonne, apte, ferme & conucnable 
pre nourri- nourriture, pour nos corps, qu’eft le pain : fans 
tare 5»<i»lequel,oufanschofequiait corps folide, onne 
peut que raaf ayfcincnt viure, en lieu qu’on fc 
peut paflèrdevin. 

Diutrfittx^ Or il y a beaucoup de fortes & différences de 
de pains, & donj: nous deferirons les principales, & 

de vfage, mcfme en la France. 

Usfa^ei*’* Onfait du pain de fegleen pluficurs endroits^ 
qui èft vn peu aigre, mediocretnent nourrifiant, 
& qui entre tous autres pains,tient le ventre 
bon: l’vfage en eft frequent, en pluficurs en¬ 
droits, mcfme CS maifons des Gentils-hom¬ 
mes. 

On fait du pain d’orge, auffi en pluficurs en¬ 
droits: 11 eft refraichiflànt, mais iln’eft pas de 
fi plaifant gouft : pluficurs payfans toutefoisçn 
vfent par faute d’autre bled, au temps de rooif- 
fons : d’autant que les orges font pluftoft meurs 
& pluftoft recueillis, que les autres grains. 

_ Voicy ce que dit Æt. tetr. i. fcrm.i. des pains 
3 » d’orge: Les pains d’orge,nourriffcnt tous moins 
j> que ceux de froment, mais il lafehent plus le 
>» ventre. 

^ On fai(3: pain de febues, & d’autreslegumes: 
mais ils font pefans & peu fauouircux. 

Au pays de Bcarn, & quelques lieux do haut 



DE L A S A N T e'. ÎÔ; 

Armagnac, le pain du millet eftcommun;& en faî» lU 
fait-onde trois fortcs,principalcmcnr: Tyne eft miïLet en 
dite raillas, qu’on fait auec fa farine ( paiTee & fc- 
parce du foin ) dont on fait pafte aucc de l’eau, 
commed’vn autre pain: laquelle paftefalec & 
fermentee, eft cuitte au four & réduite en pain: 
dont les payfans vfent & s’en repaiflèht d’ordi- 
nairetle gouft en cft vn peu doux,allez bon & nu- 
tritif,mais on s’en lallè à la longue. 

La leconde forte du pain fait de railler, s’ap¬ 
pelle en Gafeogne miques; qui font de petites 
boules rondes, &groircs comme des boules de 
palemaiile, faides de ladite pafte, bouillies & 
cuittes dans rcaurC’ell le defîcuncr des petitsen- 
fans,quin cft que de la valeur d’vn denier. 

. La troifîefme, c’eft ce qu’on appelle brazairc,' 
dontonvfeauxdcferts, & eft viande allez deli- 
cicufe&fauourcufeau gouft: on l’appelle bra- 
zàire,d’autant qu’on fait cuire yjipain quatre 
qu’on en fait,& long d’vn pied,& efpais de deux 
trauersde doigts, enueloppé de tou tes parts a- 
uec des feuilles de choux,dont on couure tout le 
pain dans la braife du feu ordinaire. 

Vousauez vcu(fur le pain de millet)les trois Trw wm- 
fottes de cuire le pain, dont parle A<51:uar. & lcs 
autres ancienscoramedilîons tantoft: à fçauoir 
au four, en l’eau, & fous la braife. On fait aulîi 
en Gafeogne,de la farine dudit millet, vne fa¬ 
çon de boiiillie ,deftrempant ladite farine auec 
la feule eau, la faifant boüillir fur le feu , iufqucs 
àeonfiftence de boiiillie; & l’alîàifonnant auec 
du Ici : on appelle cela en Gafeogne armotes. 



A06 SICT. IL DV PO<VRTRAlCT 
dont les payfans vfent auec délices : En aucuns 
endroits on la cuit auec du laid, Galen en fondit 
liurc Des facultcz des aliments, chapitre du mil¬ 
let : deferit cefte façon de boiiillie, faire auec -la 
farine du millet, dont les ruftiques vfoient auflî 
anciennement. 

Au pays de Lymofin, & en quelques endroits 
de Périgord (où y a abondance de chaftaignes)on 
-enfait du pain,dont les payfans & commun peu¬ 
ple ferepaift. 

On fait du pain auflî en temps de charte, & à 
iauted’autregrain jd’auoine,qui eftpluftoft la 
vraye& propre nourriture des cheuaux que des 
hommes. On vie en Allemagne ordinairement 
d'vne façon de bouillie, qu’ils appellent Haber- 
inous, faidtc dngrain d’auoine mundé,cuitte a- 
uec de l’eau,ainli qu’on fait vn orge mondé; 
viande qunls cftiment faine. 

Mais le vray & ordinaire pain, proprepour la 
nourriture des hommes, & duquel on vfeauec 
plusd vtilite,cft celuy du bled ou froment, du- 
- quel y a trois ou quatre fortes, qu'il fautdiftin- 
pour en faire vn bon pain nutri- 
Turquie, ou le 

frfilîî. ^ barbu qui a gros grt^in', & qui eft de 
couleur roulTaftre, n’eft pas fi bon que celuy-qui 
n’en a point, qu’on appelle communément ef- 
peaultc : qui eft blanc, iaunc, menu, plus ferme 
& folide fur la dent que l’autre: qui rend plus 
de farine, comme l’autre fait beaucoup defom. 
Cequ il nous faut bien & exaéleraent confide- 
ter , comme nous le confeillc Galien en fon 



D E L A s A N T e'. 107 

premier iiurc des facultez des aliments, cap. cU 
tritico : ou vous verrez toutes les difFccences des 
pains ^ de bonne ou mauuaife nourriture, foie 
pourladiaerfîté des bleds: foit pour la diuerfe 
préparation des farines,plus ou moinspaiîèes 
par le bureteau ou faffoir ; foit pour la façon 
dciafcrmentation,& pourla raaniercdcle faire 
cuire , ebofe qui mérité d'eftre foigneuferacnc 
obfcru.ee. Vôicy ce que ledit Galien en eferit en 
mefmcliure,chapitre 14 . où apres auoir trait- 
te delà differente nature des bleds, & de la dif¬ 
férence des pains qui s en font meilleurs ou pi¬ 
res: voicy ce qu’il adioufte. Au refte les pains «e 
qui font entre les plus purs & les plus greffiers 
en fuhftance, different beaucoup entre-eux fc- ** 

Ion qu’ik approchent ou reculent de la pureté *« 

& impureté ou craffîtude: Car les vns font dits Pains, tes 
purs,les autres impurs & greffiers, comme à la 
vérité ils font tels. Toutesfois outre ces genres J**^*^* 
de pains. Il yen ad autres qui tiennent du tout 
le milieu, que res Grecs appellent autopyrcs, « « 
faits de farine auec fon fom meflezpar enfem- << 
blc, fansauoir pafTépar l’eftamine. Les anciens ‘ « 
médecins appelloient ce pain là,fyncomifle. Or * * 
entre CCS mefmes painsqu on dit tenir le milieu *• 
entre ceux qui ne font que de fom, & des au- < * 
très qui font de pure farine j il faut noter qu’il ‘ ' 
y a encore vne bien grande différence entre-eux, * * 

& ce félon la nature du froment diuers : Car «« 
d’vn grain cfpois & pefant, il fe fait du pain 
beaucoup plus excellent, que d’vnc folle fari- <• 
m d’vn grain léger. Mais le pain qui cft le plus ** 


10% SEC T. II. DV POVRTRAICT 
^eîspnm pur de tous, eftoit appelle tant des Romains, 
Us Romains ç^uc de tous aütrcs peuples qui leurs eftoient 
*®”?'®*/’®'*rfujc(îis,riliginéc, duquel cft approchantceluy 
w« iurs. qy'jij^Qi^jnoientfîmilacce. Entroihclmc lieu, 
eftoit donné, celuy qui eftoit dit autopyrc & 
fyncomifte, des Grecs, comme nous l’auons dit. 
La quatrierme forte de pain,eftoit ditfordidc 
’ ^ & impur. Et le dernier appelle furfuracée ou 
* * du jtout fait de fom, qui eftoit le pire de tous & 
** le plus foiblc pour nourrir, à caufe qu'il ne fait 
V* que paflèr. 

Tainâe/om dc k mcdecinei,cap.i^.^B:uar. 

U pire de 1.2. c. f. parlent apres Galien ,dcs mcimes diffe- 
tout, cences , & tiennent quclepainfait dcfom eftle 
pire Sè moins nutritif de tous. 

Car ce dernier pain deftitué de toute farine, 
quieftglutineufc, ne peut eftreadherantà le- 
ftomach, &par confequent eft de moins nutri¬ 
tifs, &falutâires. Vous pouuezveoircegluten, 
ou vifeofité, dont nousparlons eftre dans les fa¬ 
rines les plus pafîèes & defliees, qui font les pa- 
ftes bonnes à coler & conglutincr quelque cho- 
fe,ce qu’on ne pourra oneques faire du feul 
fom, C eft aflèz parlé de la différence des grains, 
des farines & diuerfes fortes de pains qui f’en 
font-.ceux qui font faits d’vne blanche farine, 
moyennement feparce de fon fora, fe mettent au 
rang des meilleurs. 

Ohferua- Or cncores qû'on ait les farines telles qu’il 
fahed^boup^^ ^ ^a-ildela façon à les deftremper auéc 
P4in. fermenter, faler, bien peftrir, & à les 

faire ciiirc. . 


Pour 



61 >LA §ÀNTêI . . . '^ 0 $:. 

Pour faire donc vit bon pain au gouft , fain^ 
d'vne bonne & louable nourriture : Il faut pre¬ 
mièrement choifir vn bon bled, tel que nous 
i’âuons d’eferit cy delTus, & le faut bien cribler, 
nettoyer de toute ordure & pouffiere en le 
lauant, autant que befoin fera , & defleichanc 
foudainau Soleil: &enreparer furtoutfyuroyc: 
comme chofe tres-nuifible , qui n’enyure.feu- 
leracnt, mais qui eftourdit, & qai rend verri- 
gineux les plus fermes ccrueaux, Ge grain bien 
choifi doit eftre moulu en vn moulin blanc , 
qu’on appelle: d’autant qu’il rend la farine plus . 
blanche, & qui en fepare plus de fom. I!ay veu 
aux moulins de Caflcl^ qui font aufli beaux que Afo«/wfd* 
autres que i’en ayeveu ailleurs ,vn tres-belar- 
tifieequi met le grain en farineiplus grolTeou 
menue, Sc telle qu’on fçauroit defirer : &quï 
tout enfcmbleen fepare le fom plus ou moins, 
comme bon vous femble, iufques àcnfairevnc 
pure^fleurde farine, Cecy foit dit en paffant: 
c’eft pour inciter qu’on fe ferue de la mefme in- 
uention en France j par ou on poutroiteftre re- 
leué d’vne grande peine & temps , qu’il faut 
employer à pafler la farine, & pour en feparer Iç 
fom : ce qui ne fe peut fi bien faire que par ladite 
inuention. 

Or encor qu’on ait les farines telles qu’il faut, 
fi y-a il de la façon ( comme nous auons ditcy 
dclTus ) à les deftremper auec l’eau, à les fermen¬ 
ter, faler, peftrir, & réduire en pafte ôc pain : Sc 
fur tout à les bien faire cuire. Car de ladite cuif- 
fon dépend ?ne des principales bontezdu pain. 



lîo SECT. IL DV POVRTRAICT 
comme aufîi de U fermentation. 

• Ceft ce qu’en dit auffi le mefmc Galien, au 
mefme liurc, cy dcflus allégué en ces termes. 

Or les pains qui font les plus propres à la di- 
îahoM gcftion,font ceux qui font bien pefttis,bicnleucz 
^4»»*. comme il faut, & cuiéls au fourd’vn fcutem- 
g, pcré ^ comme il appartient. Car fi le four eft^ 
,, trop chaud, il brufle de prime abordee le deflus 
„ du pain & l’cndurcift en forme d’vn teft. D’où 
„ aduientque le pain tant en fa crolle de delTus, 
,, qu’en celle de dclTouSjeft rendu mal propre & de 
,, mauuaife nourriture : Voire qui a le dedans de 
„ foymalcui£t& touterud, & le dehors du tout 
,, :bruflé, par trop affeché, & n’eftant quecrofte. 
J, D’autre part , le four ayant receu trop peu de 
„ feu, n’a pas la force de bien cuire lepain, pout 
ne pouuoit pénétrer par tout, parconfequent il 
‘ „ demeure crud & mal cuid, principalement au 
„ dedans. Mais le pain qui aura fenty vnç chaleur 
g, propre & conuenable, & qui fera demeuré en 
„ icelle autant de temps qu’il faut: çeftuyfedige- 
3, rcra facilement en l'eftoraach,&: fera tref-propre 
,, àccqu’ilcftdeftiné. 

Et quand à la fermentation qui fe fait auec 
utimmT , elle eft en tout & par tout nc- 

€cffMr€ À Carc'eft la fermentation qui efleue la 

mtfétio. pafte, & qui rend leger & fauoureux le pain, au¬ 
trement il feroit pelant, & en lieu de profita¬ 
ble , nuifible: voire le pain qui eft médiocre-^ 
ment fale , eft meilleur que celuy qui ne l’cft 
point, quoy qu’il en y ait qui veulent difputcc 
le contraire, & le facent pradiquer en cct- 



DB lA santé'. lit 

tains lieux. 

Le pain préparé de la forte , eft vn beau & 
grand chef-d’osuure , ou l’on-yoid-pradiquer 
toutes les plus belles operations chymiquçs :Jg „pe. 
feparation de pur d’auccrimpur, en la farine-& axions d>jf« 
lefom: le pur cftmefléaucc beau, fermenté, pe, 
ftri, falé & cuid dans vn propre fourneau, ou 
l’on void la mixtion,fermentation, digeftion:& 
concodion bien vfitées ; bref le pain eft tout 
autre chofe que le bled, que naturenous donne 
& produid : mais fans les operations de 
en lieu de profiter,il ferait trcf-doramageabl^ 

& du feul bled cuid en l’eau en telle façon qrip 
voudriez , vous n’en fçautiez jamais faire ynè 
bonne nourriture. Galen tefmoigne cecy,qui 
ail rnefrac liure que defTus, recite vne hiftoire 
fçauoir eft,que s’eftant vn iour allépourmenec 
en vn lieu aux champs eflongné de la ville : il vid. 
deux payfans, pour leur foupper, faire boüilljç 
du bled auec de l’eau & du fel„& s’en repaiftte 
à faute de pain: duquel pain inuké dé 

manger, auec deux de fes compagnons , jbne i . : 

rcfulerent pas, ayant Tappetit bien ouuert, à eau- Aitident 
fc de l’exercice & du chemin qu'ils venoientde ^ 

faire : à caufe dequoy iis fc repeurenc de telle ^ 
viande auidèment. Mais quel profit leur aduint. 2 »y^*^^ 
il d’vn tel repas ? entendons-le par les paroles du pam, 
mefme Galen. - 

Mais nous coromençafmcs apres fouper , à; »» 
fentir vne pefanteur au ventre, comme s’il euft, 
efté chargé deboiie: Le lendemain tout.le long; »* 
du iour, nous eufme^ de grandes çrudiiez qui «, 

O ij ç,. 



/ait SÏCT. lï. DV POVRTRAICT 
nous faifoient hayt la viande, & nous rendoient. 
^ ' f» lafch'estellement que nous ne pouuions rien 

/ >f prendre. D’atiantage nous auions vne douleur 
. ,-9», ëe tefte joy plus ny moins que fi elle euft cfté 
• ' -a» plaine de vents, & les yeux efblouys, comme 

rî> e’ils eulTent regardé à trauers des nielles : Il ad- 
qu’il enquit quelques ruftiques s’ils auoienc 
înàrtgé autre-fois d’vne telle viaiïde, & comme 
ils s’en portoient ; qui leur rerpondirerit que con¬ 
traints parlaneceffité (comme eux)ils enauoient 
Vfé fouuent, & qu’ils auoient trouué que cefté 
' fcrte de viande eftoit- pefante .nreuefehe, & nui-^ 

fiblé: ce qui Ce pouuoit airexiuger par la chofe,^ 
fans en vouloir rechercher l’èxpèrience : veu que 
la farine dudit bled , qui eft corrira'e fa plus pure 
fubftance , eft mefme nuifible & rebellé‘à la 
côncoétion , li ce bled , au rapport du rnefme 
Autheur, n’eft bien appreftéjàflàiforiné &-ren 2 
du parfaiârement bon, par le fél , par le-leuainj' 
par le pertriiTerhcnc èc parle four. Quiii’enren- 
Jtmtni diracttcy {adiipufté'il) que le froment mangé ru- 
truifnt de commeil eft, & fans eflre préparé,eft vne vian- 
^ fie digeftion ,'comme au cbn- 

s’il eft bien préparé (ainfî que deftus) c’eft 
^vné nourriture au corps hiimainda plus necellaire 
V ’ . • 

fi le bled, qui eft vn des végétaux les plus/ 
nutritifs & fi propre pour la confcrtiarion dé 
lavicdêl’homine, eftant cUiét aueçde l’eaujfans 
autre préparation, eft fi dommageable,comme 
'^'l’êfcrit à la vérité ledit Galén : que fera-cc de 
cent & cent autres graines, femencc^, racines,, 



DE lA SANTE', 

herbes, & fleurs dont on préparé diuers remedes,. 
la plufpart defdites ebofes contraires à noftrc na- . 
ture^voire qui plus eft,Ies vnes cftapt veriirnçufes», 
qui font en commun vfage, & aufquelles le yul-, 
gaire n’vfe d’autre préparation, que de les faire , 
cuire dans l’eau, pour en faire des apozemes, fy-,, 
rops & autres tels remedes dégouftans & fouuenc. 
beaucoup plus nuifiblcs que profitâbles,foitppuc^, 
la cpnlêruation de la fanté, fait ; ppurda çutttioh 
des maladies. ; . ^ , . s 

$i quelques Cenfeurs meditoienf. de bien 
près telles chofes , ils n’abbayeroient, pas tant 
qu’ils font contre les vrayés préparations de 
pluficurs .mediçamens , dont on.-ypid (par là , , 
grâce de Dieu ) de idur en iour aduenir plus de - . , - h 
- beaux efFe(3:s: &;Cures,-voire auec les conditions < ; 
rcquifes par Hippocr. feurcment, viftement & 
plaifaminentque de beaucoup, de, médecines 
jiroublés & defgoutantes, que ï’eflotnaçh abhor- 
jTÆj^^ qui prQUoqitent fouuent le yomiflement 
parde feul regard, ou .odeur au^nt mefme que de 
;les prendre. :,y ^ 

jleuenons- ^u,bon pain , que Galen comme 
..d'effiis, veut eflre &ic d’vn bon.froment., ftparp 
de fon fom , médiocrement .blanc,* bien fer» 
inenté , falé , bien peflri, bien leuè-, '& bien 
jçui^. . - . ■ 

Oribaf.ltb.i. cBllefÎÆed.cap-î. Parlant des pains 
faits de froment , accorde ce que deflus eferi- 
uant comme s’enfuit. Le pain bon par excçL- 
Icnce &: fort fain , eft celuy qui a beaucoup requit 
.Içuain enfoy, & beaucoup dcfel,qui aefté aufli <*» 

O iij 




114 SECT. II. DV rOVRTRAICT 
»» fort péftri &: bien manié des mains,decuid com- 
ti "me il faut, en vn foar médiocrement chaud. 
f. Or en ce qùe iedis beaucoup de leuain & beau- 
» coup dé fel, cela fe doit iuger au gouft, Car s’il 
J, ÿen auoit aiiffi trop (comme çh toute mixtion 
s. mal proportionnée ,1e trop cft fafeheux & nui- 
M'fiblc ) l’excez le rendroit pluftoft dommageable 
jjiqüëivtile,. ' ' 

‘ -OtrVoid parjes authoritez &deGalen & de 
Gribafiiis & d’autres, comme lepain.mcdiocre- 
tnent ralé,"eft recommande entre tous ; S£ s ily- en 
a qui lé défendent par exprès, c’eft vne erreur po¬ 
pulaire. , : 

Thées ie^' Pat cc que dcffus on peut remarquer àulî?, 
comme toute forte de pains, fougaffes.gattcaux, 
®^"'*”'‘*“’ ;patifleries , tartrés . & autres' telles viandes de 
fout, font totalement -dommageables, tant aux 
fàins qu’aux malades. Car toutes telles paftes 
"lion fermentées i eftans peâries &maniées de là 
ihain, en y verlant toufiburf de l’eau deflîis : fe 
feduifent en fin én vne 'collc àuffi ,dure que la 
colle à poiiTpns,dont vfent les menoifiers:' qui 
cft fî forte & dure-qü’vné piètre r ee quî n’ad- 
aiiendra à là pâftc fermentée : auflî cefte pafte 
fton fermenrçc i'prodiliâ: en nos corps,infinies 
©bftruéfciohs , qui fuppeditent la caufe mate¬ 
rielle des calculs, & pjufieurs autres telles ma¬ 
ladies. : ^ ' 

Ayant efpluché pat le menu , ce qui appar¬ 
tient à la nourriture que nous prenons du pain: 
& de tout grain qui fait farine & pafte, il feroit 
à propos pour n’oublier rien de ce qui appat- 



DE IA SANTeV- 2iî 

tient au manger ou aliment : de parler des chairs 
de tant d’animaux diuers & rempam fur la terre, 
de tant de diuers oyfeaux de l’air, & dé tant infi¬ 
nies fortes de poiffons, fdit de la mer ou des eaux 
douces, dont l’homme vfe ordinairement. 

liferoit encores à propos, déparier des diuers 
fruids, tant d’hyuer que d’efté, qui nous font 
pareillement donnez chacun en certaine faifon, 
ioit pour le plaifir & delices de la vcüe.del’odeur 
. & du gôuft, fpit auflî pour nous fetüiriçsvns 
: de remedes, & les autres de .nourriture. JMaiî 
fi nous voulions examiner le tout parie menu,,^.;„ 
nous n’aurions iamais faitj & en licud’vn tjdaitré* - 
il m’enfaudroit compoferyn groSyoiume: le"' 
referue donc à parler du tout briefuementen la 
, Sedi 0 n 5 .de ce prefcnttraitiéi quand ie mon- 
ftretay en particulier quelles viandes.nous^font 
vtiles i & quelles dommageablesr, fequ^KnoUs 
fautéuiter.j ■ , ■ ■■ t.'',-?: r-'-. :' 

Ayant donc affez à plain parle deda principale.. 
nourriture»quieftlc paini& detotttcsvics.depen' ‘ 
dances: lem’eftendrayde mefraefUrJicvin, & 
fur toutes,les autres boifibns qui font ks plus ch 
vlâge, & necelfaires tant pour la coofèruation 
de la vie , que pour la cure de plüfieus maux : Sc 
à ces fins i’en ferayvn chapitre.à pàrc poutef- 
claircit le tout plus facilement.auquellc Ledeur 
débonnaire pourra aüoirfijn recours. - 



âï6 ^ICT. II. DV rOVRTRAICT 



Br ET ArTRES BRET-^ 

uagesoH hoiffonsnecejfairei, taHtpournofireor- ■ 
diffam nourriture & conjeruation de la\ 

. 7 pour la cure de dîners manx* ■ 

,ao;s£l Ch AP. ■ VI. ; 

n:-îLo" ; ■ . , - . • 

là frd^eot eit la mort, & la cKakùtla 9Îe 
Èi 3 ^es^hc;fès-fcloh tous les Philofophes, nous 
faire voit clairement l’opinion de 
g»W5Met:^üel<|uiÉs vnsëftre erronée en ce qu’ils fouftien- 
<ï»»îto»slj<»ibhejjc gc veulent perfuadet que l’eau froide eft 
"plus conuenaWc pour l’vfage de l’homme & 
pour Ci ftobrrituTO &:cônfetuation, que le vin 
- dequàlité chaude; abondant en efprit de vie, & 
squi'nousaèftédonnéde;Dieu, pour tèfîouyrle 
cœur de l’homme,comme le pain poutie fii{|en- 
ffiâ», ï©4 'ter/;.ainfi c^’en parle lé Pfalmifte ; Et touresrois 
à puyn patlêr telks' gens ^ oh dirpiè que le vin 
-aefté ’plüftoft pour lemalv que pour Icbien de 
iî’horamç î-'^En quoy. ils veulent faire paroiftre, 
'■ou-lafiibâliré de leutefpïiÉ à vouloifdefpndre 
^vne opinionîd fàuIfe,‘.oü vn cfprit de eontra- 
“didion, s'ils s’opiniaftrent à maintenir éequ’ils 
ne pourront iamais prouuer, nypar raifon, ny 
par audorite; Au contraire ils verront prefque 
tous les grands Philofophes& Médecins eferi- 
rc autrement ,.& mettre le vm au nombre des 
meilleurs &fubftantifiques aliments. Galien le 
met en tel rang, en fon 3. liu.des faeukez des 



X>t l A SA NT ï'. : llf 

alimens, s’oppofant tnefmes à l’opinion dé quel¬ 
ques médecins, qui afFermoient que ralimcnc 
qui s’appelle en Latin & edullium , & efia^ • . 

eftoit quelque chofe de contraire au. boire, ôc 
pourtant que le vin ne pouuoit cftrc dit aliment, . 
laquelle leur raifon cft defraduoüee & refatec , 
par ledit rGalien. ■ / ^ 

Platon s’attaque particulièrement à telle forte 
-de gens, qui dérogent tant comme nous auons 
dit ,à la vertu du vin, cfcriuant ces paroles 5- Le ? 
vin (félon que quelques vns le difent) a efté don- ** 
né aux hommes par vengeance, afin qu’ils de- .** 
uiennent enragez : mais nous difons bien autre- ** 
ment', que e’eft tout au contraire vnemedecin'c, 
afin que.l’ame foit honteufe d’en abufer, & le ** 
corps: en reçorne fanté & force pour en yfer ** 
comme ilfaut.. Le mefme^Platonen fonTTimee BefiriptUe 
pour bien dcfinir &.dcfçrire la nature ^ qualité 4 t U »<•*»- 
duvin, il eferit ce qui s’enfuit. ^ uduviu. 

Ce qiii efehauffe d’ameauec; lecorp%i,c’eil: ce 
quW appelle vin. . r , -■ - - »» 

- Bref c’eft l’opinion de tous les.medecins que 
Je vin eft d’vne faculté chaude, propre à engen¬ 
drer lé fang, & qui tres-façilement fe change en 
•fa nature :■ eftant par confequçnt yudes princi¬ 
paux aliments, apres le pain, & le premier reftau- 
rateur de nos efprits*^ Ç’eft l’opinion de Gai. en V 
-fon 5. liu. des faeulcez ,des aliments : dans lequel 
il a fait vn particulier chap. du vin, où il eferit 
ce que deifus en fubftance : & ne verrar on pas 
qu’en celiure il traitte de l’eau, ny-qu’il la mette 

au rang des aliments. . 



Il8 SECT. II. DV tOVRTRAiCT 
Oribafc parle des mcfmcs qualitcz & facuU 
tcz du vin prefque en la mefme forte que Ga- 
» lien, en fort premier liure des chofes commodes 
& aifees, qu’il appelle, & au chap. u. en ces ter- 
»i mes. Le vin donc recréé &rcfueille noftrecha- 
» leur ; d’où par confequent les digeftions fe font 
M mieux, & s’engendre vn bon fang & vne bonne 
)> nourriture par toutes les parties du corps, où le 
«vina force de pénétrer: & pourtant ceux qui 
«font attettuez de maladie en reprennent vne 
«plus forte habitude , & recouurent fenibla- 
5> bleraent par iseluy l’appetît de manger. Il at- 
•) tenue la pituite , il reputge l’humeur bilieux 
, « par léis vtines , &dc fa plaifante odeur & fub- 
» ftaiice akigte-, refiouyt l’ame, & donne force 
» au corps . * Le vin donc ( àdibufte- il ) ■ prins mo- 
a> defémènteft câufe de tbu'stes bicnslà: mais s'il 
J. éft beu outre mefure ^ il produit des effeâis plus 
contraires. 

Vdik çorUmC' nous entendons quon doit 
vfer & non abufer du vin ; voila fes grandes fa- 
-Cultez pour nourrir Sralimenter le corps enon- 
gendrant quantité de fang , pour fortifier le 
Cœur, reftaurer no's- éfpfits, &c feruir en beau¬ 
coup d’autres chofes .tant pour la conferuation 
de lafanté,' que gucrifonde pluficurs maladies, 
Cottime nous dirons tantoft amplement en fou 
lieu, àprc's aüoir aü préalable parlé des diffé¬ 
rences du vin. 

Galien au j. commentaire qu’il a fait fur le 
liure de la façon de viurc aux maladies aigues 
d’Hippocr. Aëce tetr. i. ferra, i.tr. du vin- & 



• DE IA santé'. 219 

Ægincte en fon \i.de remedtcap.is. jfSiHar.de fiirù 
anim.fiutr. c.î. ont fait beaucoup de difFcrences 
des vins que nous mettrons en auant, Sc y adiou- 
fterons les noftres. La première eft-énia 
leur, entant-que rvn cft blanc comme ê 4 ü. j l’au¬ 
tre iâiine'& dé couleur de paille ; iVn clairet & 
de coüleür d’vn rubis balai , l’autre de rubis ver¬ 
meil , rautre d’vn grenat clair, l’autre rôügê obf- 
cur. La féconde en leur faocuE ,rvn cftânt fort 
doux, l’aUfre fort arpre & aùftcre, l’autre à’vn 
gouft Taiîbureux & agréable à la bouche, & l’au¬ 
tre qui ne l’eft pas : l’vn rnéur&'l’aUtFeV'cîd. 

La troifiefme différence dès vins gift en leur 
confiftence : l’vn eftant 'fort délié Sc fpîrituci, 
comme font les vins dé^anarlc & de Gre^ê ,qui 
n’ont rien ou peu dé Mèries autres^eftans fort 
crafTes & materiels , & àbbndànS en' tartrè ^ 
quantité de lies. Il y en a autres qui-tiinhénile 
inilicu ,-comme font ehLrance lcs viris dégrafe 
Sc de diuers autres lieux de Gafeognéî^dé- Gantc- 
pérdrîx en Pr'oücnce ; dé Beaulne en Bqufgon- 
^ghe autres tels vins qui croifTent éhdiüèfs'eh- 
droits de ia France ; vins plus fpirituds- quë-maiè- 
riélsSc qui pat cônfequent font plu^feins Sc ex- 
cellèns que les materiels, qui abohdéht enlies & 
feces térreftfes.^ ' : r r . ' 

La iquatriefrae différence eft en l’odeUr , tous 
bons vins î’ayans agréable, & les autres au con¬ 
traire dèfagreables. Et de fait la première clioife 
que fait vn bon biberon auant que gbuffer Je 
vin, c’eft de lè flairer, & par là iuger de fa bonté; 
il y fn à qui font priuez d’odeur, qui eft vh ligne 



tio 5ECT. II. DV POVRTRAICT 
qu’ils n’âbondeiir pas cn efprit,& pareonfequcnr 
qu’ils ne font gueres bons ? d’aurant que la bonté 
desvins confiftc principalement en fes erptits. Et 
de fait il ne: fera pas bots de propos fur ce poind 
d’alleguerjvnc chofe qiii eft véritable, & laquelle 
pourtant ;aujcuns ne:Croiront pas, fixe ne font 
ceux qui l’ont veu praétiquer à Bour.dçaux, com' 
mè; tnoy: qui y ay fait mes premières eftudes. 
C’eft.qu’çn cefte ville Igy abordent,tous les vins 
jdeGafGogâe, pour les charger fur la-rner:: & pour 
là îes,dij(lribuer.€n diuers endroits on range les 
poinçons en diuers ^mids celiers /aids exprès 
i&en;vùe;trefgrande 3 pkce, Char- 

treuît: /efdits pqinç^ônsrrtangez fr près-â pres 4® 
tous xoftez^ qu^il n’;y.;â)m;oyen de pour 

en taftef.^ Et-y .a des; rn^jçhands ^■homms? U 
. pcttSiriiu’en marchant pardeÇus lefditsyaifie^^^ 

Xeuîement. jugent de_la.bpnïi? 4n:yin, marquant 

^ ceux qu/lsyêulênt retenk;& açhcpt-Tel iugé- 
.:mcnt procédé des /euls;efprits du yjn ; d’autant 
qu’ils marchent .beaucoup plus, legerement fur 
. les vaifleaux-qui enabondent, que/ur Jes autrès 
«quien^çnrrnoins. ^ v . 

. , Il y a ençores 4a«,tres difFerenceS:-des vins, 
-prifes. du,temps, les vns’eftansnoiïueauxjes au¬ 
tres vieux de plufieurs annces-,, les autres de 
-inoinSj:,'le>dit temps.-appqrtant diuerfes qualitez 

aufdits.vins , entant que les vns à la longue fe 

- rendent;plus forts.^ plus yidlens &plus,,chaudi, 
;& changqU.de couleur , de faucur, Ôc deîubftan- 
ce.r ce qui çaufe lefditcs ,différences. . ,,, ^ 

. ^1 y a d’autres, différences des vini, qui fe pren- 




DE LA SAKTif. 1 » 

ncnt des diuers pays . régions & climats , où lefX -, 
pece du raiiîn qui y abonde le plus , apporte ce 
changement: tant y a que nous voyons que les : 
vins d’vn lieu font meilleurs les vns que les autres: 
le vin de Couiîÿ & d’Hay & femblables vins 
ont mefraes efté trouuez meilleurs & plusfala«; ; 
taires pour la Tance de nos Roys, que ceux d’Or- 
leans qui font fumeux, & qui donnent àla telle, 

C’eft pourquoy on fait prefter ferment à tous *. ■ 
maiftres d’holVel du Roy , à leur réception en ^ 
telle charge de ne faire feruir - pour la bouche 
du Roy des vins d’Orléans,bien que d’ailleurs 
ils font mis au nombre des bons vins quand au 
gouft. - 

. La dernîere différence des vins fe prend de leur ■ 
faculté ou propriété. - . • 

Mais quel bien & profit reuient-il au médecin 
de fçauoir & çognoiftrc routes ces différences, Ægh.Ui 
& diücrfes fortes de vins? fort grande, comme 
Aëcc nous l’enfeigne particulièrement en ces 
termes. Mais pour ce que nous trouuons beau- »», 
coup- de différences au vin i il nous les faut diftin- >»(- 
guer le plus briefuementqu’il fera poffibk.Poiir-.»» ; 
tant les roux de couleur, & qui font de greffe fub- :»*.. 
ftance font les plus propres de tous pour engen- 
drer du fang : à caufe qu’ils font quafi d’eux-raef-.»» 
mes comme tfanfmuez en fang : apres eux les >»- 
noirs, qui ont enferable vne douceur .& craflitu- >». , 
de de fubftance, puis apres marchent ceux qui » 
font bien de couleur rouffe ou noire,mais qui »» 
ont vneliaifon de corps, & fubftance groffe auee « 
vnc qualité aftringence. •>, 


2Z1 SECT. If. DV POVRTR.AICT 

»» , Les Blaîics groflîcrs & d’vn gouft afpre font 
•»» ceux qui valent moins que les autres, pour la 
« nourriture du corps. Mais fur tour.ccux- cy nour- 
j* riflent le moins de tous qui font blancs de cou* 
» leur,& om:vn corps fort menu &deflié,tcirem- 
»> blans aucunement à 1 eau. 

» Les doux font de plus facile digeftion en l’efto- 
^> mach, depalTent en nourriture partout le corps 
»» mieux que ceux qui font afpres & aufteresi 
»> pour ce que les doux ont vnc faculté plus chau-; 
» de que les autres, voire mcfmes lafehent mieux 
»» le ventre. v 

»* Au refte ceux qui lont fort gros en corps & 
ï> fubftance & couleur , ont leur digeftion plus^ 
a> tardiue,&ne pafTent pas fi toft en la nourriture 
»> du corps : toutefois s’ils rencontrent vn efto- 
>* mach fort &fobufte qui les puifle bien digérer, 
»> ils apportent plus de nourriture que les autres: 
s> mais, il appert qu’ils refierrent le ventre, & ne 
*j font pas propres à faire vrincr : ioind qu’ils en- 
»» gendrenr en quelques corps vnfuc &fubftance 
»» cralTe & groffiere : voire mefmcs quelques vns 
>»-d’iceuxcaufent desobftrudions aufoye,à la ra- 
#> telle & aux reins: d’où il aduicm que d’aucuns 
j> tombent en hydropific que les autres font 
»> trauaillez de grauelle, quand ils vfent trop fou- 
»» uenc d’ieeux : & principalement les veillards. 
s» Finalement Aëce conclud amfi : Le vin qui efl: 
,> de couleur roufie, d’vne fubftance deftiec ^ & au- 
,> cuneraent aftringcnt, eft trefoon &tref-propte 
„ à ceux qui font làins, & à ceux qui releucnt de 
maladie. 



DE lA santé'. ZIJ 

De ce que deffus & de ce qui en eft elcrit par 
Hippocr. en fon liurcde la façon de viure aux 
maladies aigues: & .par Gai. tant au commen¬ 
cement du 3. commentaire qu’il a fait fur ledit 
liure qu’es autres endroits: tout médecin pourra 
comprendre quelsvins font les meilleurs & les 
plus propres,& pour la conferuation de la fanté, 
& poureftre permis & ordonnez en la cure de 
plufieurs maladies,tant fçuls que meflangez auec 
plus ou moins d’eau. 

Car le vin n’eft pas propre fculethent pour 
nous alimenter & fubftantcr les corps j pour 
refîouyr noftre cœur & fortifier nos efprits : ains 
fes facultez s’cjkgndênt-àmedicamenter en di- 
uerfes fortes nos corps : comme nous le ferons 
voir non feulement par le tefmoignage dudit 
Hippocrate au liure preallegué , & de Galien 
fon commentateur ; ains de tous les grands mé¬ 
decins Grecs, Arabes & .Latins L qui les ont fuy- 
uis & ont efté de mefme opinioi^. Ce que nous 
mettons en auant poucclorre la feouebe àd au¬ 
cuns qui fe targuent tant de l’antiquité, de la¬ 
quelle pourtant ils fe monftrent affèz malin- 
ftruids en reprouuant, de. la façon qu’ils font, 
l’vfage du vin. Nous auqns entendu leur opi¬ 
nion par vn honorable perfonnage bien quali¬ 
fié,& vn des premiers Financiers 4 e noftre Fran¬ 
ce, queie reucre vniquement, lequel m’ayant 
donné cet aduis tandis que i’cfctiuois fur cc 
inefme fubjet j le luy promis deflors de luy faire 
voir par le tefmoignage de tous les anciens 
médecins, qucc’eftoitvn erreur dont on l’auoic 



«4 fOVRtKAICT 

imbu, ce qui m’a occafîonné à m’eftendre Tur j 
ce fubjet, priant Iç leâicur à prendre le tout en 
bonne part, veu mcfmes qu’il- en pourra rap¬ 
porter toüfiours quelque vtilité. - 

V'oieyee que Areræus qui eft des plus anciens 
t»r. Grecs apres Hippocrates, & qui eft comme ton 
moth.c.iM finge & grand imitateur, dit de l’vfagc & pro- , 
t»tt{hUn, prieté duVin;voirêenlàphrenefîeconioinâ:e& ! 

accompagnée d’vtl fÿhcopé ou defaut de cœur, , 

» Mais s’il y a crainte (dit-il) que l’homme ne s’ef- î 

»* coüîc'& fonds en vapeur & humidité, le feul 
** remede fera le vin. Car par fa nourriture il re- 
’> ftaure promptement la fubftance du corps, & 

»> pénétré de toutes partsiufques aux extremitez : 

»» en reftabliflant ce qui defaut par iufte propor- 
3> tion: il reCucille l’efpritêngourdy, & tempere ! 
î* la froideur par fa chaleur ; retient lés moitteurs 
^ a» qui abbatent le Cœur & réprime tout ce qui veut 
» fortir & s’efcouler au dehors. Il recree les forces 
3> de fa plaifaiite & fouefuc odeur, & finalement j 
» renforce les vertus du corps pour luy prolonger i 
»» lavie. Ainfî le vin fait toutes ceschofes , quand . 1 
3» onen abeu. D’auaHtageilâppaife toute rage & i 
i» fureürenadouciffant le courage ,& les plus en- I 
3» ragez & phrenétiques qui en ont prins.reçoiuent 
3> pius-aifément, & aueé plus grand plaifîr la vian- 
^> de pour fe renforcer. ■ 

Il ne faudroic que l’audorité de ce feul & 
grand perfonnage pour combattre l’erreur po¬ 
pulaire de ces dogmatiftes; mais nous allégue¬ 
rons beaucoup d’autres auétoritez pour confir¬ 
mer nofttc dite. 



DE IA santé'. aiÇ 

le ne veux pas inférer en louant les grandes 
facultcz du vin qu’on le doiuc gencralçmenc 
& indifFercrament adminiftrer & ordonner a 
toutes perfonnes & à touccs maladies ,co'rnme 
aux fleures, inflammations intérieures & autres 
mauXjOÙla ptifane ou quelque autre liqueur 
humedante, ou re/raichürante, efl: neceflairc: 
cela confîftc en la prudence du médecin qui 
doit confîderer le-nàturei de fon malade, la na¬ 
ture & caufe de fon mal,pour veoir ce qui luy eft 
le plus propre, mais c’eft pour monftrer que 
le vin eft fans comparaifon plus grand &vtilc \ 
alimcnr &. neceflaire. médicament que feau. 

Et pour réfuter l’opinipn contraire à la mien.- / 
ne, ie mettray en auant i’audorité de Trallian, 
qui en fon iz. liu, chap.4.Giiilparle deshcÊti- 
ques, leur permet l’viage du vin, mais c’eftauec - . 
la modération & confîderation que doit auoic 
vndodc&fage médecin tel qu’il eftoir. Voicy^ 
donc ce qu’il en eferit: Ilaft neceflaire de don- ** 
ner du vin à ceux qui ont aux parties folides.vne *' 
imtcmperiechaulde & froide, & qui font dcrc- 
nus malades de marafme ou phthifle qu’on ap- 
pelle, pour ce qu’il faut les eichauffer & hume- 
der tout enfemble , ce qu’vn vin modéré & 
teraperé peut faire : mais il faut bien auoir ef. ** 
gard à ceux qui ont fleure aucc marafme , “ 

principalement qui s’alTcichent & bruflent " 
continuellement, de ne leur prefenter point ** 
de vin qu’auec vnc'grande diferetion. Car s’il “ 
yachofe qui leur foiqnuifîble c’eft le vinprin- “ 
cipalcraent. . ** 


P 




lié SEGT. II. DV POVRTRAICT 
Lemefrac Trallian au mefmc liu. chap.j. cç 
traittant de la Syncope, efcrit ce qui s’enfuit: 
Il ne faut pas donner du vin à caufcdc la Heure; 
j>maisà caufe de la matière indigefte quicxccde,'' 
s>onlc doit feruir des choies qui peu à peu exte- 
>, nuent & cfchaufFcnt, Ce n cft donc point hors 
« de propos de donner du vin qui foit deflié & 
î>firaple, & qui puifle aifément s’efcoulcr par 
» tout le corps, fans qu’il ait aucune apparente 
» aftridion ou douceur: qui ne foit point auflî, ny 
»> trop nouueau ny trop vieil, ny de couleur noire, 
j> mais plufloftaucunement roufle ou blanche, ôi 
d’vne fubftance déliée. Car nous ne deman- 
3> dons finon qu’il puiflè tout incontinent eftrc 
diftribucdansles veines, & par tout Icreftedu 
3» corps principalement, fi nous voulons nous ha- 
a» fter à rcfîouyr & reftaûre^ les forces quafi du 
3ï tout extenuees , & qui menaifent d’vne mort 
3> prochaine. Voire quand lefditsdefFaux de ccEur 
» furuiennent par des inflammations ardentes, & 
»> qu’il y a du danger de la vie : voicy ce que le mef 
»» me Autheur adioufte au mefrae liure & chap. 

Maisfi tuappcrçoisqu il y ait quelque danger, 
3> tu prefenteras promptement du vin que tu au- 
j» ras pafle premièrement fur de la chondre ou mil- 
jsletcrcu. 

Or pourmonftrcr la grande vertu que le vin 
a pour teftaurer toutes les forces, voire les plus 
abbatucs; voicy cc'qu’cn efcrit le mefrae Tral- 
33 lian.liurc 7. chapitre 14. Mais fl les forces pref- 
fj ientlcs remcdes,& que les cxtremitczdu corps 
j’$foicnc froides, qu’il y ait des conuulHons 


DÉ LÀ SAîÏ^eV lif- 

defâüx deccBur, il fÈratonde donner (îu vin dâs <« 
quelque decodion conuenabie. Car le vin (ad- «c 
ioufte-rl) entre toutes choies reCree'prompte-** 
mfeqt les forces abfaatuës, & en cognois.héàu- « « 
eoup ‘qui de Ton feuTviage font efchappez du < « 
dângcrd'emortcohttetoute efpërahcc. ‘ 

Il nous faut mettre en auant ericorèyhaütré 
beau iSc exprès paiîàgc du mefrne ïtallidn, cu Traü Im.ti 
ceux qui prefetent pour li confeVuarioh dé la 
fanré & curation des maladies j'I’vfàge de feau à 
celle du vin, & qui le mcfprifent tomme chofe 
plus pernicieufe qtiytile, fc verront & enten¬ 
dront condamner eh toutes fortes. Ce font don- 
ques les patolles dudit Trallian : voire cftant, s 
queftion de guérir vne phTcncfie ^ on peütcftte 
hatdy iufquctlàfdit-il/de donner aux phrene, te 
fiques’du vin qui foirpro-pre pour cftaindreleur c « 
foifjdelqoels'ne peüuent aucunement repofer, ce 
&qUi oHi lëTforces fott. débiles , & aufquels«« 
il n'y a pas grande violcncemy chaleur de fleure, « « 
mais;quidonnent éh lcür vrine qüelqucappa- te 
réncc de digeftion : D’auantage il en faut don- ce 
ner auec alîciirânce‘à ceux qui ontaccouftumé.<« 
de l’aimer ch Tante, & à ceux qui ont lefliamach ce 
debile Sô froid dé naturé. Car àceux-là l’vfgge c« 
du vin vient bien à propos, de à tous ceux qui ce 
feroient tranfportez de leur entendement,pour- c» " 
ucu qu’ils en prennent modérément : car le vin « e 
change leur indifpofîtion farouche , & rend 
leurs mœurs fauuages.plûs douces & traiéfa- e« T 
blés,mefroe les fait repofer,pourcc quhl aide *ç 
à digeter promptement la viande, & à la diftei- c c 

P ij 



Ii8- SECT. ILdV POVRTRAICt 

j>buer par 1013f. le corps. A ceux-là donc où il 
»n*y a point d’inflammationardentc ni forte cha- 
,>leur dans les entrailles , & à qui les forcesiedi- 
« minuent ; on leur peut hardiment donneç du 
»> vin. Car ils receuront plus de prpfit d*cp l?oi- 
»>re,qu’on ne doit penfer en deuoir adùenir de 
t> mal: car fi on a mis ordre que les forces ne fc 
«foient du tout efuanouyes : mais qu’elles fe re- 
prennent aucunement: nous pouuons faire ef- 
s»fay de toutes chofes^ & fubuenir en beaucoup 
9> de fortes à noftre malade : mais quand les forces 
« fontabbatucs de veilles,il ne faut rienefperer 
>» du fccours du médecin. Parquay il conuient 
>> mefurcr le dommage & le profit qu’on doit at- ^ 
3J tendre du vin. Et s’il y a au malade beaucoup 
■»» de choies qui luy permettent, d’vfer de vin, on 
»» luy en .doit donner fansauoir efgard à vnc.pc-, 

>» tiré oficnfcquienpo^urroit fourdre. CariîneTc^ 
»> peut faire que fcc qui appoxte quelque profit 
d’vn collé, n’ait d’autre part quelque çhofe qui 
»> nruife. Or c’eft à faire au naedecinde bien me- 
>» fu'rer & iuger de ces choies,car fi on admjnillrc 
»» toutes chofes auec vnc quantité rapderccTqua- 
*» lité, ordre, & temps requis, c’eft ce qui apporte 
»» perfeâionà l’art, & qui ameinc le tout à bonne 
«fin. Voila les belles confiderations que doit 
prendre le médecin , félon le dire deTrallian, 
pour permettre ou interdire, voire aux phrenc- 
fies & autres telles & grandes maladies, l’vfa- 
ge du vm ,& non pas le reietter en tout & pat 
tout, comme chofe pluftoft pcrnicicufc que , 
vtile. 



DI LA santé'. 

Adieuons de mettre fin aux grandes facultcz 
du vin: Il eftmcfmc contraire à tout venin félon 
Cclfe, liu.8. delà médecine, chap.i7.Ilyena <e 
quelques vns f dit-il) qui enuôyent auxbaings «c 
promptement ceux qui ont efte mords d’yn «« 
chien enragé, & veulent qu’ils fuent là, tant que ç t 
leurs forces le pcuucnt permettre, laiflàns la «« 
playc de la morlurc ouucrte, afin que tant mieux « * 
le venin en diftilc, puis apres les traitterit&la- *• 
uent aucG vin pur, & en quantité: ce qui eft con- « * 
traire à tous venins. «« 

Levin en outre cïl: vnedes meilleures méde¬ 
cines pour la vicilleffe : voyez ce qu’en eferit 
Accctctr. I. ferm. 4. ch. 30. de la façon de vi- 
urc des vieillards. Le vin f dit-il) eft tres-profita- <« 
bleaux vieilles gens:Or il faut qu’il foit des <« 
plusch'âiids natureHemcntjCoramecftccluy qui <« 
a vnc fubftancefimple &dcflieé,!a couleur fau- 
UC ou de paille. Entré autres chofes voicy vn des < « 
grands biens qui auient du vin aux vieillards^:*' 
c’eft que toutes leurs parties en font efGhauftèes, 
puis âpres qu’ils purgent mieux la ferofîté du «' 
fang par les vrines. ' c< 

C^oy plus ? Le vin n’eft propre feulement 
pour fubftanter Je,corps, pout refiouyr & for¬ 
tifier fc cœur, &pour remédier à infinis & gradi 
tnauXj Comraenous le venons de prouuerr mais 
c’eft auflî vn tres-bon médicament contre les 
maladies de l’entendcracnt,félon l’aduis d’Ori- 
bafe iiure j.de fesrecueils médicinaux chap.7. 
qui eferit ce qui s’enfuit,vpire mcfmc ( dit-il ) le 
vin pourra aucunement toucher l’efprit : veu ,«« 
P iij 



îj® SECt.II. DV POVRTRAICT 
Vi qucc’cilvncmcdccinc contre la triftefTe: & rae 
s» ^mble queçeftcc qu Helcinc verfoit dans vn 
)> goubeler, quand elle vouloicappaifcr quelque 
- Vï tafeheric & trifteflè. 

Voi^y aulTi ce qu’en eferjt fut ce propos PI^ 
i»» tpn tCertaincrncncquandtuvoudrois alléguer 

vne inHnitéde chofeSjtu ne troqueras rien ou 

^ »>-onpuiflè mieux 3c fans aucun danger^cfprouuer 

^ * > les efprits des hommes en riant & plaifamment, 

qu’au vin. 

C’efl: aiTcz parlé de la nature, diflSïrences & 
iînguiiercs facultcz & proprietez de cet excel¬ 
lent breuuage qui Juy font acquilcs, à caufe de 
l’abondance des efprits analogues &correfppn- 
dans aiix noftres dont le vin.excelle entre tous 
les végétaux, & apres luy le fourment,&; toutes 
forte de bleds & graines qui font farine, deif- 
quelles par la feule fermentation, oh peut tirer 
quantitéd’eau dévie btuflan'te,comme cellcdti 
vin. Il s’en tire auffi en moindre quantité des 
autres fruits quels qu’ils foient, qui mefrae 
par ladite fermentation fe vinifient, comme on 
^ le voit au ius des pommes & poires, dont on fait 
ça Normandie deux excellens & nourriflàns 
b,reuuages, qui enyurent auffi bien que le vin, 
&d’ou fc tire eau devic.bruflante comme du 
Sa»i* vte vin. On voit les mefmes effieds & proprietez 
hruflante gyx. dluetfcs fortcs dc bieres faidçs auec forge 
^eseftweÿ"^^: autres grains, dont on fçfert en Angleterre, 
^me du^vîn. bas.Sçen Allemagne.,en lieu de vin : qui 
donnent à la tefte, & dont ou tire de mefmc 
vnc e^u de vie btuflantCj,auffi bien que du vin,'. 



D E 1 A s A N T ï'. 231 

qui nous monftre fa vertu nutritiuc & corro- 
bo^iue. Car ce lont offices propres de ces 
quintes cfTenccs > qui n’ont efté fans caufe appel- 
IccscTpritsoucauxde vie, parles célébrés phi- 
lofophes: & fur tout celuy dont le vin partici¬ 
pe : là ourcau commune n’en peur aucunement 
fournir, ny fc dire nourrifîànte ny corrobo¬ 
rante , ny par confequent aliment : Car il n’y a 
alimentque^uecefoitjfoit végétal, foit ani¬ 
mal, qui ne iouyffe de telle vertu, & dont l’ex¬ 
pert artifte & vray philofophe, ne tire peu ou 
prou dudit cfprit ou eau de vie: comme nous 
auons appris la façon delà tirer de toutes grai¬ 
nes, fcmences, racines, feuilles & fleurs en no- 
ftre Pharmacopæcdesdogmat. reftituée,chap. 
delà rcfprmation des eaux. On a fait à mon 
deccu, imprimer défia le commencement de 
cet œunrc, i’cfpere que Dieu me fera la g;racc 
de la mettre en lumière en bref toute complé¬ 
té: ce qui euft cfté ia fait fans les fefponfcs que 
i’ay faites contre quelques cenfeurs depuis vii 
an, où i’ay employé d’auanturc trop de temps. 

On verra en outreen quelques autres de mes 
Œuures,& principalement autraittédesfîgna- 
turcs internes des chofes , la grande analogie 
quily aduvinaueenoftre fang: la chaleur, & 
qui plus clT: le nlouuement que produiddefoy 
cet eforit du vin, quand on le fait ; ou on verra 
auffiqueles pareilles operations quile font du 
vin, fcfontdemefmedu fang. C’eftl’operation 
dugrandartdeLulie,fidlavrayeanatomie vita¬ 
le & formelle du fang: par laquelle le vray phi- 
P iiij 



IJl SECT. II. DV POVRTRAICT 
lofophc trouuc autre çhofe.quc les quatre fortes 
d’humeurs & différences de fang tant prefehees 
pat le vulgaire dés médecins. Ceft cependant ce 
qu’ont voulu cenfu rer fans cognoiflancc de cau- 
fe quelques Vns peu verfez & experts en cela, ne 
pouuans non plus iugerdc telsmyfteres, qu’vn 
aueugle des couleurs. 

Outre cesbieres,citrcs, poires&autrcsbreu- 
uages que la neceffite & faute de vin en plu-’ 
ficurslieux, & quervtilite en partie a faid re¬ 
chercher aux hommes, pour feruir à leur nour¬ 
riture: Il y a beaucoup d*autres brcuuages in- 
uentez, &pour feruir de nourriture & de mé¬ 
dicament. 

Les hydromels ontefté en vogue dés toute an¬ 
tiquité : on en coinpofe de diuerfes fortes, voire 
Uyàtmtl ^ vineux, qu’on l’cfgale en force & 

v'tntuxf en bonté à la maluoifîe de Candie, quand il eft 
bien faid : qui cnyurc & qui mefme efehauffe 
autant ou plus que le meilleur vin: dont on tire 
quatiré d’eau de vie plus ardâte que celle du vin: 
bien qu’il ne foit faid que d’eau feule & de miel 
en deuë proportion & deuë exhâlaifon: fermen¬ 
té &dccuid quelque temps au Soleil, ou pour 
le mieux dans vn cellier qui ne foit trop humide. 
Ledit hydromel eftantfeparéde fon efprit,s’ai¬ 
grit & réduit en vn plus fort vinaigre que le vin: 
bref ces qualitcz, font plus efehauffantes & ar- 
dantes,commeprouenantes d'vnerofee celeftc 
&fpirituclle,quieftpafrccpar les digeftions de 
la chofe animale,à fçauoir pat les abeilles: dige- 
ftion plus grande que celles des chofes végéta- 


DE LA SANTE'. 235 

les qui font mefmcs comprinfes fous l’animal, 
l’ay parle & dccouuert plus à plain celle belle 
philofophie en ihcfdites autres œuurcs ou ie re¬ 
mets le Icûeur pour nvfèr de redite. 

Il y a beaucoup d’autres fortes d’hydromels, 

& fimpics & compofeZj&pourla nourriture, 

& pour feruirà diuers remèdes, dont nous par¬ 
lerons en nollre Pharmacopœc rellituee bien aa 
long. \ 

On fait auffi diuerfes fortes de ptifânes, pour 
feruirenlicu de vin en diuerfes maladies, qu’il 
n’ell befoin defpccifîcr. 

On fait en outre plulîeurs fortes de vins medi- v;„s Mttft* 
cinaux: voyez fur tout Mirepjhs feB. 57. cap.^, ciels ^mt- 
ji'ét.tetr. i.ferm.^.cap.^Z.6o. Oril/af.Ukf.med. col- 
leB.eap. i$.Trall.lib.i.cap.i^,j 4 egin.liy.i, dere me- 
dica cap. 23'. çfrlib, 7. cap.^ . Ceîfiulib.4.deremedica 
cap. /. des maladies de reftoraach. Vous verrez 
-dans lefdits autheurs, infinies fortes de vins & 
purgatifs&: autres, dont nous auons ja donné 
quelque defeription en nollrcdite Pharmaco- 
pœedes Dogmatiques, 

Voila les diuerfes vtilite2& proprictez du vin 
& autres breuuagcs : voyons fi celles de l’eau en 
approchent. 



Vtilitéie 

ïeau. 


134 povrtraic’T 


DE L’EAV. 

Ch AP. VIL 

L ’e Av coramune, comme approchant le plus | 
de rElemcnt de Tcau, cft de qualité froide } 
& humide. Ellen’cft pas deftituée du principe ^ j 
vital, non plus que toutes autres choies créées: 
comme nous l’auons manifefté ailleurs, & Tv- 
fage d’icclle eft tref-neccEàirç & vtilc pour la 
conferuation de la vie, autant qu’autre choie 
fçauroitcftrc. Car l’eau fcrtd’arrofcment à la 
terre, pour la faire germer & frudificr : autre¬ 
ment elle ferok la plufpart du temps infertile 
& fterile. 

L’homme, & tous autres animauxboiuent de 
l’eau, & en appaifent leur foif, fans laquelle ils 
ne fçauroient viurc. 

L’eau fert à empafter 3 c faire le pain, à cuire 
toutes viandes àfairc infinis breuuages ali- 
menteux & médicinaux, pour laconleruation . 
de la vie des hommes. Bref fî ie voulois parti¬ 
culièrement raconter les grandes vtilitezôc di- 
uers vfagesde l’eau , & combien elle eft neeef» 
faire pour la focieté des hommes, icn’aurois ia- 
maisfair. le neveux rechercher icy plus auanc 
fesbellesqualircz& vertus,fînonentant qu’el¬ 
les s’eftendent & font necelTaires pour vn régi¬ 
me de viure, ôc pour la conferuation de la fanté 
de l’homme. En ce cas, lacognoilTance de l’eau 



DE LA santé'. 23 J 

eft tres-ncceflàirç à tout médecin : c’eft ce que 
nous apprend Ægincteenfoni, liure de reme- 
dica,chapitrc yo.intitulé des eaux,qui commen¬ 
ce ainfî: Il faut auffi( parlant du médecin^ qu’il ** 
ait la cognoilTance de la vertu &vicc descaiix: * ‘ 
car il y a beaucoup de fortes d’yfages d’icelles ‘ * 
par deflus toutes autres chofcs,pour toute façon * * 
deviujrc. ' “ 

Or pour bien diftinguer les bonnes eaux des 
mauuaifes, il nous faut premiereme'nt fçauoir 
leurs différences qui font (félon Acce)cinq en lDiHerJîu%, 
general, à fçauoir 4’eau de pluye, de fontaine, de ^ *’*''*• 
puitSjde riuiefe, & de lac ou d’eftang : lefquelles 
différences generales doiuenc de mcfmc eftre 
diftinguecs chacune particulièrement ; car par 
l’eau de la pluye on peut entendre tout ce qui 
tombe de la région de l’air fur la terre en for¬ 
me où nature d’eau: ce qui aduient diuerfcmenr, " 

& dont les diftindlions font ncccfîàires:car il y a 
des pluyes douces, qui tombent doucement fans 
orage , & d’autres qui font pluyes de tempe- 
ftc. D’ailleurs,ifnousfaut faire diftindion des 
eaux des neiges d’auec celles des pluyes, ; qui 
bien qu’elles foient entre les eaux les plus légè¬ 
res , comme ayant efte fujilimees^ diftillces, & 
par confequent purifiées', fieft-ce qaecefte feu¬ 
le qualité ne rend pas telles eaux les meilleuresï 
Car elles ne font pas racfme propres pour les 
febricirans & ideriques, comme l’cfcrit Aëcc 
au mefme endroidt. C’eft fans doute (dit-il) ** 
qu’elle eft nuifible à ceux qui ont la fieure & “ 
lettent haut & bas vn humeur bilieux ,& font ** 




SECT. 1. DV POVRTRAICT 
affligez de iauniffe. Iladioufte puis apres: par- 
**quoy (dit-il) elle ne nettoyé point, elle nefert 
I* point à la digeftion, ny à humefter les parties 
I * du corps, & C\ empefehe la facult c expultrice & 

^ les exactions. Eu fin quand elles demeurent 
trop long temps au corps elle fe cuid & digéré 
tant plus tard : il parle de l’eau de pluye gardée, 
car il aüoit dit auparauant qu’elle n’eft bonne 
que rccente,& eftant mefmc pafléc & tranfeou- 
Jee, qui font trop grandes contraindes Si pei- 

ncs pour vnbreuuage d’eau. Il cft vray que les 

Cifternes qui font frequentes en Italie, & dont 
l’vfage eft maintenant grand en route la Fran¬ 
ce , pcuucnc deliurcr de cefte peine, & ladite eau 
filtrée parle fable, comme elle fait, fe purifie 
' fi bien qu’elle eft maintenant eftimée entre les 
iueilleures,foitau gouft, foitpourla fanté. 

Quand aux eaux de fontaine, elles font les 
plus communes, & au nombre des meilleures: 
Il eft vray qu’il faut regarder loigneufcracnt de 
quel cofté elles fluent ,&comme le Soleil les 
. regardc: car fl c’eft du cofté d’orient , elles font 
0«£<*/Î.5. plus excellentes que les autres (comme dit Ori- 
bafe) tant en humidité, en tenuité de fubftance 
^ plaifante odeur, qu’en reftoidiflant &.cC- 

moderéemenr. Et ce au lieu fusalle- 
eaux requiert à telles eaux qu’ellespalTeut par 

„ts. des conduids.ou par de la terre pure, & qu’elles 
, ayent la propriété d’eftre bien toft cfchaufFécs 
& refroidies promptement. Il dit telles eaux 
eftredes meilleures, pourucu qu'elles n’appro¬ 
chent point des cloaques, d’où elles tirent 




DE. LA SANTE*. I37 

quelque vice. 

Mais les eaux de fontaine (adiouÆe ledit Âc- 
cc J dcfqucllcs les fourccs Taillent des rochers, 
yers le Septentrion, & qui ont le Soleil à dos, 
font de dure digeftion, paffent malaiféracnt & 
ne s’cfchaufïènt ou refroidiflènt que fur le tard, 

& par confequent ne font pas iî bonnes que les 
autres. 

Celles qui coulent vers l’Occident (dit Ori- 
bafe) font fortes & violentes, tant en leur quali¬ 
té refrbidillântc,qu'en dureté & difficulté de di- 
gçftion. 

Celles qui vont ducgfl:édeMidy,font pluslà- 
Iccs & plus chaudes que les autres,& moins pro¬ 
pres à s’efcouler par les vrines, qu’à fevuider 
promptement par les inteftins. 

L’eau des puits qui ont leur fourccs fort viues, 
ôç dcfquelson tire de l’eau ordinaircmcnt.n’ayâc 
autre dcfaut,font auffi entre les bonnes, & pro¬ 
pres à quelques effeds naturels. Voicy ce qu’en 
dit Aëceaii mcfmeliurc& chapitre. Mais l’eau ce 
de puits çft froide & terreftre, qui fe digère & cf 
rend auec difficulté, pourtant elle cftplus pro- cr 
pre à vn eftomach & ventre bruflant, que l’eau cc 
de fontaine. 

Or pour laconfîderation des eaux despuits 
& des fontaines i il faut diftinguer la nature des 
terres & lieux où naiflènt telleséaux,fîc’eften 
lieu plain ou plaine campagne : en cottaux ou 
en montagnes : Car toufîours les fontaines ou 
puits des plaines & campagnes, les fourcesdef- 
qucii^ ne viennent plus auant que des lieux 



SECT. IL DV yoVRTRAICT 
Las, ne font iaraais fi bonnes que celles qüi 
viennent de plus haut, foit descottauxoudes 
njontagnes. Car comme dit Oribafe au mcfmé 
lieu preallcgucjles colines & montagnes font 
meilleures à en produire de bonnes : car elles 
ieircnt des eaux plus pures,plus defliees,plus 
odorantes & d’vnc douceur plus agréable que 
^ les’autres lieux. - 

Il faut diftinguer en outre lefditslieux: Car 
il y a des plaines où il y a quelques rochers qui 
produifenr les eaux plus froides qu’ailleurs où il 
n’y en a point : Il y a en des lieux fablonncux. de 
gras,& bons terroirs :.Les-fburçes qu’on ÿ ttô'U', 
uefont toufîoursles meilleures. Et quand adt 
colines & autres endroits de montagnes , Ik 
vns font terreft'res, les autres pierreux & plcin^ 
de rochers , comme.adioufte ledit Oribafe:ku 
mefme endroit,efcrîuantqué les terreUfes por¬ 
tent des eaux plus excellentesea mQllcfie,&cn 
moindre froideur,& que lés pierreux ont des 
baux plus mauuaifes, tant en dùrcté ou âfprcié, 
qu’en froideur ; toutesfois elles font plus pu¬ 
res & claires que les auîres,& portent moins 
de lye. ' 

aux eaux des flcuues & des eftangX 
i6y met en rhefrae rang, quand il dit : Oc 

les eaux des riuicres & des eftangs, font toutes 

,, nîauuaifes,forsceileduNiI:Carceftc.la (dit'il): 

> f €.{1 doüeç de toutes vertus. Bref il loue mcrucil- 
Icufcment & en toutes fortes Peau de ce flcuue: 
mais d’autant que nous en fommes beaucoup 
efloignez J toutes cesloiiangcs nous feruent de 



DE lA SANTE, 

peu. Nous en pourrions pourtant tirer vnc 
confequcnCc; c’eft que comme ce fleuue foie 
pluftoftlimoncuxquefablonncuxjveuqu'ilen- 
graiffe tous les ans ehfondefl)ordcmcnt,la tcr>. 
red'Ægypte ainfî qu'il eferit j Les eaux des ri. 
üicres grades, doiuent de mefrUeeftte préférées 
à celles des torrens fablonneux : Comme par 
exemple,le defbord de l’eau de Loire,& plu- 
iîeurs autres eaux nengrailTent pas les terres 
comme fait la Seine, l’eaù de laquelle eft iimo- 
neufe,pâllànt par diuers bons & gras terroirs: 

C'eft pourquoy elle fupporte de plus grands 
faix que.les autres eaux *. quelle engraifle les 
cheuaux: qu’elle cuid mieux & pluftoft les lé¬ 
gumes , qui font indices de bonnes eaux : lors 
mefmemcnt qu’elles font efpurées pat la relî- 
dence quis’en fait de quelques iourstou en vfanc 
d’icelle pour remplir les cifterncs,où elles auront 
bon loifîr de fe purifier de tout leur limon & lie 
terreftre. 

Celfenc met pas auflS les eaux des fleuuesen Lil> t dert 
mefrac rang qfie celles des eftangs , comme le mtdit.t.is. 
dit Aëcc: ains les nomme apres les fontaines, 
lespreferant mefme à l’eau des puits. Et quant 
à celles des eftangs ou njarais qui femblent eftrc 
comme des eaux mortes ou dormantes, & crou- 
piftent fans eftrc aucunement efmeuës ou agi¬ 
tées, telles eaux font lcsplus mauuaifes &nui- 
fiblcs. Car feomme dit Aëcc ) on ne doit iamais 
prefenter telle eau au^malade, quand il y en a 
d'autre. 

Voila les différences de toutes les eaux , & 



140 SeCT. II. DV, POVRTRA'ICT 
comme on doit difcerner des maunaifcs les bon¬ 
nes , qui doiuenc auoir les qualitez que s’enfuir, 
înâices its pour eftre vrayement tellcs.C’eft que toute bon- 
ne eau doit eftreIcgere &tres-claire, tranfpa- 
rente & aggreabic à la vcu*e:de nereprefenter 
ny au gouft ny à l’odeur aucune qualité, qu’el¬ 
le fe trouue pourtant aggtcable & plaifante: 
enbcuuant, qu’elle amortilFebicn la foif, qu’el¬ 
le ne feiourne gueres dans le ventre : qu’elle s’ef- 
chauflfe & refroidifte fubitement: qu’elle foit 
chaude en Hyuc^, & très-fraifehe en Efté: bref 
qu’elle puifte cuire promptement tout Icguma- 
ge, chair & toute autre chofe, Icelle aufli[com¬ 
me dit Aëce] cuiâ: bien la viande dans l’eftor 
mach. Voila tous les lignes des bonnes eaux, 
félon qu’elles font ou plus ou moins appro- 
chantes defdites qualitez, elles font ou plus ou 
moins bonnes. 

Quand au mal & au bien que l’eau fimplc & 
crue porte au corps humain, ledit Aëce au 
mefme liure en faieft vn long & ample dif- 
cours. 

Où il coule pourtant en paflant, la queftion,fî 
l’eau cft aliment ou non, quand il eferit, fçauoir 
eftfî l’eau nourrit ou ne nourrit, ou'fi c’eft le 
, véhiculé qui conduit la viande: ce que nous 
nauons délibéré icy de rechercher, toutesfois 
pour monftrcr fa grande vtilité, que nous auons 
touchée au commencerachc de ce chapitre, voi- 
Cy ce qu’il adiou fte ; mais ce qui cft necefiaire de 
dire, eft cecy, à fçauoir que la viande ne peut 
eftre cuitte ôc digérée fans eau,comme fans 


C E I A S Alî Tli^. .T O. • 2,41- 

elle rien ne fe pcurcuire cornmüdéraènt. i- 
Oribafe en rapporiant ropinion de Hippo* 
crate 3 fous la quéftion que lediti^ecë a voulu 
exprès, comme il fébble,i»etîreéa doute, cfcnc 
ainfi. : En outre Hippocrates&i lés-autres bede- i>* 
cins les plus excellensi ont dit.qbc.rcau nenbur-- ^ 
rit pas, mais que c’eft fcukmeîitde vehitmlkde':^'’*^”*^ 
la viande, pour ceftecaufcelle-ae'^cuc 'fortifier vtfcjfa/e d* 
les faculrezvitales: c’eft pourqu 6 ÿ Hippocrates An/w/id». 
ne voulant fc feruir d’eau enuers les malades;, a 
eu recours à l’eau mieellee, à l’oximeU &^u vin J „. 
ri’où, & de Galien^u î. comm. duliu.darégime:,! 
de viure aux maladies aigues ;,dedit Oribaiè a’ v', 
puifé tout ce qu’ilenaefcrir. ; r. : : 

Voicy ce que Hippocrates dit de l’em^apres 
auoirparléde l’vragcdu vin, mefmeolîgopho*^ 
re, ou qui porte peu d’eaii, de. l’hydromel & dé 
l’oximel, breuuages permis en plufieurs mala--- 
dies aigues: Quant à l’eau [ditril] qui fe boit aux;j>- 
maladies aigues, ie ne fçay.qucl autre vfage elle » » 
peut auoir que cela Car elle n’eftanche point,,» 
la foif aux inflammations de poulmon , & ne „ 
fait point cracher : ains empefchc.pluftoft. le „ 
cracher à ceux qui en boiuent : .maisfi on en 
deftrempe vn peu dans de l’oximel & hydro- „ 
mel, ou eau miellee, à caufc.du changement de i, 
lâ; qualité defdits breuuagès dont elle participe, „ 
èllefert à ietterhors le phlegmc parlecracheri ,, 

& c. Galien adioufte en ,fon commentaire ce 
qui s’enfuit, & que ledit Oribafè; a prins de 
luy prcfque. de mot à. mot au .texte par nous cy 
deuantaUegué. IcgHc donc [ parlant dç là mcil- il 



x/^l SICT. II. -DV PQYRTR AICT 

^tüts fot Icurc eau] combien qu elle foie tees-bonne :tou* 
lo qMÎitfx^ tes^oïs elle ne lailTc de demeurer long temps Jr 
it/îtAHy q’çftpmach , d’engendrer des flottemens & 
rHX'*” ^entoitez : d’où aduient que fi l’cftoraach eft bi¬ 
lieux;, il en reçoit corruption. D’auantagecom-. 

,» me ainfi foit qü’clic^paflc malaifcment de l’efto- 
»> mach auîeiunc&vuide inteftin, elle ne fedi- 
,vftribue pâsîjaiféoitent au foyc , tant moins aux 
. ' 9 > ,rcins,.à la poidrine& aux poulinons. Ce qui 

jïXaufcqulelle ne peut faire vriner, ny faire cra- 
»t cher., voire mefme elle ne peut efmouuoirvne. 
a* ;tr^nfpiration requife par tout le corps ; Car il eft 
», reqoiSique eelafeface par breuuage, qui fbit de 
», fubftance tenue & de parties bien deliees : voire , 
»j meCmc'qaiilbit de qualité chaude, & non froide, 

„ ny de fuEftanec & parties crafTesSc groffierés. 

„ Blauanîage élle n’appàife pas la foif, pour ce 
,, qu’elle demeure trop long temps dans les or- 
». ,ganes du ventrei, & dçs inteftins : & pourtant ne 
„ peut aueuneinehc. penetrer iufques aux parties. 

„ profondes du ]c6rps ,ny arroufer leur feicheref- 
I tâu na le. Or ence qu’elle ne nourrit point, comme il 
^{HldviulV' ^ cydeuant, elle n’a point pour ce 

regard aucune fecultévitale, qui puiffe fortifier 
>» l’homroequi acaufé à Mippocratesde recourir 
>» à l’hydromel, âl’bximei & au vin, pour foulagcr 
» les malades qui ne deuoient vfer d’eau pure 6c 
, fimple; C’eft ce qu’eferk de mefme Galien: qui 
auoit dit vn peu auparauant, que l’eau n’auoit 
»> pouuoir de nous nourrir, en ces termes: Mais 
>» quclqu’vn pourra véritablement dire que les 
M choiiÿ qui n’appqrîencaucuac nourriture, com- 



Di t A S AKÎ É'. i 45 

me ieaii, n’ont point auffiforceny de beaucoup if 
débiliter ny fortifier, fi cela n’aduient par cas for- a 
tuit. Certainement l’eau refiouic les forces, non >» 
comme aliment , mais bien comme médicament, >» 
pour remettre la proportion du tempérament i* 
requis en reftaurant l’imbccillite proüchante de Jt 
fon excez & intémperie. « 

Par les paroles d’Hippocrates & de Galien, il 
fcmble de premier abord , que. l^ffage de Peau 
-foie de nul cfFed pour la nourriture, comme ce^ 
point efi eferit en termes exprès î voire qu’on 
rie s’en fert pas auffi pour remedes. Mais ce der¬ 
nier point doit pourtant eftre examiné & diftin- 
gué. Car & Hippocrate mermeî'& Galien,ne 
reiettent pas l’eau pour feruir de rcmedç en * 

beaucoup de maux: D’autant qu’on peutvoirlc 
contraire par la fuitte de ce mcfmeiiured’Hip- jjy 
pocratc, quand il dit: Or énüers.,qui il faut it.EimuEi.in 
feruir principalement d’eau, &.quâvd il faut en rnthUacu'^ 
vfef en abondance , tantoft de.froidc,tantofi;de 
chaude , nous i’auons en partie déf-ia dit, en par- >» 
tie nous le dirons en fon lieu & temps : Et eri »* 
autres lieux le mefme Hippocrates tient l’eau 
pour vne des chofes neceflaires à la vie , bien 
qu'il appreuue plus pour la cure des maux pré- 
alléguez, beaucoup de fortes dé brcuuages corn- 
pofez auec ladite eau [comme ptifanes,hydro¬ 
mels , oxymels] -& ceux qui font faits d'herbes 
verres, de raiûns fées, de grappes, depoires, de 
fafftan, de meurthes , de grenades & autres 
fruids fpecifiez an liure fufdit.que non pas de 
U feule & fimple eaü, pour ies raifons cy deflùs 



244 SECT. n. DV POVRTILAI CT 

rapportées. Et de fait nous voyons encore au- 
iourd'buy pratiquer le mefrae en la médecine: 
ou aux pleurefies & fieures les plus ardentes, l’on 
donnera pluftoft vne ptifane ou potion fembla- 
^ ^ ble medioeretncnc detergente & humedante, 
que la feule , fimple & froide eau ; laquelle ic 
tiens quant à moy, quoy qu’on en die, appro- 
Rtiifin chante de la nature. de rEÎeménc i comme ; elle 
ï'eatrleït vitale , nourrilTante & alimenteufd: 

tfire di6l« p 2 r la vertu de cefte première parole, qui dit que 
vital». les eaux produifent en toute abondance repti¬ 
les ayansvje j &c, parole qui dure toufiours. Et 
de fait on void par expérience beaucoup defor- 
tes de poifTons,qu’on tient au referuoir,bi£n qu’ils 
foiènt poiflbtîs de ckafle ,.ou de rapine, fe repaif- 
fans d’autres poifrons , comme brochets ,groires 
trüittes & autres , viure longuement en leurs re- 
feruoirs'd’Jepu fimple j’fàns prendre aucune autre 
pafture, riyinourïîture; eequi nepourroiradue,. 
nir, fi l’eau 'eftoic.deftituee.de toute qualité vitale 
' &noürrîflànte.; ; • _;:'î .-'i , , . „.r. 

. ^eîtâu '-' Mais ien’âccorderay pas'-quel’eau .foitfî viui- 
neft y* fiantè & nourriflânte à peu près, comme eftr le 
& beaucoup T d’autres breiiùages vineux:, que 
hotjfons. la uecciEté deda conferuation de la vie a con- 
traiùd de rechercher .& inuenter à beaucoup 
dé peuples, pour eftre.plus nourrilTans & fub- 
.ftantifiques que l’eau : qui bieh qu’elle foit com- 
mune par touty & à vn chacun, fi ne laift'e-on 
pourtant de rechercher quelque breuuagei de 
,meilleure nourriture:: voire on void comme 
cefte necelTué a contrainét les Américains, & 



• ;D 2 Z M S AtiT^l m 

autres-panures fau.uagc.s :& BarbaireSj^gui n’ont çu 
l’inciuftrie, de planter Isvigne ,d’indenier & faire 
des -borirpns derfueS' d^aucuns .& arbres^ 
a6n dé s’en feruir.; De .nrefme aiix-pà^ys oulcvin- 
ne peut croiftrc, àcàufelçpie la chaîeur y defauty 
& que le terroir n y eft propreyJes bieresj citres 
autres idluerfes -bdiFons jont e^é inuentez à ces 
mefines^fins. T; :■ , 

-, LÇîéÆ aîTez parlé de l’eap jdü; paioij dü vin & au¬ 
tres âittneiits,,Jcs;pr.crniers &.prinçipauX;fonder: 
mens dttinanget & du bpirci lîrf(ï;refnps.dc trai-^ 
ter (unceCui^quélque.cbofe dub^ &duNiu4^ 
qui aduient iuThftmme, quand il, s’eu-ïgit.a.ue.ç 
reraperance, ouistempgrance. 

/:vi.j;;i03 ir;- ÿfpo/ldlai ztjo g 
. -'s::.'';. 

DES. EEFDCTS DJP^EI^^jyBi^DA 
, ■ fobmté:y&. ^oumÀiîd^^je tmm thonme, ; • '. 

-- - • ■ - li chcfS; : lïiï -civ : ^ 

2t;h / ' -|S 

V ■: 

G Ommïpil n^y a rien plusrvttte &.neceiïàirc 
pour, la cohferuatibn & ptoièùgation de^k 
vie, que:la robneté:i&tempérancerî^infi; ij ny 
aérien qui iuy foitplus -ipernicieuxjijue-la glou- 
tonnie , lâ'goürraandife. & yùrpngnerieibyiccS- 
qu’on ne fçauroit-alïèz^dët^ef. Et de fait de^- 
puis que des vices £’fales dcfbnt.gliflezîau mon- 
deeon a veu cbiumeerbpiîi-nie jqui.^(ipir;efté 
cre-éy ainfî qu’il le faut p.refuppo.rerle plus par- 
fâiét & accomply dé tous les animaux & autres 




14 ^ SI CT. Il* DV POVR-TRAICT 
créatures, & par confequent de la meilleure & 
rance Jour- plus faine température, eftncàntm oins parfon 
«e des mê» jntemperance deuenu auet le temps le plus mife- 
rable d’entre tous les animaux, en ce qu’ileft plus . 
attaind & fü(e(5l: 'àdiuerfes & grandes maladies, 
qu’eux tous enfémble.. 

Et de fait -ne lifons nous pas que nos premiers 
peres, qui eftoient bien plus fobres que nous,: 

- pour fe contenter de viurc de pain,de laid,de 

miel i dihérbagés & fruids : encor fort fobre*: 
ment-ént'v^éfcti ^us longuement & heureufei: 
nient que ^néâs , fans eftrc frappez de tant de 
diuers' maux j que nous fommes? D’où peut prof 
céder cela, fi ce n’eft de eè que nous entremêlions 
fans réglé & mefure, viande fur viande, & que 
nous ne tafehons qu’à complaire du tout« au 
gouft de noftrç langue, de noftfe palais , ~&linos 
d€lices^:[-ee''^ui nous coufie bien cher ] &rne. 
nous çontentûtts^pâs d’adioufter mets fur mets, 
& viande fur viande : mais il faut auffi tant de 
diuerfes falades ,xtânt de diucis.-fruidsfcuids, 
cruds, à l’enrree.au deflert ; tant de hauts goufts, 
tantide diuers poilFons j; & fortes de chairs'fa-^ 
le'es , non iâlées:, bouillies , rofties ^ aufquclleS 
nouî p'ouâonsî adïoufter vne infinité de patifle- 
ries ■&viandes.:defour,que'c’eft vn gouffre que 
de noftre ventre & vn- appétit infatiable, Mais 
que refaite-il d’vne ü grande :varicté de vian¬ 
des? c’eft qu’il fe fâit vn péfle méfié dans noftre; 
eftomachi& de cepefle mefie-&: confufion s’en¬ 
gendre en nos corps vne grande fedition, d’au¬ 
tant que certaines viandes fc digèrent pluftofta 




^13 2 lA S^âîîtEV 2.47 

ics autres plus tard, & fediftribuént partout le 
corps inégalement, comme 1 cfctit le vcncfablc 
Hippocrates* : ' { 

Ceft aufli la raifon pourquôyPlifte a efcrit, ^ourpoy 
qu’snc viande Ample efttrcs-profitablcàrhom- v»eyôrM<i* 
me , comme au contraire la' gemrmandife 6c viande tjl 
gloutonnie, luy eft tres-dommageâbic & per- i’^**i^'**î 
nicieufc.r- . ; ; :- " : ? : ■> 

Ge que cognoifl&hs anciennême'nf beaucoup 
< de peuples Barbares qui ne craignoient pas d’of- 
fenfer Dieu [ confîderation toûtcsfôis feule qui 
nous deuroit retenir: d'abufer des viandes qu’il 
nous départ pour noftre fuftentàtion^] mais 
auoient leuleraenc efgard à ce qui eftdes bon¬ 
nes mœurs , & à laconferuation dé -leur fanté'& 
forces de leur dorps^ qu’ils appeèfÈéübiént eftre 
depraüees & amoindries par tels yiCc^,- s’en ex- ^ 
-emptoicntdu tout viuoient fort fobfetrie’ht ' 
&iimplemcnt. Tels ont éfté les Sârnanéensi îes . 
Brachmanes & Eflèens v cxtrâiâis de la race dès Zih.iM 
Iaifs,:commel’eferïtïofêpbe■ ' ■ - - ‘ 

Les PerfesanciennêmebtéftOidrftïfî moderêz r'Jriî 
en leur façon de viurê w comnlei^êfÊtit XenO- 
phon j qu’on iugeoit eftre vneclîôfë fort vilaî- Antienn» 
ne & deS'bonnefte , non feulement de cracher hannejleté 
ï terre, de fe moucher, &d’èftÉcveu plein de 
vent : mais auffi quand ôn cftoit veu fe retirer 
à l’efeart, OU pour piffer ou pour autre chofe 
femblable. Ge.quî né leur pouuoit aduenir 
[ adioufte letnefméautheur] s’ils n’eulTent efté 
fobres en leur repas, & ne Ce {ulfcnt exerçez au 
irauail, pour confumer telles humeurs qu’ils 

Q^iiij . 



-*4? SE et. II. DV î*.OV,'RTR. AICT 
allpycnt vuider àJ’çfcart^ , ; ■ 

Hiweliet louius eferitie meCme des Arabes : ce font 
dr»hts. gens [dit-il] qui font fort fobresen leur repas, 
ils n’entretîénnent point leur; force d’vne .trop 
f> grande abondance & excez de iviande, ils deffen- 
» deôt &..gard€ntdeur faute par tempérance, & 
>r,be.auçoup4lexe.rciçcs ,& rendent [eur membres 
»» afFérmisdVneforceinuincible. .si... :■ 

■ Entr.e'leS’Grecsona veü: la grande fobrieré 
. dcs.preraiers Athéniens & Lacedæmoniens ;; L'es 
; reuereslpixJe ceuxr cy » quc.LyGürgus aupit fai- 
jtés conjrè telles-, di0blùîio.ns , furent langue- 

:,mênt:cd3ferueesdes;lâcedæmoBiens,tnaisde- 

>puis que lies.délices ife glilFerent parmy quel¬ 
ques peuples. ^çla-GreCje j eonimfi-parmy les Io¬ 
niens quirfeion.le rapportîdeüYalere le'grand, 
ont furent le^ptenii^fs inueateufs des-feconds mcis, 
$Jié les appelle deireés j les vos & les autres-s-en 

^en ruiné. Xe,tnehne Yalér 
- ; ’; ,dit que la Ptr^de Sparrp. e^it Jort accouftii- 

raee à cefte fobfietulundis-;qtféljefut ûibjeac 

aux fetKfcsclpix.de Lypufgus; a lefquelîes il 
. : , auoit; cqmmcÆlé dç bandé les yeux de fés^ci- 

.toyens 1 e^aGêjde quelque temps.j (pour ne re- 
gârder pointîfurla, façon,de viure de leurs vol- 
fins, de peuriqu’e^ns ainorçez deddelices & 
luxedes autres,nàiions,iis ne Youluflentvferde 
/e.rnblâbles façons ,.&yiurç en, toutes délices & 
■ fpmptUQfîtez exceffiues. Qc grand perforinage 
Xçauoit bien que de telles delices & fomptüofî- 
tez, la gentilefle & braueric pretniereinentprè- 
noit fon originçvpuis que de là s’enfuiupit. vue 



DE LA santé'. î49 

exccffiuedefpenfe, & toutes fortes de vol’uptez 
& plaifirs ,/qui ne font pas ncceflaircs à la vie, 
mais pluftoft la corrompent. 

Les anciens Romains eftoientde mefme les „ , . 
plus lobres entre tous autres peuples -, carcorac 
dit Pline, ilsauoienc leursiardins auxeharaps, , 
ils viuoientde ce qu’ils en prenoientj; Sc con- ^ 
damnoirac les viandes quiauoient befoin (d’au¬ 
tres viaiides, pourfaoirc & aflàifonnement. Les 
legumages leur, plaifoient meraeiilcufement, 
pour ce qu’ils n’auoient pas befbin de:fca, & 
cfpàrgnoienf autant de bois : de là font venues 
les falades qu’on appelle. Mais nous verrons cy 
apres comme en fin ilsonteûé fi defbordezen 
telles fortes de delices, que c’eft vnc chofe énor¬ 
me, voire monftrueuC: de fereprefenter ou ima¬ 
giner cequ’ils ontfàit. 

Tant que U fobrieté -a, duré parmy cfô.peù- 
pies que nous venons de xeciter , ils ont efté 
fains, robuftcs,,courageux, & fleuriflàns en toii- 
tes fortes de bencdi(5lions ; mais dés dors que le 
luxe & les delices s^y font gliflees, ,ç’â'.efté :le 
commencement de leur déclination , peae & 

•ruine.'j:- 

Du general venons au particulier : à fçauôic 
combien la ibbricté a efté en finguliere recom¬ 
mandation a :beaucoup de grands & célébrés 
perfonnages: afin qu’àieucexeroplenous appre¬ 
nions pour noftee propre bien, à dire fobres, 
temperans&moderez. ; 

. Vn ZenonCettiaeus,vn AriftippeCyrehæus,' ^xemfUj 
but efté fi fobrcs&rétenus en lenf'viur,e,qiie 



150 SICT. II. DV POVRTRAICT 

de ccluy là eft venu le prouerbe, Il eft plus tem¬ 
pérant que Zenon , & quand à ccftuy qui fut 
litfonm, difciplcdeSocrates, il fut fi abftinent qu’il fut 
in lib.\de nommé l’abftincnce mefme. 
dim. Sm- Yoicy ce que Lacrùus eferit de Socrates: 
Tairtiutt comme il eftoit aduerty d’vn ficn amy, que l’ap- 
îii.tp * pareil qu’il faifoiteftoit fort petit &fobre pour 
banqueter quelques vns de fes hoftes qu’il auoit 
inüitez , il refpondit s’ils font gens dé bien, il 
y a afiez; s’ils font malins & perücrs, il n’y i 
que trop. Certainement il a tant fait par fa tem¬ 
pérance & régime de viure fobre, que quand la 
pefte gaftoit fouuentesfois la ville d’Athençs, 
luyfut feulqui n’en futoneques malade nyat- 
taind;.'. 

Vn Epaminondas, comme l’cfcrit Cælius , a 
Lih 6 té cfté célébré & mis au premierrang delà bande 
antt.ltii. ' ^cs fôbres& cbntempcrez , auflî .bicn que Ca- 
ton & Giceron entre les Romains ; comme on 
le voit en leur vie defcritc.par Plutarque. 

Pourràettre finaux-gens fobres & temperans 
en toutes fortes & pour monftrer comme la 
tert^erance eft tres-vtilc Sc trcs-ncceftâirc pour 
iâconferuationde la vie : afin aufîi que les exem? 
pies, des Payens nous puiffent feruir d’vne Ic- 
^on & reprimende, & ne permettent pas que 
nous-qui auons la cognqiflancc d’vn vrayDicu, 
nous laiflions furmonter par eux en fobriecé, 
ains qu’au moins nous foyons les imitateurs de 
fi belles &■ loiiables mœurs : ie raettray en auant 
vne liiftoirc digne d’eftre remarquée , qui eft 
eferite par Adtianus Bsrlandus. Ccftuy dont eft 



: ^ DE lAi SANTE. 2jl 

qucftioiî, s’appelloit Pyrrhiniculus Gafcon, le- Hiftolre 
quel voyageant par leschamps,eftant arriuéen/’®"''”"'»* 
vue caucrne, GÙ il far-fcrüy à foupper d’herbes 
pour tous mets, & de vin bien trempé: le tour ” d’¬ 
encore bien efcharcement : Apres auoiriàuppé, 
ilcoramanda qu’on lay fît venir le médecin, pour 
receuoir Ton falaire. L’hofte vint 6 c luy dit,quoyî 
y a il quelque chofe de màuuais que vous ayez 
rnangé,que vous demandez le médecin en fi ché¬ 
tif villagclô bon homme , répliqua Pytrhinicu- 
lus, ne te cognois tu point roy-mefmc îafin donc 
que la rccompenfefoitefgale à ton labeur, reçoy 
le loyer d’vn médecin, Senon pas d*vn tauernier, 
voulant dire [commeAdrianusadioufte] quel» 
frugalité & lobricté font yne trelbonne méde¬ 
cine a bhpmmc. .■ 

Apprenons par ces exemples generaux & par¬ 
ticuliers de la fobrieté & tcmperance, de deucnii 
fobres & temperez, veù que c’eft chofe fî vtiîe & 
profitable, entre autres chofes, à la conferuation 
de lafanté de nos corps -, comme nous l’auons 
aflèz amplement demonftré. 

Il nous faut faire veoir les pernicieux cffcéls 
de i’intcmperance à la ruine de la famé de nos 
eotps:& ce parles exemples d 
gnes que nous mettrons en 
mémoire eft fi falc, vilaine, & ignomihieqfé en- ' 
cores auibiird’huy, que tien plus : afin que nous 
foyons incitez dé tant plus à fuir comme vnc 
pefte tref-dangereufe & mortelle ces vices tanr 
énormes. 

Quelle ftupidité (Sc: quelle faute d’entende- 


:sgouiuz:§ryuron- 

auam.defquelsla*'' 



S5CT. II. t)V rO^VRT.RAICT 
lîient peut cftre pliis grande, que de veoir noftre 
perte'& ruine proche & eminente ,& ne la voü^ 

■ loir euiter pourtant t-ains s’y précipiter à corps 
perdu à tors & à crauers,. comme ondit ? G’eft 
toutesfoi&ce que font.& pradtiqucnt contre'euxr- 
mefa-re5,à)kur perte-& dommage, tous gouluz & 
yurongries.. ,'., 1 .;.:.' .. - 

- - Gkoraenes par :*fe;grande intemper^ce & 

lance de yuroiignerieà .'laqDélle-.'il-s’eftoit accouûursp 
Cleomenes, pour raüoTHha'ntë;& .fceqtrentétauec>lés ;Scythes 
[gensaddoiinezà/kgloiitonnie&yurongne- 
lie] deuiiîkènitnrout décrépit i,goutreux.^"cn- 
Æltan. 11. cor inGsnféi-.'Ce^vice;a;cfte toirfiôurs particulicte- 
m varia j;ngnpa|taichéanTSc^tHes^ gens tellemcntaddon- 
Folyb. 2.5. nez îL'honEq'&qnlayrîïent tant le vhï [hommes 
htft. & femmes] qu'ils ne s’en faoulent pas.feuler" 
mentôiufqu a la gorge - pour le reuomic qq mais 
qui phis eïî:, en arrpufent leurs robbes r eftimans 
que' ce leurdft vme.gxande '.gloine & vncheuréui 
Lth.iS.e.é, fe:façon de viure, ainfi:>comme;leferit;Goelius.; 
aiit. leii. Qn.appelloit telle effuiîon jde vin, afpeirrién^re» 
lonSuidas, 

V-O fncyde iBhilofaphe pour le. inefme vice, 
tomba en piralyfîe'jdontil rriourun î;Et C^[£ni 
' ; . niuS'jeftàret. feptuagenaire ,-mourut ai-e/meüne 
' '■ goiiHiepx;,'.rouffrant desgeines;'& dauleup into.- 
■ krablesiiàcaufe de la meime gueule &.yurongnei 
Li iS.c 50 tic.-iVoyez Jes vers quenrjçaçontc: Grelius ^ainfi 

ant.UB. îtadoirs,'comme il S’enfuir.;. ,r.- 7.1 

■ - LehmŸereEtjniHs feichAlànthihomellles j ’ .’' 

Qh'U fut;geinédégouttes (jr douleurs nonpareillei. 

Ariftotefaic mention en fes Politiques dugrvand 





t- ? DS 1 A ' S AN t e'. 2;5 

luxe des.Syraeufains adioufte que Denis le 
mineur j^eftoic quelques, fois bien yure parl’ef- 
pace dé quatre vingts dix iours durant que 
pour cela;,'il en auoit toufipurs les yeux ma¬ 
lades ôc fut pÆes à perdre la veüe. Voila les maux 
qu’apportent au corps la gloutonnie ^ fyuron- 
gnerie.' . ■ 

: Mais veutr on veoir comme ce grand vice de- 
prauc.l efprit;?. voire comme il abrutit ^ honnie 
la renommee des perfonnes ? Ce fera par les di-* 
uèrs exemples que nous'lc monftrerons, & exem¬ 
ples tant:exorbitans j qu’on les trouucra mon- 
flrueux voire incroyables. 

• Nous faifons tenir l’aliant-garde à quelques 
vns b goulus -, gourmands & yurongnes , qui 
eftoient pluftoft monftres qu’hommes.- Voyez ÆltM.ltl 
dans ÆUan;!&: Hérodote, la belle & rnemorable 
mort d’vn Mycerniüs Ægyptien,auqucl quand ^‘*^ *^* 
on apporta de la ville de Butte , la prophétie de Exemple 
Latone,, qui'luy predifoit fa vie deupir eftre bien dufuppUce 
courte ; En fe mocquant de l’otacle, il doubla fon 
yurongnerie, .<5c adioufta pour s’elbatrelcs nuidts .S”*®* 
aucc les iours, ne veillant à autre chofe qu’à yui- 
dërles.pots. 

Voyez'les .mémorables .^ .facétieux Epita¬ 
phes de de.ux 'gcands goulus & yurongnes , b 
iamais il y en eut au monde : L’vn dit Timocreon 
Rhodien,l’autre Bonofus. Voyez l’epigra.mme 
touchant le. premier qui. tefraoigne quelle a 
efté fa vie. .Quand eft du .fe.cond , l’Empereur 
Aurdiaii auoit accouftumé de dire ceS; 
facétieux , U n’eft pas nay pour viure , mais il^* 



154 SECT. II. fiV POVRTRAlCt. 
eftviuant feulement pour boire. Cufpinian aufTi 
iSc autres ont efcric de ce monftrueux goulu ces 
belles louanges qu'il beuuoit autant qu il pifToit, 
& qu’il n'eftoitiamais greuédelapoiârinc nyde 
lavcffie>par ce qu’il auoitaccouftumc devuidcr 
fon vin par rhellebore. Il vfurpa l’Empire crt 
Gaule : mais eftant vaincu par Probe,il finit fa vie 
en vne potence, alors fut ditee plaifantproucr- 
bc t Ceft vne bouteille & non pas vn homme qui 
cfl: là pendu. 

Voyez en-Plutarque, l’ignominie & la grande 
honte quereçeut vn Mutonius Triumuir: lequel 
eftant trop faoul devin,&exerçeant fa charge 
publique deüant tout le peuple Romain, rendit 
fa gorge vilainement & honteufement j^rcmplif- 
fant tout fon fein,& le tribunal des morceaux 
cruds de“ fon foupper, qui'ne refîèntoicnt autre ' 
chofé que le vin. • ; 

Il y a eu enoùtfc désgouluz &yurongnes fi 
cfperdus de fens, & miferables,qu’ils n’ont penfé 
à autre plus fouücrain bien, qu’à la gueule, au 
luxe &delices du manger & du boire î les vns 
pour mieux & longuement les apprehenderi 
ayans defiré d’auoirlecolauffilongquvnegruë, 
afin de pouuoir ioüyr plus du plaifir des vian¬ 
des : voire eftoient tels que d’aceufer publique^ 
ment en cela la nature > de ne leur auoir don* 
né vn col auffi long: comme il fe lit de Philo- 
xenus fils d’Euricides, au rapport de Theophi* 
le, & d’vn Melanthe, ainfî que l’eferit Athenee* 
Les autres ne dcficans viure que pour boire SC 
manger. 



DE LA SANTE^ 

D’autres ont traucrfé & voyagé par mer & 
par terre, pour la feule volupté, & pour y re¬ 
chercher feulement quelque viande delicicufe, 

& quelque mets qui appartint à la gueule. Tel 
aeftévn Archeftratus, comme Tefcrit le mcfmc ^ 
Athcn. liu. 2 . chap.i. qui n’a pas elle moins foi- 
gneuxen fa gaftrologic, à defduireoù tous les pourUfuU 
meilleurs morceaux le trouuent, que ceux qui /»»»• 
font des deferiptions de tout le monde & car¬ 
tes de nauigation. Le Philofophe Chryfîppe 
dit qu’il fuft en cela le maiftre à Epicurus &c à 
fes difciples, de rapporter toute ehofe à la vo¬ 
lupté. 

Tel fut aufiî vn Suitrigalus, Duc de Lituanie, 
qui n’alloit iamais aux champs, ny en voyage, 
qu’il ne s’enquit de fon defpenficr, s’il portoit 
auec foy le liuré qu’il auoit fait de l’art de cui- 
fine. Son fouppereftoittoufioursde fix heures 
de temps, fa table n’eftoit pas moins epuuerte 
que de cent trente mets, comme le tcfmoigne 
Sieneas Siluim lib.i. corn, in Panormiu- Voila les jirueux 
hauts faits & geftes mémorables qu’on raconte d’vngaar^ 
de ces goulus, dont la renommeeenferafleftrie 
£c honnie perpétuellement. 

Adiouftons à ces deux grands perfonnages,cn 
matière de gueule & de gourraandife, vn Api- 
cius,Romain, lequel comme l’eferit Seneque, 
s’en alla exprès à Minturne, -pour manger des 
fquilles, en Alexandrie pour manger des efere- ' 
uîflcs, Sc trauerfa l’Afrique pour manger aufll 
des fquilles: mais comme il n’en trouua point, 
ildetcfta la prouince, & délibéra de ne rentrer 



156 SECT. II. DV POVRTRAICT 
iamais dedans ces terres là. 

le laifle à part les monftrucux& incroyables 
' banquets & feftins d’vn Vitellius & d’vn An- 
Tepnspro- tonin Heliogabale, Empereurs, defquels les fc- 
diÿeHx. ^ ftinsy)rodigicuxn’eftoienr faits qu aucc des foycs 
des plus grands poilTons qu’on euft peu trouuer, 
laid de iatnproyes : ceruelle de pbaifans & 
paons, langues de chardonnerets, roffignols, & 
tels mets d’extreme defpenfe, pour en remplir 
?ne table, comme refcriucnc S.uctone & Cælius 

Noüs-au.ons mis-en auant tous ces diuers 
exemples de gens goulus, yurongnes, & intem- 
pctcz : pour tant plus faire abhorrer à vn chacun 
fi grandsjyices>, d’oùrprQcedent tant de maux, & 
au corps 5c à l’erprit,; .comme les exemples des 
fobres & temperans-ont efté par nous mis en 
auant auçontraireipour les enfuiure. 


I>£/LA VEILLE ET DV 

• v; . - S O M M E I L. 

' Chap. IX. 

L e bon fainâ: Bernard auoit ce prouerbe en 
la bouche ,qu’vnmoyne qui dormoit, cftoic 
mort quant à Dieu , & qu’il n eftoit vtile nyà 
foy txy à autruy. Or donc par la loy des contrai¬ 
res, tout moyne qui veille, vit en Dieu, &eft 
vtile&: à fç)y & à tous autres. On .peut dire le 
mefme de toutes perfonnes; car le iour a cfté 
donné - 



DE lA santé'. i57 

donné principalement pour veiller,& c’eft en 
vcillantjfoit iour ou nui<5t, tju’on eft plus atten¬ 
tif à admirer les œuures du grand Dieu , & à 
chanter fesloiiangesccotnmcde mefme à opérer 
tous ouurages neceflaircs à la vie de rhotnract 
Car comme le Poëie chante. 

Luce vigent operofa mes, it miles in arma 
LHce,ÿ!mHm fe(fi fiib inga Incebenes, 

"Odia non noda venamr : node qufefcHnt 
Palpita,fidlace ejî doElaMineruavigtl. 

Lace minax P allas, vigiUta e^uot bona lacis? 
Corpora:dij,finfHs,ingenium,arf^ue vigent. 

De là il appert de combien la veille doit eftre 
prefcrce au fommeil, & combien l’vne de ces 
chofeseft plusdefirablc, neceffairc & vtileque 
l’autre, en toutes façons & dignes confidera- 
tions. C’eft pourquoy, fans nous arrefter à l’or» 
dredreflepar le commun, qui fait précéder le 
fom meil à la veille, nous parlerons au contraire 
pluftoft de ladite veille, & luy donnerons la pri- 
feance & premier rang. 

Et défait pour monftrér combien h veilleLoüsngtiff 
précédé en excellence le fommeil: nous attri- 
tuons pour tiltre d’honneur & de grand loüan- 
ge [voireaux plus grands] le nom de vigilant, 

& au contraire quand nous voulons abailTeE 
quelqu’vn, & tefmoigner comme c’eft vn hom¬ 
me ftupide & inutile, nous difons qu’il eft en¬ 
dormi: ce qui tefmoigne vn efprit lourd & 
groflîer, comme la vigilance figure toufiours vn 
clpritefucillé & fublime. 

Homere feinét lupiter toufiours veillant i. dt 
R 



258 SICT, IL DV povrtraict ' 
nMi. enfonlliade. ^ , 

' Tht» reüqHos omnes dmofqiu hotnwefque tenebat 
Ternoxfomntu : At infomnis Samn'm^nm 
PeBorefaHieitovoluehat.&e. 

A» lo.dt Le mefrae authcur,fait Agaroemnon fcul veil- 
fenlliade, lant,tandisquclesautres chefs dorraoienr>com- 
mc Virgile à fon imitation feint lemefraed’Æ- 
Aee.qu il vouloit exalter fur tout autre.Bref,c’eft 
vn tiltre trcs-honorablc à tout grand chef & 
Prince,d’eftre dit vigilât.Ce qui a efraeu Erafme 
de rapporter ce prouerbe : Il n’cft pas conuena- 
blc à vn Princc,nc feant de dormir toute la nuid 
fermement & fans refueil. 

Arttutet- Onditaufficommclegrand ArtaxerxeSjpour 
' 9 uvi^Ut. îic perdre le temps, vcilloit toute la nuidt ; cooi- 
pofani les commentaires des geftes & chofes 
mémorables aduenues de fon temps, dont il s’eft 
acquis grand louange. 

iftammn- Epaminondas, ce grand Duc & Capitaine 
Thebain, tandis que-les citoy«?BsdeThebess’a- 
vt^ilant. tfQp licentieuferoent à banqueter 

i & à toute autre forte deluxe ;luy feul veillant 

Zil». 4 (î»er- [comme l’efcrit Plutarque] & fobre, prenoic 
fiu ducem garde auxarmes & aux murailles de la ville : & 
interrogé pourquoy il le faifoit, rcfpondit que 
fa couftume eftoit d’eftre fobre & de veiller, 
pour laiflèc faire bonne chere aux autres, & 
pour fc repofer. C’eft auffi pourquoy il s’eft ac¬ 
quis vn fi grand renom & gloire immortelle: 
comme pareillement tous les grands chefs, qui 
ont cfté vigilans,& ont fuiuy fes traces : aufli 
bien que tous autres grands perfonnages : con»- 



DE lA SArNÏE'i 259 

me entre les Philofophes vn Platon , ainfî que , 
rcferitGœliuscnfon iiu. 50. çh.9. des Am. lec. VUton %■?« 
qui ne fouloit dormir d’auantage qu’autant qu il 
eftrequis, feulement pour euitervnc mauuaifc 
habitudc.&indifpofîtion dû corps. Il auoitde 
coufturae dadmonefter tous autres,comme il 
appert par fon premier liurc des loix, qu ils fc 
leuâlTent de nuidt pour penfer & vaequer aux 
chofes publiques &priuees : difant que le fom- 
meil immodéré eftoit trefpcrnicieux de au 
corps & àl’amc, & qu'il y auoit peu de différen¬ 
ce entre vn homme mort & ccluy qui dort,& 
qu’il failloit par confequenc, que tout homme ,? 

qui defire viure & au.oir fentiment, qu’il euft à 
veiller tout autant quc.-la faute du corps le luy 
pourroit permettre. 

. Nous ne nous cftendrons pas plus au long, 
furies ioiiangcs,biens & vtilitez qu’apportent 
Icsveilles en general : Il nous en faut parler par¬ 
ticulièrement en médecin , Sc faire voir les 
eommoditez & incommoditez qui aduicnnenc 
à nos corps , par ks veilles naturelles & modé¬ 
rées & par celles qui font immodcrées,& con¬ 
tre nature. 

Les modérées defpartent & diftribuent les Léte$mmBl 
cfprits à toutes les parties du corps, cfueillcnt& des 
excitent tous nos fens, quand ils feroient 
plus affoupis; difpofent toutes les facultez , ^ ■*^*^*’ 
fçauoirla naturelle, vitale &'animale , à faire 
chacune leurs funétions & operations: c’eft pac 
elles que font vuidées & raifeshors toutes les 
fuperfluitez &excreraentsde aoftrccorps: bref 
R ij 



Xgo SECT. II. DV PÇVRTÎIAICT 
les biens qu’en reçoit le corps humain, iont in¬ 
nombrables. O ribafe/<^. 6. 

touche en fes eferits ce qui s'enfuit de la com¬ 
modité des veilles, pour la confirmation de no- 
„ ftre dire : La veille digère & faid euanouïr en . 
„ fumée la plénitude du corps , elle dimmu’é ce 
„ qui eft au ventre ,&le préparé pour eftre vuidé 
a,par les parties d^embastelle chafle tonte lan- 
,, gucur, &allege la pefantcur, redcclTc ce qui cft 
. „ defeoufu, &donne des forces à nature & à l’ef- 

a,pric,cmpefchc les fucurs , &c. Voila de belles 
proprietez attribuées aux veilles naturelles & 
modcrces, qui tiennent Icscorpscn bonne lym- 
metiâe & difpofîtion , fâin& gaillard,comme 
onlc rccognoit & remarque affez en toutes fes 
adions. 

Maisquand elles font immodérées, & qu'el¬ 
les furpaflent les limites de nature,foit qu’elles 
furuiennent accidentellement ou non,par quel- 
I»«w« 9 -que caufe interne ou externe , vous en voyez 
des changer tout le bon tempérament de l'homme, 
medereér' ^ s’emamaigrit tvous luy verrez 

' les yeux enfoncez en la tefte, auoir vn regard 
affreux & farouche :1c front le plusbeau& vny 
fe rider , toutes les vertus naturelles en luy de- 
prauees , d’où s’engendrent à faute de conco- 
dion, beaucoup de cruditez: les vitales amoin¬ 
dries: les animales le plus fouucnc fi fort atta¬ 
quées, & la bonne température du ccrueau tel¬ 
lement alterce & corrompue,que lesfenstant 
intérieurs qu’exterieurs s’en efgarent : voire 
leurs fondions en font bien fouucnt totale- 



mentpcraertics. Car les humeurs &Ies efprits 
s’en cfchaufFenc & enflamment : de là furuien- 
nent mille fieureufes, chaudes & feches infîrmi- 
tez qui ergarent le cerneau, par des phrencfîes, 
manies & autres fortes de fplics & tefueries, fuf- 
xkées fouuent par leldites veilles immodérées. 

Et c’eft pourquoy telles veilles font à bon droidb 
mifes par PlmCjCntrc les maux du corps;A quoy, 
la diligence & préuoyancc du médecin eft re- 

Pour ce faire,ilfaut qu’il fçâche les caufesdef- vtiUa im- 
dites veilles,qui le plus fouuent félon Aâ:uar.fe wod«re«. 
font par trop grande ficcité & chaleur: mais 
nousfçauons,dit-il,que les veilles viennent pour 
lâplufpart,de fecherefle, quelquefois auË de 
chaleur, & beaucoup font caufees de là. Et vn 
peu apres,iladioufte:poufce qu’elles out de cou-,, 
ftumcdedeffecherjC’eft laraifon pourquoy de 
leur nature elles font veiller. Acce eft de ce mef- 
meaduis.efcriuant ences termes: La feulehumi- 
dité abondante & exceflîue, eft celle qui engen- yérra.z.r.ai 
dre de longs & profonds fommeils.-mais la icule ** 
{echcrelfe fait veiller. ' « 

Puis donc que lacaufccftlafîccitc.rbumidi- 
tc fera le remede félon le commun, foit vni- 
ucrfel.par vn bain doux &approprié,s’il n’ya 
rien qui l’empefchc : foit par lauemens ou fo- “RmUts 
raentations des pieds, frontaux & particuliers 
arrouferaens duccrueau,faitsauec les fleurs de 
camomille,fureau, nénuphar,teftes depauots, 
feuilles de mandragore , femences de iufquia- 
mc« laiducsauecl’amome,raneth,le camfre, 

R iij 



i6i SECT. II. DV POYRTiR.AlCT 
le faffran & femblables: le tout cuict en eau 
commune, ou raacerée dans les eaux conucna- 
bles , pour en faire des cphhemcs, hypnotiques 
pour le ccrucau: qui non tant par Yncfimple 
qualité humide, ains par la vertu d’vn foufFre 
narcotique, qui eft en la plufpart defdits fim- 
ples, ont vne vertu d’endormir & exciter le 
îbmmeil. 

Tels & femblables remedes font propres 
pour les veilles,qui precedent descaufesinte, 
rieures, àfçauoir de certaines maladies qui af¬ 
fligent le corps humain; foit douleurs, heures 
chaudes&ardantes, manies, melançholies & 
fcrnblâbles. Mais quand lefdites veilles furuien- 
nentà ceuxqui ne font frappez de quelque ma¬ 
ladie corporelle, ains que c’eft pour quelque 
càufeextérieure, comme trifteflè ou quelque 
autre telle aMiéfcion d'efprit, que cela aduient, 
que doit on faire? Il nous faut premièrement 
alors,& en toutes fortes modérer & contem- 
percr, tant qu’en nous eft vne telle trifteflè 3c 
âftli<3:ion,parioyeux & facétieux propos, par 
toutes fortes de pafle-tempSi foit par fons d’in- 
ftruments ou cnofes femblables, qui peouent 
deftourner les perfonnes de telles ennuyeufes 
& fafchéufcs trifteflès., qui les priuent de tout 
repos ;& en faut emprunter les remèdes, de ce 
qu’enâuonsia dit cy deflus au chap. delà Tri¬ 
fteflè. ^ 

Oyons les remedes qu’apporte PaulÆgine- 
te , à telle forte de veilles que nous venons de 
,, dire. Maintenant (dit-ilj il fautparler du veiller 



D 8 LA s ante'. 

des (aines pcrfonncs. Si donc quelque triftefl^ «f 
ou (oucy, ou autre paffipn les fait veiller, il nous « « 
faut premièrement ofter la triftefFe & ec qui 
apporte fafcheric , autant qu’il fera poffibic à << 
faire : puis apres nous diuertirons toutes les Caufes qui 
penfecs qui leur peuuent nuire par la mélodie dtuertij^ent 
des Tons récréatifs ; Et de fait quclqües vns Ce y 
feruent du bruid plaifant de quelque ruilTcau 
coulant, dont eftans recreez tombent en fora- 
raeil. Il eft bon aulfi que telles gens fc feruent «t 
des bains,principalement fur le foir, apres la «« 
digeftion faide : comme aulïi d’vn viure hume- < c- 
dant, des laidues & ferablables : voire mefmes t c 
quelquesfois fera befoin de mefler parmy les c c 
viandes, feuilles vertes de pauot noir, & de raan- <r 
ger du poilTon aifé à digerer : de prendre atiffi <* 
du vin aflèz libéralement,de (ubftance tenue, ce 
& qui nefoit pas vieil. Et quand ils voudront «c 
fe coucher , il fera bon leur oindre la tefte, ou t« 
d’huile faide deteftes de pauot.ou de mandra- «c 
gores qui feront cuides dedans : voire mcfme « * 
l’huile d’anech,qui fera récent,feruira de fomni- « * 
fique. l’ay veu que' quelques vns s’eftans lalïêz < < 
d’exercice, en fe repofantfe font toft apres en- <* 
dormis : bien qu’apporte auffi l’habitation & c« / 
coniondion modérée de l’hommeauccla fera- et 
me. Les autres s’endorment aifément , quand te 
on leur rafraifehit la tefte & les pieds. Mais fi t « 
pour auoir trop mangé ou vfé de viandes raau-ec 
uaifes, par vnepefanteur d’eftoraach, quelques t « 
vns ne peuuent dormir, comme nous fçauons te 
cela cftrc aducnti à aucuns:& à d’autres,pour <« 

■ K iiij 


1^4 3ECT. II. DV POVRTRAICT 
j,s’eftre gardez de mangar contre leur coufturae, 
ou pour auoir prins trop peu de viande : Il faut 
s, en tels cas bien confîdcrer lescaufes, afin de les 
„oftcr& retrancher. 

Ledit Ægincte difeourt bien au long de toutes 
les eaufesdesveilles, qui furuicnnent aux hom¬ 
mes fâins, ëi y apporte les remedes, ainfi que le . 
voyez. Mais il y a des veilles, qui procèdent de ^ 
âtvtdes, occulte & cachce,que pour la difcrction 

deceuxquienfontattains, & pour des raifons 
qu*onn’ofe alleguer,on n’en veut faire le moin¬ 
dre fcmblant: A quoy lafubtilité êcadreffè du 
médecin cft requile, pou^ découurir la caulc du 
mal, & y pouuoir apporter le falutaire remede, 
aufîi bien que fit Hippocrates au mal du Roy 
^AtiUo- »Perdicas:& Erafîftratus- à celuy de Demetrius, 

^ **** commeTauons dit cydelTus. 

De telle forte de veilles que nous venons d’al-, 
lcguer,fut frappé CMecœnas le grand mignon 
d’Augufte : quand fupportaht trop impatiem¬ 
ment les amours illicites de Tcrentia fa femme 
[que ledit Augufteaimoit ardamment ] & trop 
. attrifté des rebuts d’vne femme fi fafeheufe, il ne 
pouuoitddrmir,nypar lemoyen du vin, ny par 
. le découleraent de 1 eau ,ains ayant pafle trois 
ans entiers en veilles continuelles, en fin par la 
feule fymphonic &confonance des accords des 
inftrumensmufîcaux,ilfut aflbupy & allégé de 
fon maljCommerefctit Seneque, en fon liure de 
laProuidence. 

Par cefte hiftoire on peut voir les grands ef¬ 
fets des ialoufîcs: auec ceux auflî des Tons & 



D E L A s A N T E. 

doux accord S des voix & des inftruments, pour 
accoifer & endormir les efprits preiTcz des plus 
grandes veilles. 

Nousauons aflTez veillé & & difeouru fur les 
veilles : il eft temps de nous repofer , & faire 
voir les biens & les maux que nous apporte 
tant le fommeilbon & modéré, que.Hmmo- 
deré. 


D V S O M M EI L. 

Ch AP. X. 

A pres les veilles , voire modérées , pour 
lefquciies lesiours font déftinez,& par lef- 
quelles alors & les hommes & les belles s’exer¬ 
cent , trauaillent, & font toutes leurs opera¬ 
tions pour leur entretient conferuation de 
leur vie : lors que les efprits comme princi¬ 
paux inftruments , font adonc diftribuez par 
tous lesmembrcs& fens du corps, pour là fai¬ 
re & exercer toutes leurs fonâ;ions ordinaires 
^necelTaircs. Apres lefditcs veilles , dif-ie, le 
corps eft tellement lalTé & tous les fens défail¬ 
lis, qu’ils ont befoin de reftauration, & les e» 
fprits refolus de renouation :cc quiaduientpar 
le bénéfice du fommeil gracieux & modéré, 
qu’on prend la nuiél : les biens & vtilitez du- 
quel repos font incftimabics : car c’eft luy qui fimmâl. 
guérit les infirmitez de l’efpritjqui adoucit les 
troubles derentendement, qui reftaure toutes 



lêé SECT. r. DV POVRTRAICT 
les facultez defaillantes, qui fortifie les corps 
plus debiles, qui aide à la digeftion des viandes, 

, qui cuid les humeurs les plus crues, quidclalTc 
ks membres lalTez &: trop affoiblis de trauail, _ 
qui arrefte toutes deflaxions,qui accroift la cha¬ 
leur naturelle & humeur radical.Bref,on le peut 
dire le repos & foulagement des cfpriis, & de 
tous corps affligez & malades. 

Lili dite P^^l'Æginete.approuuantnoftredirCjdcfcrit 
mtd cap.de fommeil, & parle de fes grandes 

fomno. vtilitczjcoramcs’enfuit : Le fommeil, dit-il, cft 
,, le repos des facultez animales, quand lecerueau 
,,eftarrouré d’vnc bonne humidité : & fi on le 
,, caufebien à propos, il fait beaucoup de bien: 
,,car il aide à la digeftion.de la viande, ScrecUid 
,, les humeurs, il adoucit les douleurs & laffitu- 
,, des, & relafche les membres trop tendus : voire 
,, mcfâucil peut faire perdre la mémoire des affe- 
,, dions & paffions animales, & redreflèr l’enten- 
,, deraent qui fcraefgarc. Ce n’eft pas donc fans 
caufe, s’il eft appelle par les Poctes anciens, la 
-ZeK4«g;<Jatranquillité de toutes chofes, & la paix de l’e- 
fimmetl fi-fprit,Comme il eft deferit tel par O'uidc. par 
vers: ^ 

Somne ternes rerum ypUciàijfme Somne Deomm 
Taxanimi.^uem cura fugit, tupeEiara durit 
Fejfa mimfienis mHlces, repurâf^ue lahri. 

Et Seneque en la tragœdied’Hcrcule furieux, 

deferit le fommeil comme s’enfuit : 

T uijue 0 domitor Somne malorum , 

animi J pars humana meliorviu^é'e. 

Tellement que nous pouuons dire faincraent 



DE LA S A N T e'. 167 

& enChreftien,quelefomtncileft vn tref-cx- 
cellent don de Dieu, pour le repos du genre 
humain principalcmenc : duquel le premier 
homme, lors merme qu’il cftoit en fon intégri¬ 
té, a fenty par la per raiflîon& volonté de Dieu, 
les premiers Si lîgnalez efFeéts , quand Dieu 
le fit tomber en vn profond dormir, pour pfen^ 
dre vnc cofte d’iccluy, & luy en créer & don¬ 
ner vne compagne qui l’aydaft & luy afliftaft, Geu 
chofe plaine d’vn grand & admirable my- 
ftere. 

Voire les vdlitcz & grandes commoditez 
que ceditfommcildonne aux hommes, elmeut 
anciennement les pauures Payens d’en faire vn 
Dieu. Tellenrent qu’entre les hymnes attribuez 
àOrphécjil y ena vn adrefféau Somne, qu’il 
appelle Roy des Dieux & des hommes, Hefio- 
de en fa Théogonie, l’appelle fils de la nuid, 
C’eft auffi pourquoy Ouide en fa Metarnorpho- 
fc, le loge chez les Cimmeriens, peuple de la 
Scythie,région glaciale & obfcure, pour mon- 
ftrer qucc’cft durant l’hiuer, & lors que les 
nuiélsfont les plus longues, qu’on fommcillc 
& dort le plus, Virgile & autres poètes Je fur- 
nomment fils de la mort: car de fait il n’y a 
rien qui approche, ny qui figure plus la mort, 
que le fommcil, dont le liét eft le tombeau, 

C’eft pourquoy le mefrae Ouide, en la deferi- 
ptiori du Palais dudit fommeil, diél qu’à l’en- 
uiron: 

JKffta tjuies nmm , tamm exit abimo 

Rim Lethes. 



aéS SiCT. n. DV povrtraict 

Adiouftant peu apres; 

fores Antrifœcmàa papanera fierem. 
^aîitêâ» Pour monftrcr comme par le fommeil.ainfî 
que par la mort, toute choî'c cft raife en oubly : 
Le pauot entre les végétaux, eftant doiié d’vnc 
vertu endormante & ftupefadiue.Ccfontcho- 
fcserapruntées dek Philofophic naturelle: & 
foubs telles fables & allégories, font cachées 
Icsproprictcz du fommcil: mcfmc quand il cft 
immodéré & fuperflu ; auquel on voit tous nos 
fens priuer de leurs fondions, nos aureilles 
fans y rien onyr: nôs yeux fans y voir: noftre 
bouche fans parlcf ; nos mains fans toucher: nos 
pieds fans marcher. Bref vn homme forameil- 
îarit, priué de fens de de raifon, eft. pour lors vti 
vray image de la mort. 

Onvoit enoutre, dans vn tel fommcil im¬ 
modéré, vne difpofîtion & préparation aux lé¬ 
thargies, au Caros, à i’apopiexic & femblables 
maladiesendormies, qui font fœursgermaines 
de la mort, & qui le plus fouuent nous y con- 
duifent. 

Rcuenons au fomraeil modéré, pour mon- 
!>;/?«»« ^ rccher- 

fur 2//ôw.chons en outre curieuferaent, qu’elle doit eftre 
m*il vtilt. & k quantité & la qualité ,& autres circonftan- 
ces qui appartiennent à celle matière, dignes 
d’eftrecognuës. 

Nousauonsiadjt,queleioura èllé fait pour 
la veille: & par confequent la nuid pour le 
fommcil, qui eft pour lors le plus naturel & pris 
le mieux à propos. 



DE lA santé'. ï 6 ^ 

Mais comme il n’ya reigle fi .generale qu’on 
n’y puifle trouuer quelque exception ; aufli ne 
blafraons-nouspascntout &par tout.lefora- 
mcil du iour , mefrae en quelques perfonnes 
qui s’y font accôuftumcz, & qui fc vont cou¬ 
cher à heure fi tardiue,qu’il faut qu’ils emprun¬ 
tent vne bonne partie du iour, ie ne dis pasle £« domh 
matin feulement, ainsiafques à dix & vnze diiio<*r,efi 
heures, pour dormir & faire du iour la nuid, 
comme on le voit pradiquer en beaucoup dc^®^.’ ^ * 
cours des Princes. On peut auflî dormit quel- ^ * 
que heure du iour ; voire mcfmc les aprcfdi- 
nées,quand on cft prefie de quelque douleur, 

& de quelque autre mal , qui aura empefehe 
du tout le repos de la nuid. Ou quand on fe 
fent opprefle de telles & fi grandes laflîtudes 
de membres,qü’on ne le peutfouftenir.-entel 
cas aulîî, il eft conuenable & permis de fe repo- 
fec Sc de dormir quand on peut: mcfmcmcnc 
ceux qui ont les clloraachs foibles & débiles, 
qui né peuucnt digerer la viande. 

~ Mais il faut que ce dorrairfoitfurvnechai- 
ic,lateftc haüircc, & que ledit fomraeil ne dure 
' plus d’vne ou deux heures, & que ce foit vneott 
deux heures apres le repas. 

Car il faut obleruer que le meilleur & plus 
doux fommeil. fedoitprendre [voireceluy delà 
nuid] trois heures au plus loing, apres le re¬ 
pas, d’autanc que le fommeil eft caufe par le 
moyen des douces vapeurs,qui pendant la con- 
codion des viandes,fontcfleueesdepuis l’efto- 
raach au ccrueau, ou par la froideur d’iceluy 



47» SECT.IL DV POVRTRAICT 
clics fc gelent & condenfcnt, ôc fc conucrtiu 
fent en vnc roféc douce, qui emplift les con- 
duidsfcnfîtifsdu cerueau èc des autres mem¬ 
bres, d’ou furuient comme vne ftupefadion 
d’iccux.quon appelle fommeil: Si on attend 
donc que toutes les vapeurs delà viande foienc 
pa{rces[cc qui aduient aprcsla concoûlon d’i- 
cellcj qui fc fait volontiers en quatre, cinq ou 
lîxheures, félon la bonté des cftomachs ] le 
dormir n’en fera iamais fi naturel, ains con¬ 
traint & forcé ; ce qui fe doit entendre pour¬ 
tant pour les perfonnes bien contemperées : car 
' ilenya, qui de leur nature ont vn cerueau fi 
^ humide & fi nuageux , qu’ils n’ont pas befoin 
déif vâpeurs fufcitcesdc la viande, eftanstouf- 

drele /oni.;iours& à toute heure pcefts à dormir & àron- 
t»eik fier, aufqucls il faut defendre, toùt au contraire 
le dormir, &leiour Se la nuit ,le inôins qu’ils 
peuuenr. 

Qu^d à la forme ou façon de dormir, il en 
y a qui dorment de leur naturel, tous droits 
couchez fur l’cfchine., les yeux en haut : les 
autres àbouchon,Æ’eft à dire Ic ventrc contre 
le lit, Erl’vne&hautrcdcccsfaçons^nc font 
pas bonnes: ains pour le mieux ü fe faut cou, 
cher premièrement du coté droit : puis au pre- 
micrrcfueil fe tourner du gauche, & bien peu 
dormir for le dos de peur d’efehauffer les 
reins. 

De ïakn- Quand à la quantité & longueur ou briefuctc 
gutitr dh duforameil,eIlc doit eftre diuerfifiée félon le 
jammtil. naturel & coraplcxion des perfonnes, félon l’aa- 



D E L A s A N T e'. Iji 

ge.&: autres çirconftanccs: car ceux qui ont vn 
b.on eûomach , & quicuid & digere facilement 
la viande,n’ont befoin de tant dormir, que ceux 
qui l’ont foible & débile, & aufquels faut plus 
de temps pour procurer la .digeftion,à quoy le 
forameil fert beaucoup. Aux vns donques fpffira 
de dormir fîx ou fept heures, & aux autres fau¬ 
dra plus long temps. Auxicuncs hommes fains 
& vigoureux,fix heures fufliront : mais il en faut 
d auantage pour les vieux. 

Voilipcomme félon les tempéraments & aa- 
ges des perfonnes , la quantité & longueur du 
foraraeileftchangec.Oril enya qui de leur na¬ 
turel font les .vns plus vigilans que les autres. 

Mais la vigilance tourne touiîours[à toutes per¬ 
sonnes mefra cment qui font en garde & dignité] 
à plus d’honneur , que d’eâre alToupis & en¬ 
dormis. 

Vn Endymion aimé delà Lune,comme fei- Sommeil 
gnetit les Poètes, ayant déliré & obtenu de lu- 
piter , de pouuoir dormir perpétuellement au 
mont Latmic en Carie [ requefte de foy vitu- 
perablc] a donné lieu d’en, faire cet adage fur 
les hommes endormis & parelTeux: Il dort le Ck/ih.iî 
fommeild’Endymion. Comme au contraire en 
l’honneur de ceux qui pallènt routes les nuîéls 
à eftudier,& à veiller pour le bien public,eft 
fait cet autre adage ; Veiller à la façon Sco- 
peliane, d’autant que Seopelianus, grand Phi-/**"* 
lofophe fophifte , a efté entre tous autres , -le^”^* 
'moins adonné au fommeil, ayant accoutu¬ 
mé de palîçï toutes les nuiéls apres fes cftu- 



Ccellih.io 

c. II. anth. 

ua, 


Waini'A‘ 
riJlete,fo»r 
tuiut U 
femmeil. 


Et ^Ale¬ 
xandre le 
^ani. 


Ijl SECT. II. DV POVRTRAICT 
des : ayant ccftc fcntencc d’ordinairccnlabou- 
che;0 nuiâ: certainement tu polTedes beaucoup 
defageifediuine. 

Et de fai£t vn Artaxerxes,vn Epaminondas 
ont efté celebrez par Tantiquité, pour leur gran¬ 
de vigilance, comme au contraire vn P. Scipio 
(fi grand perfonnage d’ailleurs ) pour cftre trop 
adonne au fommcil , donna occafion au peu¬ 
ple Romain de luy en faire reproche publi¬ 
quement , comme Pefcrii Plutarque en les Po¬ 
litiques. S 

Ariftotc poureuitervn trop grand fommeil, 
en imitant les grues,tcnoit vne boule en fa main, 
au defius d’vn cbauderon d’ærain, pour fe rel- 
ueiller;car le bruit qu’elle faifoit en tombant,s’il 
venoit à dormir ^t'clueilioic : comme l’eferit 
Laërtius en fa vie. : 

Aramianus Marcellinus eferit le mefme d’A¬ 
lexandre legrandjdifcipledudit Ariftotc: lequel 
. quand il fommcilloir, tenoit toufîours vne bou¬ 
le d’argent, le braseftendu au deifus d’vn baffin, 
afin que s’il venoit à s’endormir, la boule tom¬ 
bant par le relafcheraent des nerfs que Ic fom- 
mcilapporte,!! fut rcueillé: fuiuant auflî en cela, 
l’exemple des grues. 

Voila comme ces deux grands & admirables 
pcrfonnagcs.l’vn pour les lettres, l’autre en faits 
d’armes, dormoient le moins qu’ils pouuoient: 
rccognoiflàns combien la vigilance eftoit rc> 
quïfe & neceffaire aux grandes charges ( bien 
quediuerfes) a/'qucls &l’vn & l’autre eftoient 
appeliez. 


Vn 




6E IA SAKÎï'. ïyj 

-'Vn îulianus Augiiftüs , fut fi amateur de la Exetnfîe 
Philofophie, que .mefmecftantdans lesarmees 4* , 
contre les Perfes & Aleraans, qui le tenoieiit af- 
lez occupe en toutes lottes ^ & en quoy il ne 
tnanquoit de faire tout deuoir, dormpit polir- 
tant fur la dure, & paflbit ptcfqüe tbtite la riuidt 
en efcriuanc & lifant, pendant quelles autres 
dormoient mollement & à leur aîfe : Etainfîil ^ 
partifibit la nuîéten trois temps : à fçauoir ’dii idàtctU. 
repoSi de la republique, & de reftude, àPexcm- - 
pie d’Alexandre le Grand. 

Le foin d’acquérir los & honneur, & dè pro¬ 
fiter au public, rendoit les fufdics perfôhnàges 
vigilans , auflî s en font ils acquis vne gloire im¬ 
mortelle. 

Comrap au contraire ôn a veu âùcîenncmene 
& voit-on encores auîourd’huÿ, que toui grands 
dormeurs, femblablcs à vn Smyndyridè Sybari- 
tain, &àvn PonticusHiftiæus^qui feiadoient 
Tvn & l’autre n’auoir veu depuis vingt ans le 
Soleil en fe leuant ou couchant, [ paroles qui 
prefuppoloient vne trop grande parelTe, & qu’ils 
ne bougeoicnt de la couche ] on a veu dif-Jc de 
tous temps tels dormeurs ne s’eftre acquis que 
opprobre & vitupéré, & le tiltre vilain & def. 
honnorable de fainéants & pourceaux, qui fe 
veaultrent aux ordes délices. 

Les fages Romains recognoilTans combien fenrqueÿ 
les veilles doiuent eftre préférées au dormir, par îesRemam 
lefquelleschacun faitfesaffaires, ontcomraèn- wttimtnti 
cé leiourciuildéslaminuid, afin que le Soleil f** 
leuant fuft Iccofijraencetnentdu labeur, & ie ”'*”*'^* 
S 



174 SÏCT. II. DV POVRTRAICT 
temps de dcuant fuft employé à s’y préparer. Caf 
CdUhn, c’eft lins doute * que pour faire affaires il y faut 
ànt. eftre prépare & inftruiâ, & non pas s’inftruir® 
ua. &pieparcrenfaifantfonœuurc. 

. Quant à la quantité & longueur du fommdl, 
dont plüfieurs ont efté attainfts anciennement, 
les hiftoires nous en difent chofes incroyables: 

Sâmmiil çQmme par exemple du fommeild’Epimenides 
djÇanjjiçj qui gftant enuoyc aux champs mener 
. paiftre des brebis,&fc retirant [à caufe du chaud 
du midÿ] dans vn antre, y dormit cinquante 
fept ans vfelonPline & Apollonius, ou quarante 
félon Panifanias: tels fommeils bien qu’ils foient 
confirmez par les eferits des hiftoriens& Grecs 
& Latins les plus célébrés , font pourtant in¬ 
croyables &ptodigieux. 

Auffi bien nous deuons eftimet chofe mi- 
raculeufe, l’hiftoire eferite par Sigebertus, en 
îttflùreia fes Chroniques, & par d autres hiftoriographes 
ftpt dot- Ecclefiaftiques approuuez , des fept dormans 
mm. f qu’on appelle] à fçauoir de Maximianus, Mal¬ 
chus , Mariinianus, Dionyfîus, loannes, Sera- 
pion & Conftantinus , qui fuyans la perfecu- 
libn de Decius, & s’eftans cachez dans vnc ca- 
uerhe, où l’on ne les fçeut iamais trouucr ; En fin 
délibérez de fortir pour fouffrir le martyre, 
apres leurs repas prins, ils furent par la proui- 
dence de Dieu, furprins d’vn fi long 6C profond 
fommeil„qu ils dormirent cxcvi. ans, comme 
on le calcule, d’autant qu’ils furent efuciliezyn 
iour de Pafqucs & de la Refurredion de Chrift, 
crt l’anhee m. du régné de Theodofe le icunc* 



DE IA santé'. Î7J 

Gc qui eft commei"ay diét, vnecîioremiracûleu- 
fe, & qui furpafle la capacité de noftre entend^» 
ment. 

Ceft aiTez parlé de ce qu’appartient à la quan¬ 
tité du fommeil : venons à la qualité où il y a 
à méditer anflî deschofes qui font dignes d’eftre 
efpluchées & bien confiderécs. 

Tout fommeil eft d’ordinaire fuiuy defonges 
& vifions oodqrnes , qui font les accidens q*^! * 

l’accompagnent, ainfi ^e l’ombre accompagne 
le corps. Tellement que ce qui eft efcrit par ii.<îeOr4* 
Plutarque,d’vnCleon; &par autresd’vnThra- 
fÿmcdes, & ce que Hérodote remarque,& apres 
luy vn Pratenfis , des Atlantes peuples d’Afri- Hemw*; 
que , de n’auoir efté & n’eftre nullement fujets P»*/*'^*^* 
à fonger, ains en eftre totalement priuez & de 
toutes vifions nodurnes : cela dif-ie , n’eft pas 
croyable : bien peut-il aduenir, que tels peuples 
n’y font pas fi addonnez ou enclins que d’autres, 
foit par la façon deleurviure, ou de leur propre 
tempérament, ou d’autant qu’ils ont les cerueaux 
plus forts que l’ordinaire , pour mieux diffiper 
beaucoup de vapeurs & exhalaifons, qui caufenc 
lefdits fonges. 

Les Poètes qui fouz leurs fables c:achenttouf' 
iours quelque belle dodrine, & entre autres Oui- Omi.Utù 
de en 4 Metamorphofe, feind trois miniftres ou 
feruans du fommeil : defquels l’vn eft appelle 
Morpheus, iceluy imite & figure auxvifions les 
perfonnes humaines, tant hommes que femmes; 
il eft auffi appellé par ledit Ouide; 

“—ydmfexfimviiatorjjfigHrA {humant, fttpple) 

S 



S7é SECT. II. DV POVRTRAICT ^ 

I Ced à dire ouurier& contre-faifeur défiguré 
[àfçaiioir humaine.] Car en Grec le mot de Mor* 

Troh di. phe fignifie forme & figure: L’autre s’appelle Ice. | 
tterfes ejpe^ lus OU Phobetor,qui figure & nous reprefente ; 
tes de fin- fonges en vifions tous animaux brutaux , du- 
quel Guide dief ces vers: 

Fit fer a, fit volHcrii,fitlot}£o corpore ferpens. 

Puis adioufte: , 

HHneIcelonfuperi,mortale PhohetoravMlgtu 

dominât. 

Et d’autant que ledit Phobetorréprefenteîes 

belles brutes^qui nous font toufiours plus efpou- 
uentables que les figures humaines, c’eft pour* 
quoy on l’appelle Phobetor, qui en Grec fignifie 
refpouuameur. 

Le troifiefme feruant & 'miniftre dudit fom- ^ 
meil, s’appelle Phantafus, qui exprime &repre- i 

fente aufdits fonges & vifions,les chofes qui font 
deftituées de vie animale. 

Songes^ Quant aux différences ^ defdits fonges & vi' 
vifions de fions, clles font de trois fortes : à fçauoir les fon- 
trou fortes, ggj ({juins, les furnaturels , & les naturels. Peu- 
Znfo» lo. diftingue en fonges diuins, diaboliques. 

Hure de fin allegotiques, prédictifs & naturels ce qui fe peut 
commentai- rapporter aux trois différences que nous en fai¬ 
re des diui- fions. 

nattons^ Les fonges diuins, ont elle inftituez, enuoyez, 

& infpirez de Dieu, à fes Prophètes & fidelles 
fieruiteurs, & comme Dieu eft la mefme vérité, 
ils font aulîi toufiours certains & véritables. 
olferua-^^^ Dicu par fon efprir,ou par le minifterede 
ion fur Ut , rcprcfentoit pat fonge , à l’imagina- 


JDI lA SAKTEV 177; 

tioti de Ces fcruiteurSjCe qui layplâifoir, ou pou|^»^« J»; 
le bien de fon Eglife, ou pour - le foulàgement de^»inî. 
quelques particuliers : combien que Dieu fou-, 
uent fe foiü referué le temps de leur manifefter 
pkinement, ce quil leur.aupit fait veoken vb-- 
lion de nuid endormant: ainfi qu’on levpidé», 
fonges delofeph- Par-fois telles vifions ontîeûé: 
accompagnées de leurs cxpofitionSjComme onle' 
peur recueillir de plufîeurs vifions des Pacriar-, 
elles & Prophètes, & des fonges de faind^’ierrje, 

& de faind Paul, du nouucau teftament, Dieu a, 
niefrae voulu donoer'des apparitions diuities,. 

^i-ceux qüfn eftoknt-pasdel’EglifejOU pour aydcc 
aux peuples , & à ce qui concernoit l’eftat du 
monde , ou pour, le bien! particulier.d’aucuns dé 
fes fetuiteurs : comme les fonges de Pharaon» 

& dé Ces deux officiersont. efté premièrement 
pour le bien & grandeur de lofeph, pour le bien 
de l'Ægypte , & particulièrement-pour le bien 
de toute la famille de lacob , comme la fin du 
•Genefe le monftrc. Et le fonge de Nebuchadne- 
zer- , fuft de mefrae pour le bien de l’Eglife de 
Dieu : car par la permiffion de Dieu,il oublia 
mefrae fon fonge, afin que Daniel fuft efleué par 
te moyen la. . 

Or Satan qui tafehe' toufiours pour mieux Songes 
dcfpiter Dieu , d’imiter fes œuures , ainfî qu’il 
auoit introduit: en fa Synagogue de faux fa- 
crifices, de mefmes il y a introduiéb auffi fes Con¬ 
gés , qui pour la plufpart n’eftoient que men- 
fonges ou tortures pour ceux aufquels il difoit ou 
rcueloit quelque vérité,par la iufte permiffion 



lyS SECT. II. DV POVRTRAICT 
. ^ rcaélation de Dieu : puniflant ainfi les Ido¬ 
lâtres. Or de tels fonges diaboliques on en fai- 
de detmfâ- ÇQi^ jg dèuxfortes : les vns qu’on nommoit cu- 
rieux ou requifitoires, qui comprenoient les 
fonges recherchez , demandez & obtenuz par 
rnelchans vœux &'profanes ceremonies, entre 
les-^ens agitez d’inquietude , & y auoit des 
lieux & temples deftinez, ou on deuoit [apres les 
vcBux & ceremonies obferuées ] dormir, & tout 
Ce qu’ils fongcoient.eftoit par eux eftimé quelque 
oraclê: le dôme d’Amphiare ôc l’autel d’Ardale 
en la ville de Trœzencjcftoient lieux deftinez à 
cclà jOÙ lespauuresPayens accouroient de toutes 
parts. 

tieux de- Il y auoit d’autres lieux comme l’antre de 
fiinex_ aux charon en là ville de Trallcs : En Ægypre le 
fanges d» ^gjuple d’ifis , & de la Deefle Melopide : & en 
pems». £,pi(jam;e Jg temple d’ÆfcUlapè , où les Payens 
tehoient pour certain, que les malades qui y ve- 
noient, apprenoient parvifîon, les remedes pro¬ 
pres à guérir leur langueurs & maladies,'voire 
les plus déplorables & incurables. Et de lait on 
en lit anxhiftoires de grands & voire prodigieux 
elFcds : dans ledit temple d'Efculape mefme- 
Ruft ie ment, comme l’eferit Paufanias, y auoit des Pi- 
Satau. jjgjg noms de ceux qui eftoient guéris 

eftoient grauez, auffi bien que les remedes dont 
ils auoient efté confeillez d’vfer parlavifion ou 
l’oracle. Celle cquftumc dura mefme parmy les 
Romains,iufques autempsdesAntonins: com¬ 
me on le peut remarquer parla table de marbre, 
qui cil à Rome , & qui fut trouuéc au temple 



»I tA S AN T b'. 279 

d‘Efculâpc en rifle Tibcrinc-, & qui eftencor 
côferuee iufqu’àce iourd’huy par lesMaphscs^ 

En laquelle table félon le tcfmoignage de Hic- 
rofrae Mcrcurial, tres-doâ:e & célébré me- 
decin fe trouue graué en Grec tourné en Latini 
comme l‘oracle apprit à vn Caius & à vn Valei 
rius [eftansaucuglez] le moyen de fc guérir, Ss 
parfaidemenc voir, & ce à la vcüe& grande 
congratulation de tout le peuple. Il y a en la 
mcfme table, le temedeappris par l*oracleà vii 
Iulianqui auoitvn grand vomiflementdeTang, 

Et à vn Lucius affligé d’vnc douleur de cofté, 
dont chacun defefpêroittLes remèdes font notez 
enkdire table. 

Il y a entre les fonges diaboliques vne autre ^utreej^t» 
efpccc de fonges [ outre les rcquifitoires] la- ttdtfan^tg 
quelle eft inopinée : à fçauoir quand les fonges 
viennent contre rattente & l’efperance , fans 
au oie efte cherchez ny demandez: le diable fc 
fourrant àlstrauerfe pour prédire cecy ou cela, 
pour toufiours abufer fes efclaues : tcfmoins 
plufîeurs fonges des forciers & des fantàftiques 
enthufiaftes. 

Laiflbns à part ces fonges diaboliques, &rc- 
uenons aux différences que nous auons faites 
des fonges. Nous auons mis au premier rang 
tes diuins, les furnaturels les fuiuent, qui tien¬ 
nent le milieu entre les diuins& naturels: Car 
ills peuucnt aduenir fans eftre precifémcnt en- 
uoyez de Dieu, & leur caufe n’aduient auffi feu- 
Icment par vne feule deprauation d’humeurs, 
comme les naturels , ains par vn rauifferaent 
S iiij 



iSo SECT.;II. D.V POVRTRAICT 

d’.efprit; quivjs.illc tandis que le corps eft en re¬ 
pos & qui aydé fouuent de l’infpiratipn de 
j^el/ll^e Genie,re figure &rcprefente par fdnge, 
paryifiojis.des chofes qui.font fignificatjûes, 

& d,ont-.le .plus fouuent on cognoift la certitude 
par l^s-eucnciTiens. T els fonges aduicnrient vo- 
fpntiçrsle matin,; lors que le cerueau eft le plus 
ÿbre i defeharge des vapeurs, de la viande qui 
l’jofïufqQent., 

Ilyapluficursexemples detèllc fortedefoh- 
ges, parlefqucls on obfcrue plufieurs maladies, 
& plufieurs curations d'içelles, cftre furuepues 
à d’aucuns, rayant au préalable fongé ou veu en 
vifion : fans que tels fonges euCTent efté mandiez 
ny recberebez, comme les diaboliques. • i ^ 

Cd Tf i-7- C^elqu’vncommç le récite Gœlîus de Galien, 
ayant fongé que l’vne de fes' iamhes eftoit deuc- 
îeli. nue pierre : aduintque touç,auffi, toft il tomba 
paralytique de cefte iambe 1 aj.fans que -nulimC'- 
deçin euft auparauant preueu le mal. 

•SseimpUs Arnauld .dé Ville-neulue grand médecin, 
W comme l’eferit Fulgof. Hu.r. ch,5. fe fentit bief- 
àtsfittgti. pgj. jg fongeant, parvn cliat noir, dans 

vn pied ; le lendemain il fut attaint d’vn chancre 
en la mefme partie» 

Auenzoar par vne vifion , apprit vn remede 
pour fe guérir d’vn mal d’œil, dont il auoit efté 
trauaillé fort long temps, fans y pouuoic remé¬ 
dier, comme l’eferit le mefme Fulgofius. 

Artçmidore en fon 5. liure, raconte comme 
il fut aduispar fonge àquelqu’vn, que Mar s le 
blelToit ; luy eftantaulfi toft furuenu vn vlccte en 


: r -.DI EAv s ante'*,. ■ 2,8l 

larcgion:dufondcniènc;,&eftântomicrtpai-vne . 
lancette^il guarit foudain." .> > ; : ' ^ ; ; ,1 

- Ilfeiit.dansÆÜan, vne^hiftoirercmarquable,! 
d-VDe fillenomœee Afpafîa, fille de-Hèrmotime /X12. 

[la merc , de laquelle mourut en renfantant]^ Hijîpirert- 
quifuft nourrie-& efleuee par -le pere?j aùec hu- aUe* 

miliïé &lm0defi:ie.'. Gefte fille fongeoit louùent,- 
qu'elle feroit mariee:à^njhoœmf.beau?& grand:) . 
mais fous-cclle longué'atcentej il kijî-adumtvnc >- -• 
grande & difforme tumeur au mehîbn,i qui la ‘ 
defpguroic beâucoupi & qui donnoitvne gran-»^ ' ‘ . 

de fafeherie & au père. & à elle auflî. Qm fuc ' ‘ 
caüfe que ledit pcrc euft recoui3.qu lùedecin, 
qui entreprint. de la guérir, y raaisÆ condition 
qu’on luy dorineroit. pour falaire trois,talens: 

Mais le pere, luy difànt qu’il luy ëftoit impofli^ 
ble luy donner fi grand fomme d’argent, le mé¬ 
decin laifTa la malade, qui en fupporta vn extrê¬ 
me dueil : Tellement que ne voulant fouppefj^ 

& cftant préoccupée à'eaufe de fan enhuy, d’vn 
profond fornmeil : elle ouyt en vifion, qu’onluy 
tint ces paroles : Ayes bon courage,& dits a-Dieu 
aux médecins, auec leurs drogues, mais;ne laiflè ^ 
de prendre les rofes de Venus, & les appliquer 
pilees, fur ta turaeiir. Apres qu’elle euft ouy 
cela, & exeCuté le confeil qui luy auoit efté don¬ 
né , la tumeur s’efuanouyt : & depuis Afpafia, 
comme belle entre toutes les filles , d’vne vie 
honnefte, &de mœurs où il n’y auoit rien àre- 
prendre, parut de telle façon louable , qu’elle fut 
premièrement mariée à CyrusRoyde Perfe, ^ 
apres la mort d’iceluy, à Artaxerxes. ,, . 

C .. 



xîl SICT. n. DV POVRTRAICT 

r&».C,ty. Pline efcritvnc hiftôircd’vnc mcred’vn ccf- 

Mf.x, tain gend’arme, quieftoit bicneûoigné d’elle, 

‘ laquelle fut aduertie par vifio» , de cueillit la 
racine de la rofe fylucftrc, didtc Cynorhodon^ 

. ' qu’elle auoit regardée le iour auparauant, auec 

{ plaifir dans fon iardin, & qu’elle enuoyaftTou^ 

" c dain ladite racine à Ton fils, pour en boire cftant 
Tlanteeon^ trempeedcmaccrce auec du laiâ: : ccqu'ellefit, 
treiamot‘ & aduint qu£ ledit genrd’arme reçcüt auec ce 

/urt des remede,vne lettre de fa mere, qui contenoitvne 

inftante rcquefte d’cxecuter foudain ce qu’elle 
luy eferiuoit. Ge qui yint fort à propos, & lors 
que ledit .gend’arrae auoit efté mords d’vu 
chien enragé , & que le venin auoit ja fi fort 
gaigrié , qu’il craignoit l’eau qui cft vn indice 
mortel : car vfant promptement du rcmede>il 
fut fauué inopinément par iceluy , qui en apres 
fut efprouué heureuferaent par pluficurs au- 
yres^.;'.''-i -■ 

- Voila les maladies & les guerifons preueües 
& preuenues par les fonges & vifîons noétur- 
ties.- 

' Faifons voir maintenant infinis dangers & 

périls éminents efehappez & deftournez par 
l’ayde & moyen de femblables fonges : non que 
nous defîrions , par ce que nous en eferirons, 
qu’on s’arrefteaufdits fonges, comme fi c’eftoit 
quelque reigle infaillible , ains pour monftrer 
qu’il ne les faut toufiours merprifer, &quc la 
loy eferire par le Caton : Ne te foucies point 
; " des fonges,mérité quelque exception. 

Simonides, pat longe cftant aductry, qu’il ne 



DE LA santé'. aSj ^ 

fc mit pas fur mer, [ vn iour qu’il délibéra de s’y Stngt »o» 
mettre] ains qu’il demeuraft à terre: il obtem- 
pera à fon fonge, & bien luy en aduint. .Car tous ’”*”*^*** 
ceux qui s’embarquèrent alors furent fubmer- 
gez par vnc grofle tempefte quifuruint enmer, 
dont Simonidès fuft fort rèfiouy d*auoif efeha- 
pé d’vn tel danger, & de ee qu’il auoit plusaf? 
feuré fa vie fur vn fonge, que fur vn nauir e : C’eft 
ce qui en ieft eferit par Cicéron en fon premier 
iiure des Diuinations. 

Themiftocles , éuita vnê grande embufehe '£f**^* f* 
qu’vn certain Epixyes luy auoitdreflee,dans vnj^^*’”*'' ** 
bourg nommé Leontecephalon [ qui veut au¬ 
tant dire, que teftedelyon ] ayant veu enfonge 
fa mere, qui luy difoit : Donne toy-garde The¬ 
miftocles, de la tefte deslyons,de peur que tu 
ne tombes entre les pattes d’vn lyon. Ce qui eft 
eferit par Plutarque en k vie dudit Themifto¬ 
cles. . - 

Le fufdit Cicéron , au.mefme Iiure des-Diui- 
nations: & Suetone en la vied’Augufte, qu’on . ' 

nommoit 0<ftaue,dit qu’il y auoit deuxarmées: 
i’vne d’Anthoine d’vn cofté,& d’a'utre celle de 
Brutus & de Caffius, qui cftoient preftes à don¬ 
ner la bataille aux champs Philippiens . & que 
M. Artorius médecin dudit Augufte, reçeut par ^ 
vifîon ou fonge , commandement de Minerue 
d’admonefter Odaue [detenu alors au lid ma¬ 
lade ] que fa maladie ne l’cmpefchaft pas de le 
trouuer en pérfonne,ap prochain combat: Ce 
qu’entendu par Ca:rar,il fe fit porteraulieudu 
combat, dans vnc liélierc, en laquelle^ ayant 



iS4 SECT. ÎT. dV povrtr>.ict 
veillé & tenu le guet, voire plus que fcs forces ne 
permettoient, defircux d’obtenir la viûoirc, il fut 

deliuré de fon mal & des embufehes, efforts & 
affauts que luy liurerent les foldats de Brutus, qui 
auoient confpircfamort. 

Combien y a-il de Royaumes & d’Em pires qui 
font efeheuz à beaucoup de grands perfonnages, 
ou à leurs proches parens, & autres qui long 
temps auparauant leur„auroient efte ^.réueuz & 
prédits par vifions & par fonges.? : 

J’o. .Olympjas,tnere_d*Alexandre/ongea la prcinie- 
cÿ* rciîuiéldesnopces, couchant auec Philippe fon 
Soy ^aty^ que de fes entrailles fortoit vn grand ton- 
^aced, -nerre,& foudre : .là flarnme duquel s’efpandoit 
bien loin: Philippes d’autre cofté fongea, la mef- 
mc nuiét, qu’il imprimoit dans le ventre de fa 
fteinme.OlympiasvnLio.n- Tout cçla prefageoit 
que la grandeur &la puiflance de lejar fils Ale¬ 
xandre,s’eftendroit bien loin, comme l’efcrit Plu¬ 
tarque; en : 1 a v.ie düdic Akxandrc , apres luy 
S/tleUIt p.Sàhellf : : ,> r v; /> • 

eaf. 6 . Antigonus fongea qu’vn .Mithridates nour- 

Autrtfon- ^ eflcué âuec fou fils Dcmetrius fortche- 
ge defpoüillcroitdefoiiRoyaumc. Ce 

gonuê. que ledit Antigonus rcuela à fondit fils Derae- 
trius, auec ferment, qü’il n’en dirpit rien à Mi- 
thridates fon fauory r lequel Antigonus delibc- 
roit faire mourir. Demettius marry de la deli¬ 
beration que prenoit fon pere de faire mourir 
fon amy : pour n’cftrc pariure, il ne l’cn aduer- 
tift pas de bouche, ains eftant tous deux feuls, 
eferiuit en terre auec la pointe de fon dard 



DE la SANTE', iS; 

[Mithridatcs le voyant ] ces lettres qui conte- 
noient deux mots feulement: Mithridates» 

Mithridates fuy t’en. Ce qu’entendu par ledit 
Mithridates , s’enfuit la prochaine nuift en 
Cappadoce. La deftinée pourtant par i’euene- 
raenc fift trouuer le fonge d’Antigonus vérita¬ 
ble : Car Mithridates occupa & enuahit quelque 
temps apres, vne bonne partie du Royaume de 
Pont, comme l’eferit Plutarque en la vie de De- 
metrius. 

Iulius Cæfar r auant que d’cftrcdid^areur,fon- 
gea qu’il couchoit & embralToitfa mere. Laquel¬ 
le vifîon noiturne [félon i’expofîtion des inter¬ 
prètes des fonges ] luy predifoit fon euenement 
à l’Empire: car la terre eft la mere de toutes cho- 
fes, laquelle il auoit veu par fonge,comme s’eftre CétfaT/ * 
fubmifeàluy. 

Odauius & Aftia , pere & mere d’Augufte Songe fur 
Cæfar , virent par fonge que leur fils feroic vn 
iour vn grand Monarque , aufli bien que le vi- 
renc de raefme Philippe & Olympias : compie c^eJUr, 
nous l’auons défia diftcydelTus: Car Adia dor¬ 
mant au temple d’Apollon,fongea auoir affaire 
& s’accoupler auec vn dragon, & de fait le temps 
efeheu de fon accouchement elle enfenta. Tou¬ 
tefois auant qu’elle enfantaft,elle fongea enco¬ 
re que fes entrailles voloient au Ciel,& qu’el¬ 
les s’efpanchoient par toute la terre. Lamcfme 
nuid, Odauius vid en fonge, qn’vn Soleil fe 
leuoit de la matrice de fa femme : d’où Figulus 
Sénateur Romain , predid incontinant à fon 
pere, qu’il deuoit eftre vn grand Empereur: Ce 



its SECT. II. DV POVRTRÀICT 
quieft efctit par Suetone,en la vie d’Angufte. 

Traiân,Hadriân,-& M. Antonin le Philofophe, 
auant que parueiiir àVEmpirc, eurent par fonges 
& viiîons.mefmes predidions,comme l’e feriuent 
Xiphilinus & Dion Nicæus en leurs vies. 

Mais afin que nous ne nous feruions pas feu¬ 
lement des hiftoires profanes, pour faire vcoir les 
grands effeds des fonges & vifîons nodurnes; 
pour la concluïion, nous mettrons en auant vn 
exemple admirable, qui ne peut auoir de répli¬ 
qué ny contredid, ayant elle deferit & par Theo- 
doret liu. chap, 6. & 7. & par autres do- 
deurs Ecclefîaftiques, comme s’enfuit de mot à 
mot. 

Theodofe general de l’armée contre les Bar¬ 
bares, fouz l’Empereur Gratian, vid l’image de 
Melctius Antiochicn , qui luy fuft reprefentée 
Me «formant, qui luy ietta fur les efpaules le 
d^ThtoiU- “manteau Impérial, & la couronne fur la telle: 
ce qui ne fuft lâns ’elFed. Car, la guerre eftant 
heureufement acheuée contre les Barbares, par 
Gratian : vn peu de temps apres il fuft defigné 
. Empereur, & en l’an troifiefme d^ Ton Empire, 
& deGhtift 583. commanda d’alTebibler vn Sy¬ 
node à Conftantinople, pour confirmer la crean¬ 
ce de celuy de Nice. Qwnd les Euefques furent 
alTemblez en ce lieu , l’Empereur commanda 
qu’on ne luy monftraft point Meletius , pour 
vcoir s’il recognoiftroit luy-mefme la face de 
Meletius , par Wmagé qu’il auoit veüe en fon- 
ge : Eftant donc entré en l’alTemblce desperes, 
U courut incontinent à Meletius , qu’il rcco- 



DE LA SANTE*. itj 

gneut tout àl’inftant, ScTembraflant Icbaifa, & 
déclara en la prcfence de tous , le fonge qu’il 
auoit vcu. 

Ceft allez parlé desfonges furnaturels: au¬ 
cuns defquels tiennent certes quelque chofe 
de diuin : Il refte que nous parlions des natu¬ 
rels , maiiere qui appartient particulièrement à 
la medecine. Les fonges naturels font ceux qui 
-reprefenrent les paflSons de l’ame & du corps: & 
pourtant doiuent bien eftre obferuez par le 
médecin, comme le déclaré Ariftotc. D’iceux jtHthiun 
ont eferit Hippocrates , Galien & plufieurs au- 9«» 
tres médecins: mais Artemidore, en a eferit à 
bonefeient. 

Les imaginations de tels fonges furuiennent 
le plus fouucnt , & de caufes externes & d’in¬ 
ternes : les externes font l’vfage des viandes 
beaucoup vapoureufes, & qui engendrent vn 
fang torride & melancholiquercarvfer de choux 
mal à propos, forme des fonges triftes & faf. 
cheux: l’vfage auflii de Phafeolcs, rendent des .. 
fonges turbulents & confus, comme les aux &: 
les oygnons en fufeitent de terribles: Ainfi beau- 
coup d’autres fortes de viande nuifibles, peu- umts, 
uent apporter en dormant des yifions fafeheu- 
fes : tout cela appartient aux caules externes : 
comme plufieurs appofitionsfous le cheuet, de 
cœurs d’animaux, font voir des vifions efmer- 
ueillables, ainfi qu’on le lit en Albert le grand: 

On peut aufli rapporter iuftement auxmcfmes 
caufes externes,, ce qu’Olaus eferit en (on liurc. 
i8. chap.S. en ces termes : On prend en Suecic 



i88 SECT. II. DV POVRTRAICT 
région Septentrionale i-vae befte fort gourman* 
j de, qu’on appelle Gulo, de laquelle la peau eft 
tres-precieufe : & fous la couucrturc d’iGelle* 
quiconque dort, a accouftumé de voir des Con¬ 
gés sonformes à la vie & nature de ladite befte» 
comme à dsuorer fans fe pouuoir faouler, & 
drefterdesembufehesaux autres beftes , & à fc 
donner garde des leurs. 

Jntmtsi Qiftnd aux caufes internes defdits Congés 
& vifions, ce font les mauuaifes humeurs, les 
melancholiquGS mefmement, qui offufquenc 
parleurnoirçeur, la lumière de l’entendemenr, 
& y impriment beaucoup de fonges fâcheux, 
comme on le voit en toutes perfonnes melan- 
choliques. 

Ceft vn grand cas, que lefdits fonges &vk 
fions nodturnes, »’ont pas feulement pouuoir 
fur les fondions du fentiment, ains bien fouuent 
auffi fur celles du mouuement. 

Tefmoin nous en fera vn Theon Stoicien,- 
qui marchoit en dormant : Tefmoin aufîi le 
feruiteur de Pcricles, qui en dormant montoit 
fur le toid des maifons, comme l’efcrit Raui- 
fins. 

Tefmoin ce qu’eferit de luy mefme Galien 
liurez. du mouuement des mufcles»chap.4. Le¬ 
quel vne fois cheminant de nuid s’endormit en 
voyant des fonges,& ne fe refueilla, que premie- 
xement il n’euft hurté fon pied à vne pierre. 

Les remedes qu’on doit apporter pour fe pre- 
feruer de tels fonges,qui empefehent que l’hom¬ 
me ne puiflè prendre vn bon repos, eft d’euiter 
toutes 



DE LA S A N T e'. . . zSj) 

toutes viandes maunaifes, gui les peuuent pror 
curer : d’yfer de purgation menalagogues, pour IS-etneies 
euacuer les humeurs raelancholiques, qui exci-^"* 
tent en nous tels fonges, les corriger & con- 
temperer par bons antidotes &- remedes pro¬ 
pres, &vfer de réunifions & dcriuations,pouc 
deftourner beaucoup des vapeurs & fumées qui 
montent au cerueau, & qui y cauTent tels foh- . 
ges fafeheux, fans oublier en temps &: iieu la 
miflîon du fang, ventoufes & autres remedes 
prins de la Chirurgie. 

Pour remedes particulières , 1 a femence de lai- 
âucs prife en breuuage :& laTemcncc du pour¬ 
pier mife fur le lidjdcftournent les fonges fé¬ 
lon Acmcch. Albert approuuc la poudre de la Frofriete^ 
peau du ferpent, mife îoubz le cheuet du liâr. 

Item les marguerites ou perles pendues au col.”'‘^*”^,“ 
chaflentlapeurdu longe,lelon Auicennc. La-yj„^^^; 
nisaddoucitlcs fongcs,s’il efl: penduau cheuet ^ 
du iiétjpour y eftre fleuré en dormant, felonpli- 
nc.Galicnapprouuef Aneth mis fous le cheuer, 
contre ceux qui ronflent & qui faillent du li(â 
en dormant -Et Rafîs dit que les dents d’vn çhc- 
ual.mifes fous la tefte d’vnhomme dormant, le' 
retiennent en doux repos. Il y a infinis tels au¬ 
tres remedes fpecifiques; mais les principaux, 
font de prier toufiours Dicuauant dormir, de 
nous garder d’eftre polluz, tant à nos'efprits * 

qu’en nos corps, & nous preferuer de tous 
mauuais fonges & vifions. 


T 



25>0 SeCT. II. DV rOVRTRAiCT 

DE L’EXERCICE ET DV REPOS. 
Chap. XI. 

L ’Exercice eft vnc des chofes falutaires , vtilcs 
& ncccfl^ires pour entretenir en bomnc ha¬ 
bitude & dirpofition le corpsbumain, & le ga- 
rentirdc beaucoup d’infirmitez & maladies,à 
(juoy Toyliucté & le repos le rendroit fujcâ:: 
ifeBs de Car l’exercice fortifie la chaleur naturelle, con- 
l'txttwc. funje les fuperfluitezexcrementeufes,dont tous 
corps abondent : empefehe la plénitude, rend 
difpos & agile le corps : fortifie les nerfs & les 
ioindures'. maintient les pores & conduits du 
corps ouucrts , & fait que les vapeurs ,fiimées 
- & fuperfluitez produites & du fang & des ef- 

prits, qui font les conferuateurs de noftre vie, 
fortent dehors &s’euaporent. De là vient que 
toutes les faculrez en font fortifiées & reftau- 
rées,tous nos fens intérieurs & extérieurs, en 
font mieux leurs fondions: nos poulraons en 
Youfflent mieux, & la refpiration en eftant meil¬ 
leure, le cœur en eft reftauré & plus fortifié: & 
quand aux parties de la nutrition,clics prepa- 
rentjCuifcnt & digèrent mieux la viande, diftri- 
* buent&font raeilleureaffimilation,&donnent 

iflue plus aifée à toutes fuperfluitez qui en vien¬ 
nent. Voila les grands biens & vtilitêz qu’ap¬ 
porte l’exercice , quand il eft modéré & prinS 
en temps & lieu, commenousdironscy apres: 



DE LA SANÎE, IJÏ 

Voyez ce qu’eletk de l’exercice Paiil. Æginet.iiJ.i.d»M 
qui confirme à pluspresnoftrc opinion: L’exee- 
ciGceftvn raouucment véhément : 1 e bouc dé"k 
vehcmence eft, quand la refpiratiori change & 
deuient plus frequente & efpoifle: Orles exer* 
cices préparent & difpofent les parties inftru- 
mentalcs à cftrc fortes contre toute offenfe, ou 
pour neneftre pas fi aiferaent abbatuës: & les 
renforcent pour bien faire leurs actions, ils ren¬ 
dent auffi l’attradion de Taliment plus forte, Sc 
font le changement & digeftion d’iccluy plus 
promptjdont la nutrition s’en fait meilleure par 
la chaleur qui en prouient. Us repurgent auffi les 
conduits de leurs fuperfluitez, & les cuacucnc 
par vn fort mouuement. 

Oribafe en efcric prcfquc en la mefme façon; Syl 
L'exercice, dit-il, cfi vn mouuement vehemenr. a. 

Le bout & la fin de laveheraence, eft quand le 
fouffle & la refpiration redoublent, D’auantage 
les exercices laborieux, préparent les membres 
organiques, & les rendent plus robuftes à bien 
faire leur fondions, à attirer la nourriture par 
tout le corps,& à la changer & digerer plus -prô- 
ptementteomme auffi ils fufeitent vn bon appé¬ 
tit, à caufe de la chaleur qui efmeut nettoye les 
conduits, & par vn effort de Tefprit vuide plus 
toftles exeremens. 

Au refte, par la définition que fait Oribafe de 
rcxcrcicc, & par le tiItrelaborieux,qu’illuya - ’ 
donné,nouspouuons comprendre qu’il y a plu- 
ficurs différences d’exercices, que noustedui-»» y. 
îons ou diftingueronsen trois fortes : aux exer- dSiZs 
T ij 



^JtfXtrcieei 
diflingut\ 
tntrùit fit- 
Ui. 


Iji SECt. II. DV POVRTRAICT 
cices laborieux,forts & violents aux exercices 
médiocres, & en ceux qui font petits & légers: 
C’eft la différence generale des exercices qu’il 
nous faut diuifer particulièrement, & appro¬ 
prier chaque différence à l’aage diuers des per- 
fonncs,qui pcuuent & doiuent fupporicr.ou 
plus grands ou moindres exercices, tant pour 
lies conferuer en bonne famé, que pour les dc- 
liurcr de plufîeurs maladies, dont ils pourront 
eftre airains. 

Surquoy il faudra de mcfrac auoir efgard aux 
exercices qui font propres à tout le corps en ge¬ 
neral, & qui exercent particulièrement quel¬ 
ques mébres, foii latefte, foit le col, la poidrinc, 
les efpaules.lesbras, la main, les reins, les cuillès 
ouiambes, & telles autres parties particulières. 

Et nous faudra de mefmc trâifter des exerci¬ 
ces plus propres à quelques faifons, qu’aux au¬ 
tres. 

Item, de ceux qui font plus couftumiers en 
vnlieu qu’en l’autre,tant fur la terre que fur 
l'eau,qui font les cléments plus fermes,& ou 
les hommes pcuucnt fréquenter le plus. Item, 
du temps plus conuenable qu’on les doit pra- 
iftiquer, foit le matin, foit le foir, apres ou auant 
le repas. Approprier le tout félon le naturel & 
qualité des perfonnes, fans oublier mefme les 
exercices particuliers, qui remuent autant ou 
plus l’efprit que le corps. 

C’eftee qui nous contraindra d’eftre plus longs 
d’auanture, qu’il ne fêroit requis : & de recher^ 
cher l’antiquité,auec ceux de nofère temps, dont 



DE LA S ante'. 15)J 

ie ne doute point que quelques Momes ou mot- 
dens ne prennent occafion de me taxer : mais 
les Ledeurs de bonne volonté prendront le tout 
en bonne part,& en pourront iirerduplaifit & 
dcrvtilitc. 

L’art Gyranaftique a cfté prattiqué de toute 
antiquité,& de temps en temps,félon que l’opUr. 
lence s’eftaccreuc & augmentée. Ledit art aucC 
le luxe,s’eft accreu de telle façon,que nous en re¬ 
tenons encore auiourd’huy beaucoup de traces, 
comme nous le fer ons voir cy apres en fon lieu. 

Dudit art entre les modernes, Hierofme Mer- 
curial tres-celcbre & tres-dode mcdccin,a eferit 
vn beau & dode liure. 

Cet art a efté premièrement inuenté des Grçcs, tJe Orâ- 
comme referit Cicéron enfes termes : Les Gym- tore, 
nafîes onteftéptcmicreraêtinftitucz des Grecs, 
pour récréation & exercice, 3 c ne fignifie autre 
chofe le mot de Çy ma afîum en Grec, qu’exercice 
en François. Çymnafium eft aufli pris pour le 
lieudetoQscxerciccs,foitàluider,courir,di- 
{puter,& traitter des lettres:félon Plaute. Et 
Gymnafiarchus ou Çymnajtarcha eft apellé celuy 
qui a la principale charge du lieu de l’exercice, 
par Cicéron. 

Or quant aux différences defdits ieux ou e- 
xcrciccs , on en faid plufîeurs qui font pour- frincipaute 
tant réduites à deux chefs, dcTyn & l’autre mis «f" <*<«<- 
& colloqué fur le mouuement naturel : l’art y e- 
ftant apres employé & adioufté. L’vn d’iceux 
eft ftmple,& l’autre eft aueç émulation ou imi¬ 
tation ; Le fîmplc cftoit, quand on fautoit, 

T iij 


J 94 SECT. II. DV POVRTRAICT 
ou couroit-on.ou faifoit-on fans compagnotr. 
ul autre ou femblable cxeccice qui vcnoit à 
grc. 

L’émulation a fuiuy de près, c’cft à dire, vne 
enuie d’imiter & tafeher à contrefaire auflî le 
raefmc exercice,-voire à iurmonter fon compa- 
"gnon: de là furuint l’obtredation 'ou mefdi- 
fancctdela mefdif^nce le combat, qui ne peut 
cftrepouric moins que de deux, rvndefîrant de 

vaincre & de furmonter l’autre ; Le nombre de 
tels corabatans, s’eft en fin beaucoup accrcu,& 
ontcftéappeliez de.diuers noms,tant félon la 
diuerfité des exercices, que de la rémunération 
ou prishonnorable,qui leur en reuenoit :Tels 
luiâcurs ou combatans s’apelloient PalæftrU 
tcs luidcurs ou ioiieurs de barres : car le mot le 
porte ainfî. Paufanias attribue rinuentionde 
cefte difeipline à Thefeus : mais par la fin de 
l’exercice, ils furent appeliez Athlètes du nom 
thletes ' fignifie prix d^honneur. Au com^ 

raenccment tels combats,ieux ou exercices , fu¬ 
rent feulement de cinq fortes: à fçauoir, la cour- 
fc,la luiâ:c,Ie pugilat ou combat à coups de 
poings armez de gantelets : le fault, & leied 
d’vn pallet,d’vne groffè pierre ou d’vn fort dard. 
Ceux qui auoient efté vainqueurs en cinq for¬ 
tes de ieux, exercices ou combats, & qui en 
auoient rcccu la couronne, eftoient appeliez 
0^’ Peutathlcs, comme l’cfcrit le trcf-dode&ce- 
lebreScaliger: les Latins les nomment C^in- 
* ' quertioncs. 

Nous parlerons de CCS cinq fortes de premiers 



DE Ï.A santé'. 155 

kux & exercices des anciens par ordre, d’autant 
qu’ils font encorcs couftumiers auiourd’huy, 
parmynoüSj&commencerons parla courfe. Il 
y âuoic vn lieu public deftiné à ladite courfc,qui® 
contenoiten longueur deux cens vingt cinq-'®' 
pas, ou deux cens coudées, lieu dit des Xatins 
ftadiuni, & en François ftade : & ceux qui vac- 
quoient à tel exercice, s’appelloient Curforcs, 
poftes ou coureurs en general : mais particuliè¬ 
rement aucuns d’eux eftoient nommez Stadio- Stadidro» 
dromes, qui ne faifoient qu’vnç courfe dudit”’"* 
ftade, fans fe repofer qu’au bout d’iceluy.Virgilc 
fait mention de fept tclsStadiodromcs,quiaflî- jiu 7.de 
fterentauxicux&courfes,queJe religieux Ær/o» Mnti- 
née fît celcbrer en,Sicile fur la . tombe .d’A.nehi* '^** 
fesfonpere. Mais ceux qui auoicRt adieué leur 
courfe iuCqu’aubut, & recouru fans repos & re- 
lalche iufqu’au lieu d’où ils eftoient partis , 
ftoient appeliez Diaulodroraes. Et ceux qui par ®*^***“^*“ 
fîx fois continuelles s’eftoient,mis en deüoir de, 
çourir iüfqu’au bout <hidit ftade, & de retour¬ 
ner par fîx fois d’vne mefme courfe fans relafche 
fappelloient Doliebodromes. Or on nommoit^®^“^*' 
ceux-là Hemerodroraes,qui fansintermiffion& Hewerô- 
reIafche, couroient& recouroient tout le long 
du iour,depuis le matin iufqu’au foir fans quit¬ 
ter le ieu, 

Cefte forte d’exercice eft encore vfîtee par- 
ray nous en beaucoup de lieux de la France, en 
noftreGafçognemefmement, oùil n’y a village 
qui n’ait fa f:ftc particulière, auffi bien qu’ez 
autfcs endroits. Au lourde la fefte dVn defdits 
T iiij 



195- SECT. IL DV POVRTRAICT 
villages,les circonuoifins salTemblcnt, & la- 
prefdinec on y voit exercer les icuncs gens à 
beaucoup de fortes de icuxtàfçauoir.àtirer de 
l’arquebufe, de l’arbalcftc, de lare, & beaucoup 
d'autres t^ls exercices ; & chaque ieu a fon pris, 
que le vainqueur en rapporte. Entre lefdits ieux 
ac exercices , celuy de lacourfe n'eft pas oublié, 
où accourent les meilleurs & plus villes cou- 
ïeitiecoitr- rcurs dediuefs endroits. La courfe cft pour le 
feen'Gaf-, naoînsdvnc grande demy lieue de GafeoUgne,. 

y^e bonne licuë Françoifede long.Ils fe¬ 
ront par fois dix ou douze coureurs, plus ou 
moins, qui à vn lignai qu’on leur donnc,partent 
enfembic^js l’vn des limites:à l’autre limite ÿ 
aura attaché ou vn veau,ou vn mouton gras, 
ouvnchappeaUjOU quelque autre pris,quife- 
ta, pour loyer du premier qui y paruiendra: là 
on voit vfer de beaucoup de rüfcs pour deuan- 
cerTvn hautre. Les plusexperts qui fc fient en 
leur viftelfe , ne vont pour le commencement 
que le grand pas pour fe mettre en haleinCi & 
puis ils courent à demy, & quand il cil temps 
courent fi ville qu’on diroit qu’ils ont des aif- 
lesaux talons,& les voît-on en peu de temps 
lailTer en arriéré ceux qui les deuançoient de 
plus de mille pas, & aufqucls les fpcélateurs 
donnoient défia en apparence le pris & l’hon¬ 
neur delà courfe. 

Jeudi hat- . Ceux qu’on appelloit Palællritcs coureurs, 
font maintenant nos bons ioüeurs de barres. 
Ce ieu appartient particulièrement,à l’cxcrci- 
ce de la courfe, fortcoulluraicren France, 



DE LA santé'. 297 - 

en noftre Gafcongnc mefmcment, & cftpcxerci- 
cc dont vfcnt commuDemcnL les efcoliers, qui 
fe peut mettre entre les violens, d’autant que 
le ieu dure long temps, êc qu’on n’en vient pas 
feulement iufqucs aux premières fucurs:mais on 
eneft le plus fouuent tout trempé, comme lîon 
fortoit de l’eau. 

Paufanias en fes Attiques attribue l’inucn-'^»*^«***''^* 
don de l’arc Palæftrique à Theféc,quimefmeÿ" 
appartient aux luiéieurs, qui eftoienî dits Pa- * 
læftrites des Latins, ra ot qui cft deriu c du Grec, 
lignifiant luiéle. De fà eft venu le Palæftrique, 
lignifiant le raefrae .que Palæftrite, c’eft à dire 
luideur, qui en luidtant nc tafehe qu’à renuer fer 
fon compagnon, foit en tirant, poulTant, pref- 
fantj Ouenlefupplantant, pour le faire choir à 
bas, fans frapper ny battre. Voyez ce qu’en eferit 
le lufdic Scaliger , au mefme liure & chapitre 
quedeflus. On voit cefte forte de lüiéle enco¬ 
re auiourd’hüy fort coüftumiere en France, en 
Gafcongnc, & mefmemtnt en la baftc'Bretai- 
gne ,, voire en autres régions. Ou mefme on 
peut obferuer les deux fortes de luides diuer- 
fes,qui nous font reprclenteespar l’antiquité. 

Car ,quelque fois la luide fe faid en fe prenant 
au corps d’vncoftç & d’autre, parles flancs & 
erpaules , quelque fois en fe prenant des mains 
par les bras. 

Au refte , ceux qui deuoient luider fe def- La façen 
pouïlloicnranciennemcnt.&fcmettoient tous 
nuds s’oignans d’vn Ccroyne,c’eft à dircauec 
quelque iinimçnt faid d’huile & de cire, telle- 



198 SECT. IL DV povrtraict 
ment que les rainiftres qui eftoient appeliez 
pour prendre garde à telles ceremonies, eftoient 
appeliez Ceroraatiftes. C eft pourquoy Statius 
rappelle la gralFe luidc : & Claud.l appelle cou¬ 
lante : Ouide la nomme vafte & ample, & d au- 
trcsPoëtcsIanoramcntmoëlte & falc, comme 
refetitRauife. 

Or félon Thucydide, ce font les Lacedsemo- 
niens qui les premiers ont introduit en tels ieux 
gymnâftiques, de s’oindre le corps, voire de fc 
dcfpouïller tous nuds, & de faid à caufe de ce 
defpouïllemcnt, telart fut nommé Gymnafîa, 
qui eft à dire nudité. ' 

Cd. B.7. Cœlius & Alexandre , efcriûenl comme lc$ 
mefmes defdits Lacedæmonicns, n’eftan? 
îib i e le encor de l’aage d’adolefcencc.s’excrçoicnt 
' ‘ ^ à laiouftetcc quin a cftérejetté dePlaton,qui 

a mcfme cftimé que non feulement les filles, 
Lrnm fort ijjais les vieilles mefmes fe deuoient exercer, à 
î*nLaetIL hommçs , afin qu'eftans exer- 

moae. ^ces à chofes laborieufes , elles peuflènr aifé- 
ment fupporter des chofesardues& plus diffi¬ 
ciles ; Aufquels exercices Icfdits lacedæmo- 
niens fc font tellement adonnez, & ont appli¬ 
qué leurs cfprits , qu’ils ont mieux aimé cftre 
appeliez bons Palæftritcs & Athlètes, que bons 
foldats. 

Liy.ï.En- Sabellicus confirme le mefme defdites filles. 
Les LacedaEmoniens adiouftent que cefte nu¬ 
dité na eu aucune marque de licence exceffiue: 
mais quoy qu’on les veuille exeufer, ic troiiuc 
quant à moy que c’eft vue chofe trop honteufe» 



DE LA SANTE’. /: 299 

& qui furpaflè toute modeftic, foit hommes, 
foit femmes ou filles,d’vier de tels exercices 
tous nuds. Cefte couftume fuft introduire, 
comme le luxe accreuft, car elle n-eftoit pas de 
toute antiquité :Car d’ancienneté les Athlètes, 
commeî’efcdt Thucydide, combatoient cou- i. 
uerts, oude robbes ou bien d’armes, comme il 
cnefi; aufii fait mention dans Hippocrates. £t 
de faiét Augufte, rccognut cefte couftume fi 
honteufe, qu’il défendit expreflement,:quclcs 
femmes ne fc trouuaflènt point en telle forte 
deieux. Nousvfonsen France, de telles fortes 
d’exercices plus modeftement, onfç defpoüillc 
bien par fois, Sc met en pourpoint, & pour lui-. 
(3:er, 6 i pour courre aux barres,pour auoirlç 
corps tant plus libre, mais on ne fc met pas tout 
nud. 

Le troifîcfme exercice defdits anciens, eftoit 
le pugilat , d’où font nommez les pugilcs, 5 c 
les iouftes des pugiles, qui fc faifoientà coups 
de poings, auec gantelets, iufques à ce qu’on 
pcuftiettcc par terre fon ennemy,ou le blelTcr 
detcllefâçon,qu’il le rendit: c’çft eequenous 
difons en français fe battre à coups d,e poings: 
c’eft vn trop rude & indécent exercice, fortcon- 
mun en France, entre les lacquais,&autre telle 
quanaille de gens : fuiet qui mérité pluftoft 
d’eftte oublié que d cftre appris, & en parles 
d^auantage. 

De cet exercice de coups de poings, &dcce- 
luy delaluiftc.ils’eftcompofé vncombat, que 
Içsancicns nommoient Pancratium, & les com' 



JOO SECT. II. DV POYRTRAlct 
bacans Pancratiaftes.’ Car ceux-là eftoientainfî 
nommez, qui de toute leur force, foiren don¬ 
nant des coups de pied, de genoux, des dents, 
ongles, & de toutes le^ armes de leur corps, 
qu’ils pouuoicnt employer, fe bandoient de 
celle façon contrc lcur enncmy,pourlevâin- 
cre. CœJ. en attribue l’inuention à Thefeus, 

* ■ quand il alTaillit en Candie,fans glaiuc leMi- 
notaifretquoy que ce foit,c*cfl: vn exercice de fa¬ 
quin dont les lacquais le fçauent bienayder 
auiotird’huy, qui n’oublient auec le poing, 
quand ils s’entrebattent, d’êploycr & les dents, 
& les pieds , & les genoux, fe feruans de tous 
leurs membres, pour vaincre leurs compa¬ 
gnons. Ce beau ieu fut introduit à la vingt- 
huidiefnje Olymp. Il cft fort communen celle 
ville de Paris, où accourent infinis badaux, pour 
en ellre les fpedateurs, & iuger de près du plus 
vaillant. 

Le quatricfrac plus grand Sc vBé exercice 
.Ath îil ^ antiquité , eftoient les danfes , defquelles 
^ diuerlcs différences Athenée , Alc- 

sandre, Cœlius, Iulius Scaliger, ont ample- 
tap.is. ment eferit, où ic renuoye les Lcaeurs, & me 
feulement d’en toucher les cho- 
remarquables en paffant, a fin qu’on 
f 9 ët.c.i 8 . fçache combien cet exercice qui cft encore, 
& en noftre France , & prefquc par tout le 
monde fi frequent & vfirc.a efté pareilleraenc 
tenu en finguliere recommandation de tou¬ 
te^ l’antiquité. Les danfes ayant efté ordon¬ 
nées , premièrement par Orphee & Mufoc, 



DE LA santé'. } 0 I 

deux des plus excelicns danlcurs & baladins 
de leur temps, qui ont, comme fi ceftoientd«<l<i»/fs. 
loix du pays & chofe tref-dccente & honne- 
fte, ordonné &:authoriré les gentileflcs, cour- 
toifî'es & ceremonies,qui fe voyent aux dan- 
fes, accompagnées de mufîquc & Taltation 
raefuréc & bien reiglée, comme lefcrit Lu- 
Clan. Sduihni. 

Or la plus ancienne forte de danfes, au com- inutnüon 
menceraent cftoit vn fimple & feul bondillè- 
ment, trépignement, branflement ou remue¬ 
ment du corps, qu’on faifoit, ou fculou accom-' 
pagnéde pluiîeurs autres, quifniuoient, & mcf. 
me s’entretenoient par la main,que les Grecs 
appelloient cft^m,lcs Latins faltationem, ôc les 
François bal ou danfe,qui n’eftoit accompa¬ 
gnée, ny de chant, nyd’inftruraent. Gefte mef- 
raefaçonde danfe continue auiourd’huy enco¬ 
re en pluiîeurs endroiéts: Puis elle fuft accom¬ 
pagnée du chant de la bouche, on la nomme 
, qui eft fort frequente encore auiour- 
d’huy entre le populaire. 

Depuis y furent adiouftez les inftruments 
rouiîcaux de toutes fortes, comme ilsîe font 
encore auiourd’huy: voire en plus grand notn- 
bre qu’ils ne furent iamais’.car aueclc temps, 
les inuentions & les arts accroifîent touiîours 
^eu à peu. 

Ledit Scaliger réduit lefdites difFercnces^csOif«*'f»f« 
danfes , en deux principales , l’vnc dcfquclles^" 
il appelle Statariam : 1 autre, motoriam : non*^ ^ 
qu’cnl’'Ync& en l’autie il,n’y ait mouuemeîit. 



501 SECT. II. DV POVRTRAICT 
autrement ccknc fc pourroit dire proprement 
faltation, bal ou danfc,ou il faut necelTaircmcnt 
que le corps s’exerce toufîours peu ou prou, 
mais c’eft pour raonftrer qu’en l’vne defditcs 
différences il y a plus de mouuemens&bondif- 
femens des membres du corps qu’en l’autre: 
comme par exemple les volteSiles courantes, les 
gaillardes, qui font couftumicres en France & 
ailleurs, font exercices aufquels il y a plus grand 
mouuemcnt & agitation de corps (comme le 
nom qu’on leurdonnc,lc deraonftre &fignifie 
afrez)qu’en beaucoup d’autres fortes &efpeces 
de bals & danfes qui ne font que comme des 
proracnâdes,& où on n’efmcut le corps que tant 
îbit peu,coramc aux Alemandes.Dc ces deux ge- 
nerales differcnces,plufleurs autres en deriuent, 
félon que le corps en eft ou plus ou moins tra- 
uaillé & exercé,& félon quelles font plus ou 
moins decentes ou ridicules. 

On faifoit en outre anciennement d’autres 
différences de tels exercices, prinfes tant des 
païs & régions où clics auoiçnt cfté inuentées 
premicrcracnti-& y eftoient les plus vfltées, que 
delà forte ou façon du mouucmentdes parties, 
qui eftoient les plus exercées. Telles différen¬ 
ces eftoient prinfes auffi de l’imitation; de la 
diuerfîté des inftrumcns muficaux, & de la fa¬ 
çon de l’habit ou accouftrement duquel on 
vfoit en telle forte d’exercice. Il y auoic d’ail¬ 
leurs d’autres fortes de daufes qui portoient le 
nom ou des inuenteurs, ou de ceux pour Icf- 
quels elles eftoient inftituées,comme on difoit 



B E 1A S A N t e'« ' 3 OJ 

ancienncraenc PyrrhicamfaltAtionem,(\}iz lesieu- fyrrUca - 
ncs gens deftinezaux armes, exerçoient, & àonif*ltatio. 
Pyrrhusen fur inuentcur,tant il fut celebrateur 
des danfes, ainfî que referiuent Pline & Lucian; 

Et comme on voit aulli qu’on faifoit mention x«f. 
anciennement du trépignement de Caftor,qui^'‘^M^»»»^ 
cftoit vne danfc qui fut inftituée en Thonneur de 
Caftor tucparLynceus. 

Il y âuoit en outre, deux fortes de danfes ge¬ 
nerales & fîgnalces,qu’on nommoit vulgaires & 
thcatrales: On vfoit des vulgaires aux nopccs Sc 
aux fàcrifices : Car on ne faifoit ancienneraenc 
prcfque nul ofHcc facré/ans ladite danfe, & fans 
la mufîquc.Carfcomme l'eferit Cœliusjles dan- Lik^ t 
les de garçons marchoient deuant les harpes, 
hauts-bois & fluftes qui fonnoicnt,efquclies on 
choifîffbit les plus experts pour la faltation: 

Leurs chanfons, à caufe de l’vfage de ladite dan- 
fc.cftoîentappellces hyporchemata, dites ainlî, Hjpmhe« 
pource qu’en fautant & danfant ils gardoient & »»*w- 
monftroient quelque generofîté virilc.Mais lors 
qu’ilschantoient aflîsfansdanfer ou baler,celâ 
cftoit appelle 

Quand aux danfes théâtrales , elles eftoient ^**f”**’ 
diuerfîfiées félon le fujet, & le genre des fables 
qui eftoient reprefentées fur les théâtres : Car fi Differente 
c’eftoit yneTragœdie, quitoufîourscft vnfujet 
triftcjla danfe en cftoit graue & à pas-mefurez * 
tefmoignant vn ducil, & noramoient telle dan¬ 
fe Emmelie: En la comédie, la danfe cftoit plus 
licentieufe, & plusrecrcatiue que irifte , qu’on 
nommoitCordax;Mais^ux Satyres,elle eftoic 



î04 SECT..ÎI. DV PO^TRTRAICT 

du^out inconftante, lafciuc & defbordcc, dite 
Sikinnis. 

Voila à plus près toutes les diftcrences & di- 
uerfes fottes des danfes des anciens : que fi elles 
font bien & de près confiderées, on tromiera 
que nous en auons retenu & retenons encore 
auiourd’huy, & en noftre France , & en plu- 
fieurs autres lieux,la plus grande & meilleure 
part. 

Cefte forte de danfes & exercices,voire accotn- 
pàgnéc de chants & d’inftruracns muficaux, n’a 
paseftévfitée & tenue en grand pris par toute 
l’antiquité feulement, comme nous l’auonsdit: 
fhaisaufli nous.cn voyons mefrae en l’hiftoire 
fainéle,l’approbation & l’vfage. 

Daujd eftant ceint d’vn ephod de lin fautant 
de toute fa force, Sc auec luy toute la maifon, a- 
ucc cry de refiQUÏ{rance,&: ioiiant de tous in, 
ftruments demufique, comme violons, mufet- 

tes, tambours, lyres,cymbales ^ trompettes, 
accompagna l’Arche de FEternel iufques en 

de Samuel, r, ■ r i ^ 

€ha;.6. *HicrufaIera. 

Labraue Judith apres auoir coupé la telle à 
Holofernc, & apnt par ce moyen defeonfit les 
AffÿriGns& deliuré la ville du ficgc, fut vjfitee 
& benifte de toutes les femmes d’Ifraël : laquelle 
eftant couronnée d’vn rarrieau d’oiiuc Scportanc, 

vn thyrfeftaprcmiere marchant à la trouppe des 
femmes, chanta en dançant auec tous les! fraè'li-* 
tes, vu hymne triomphal au Seigneur , en luy 
rendant grâces de leur deliurance. 

Cefte forte d’exercice ne fut feulement efti* 
mée 



, DS I. A SANTE'. 50jr 

mee & vhtec du commun,& de ieunes gens:mais 
les plus grands Rois, &les plus fages d'entre les 
Philolophes, en ont fait vn très-grand cas,&: 
lont voulu apprendre & pradiquer. 

Onefcrit comme Socrates n'a pas feulemcnc 
loué & exalté l’art de fçauoir danfer:mais il i’a 
voulu apprendre, & n’a pas eu honte mefrae e- 
ftantjagrand de danferêc colloquer la danfeen¬ 
tre les difciplincs ferieufes : attribuanL beau- Sscmes 
coup deloüapge à ceux qui de bonne grâce Sc a^prouue 
gentille(re, & aiiec vn raouueraent beau&plai- 
lanr,fefçaiioientdextrement manier, puiss’ar- 
refterbien à propos, quand il eftoittemps. Et 
de fait nous voyons encore auiourd’huy, qu’en 
apprenant la danfe, vn des principaux poinds, 
eft de façonner les ieunes gens,& les filles à 
auoir vne bonne grâce, vnc bonne façon, entre¬ 
gent & contenance, qui leur eft choie merueiL 
leufement bien feante : & trouucrcz qu’il y a 
grande différence entre ceux, & celles qui y font 
appris & exercez, & ceux qui n’y ont pasefté 
duidsny drefîèz. 

Le mcfmeSocrates, commei’efcrit Athcnée, Lih.ie.iêl 
auoitdecoufturacde dire à fes familiers, pour 
exalter la danfe, quelle eftoit hcxercicc des 
membres de tout le corps. Et Lucianefcrir, que 
le mcfme Socrates difoit,que ceux qui fçauoient ^'**“"** 
bien & dextrement danfcr, eftoient fort propres 
à la guetter C’cft pourquoy on luy attribue ces 
vers: 

Qui reUlfeiuere ehork décor are dtoSi ht 




306 SECT.II. CV POVRTRAICT 
Entre les grands Rois, qui anciennement 
ont aimé & cftirac les danfes, il y a vn An- 
tiochus le grand, & infinis autres : Voire cet 
exercice eftoit iadis en fi haut prix & grande 
cftime,queles Poètes pour le haut louer,, ont' 
racfme voulu décorer leurs Dieux du tiltre de 
baleurs. Pindarc & Horaere, appellent Apol¬ 
lon Orchefte, fauteur ou danfeur: Voür ver¬ 
rez attribuer le mefme tiltre à lupitcr, comme 
Athtit.Uh. onlcyoitcnAthcn.&Cœlius. EtlemefracHo- 
Caflit r raere en quelque endroit dit que les danfes fai- 
caf f. ‘ * tesauee raefure,& conformes aux temps pro- 
Lcüangtàe portionnezdescadenccsdelaraufiquc.font plu- 
ladanfi, ftoft yn vray don & grâce des Cieux que delà 
terre ; Don vrayement digne de l’homme , & 
non d’autre animal, d’autant qu’il eft entre les 
animaux viuanscomme vn Dicu,bien que mor¬ 
tel. 

le nentenspas pourtant, en haut loüantde 
la forte que ic faits les danfes en general, ap- 
prouuer particulièrement celles qui font 4les, 
impudiques , & qui furpaflent les'degrez de 
Phonneftetc ; non plus que celles qui font ac¬ 
compagnées de gcftes,mouucmens & agitations 
fmpetueufes, auec cent cingcrics abfurdcs ôc 
dcfagreablcs, danfes illicites & propres à des 
baftcleurs & à des bouffons, que tous gens de 
bien ont reprouuécs: que toutes bonnes répu¬ 
bliques, voire anciennement ont condamnées 
& bannies, les reputans viles, infâmes, & indi¬ 
gnes des hommes vertueux : que ic detefte & 
abhotfedemapart [aucc quelques autres fortes 



Dé t sAll'ÏÉ^ 30 ,^ 

4e ieüx gymnaftiques, cruels & dâmnablcs] aiflà. 
fî que la parole de Dieu, que plufîeuts fainéls 
Peres & graucsautheurs les abhorrent & dere- 
ftcntrcommc-chofes indignes d’vn vray Chre- 
ûicn & homme craignant Dieu. l’entens donè- 
ques parler des danfes licicesjhonneftes & loua* 
blés i & où Dieu n’eft pas ofFenfé, qui feruent à 
ciuilîfer les perfonnes, leur faite auoit vne bon¬ 
ne & modefte façon, grâce ôc conrenaiKe ,& à 
rendre par tel raodcfteexercicej non feulement 
plus dirpos& plus fainlecorps ,ains auflî plus 
alaigre, agile, vigoureux & capable à Ibuffric 
la peine, quand il en eft befoin, & à fuyr par 
confequent toute oyfîueté & faincantife. Ce 
font telles danfes que Socrates , Platon, So¬ 
phocle & autres fages ont approuuées & ont 
voulu {hauoir,& apprendre comme nous l’a- 
uons dit ; que fi fc font gliflez auec le temps, 
par la malice & corruption des horUmes , en 
telle forte d’exercice , beaucoup d’abus , Part 
n’en eft pas pourtant à blafmer ; autrement - 
tous autres arts le feroient de mefrac. Les 
abuz qui s’y commettoient déf-ja ancienne* 
ment , n’eftoient pas fupportez par les fa- 
gcs. 

Voicy ce qu’on eferit de Platon , c’eft qu« 
ayant vn iour cfté commandé par Denis le T/- 
ran f comme le mefrac commandement fut fait 
& donné à infinis autres) de feveftir en vn cer¬ 
tain conuiue, qui fe faifoir,d’vnc robbe longue 
d’efcarlattc ; dont les fculs Rois fe veftoienf^*'*”/'^^*^* 
pour lors,5cdcdanfcr**-Platon refuià de ce faire^ 

V ij 


joS SECT. II. DV POVRTRAICT 
len alléguant ccs vers iatnbiciucs, tirez de quel¬ 
que fable; 

Mitliebri €go haitd qaa<iHAm indtti qtieam fijola» 
Virnatut iŸfc& ex virili gemint, 

Eftimarit que de danfer en habit de femme, 
eftoitchofe totalement ridicule,5cpluftoftdi¬ 
gne d’vn bateleur ou d’vn boufton , que d’vn 
SeUeremo- Philofophe. Et Deraades, Orateur très-facond, 
Demades^à Comme le Roy Philippe de 

Ihilippe de Maccdone, aprcsauoir trop beu,fe mit à dan- 
fer: voire parmy vnequanailledc gens ôctrou- 
pcde captifs, dçuaîitlefqucls il faifoic apparoir 
la honte & miferc : Voyez les mots qu il luy 
dit, & qui feruirent en apres à reformer la vie 
dudit Philippe, pourla vergOngne qu’il en eut: 
Xr4/i»^-0 ^oy >veuquela fortune t’a reueftu de la per- 
popht, fonne d’Agamernnon, n’as - tu point de honte 
par tesgeftes,deioiierle perfonnage deThcr- 
îite. 

Par cccy on peut voir, que comme pfufîeurs 
grands perfonnages , tant Philofôphcs qu’au- 
tres^dc 1 autftorite dcfquels nous nous fommes 
feruis cy deffus ] ont approuué, exalté,& praéti- 
qué cux-raefmcs l’exercice des danfes loüables, 
l’ont tenu pour chofevtHe & ncceffaire à la fan-, 
tedu corps, & mcfme aux bonnes mœurs, qu’ils 
ont detefté au contraire, comme nous dete- 
ftons aueceux toutes autres danfes illicites, vo- 
luptucufes & pernicieufes, tant au corps qu’à 
rame. ^ ^ 

^ le paflb fous filcnce exprez, ce qui appartient 
a 1 exercice de làutei &;voItigcr en l’air, qu’on 



BE IA SANTb'. 50P 

pourroit aire appartenir en quelque forte,au 
fait de la faltation,d’autant que ce font exercices 
violcns & trop hazardeux : plus propres à cer¬ 
tains bateleurs pôur en donner du plaifîr fur 
quelque theatre,qu’vtiles au public & à la fantc. 
Et ne ra’eftonnc pas fi Platon,fi Hippoçrate,& li 
Galien entre autres crie, & fe cholcrc ardara- 
ment,contre tels faulteurs,& quelques atbletes, 
& condamne beaucoup d’autres ieuxgymnafti- 
qucs,vcu qu’il s’y eftoit glifle, ja de leur temps, 
tant d’abus^defordres & çonfufîons,que l’vfagc 
ancien, qui en auoit efté Ci loiiabIc,n’y eftoit plus 
recogneu. 

Nous nous fomraes eflenduz trop au long 
fur cefte forte d’exercice ,& en attens vnedure 
reprimende de quelque cenfeur Critique, qui 
me reprochera, que ie bats vn chemin qui a efte 
ja fraye par plufieurs autres. le confefle celâ,& 
fçay comme c’eft le commun prouerbe,que rien 
ne fe peut dire qui n’ait efte j a dit premièrement: 
mais ce n’eft pas hors de propos, que fttrlefujet 
queie traitte en general de ceftechofe non na¬ 
turelle , qu’on dit exercice, i’aye parle fi auant 
des danfes, pour cftre vn des plus communs ou 
vlîtez exercices en noftre France , & aye fai6fc 
voir fomraaircment la concordance des exerci¬ 
ces des anciens auec ceux d’auiourd’huy , & 
qui cftoient les plus recommandez & ajpprou- 
uez comme vtiles & louables en la Gymnafti- 
que : ayant entrelié & difpofé d’vn tel ordre, & 
approprié de forte le tout à mon fujet, que les 
Leéteurs bénins & doux, en pourront rcceuoir 
V iij 



|iç SE CT. î. DV I^VRTRAICT ( 

du plaific & de l’vtilité, & nemcpriueront pas 
dti talent, qui verront eftre deu à mon labeur. 
Aulîîaccoqpare-ieiuftementcèuxcyauxA’- 
bcilles,quitranlmuenc en doux miel, tout ce j 
dont,elles lèrepaiffènr: Et njes autres Cenfeurs ‘ 
jjux chenilles qui conuertifTent au contraire en ! 

poifon, tout ce quelles fuccent de fleurs & | 

d’hetbes les meilleures. j 

ta cinquicfmeforte d’exercice, qu’il nousre.- 
' ftc à tralder, ç’cft le icd, ou de pierre ronde 
dcperféeaù milieu, didedifeus, ou «du dard. 

Qo attribue l’inuention du icd de ladite picr«- . 

re à Per feus. Ceûe forte d’exercice à qui plus ' 
jettera & fera aller loin la pierre {bien pefante) 
eft cnçorç vfîtçe en plufîeurs lieux, raefmc en 
noftrc Qafeogne. 

Qu^niau ied du darddl eft fort commun auffi 
en Bifcaye raefmement. 

Mais en lieu quaheiennement on ne fe fer-:- 
voit pour ictter Je dard, que de la main ( exer^ 
çice dont on le fert encore auiourd’huy en plu- 

fleurs lieux ^ on s’eft aidé depuis des inftrumens 
propres, pour auec plus grand force pradîqner 
cet exercice , & en lieu de dards qui font afîèz 
îongSjOn a yfç de'flefches & de traids, & des 
arcs, & des arbaieftes, pour les tirer, qui cftvn 
exercice fort frequent auiourd’huy , mefmc en ' 
noftre Gafcpgne, qui entre routes autres na^ 
tiens,, femble aupir retenu le plus de traces de 

1 antiquité, en rqute forte d’exerciceSi 
Tels ietteurs de dards, de fléchés, & de traits 
fftoient qptpmez anciennement, laculatorés, \ 




DE IA SANTE. 3II 

qui vaut autant à dire, que lanceurs ou dardeurs 
de Tvn ou de lâutre dcfdits inftrum^nts, ou 
fcmblables. 

Les Sarmates & les ^arthes anciennement, 
comme encore auiourd’huy les Scythes & Tar- 
tarcs eftoicntfbrt adextres en telle forte d’excr- FeHpUsHi 
cices,fîquohenefcritmcrucilles. Et C’eftoient verfenJ.U^ 
mefme les armes defquellcs ils le feruoient le ^ 
plus à la guerre, voire cftans à cheual ,&ye- 
ftoient tellement adroits, que racfmejsn fuyant / 

& tournant le dos: iis dardoient fi bien leurs ia- 
uelots,qu’ils en blefibient beaucoup de leurs en¬ 
nemis qui les fuiuoient, voire comme s’ils les 
eufiènt attaquez par deuant. . 

Sarmatic* maior Çetiuque frequentia gentîé 
Per médias in e^juü itque redttquevias. 

In quéas efi nemo qui non coryton (ItArcum 
Tclaque viperea lucid* felle gérât. 

Les Ithuriens y furent auffi fort experts , & de 
là eft venu, que les Poëtes ont appelle tantoft 
Tare Ithurien,tantoft les flefchcsPartiques,nerfs 
GetiqueSiCarquoisSarmatiques. 

Les Candiois eftoient de mefme trcs-experts 
Archers ,& entre autres ceux du village deCy-- 
don, d’ou cil venu TEpithete.que Vcrgilc at-. 
tribuc & donne aux traids, les nommant Cy- 
doniens. 

Ire libetP-anho torquere Cydonia cornu 
SpicuUy tanquam hac fit nofiri medieina doîorU. 

Les Romains couftumiers à faire exercer leur 
icunefle en toutes fortes de difciplines feruans à 
l’art militaire , les vouloicnt rendre principa- 

y iiij 



Satelîeni 

tireurs 

d’are. 


:pt SECT.II. DY POVRTRAICT 
Icment bons tireurs d’arc & de dards, comme 
rcfcrit Alexandre, iugcans tel exercice le plus 
propre,pour ccux<iui doiuent faireprofcffion 
des armes. 

Voire cet art aeftécn telle recommandation, 
anciennement, que les Ethniques font donné 
entiltre d’honneur à leurs Dieux, ôc aux plus 
forts demy-Dieux , & perfonnes heroiques de 
leurtcmps:les Poetes appellent Apollon,por¬ 
te-fléché. 

Af an dypeo mtlm: Phœhusprejfantior area. 

Et Hercules quiauoit apprins d’vn Roy de 
Occhalie, nommé Eurytus, à tirer de l’arc, y 
fut fi expert,qu’il tranfpcrça le Centaure Ncfîus, 
quoy qu’il fut bien efloigné en l’autre riue du 
fleuuc Achelous : enfemble la biche au pied 
d’airain : &tua femblablcraent les Harpyes [e- 
fpeces d’oyfeaux viuansdeproyejdansle milieu 
de l’air. 

Il y a demefrae plufieurs grands Monarques, 
Princes,Ducs, & grands Capitaines, qui repu- 
toient à grand honneur, d’eftre despremiers & 
plus expérimentez en telle forte d’exercice, 
VnCyrus Roy de Perfe : vn Tiridates, ce bra¬ 
ire Duc & Prince des Parthes, qui fut vaincu par 
Néron : vn Conftantins : vnGratian,Empereurs 
Romains,font tous célébrez par les hiftoires, 
pourauoireftétres-experts à tirer des dards & 
des flefches,&d’auoir fait en cctartdespreuucs 
incroyables & admirables. 

Ope dirons, nous d vn Commodus(ccIuy qyi 
dégénéra fi fort,comme on fçait,de la bonté 


DE LA santé'. 5IJ 

& pieté de fon pcre)qui cependant eftoit firo- 
bufte & fl fort,qu’il pouuoit d’vn ieâ: de iaueli- 
ncjtrânfpercer de parc en autre vnElephant : ôc 
fi adroit, que de cent coups iettez il mit cent 
lyons par terre,&pouuoit mefme d’vn fcul coup 
Atterrer & mettre à bas plufîeurs beftes fauua- 
ges? Voire iîauoit la main fi afièuree ,que tout 
ce qu’il matquoit de Toeil pour le tircr,il ne fail- 
loit de l’atteindre de fon dard ou de fa flefehe, 
comme l’efcritSabell. Ltb.i.En» 

La force & fadrelïè de l’Empereur Domitian, 
cn telle forte d’exercice ,,n’eft pas moindre que 
celle de Commode .-car il aimoit raerucilleufe- 
ment l’exercice de l’arc, à quoy il s’appliquoit 
principalement. Plufieursiuy ont veu tuer fou- DomUian 
uentesfois cent beftes lauuages de diuerfes efpc- * <«4- 

ccsiâuxmontagnesd’Albanie,& mefmesexpref. 
fémenc percer les teftes de quelques vnes en ^ 
deux coups, qu’il fembloit qu’elles euftcnc deux 
cornes de deux flefehes qu’il yfichoit fidextre- 
ment : Mais ce que Suetone en eferit de plus éf- 
mcruciliable, ce font Ces paroles : Quelque fois < c 
( dit-il)il tiroit fi feurement & dextrement fes «c 
flefehes, qu’en faifanc tenir vn peu loin de foy c e 
vn enfant pour but & pour vilée,‘& tendre Ia<e 
main eflargie & les doigtsefparpillcz,il paflbic c c 
fes flefehes par l’interualle des doigts fans luy «« 
faire aucun mal. «c 

Quelqu’vn me reprochera, que ie m’eftens 
trop au long fur cefte forte d’exercice plus pro¬ 
pre à quelques particuliers ( comme aux guer¬ 
riers) qu a tout vn general J auquel principale- 



SECT/II. DV POVRTRAICT 
ment les bras y font exercez , & non tout le, 
eorps.Nous voyons pourtant, comme plufîcuts 
artifansdu menu peuple, s’exercent toutes les 
aprcfdinées lesiours des feftes, & lors qu’ils en 
ont le loifir, à tirer & de l’arc & de l’arbalefte:&: 
qu’il y a. dansprcfquc toutes les bonnes villes, 

voire en plufieurs bourgades, des lieux publics 

dellinez à tels exercices, ce quinousa feruy du 
fujeâ: & d’argument de les pouuoir à propos 
colloquer entre les exercices, mefmes propres 
pour la conferuatiofl de la fantc, veu qu’ils font 
en fi grand vfage, & fi communs par tout, & à 
vn chacun. _ 

Nous auons atTez parle des cinq genres des 
exercices , qui ont cfté inuentez & pratiquez 
les premiers dés toute antiquité : de ceux-là 
auec le temps en font deriuez infinis autres. 
L'art d'Ef- Car en lieu de courir à pied , on eft monté fur 
cuyerie. des cheuaux, & a- on fait des courfes fur iceux: 
puis on lésa de telle façon domptez & dreflez, 
qu’on les faifoit bondir & fauter ainfî qu’on 
vouloir, & les faifoit-on feruir mefme non 
aux exercices feulement à chenal, ains à des 
combats anflî, qu’on nommoit iouftes à che- 
ual. Virgile au cinquielme de fon Æneidc, parle 
de l’origine de tels exercices ; trop expérimen¬ 
tez en Fr-ance & ailleurs , tellement que nous 
n’en dirons pas d’auantage : non plus que des 
côbats&ieux, qu’on faifoitauec4eux cheuaux 
accouplez envn chariot, & en fin auec quatre, 
qu’on appelloit combats de chariots à deux, 
êc quatre cheuaux . Qn fe fert maintenant. 



DELA SANTE’. Jiy 

& en toute Alcraagne, & en France, & au¬ 
tres pays des cochcs,caroflès,chatiots, pour 
alicr & venir par lcr»champs, par les villes, 
près & loing, à couucrt, & contre toute injure 
de temps, comme fi on çftoic dans quelque 
chambre. 


Si on reçoit de la commodité,on en rap- 
porte aulHfouucnt du dommage, quand on en <3^ 
abufe ; c’eft à dire, qu’on ne veut faire va pas, 
que ce ne foit en caroflè : car les membres ne 
s’exerçent pas en celle façon comme il faut, ôc 
n’vfent pas d’vnmouuement qui leur foit pro¬ 
pre ^naturel, mais quicftcontrainél & forcé, 
loinél que tout le corps en lin s’çn engourdift & 
deuient lafehe , voire s en cnpoltronit, outre 
que le rude mouucment & fccoucraent defdites 
carolTcsou coches, clbranle merueilicufcmcnc 
les reins, les efchaulFe, & eft fort contraire à 


, ceux qui font fuicts aux calculs. 

Si icvoulois raconter toutes les autres fortes 
8c différences d’exercice, dont on vfoit & qq^on 
praéliquoit anciennement Icfquels font en 
grand vfage encore auiourd’huy, comme le ieu 
d’clcrime & autres, ie n’aurois iamais fait. 

lé^diray donc feulement, qnelque chofes de», 
principaux, & plus frequens, tels qu’elîleieude 
îapaulme,quifuftcngtâd eftime anciénement; 
plufîeurs en onteferit ,& entre autres vn Pollux 
quienfait de quatre fortes ou efpcces,nômant 
la première Epifeyron: la a. Phanidan: la j. 
Aporraxin:la4. Vranion,d’autant quel’vn des 


Date» de 

Lih. de re- 
rum veeab, 
9 * 


îQÜeurs en le renuerfantk vécre-cn haut, iettoic 



21 ^ SECT. II. DV POVRTRAICT 
lapaulmc Icpbsquilpouuok, versle Cicl,& 
les autres ioüeurs la dcuoienc prendre, auant 
que toucher à terre. 

Nous âtions encore auiburdhuy quatre for¬ 
tes de ieux de paulmes difFerens, & qui ne font 
du tout femblablcs à ceux des anciens : Lvnfe 

iouc auec la tHain,& la pelottc en eft grolIe,coni- 

nicvneboule de pakfnailallez molle,c eft 
vn ieu fort familier, mcfmcment entre les efeo- 
liers &ieunes gens en Gafçongne, & qü on dit 
ieu de la pelottc. 

Le fécond s’appelle le ieu de lâlonguepaul- 
me,& fefert-ondescftœufs,&d’vnbaftoir de 
bois. 

Letroifîefmc,&le plus beau & le plus vfité, 
c’eft ce qu’on appelle fimplcment le ieu de paul- 
me,qu’on ioüe dans des lieux exprez & com¬ 
muns, auec des raquetes, qui eft l’exercice,où & 
les grands & toutes autres perfonnes de moyen- 
oc & baflê qualité, s’exercent le plus auiour- 
d’huy, & auquel l’adrelTe & apprentiffage fert 
beaucoupspour faire diftindion des bons & des 
mauuais ioüeurs. 

La quatriefrae différence du ieu de paulmc, 
r ’eft le ieu du balon,qu’on pouffe auec des braf- 
fals, qu’on appelle,ieu fort couftumierauffi en 
aucuns endroits,mefrae pa,tmy là nobleffe. Auec 
tous lefquels icuxfe ioücnt beaucoup de belles 
parties, deux à deux, trois à trois, & voire par 
fois en beaucoup & plus grand nombre. 
^ûlcesTt y ^ les ieux & exercices vlî- 

uKxl^ ‘ quilles, celuy de la longue, & de la 



, ' DE L A « ANTE. JIJ 

courte boule; le ieu du palemail,& tels autres 
ieux communs par toutes parts,tantenFrancc 
qû en autres lieux, entre le commun popu¬ 
laire. , 

La chalTe eft entre tous autres exercices le DeZ4«&4jfi 
plus rccommcndablc , & le plus frequent .A 
Platon in Sophifta en met beaucoup de différen¬ 
ces. Nous entendons parler icy feulement de 
celle qui appartient en quelque chofe à la vie 
ruftique,&qui eftvn exercice employé à pour- 
fuiur^ & chaflèr les beftes,cxcrcicedoiié de trois 
belles qualités, pour eftretrcs-neccflairc, tres- 
vtilc . & tres-plaifant tout cnfemble , comme 
nous lé ferons voir cy apres par plufîeürs exem¬ 
ples. 

Il eft necefTaire, d’autant que par ce moyen on- 
dépeuple beaucoup de pays, de plufieurs belles 
fauiiages, comme lyons,ours, loups.renards, 6c 
autres rauilîàntes dommageables, & qui nefer- . 
uent qu’à faire d:udcgaft& du mal. ' 

Elle eft très-vnle auffi non feulement à la fan- 
té du corps de rhomme.qui s’en exerce en diuer- 
fes fortes & comme il luy plaift,foità pied,foit à 
cheual,auecplusou moins de temps &detra- 
uaii: chaqueperfonne en pcuuantvfer félon fa 
force & portée: mais tel exercice eft très-vtilc de 
mefme d’autant qu’il remplit & les marchez des 
villes, & les tables des grands, de plufieurs mets, 
bons & délicieux. 

Au refte c’eft vn exercice approprié à la no- 
bleffe principalement, voire où les plus grands 
MonarquesPrinces ont prins anciennement. 



3i8 SECT. h. DV POVRTRAICT 
&prencnt encore auiourd’huy le plus de plai- 
fir en temps de pâix,& que leurs armes font pen. 

- dues àu croc (comme on dit) en leur maifon.Cajr 
^ftant priué de faire voir la grandeur de leur 
courage, force & adrclTc enuers les ennemis, ils 
la font apparoir enuers les belles farouches. Ce 
qu’il nous relie à faite voir par plulîeurs exem¬ 
ples. 

Cymgraà Cyrus fut âccoullumé en fa tendre icuncllc 
à}*fftwr, ellant cllené en la maifon d’Alliages Roy des 
Medes fon aycul ,à bien dompter vncheual,& 
de tuer à la chalTc les belles fauuages enfermées, 
dansvnparc;apres qu’il eut atteint i’aage d’a- 
dolefcent,adioullc Xenophon en fon premier 
liure de fa Cy ropedie, il alloit attaquer y n ly on 
ou fangliet dans les forclls. Et le mefmc auteur, 
pour monllrer comme la chalTe des beftes fauua- 
ges elloit en lingulierc cllime parmy tous les 
autres Rois de Perfe , voicy ce qu’il en eferit; 
Quand le Roy de Perfe fort pouralleràlachaf- 
„ fe,ce qu’il faitljeaucoup de fois le mois ,il mène 
i, aucc foy la rnoitic desieunes adolefccns. Or la 

,, raifon(pourquoy ilsf’appliquenr publiquement 
,, àla chaflè,où le Roy exerce l’office d’vn Gapi- 
,, tainc,coramc s’il elloit à la guerre, chaflantfoy- 
• > mefmc, & mettant peine que les autres chalTenc 
i J de mefme^cftcclle-cy,pourcc que l’exercice de 
^ >> lâchalîcfemblecllrevnc vraye méditation &cf- 
uZl ’ pour cllre llilé à la guerre. Car cllcaccou- 
mfoirdlu ^ matin, à endurer, le froid & le 

gHttret . chaud, & exer ce les perfonnes à aller & courir. 

,, D’auantage il faut par nccclTud attaquer la be- 



B£ LA santé'. 519 

fteauecflefchcs & dards,ou le cas yekhct* Aufli <e 
faùt-il que le courage s'aigéife à la chafle. Car »» 
quelque bcftefarouche qui fcprcfcntCjiUa faut te 
tucr,& fi il fc faut garder de ccllcs^qui fckcteat u 
contre le veneur,tellement que parce que deflus <r 
on.peutcomprendrefcorameradiouftc Icmcf- «« 
me autheur en la fuitede fon propos,que tout ce < < 
quife prattique au fait de la guerre, fepriittique «c 
auffi en la chaflfc,& qu’il y a vn grand fymboie & 
rapport de Tvn à l’autre. «e 

Ceft auflî poutquoy Lyciîrgc çe grand Lc- 
giflatcur des Lacedæmoniens ( imitant les 
Candiots ) a voulu que ceux qui auoient défia 
pafle l’aage de puberté, fiiffènc prihcipaicmenc 
exercez à la chaflè, afin qu’eftans accouftumez à 
cet exercice, ils fuffent rendus plus propres à la 
guerre, comme l’efcrment Xenophon & Sco- 
bæus. Or Strabo en fon liurcio.& Alexandre en xemph, 1» 
fonliure i.chap.aj.monftrent quelle eftoit cefte reputf 
coufturae de ceux de Candie:Q^i endurciflbient 
leurs enfansdés lecommenceraent de leur aage-f**‘”’*4^* 
à continuels trauaux, de peur qu’eftans deuenus 
vieux,ils n’eftimaflent que ce leurferoit chofe 
honefte de ne rien faire. Et défait nous îifons 
dansles mefm'es autheurs, qu’ils ont toufiours 
pafle leur ieunefle auec exercices laborieux, foie 
à la courfe.à la chaflè, à endurer le froid &le 
chaud,à entreprendre voyages fafeheux &forc 
difficiles, voire mefmc leurs enfanscftoient di- 
uifez en claflcs,qu’ilsappelloient troupeaux^^ui 
auoient vn maiftre qui ne failloit à les mener 
certains iours à la chaflè. 



.«0 , SECT. IL DV FOVRTRAICT / 
Plutarque nous fait voir comme vn Alexan¬ 
dre le grand, vn Antiochus, & autres grands . 

'eftoientfiaddonnezàrexercicedclachairc, que 

mefme fans craindre ny peine, ny labeur, ils s’ex- 
pofoyent fouucnt à beaucoup de grands périls 
êc dangers, 

Vtm ^ Lcmefmeauteur nousreprefenteenoutreen 

valeur^ de^ de Pompee legrand,comme apres qu'il eut 

Tompee. Numides. & eut rendu terrible & 

redoutable, parray ces barbares nations, le nom 
&iâ force de l'Empire Romain: il ne fe conten¬ 
ta pas dauoir vaincu les hommes, mais fachanc 
comme ce pais abondoit en beftes les plus cruel¬ 
les & indomptables, fur tout autre pais du mon¬ 
de, il leur voulut faire la guerre, & leur faire fen- 
tir & l’heur, ôc la vertu des Romains, qui eftoic 
de tout vaincre & furmonter, & paffa par ce 
moyen quelques ioursà la chàlTe des lions, & 
des Elephans. ' ■ ^ - 

Vn Mithridates Roy de Pont en Afie , & vn 
Adrian Empereur Romain ont tant aimé & 
prifé l’exercice de la chaflè, qu’on en clcrit cho- 
fes merueileufes. On dit que l’vna elle fi atten¬ 
tif à tel exercice, qu’il demeura Icpt ans fans y- 
fer de toid ny de couuert, ny en cham ps, ny en 
ville. Et que l’autre voyant fon cheual Boryfte- 
ne mort, le fit enleuelir, & fit eriger & dreflèr v- 
necolomne.y grauant vn Epigramme poure- 
ternifer fa mémoire ; d’autant que ce cheual l’a-^ 
aoitbien & longuement feruy à la chaflè. Ces 
grands Monarques pourtant ne lailToient pas 
(quand il en eftoit befoin ) de vacquer aux affai¬ 
res 



DE IA SA^ffe’. 5iî 

tês .publiques, Sc qui concernoycnt Tadmini- 
ftration de leur Empire, & d’eftre auffi prefts Sc 
prompts à cbaiTer les ennemis ( qui euflènt ofé 
entreprendre contre eux ) qu’ils eftoyenr auides 
& eouftumiers à dompter, &chalFer les beftes 
fâuuages. 

L’Empereur Albert auoir ces mots le plus fou- 
^ uent en la bouche,que la chaiTe eftoit vn exercice 
viril, ou propre pour les hommes, voire belli- cpnuenahU 
queux,corome la danfc eftoit plus propre &con- aux htm- 
uenable aux femmes : qu’il fe pouuoit bien paftèr 
de toute autre volupté, maisnon dcceilequ’on'^'^"*^*-" 
prend à lachafte. 

Et Charlemagne ( côme le confirme Cufpian) 
ne mefprifa meîmeen fon vieux aage l’exercice 
de la chaftejcommc chofe fort falubre; Ets’y plai- 
foit de telle forte, qu’il n’y auoit neige, ny temps 
froid , ny temps chaud, ny afpres rochers, ny pé¬ 
nibles & inacceffibles moncaignes , ny haliers 
efpaiSiquil’enpeuffentdeftourner. : 

Qu^auons-nous affaire pour la décoration de 
hexcrcicede lacKaffede nous feruir, & recher¬ 
cher les exemples d’vn Alexandre le Grand, d’va 
Antiochus, d’vn Mithridates, d’vn Charlema¬ 
gne , & tels autres, qui ont efté les premiers & 
plus grands Monarques de leur temps , tous 
grands guerriers & grands chaflèurs, veu que 
nous pouuons faire voir en vn feul grand 
Henry quatriefme , le Monarque des Fcan- 
çois, viuant encore auiourd’huy , cftouffees ****J'‘ 
toutes les grandeurs & vidoites de tous au¬ 
tres, foii à conquérir Si, dompter les ennemis 



AttitM' 

S*r. 


m SECT. II. CV povrtraict 
par les armes, foit àfupportcrcn tout temps & 
en toute faifon, voire auec tout plaifir, l’indicible 
trauail & fatigue, prefque à tout autre infuppor- 
tabledelachaffcî « • 

La fauconnerie ou vol des oyfeaux , eft vne 
forte de chaffe ou exercice propre aufli pourltt 
grands Princes, &pourlanobleffe: exercice ou 
on prend de mefrae vn fingulicr plaifir. Nous 
auons eferit de la fauconnerie bien au long 
au 6. liure de noftre grand Miroir du monde, 
c’eftpourquoynousne nous eftendrons pasd’a- 
uantage pour le prefent fur cefte forte d exet'. 

cice. ■ . , n • 

; . Il nous refte à parler de l’art & induftrie 
’ de bien nager", exercice qu’on pratique dans 
l’eau , qui eft auflâ bien neceffaire & vtile,i & 
digne d’eftre fçeu de toutes petfonnes, voire 
des- plus grands , qui par ce moyen fe peu- 
uent guarantir & preferuer de beaucoup de 
grands périls & hazards : outre que cefte forte 
d’exercice prins en temps & lieu, à propos & 
comme il feut, eft très, bon &{àlutaire pour la 
fanté des hommes, voite fert à la cure de plu- 
fieurs maladies chaudes & ieiches , où l’hu-. 
Inedation eft requife, àquoy fert le bain vni- 
uerfcl, ou de la mer, oudesriuier.es, comme 
on le pratique aux moefures des chiens enra¬ 
gez & à beaucoup de melancholiques & phthi- 
' fiques. 

Les Grecs & les Romains , qui fur toutes 
autres nations ont excellé à bien inftruire leur 
lennelfG, en toute forte de bonnes difciplincs 



ItÉ tA SANTÊ^ 

& exercices decens , & propres à perfonnes qui 
dcuoient enfuiure les belles rraces de la vertu, 
n’ont pas oublié, mcfme félon les préceptes 
d’Ariftote, à leur faire apprendre l’arr de fçauoic 
nager, comme choie neceflaire & fortvtile,& 
afin qu’ils fufienc plus robuftes & capables à 
exerçer de plus grandes charges, comme l’elcric 
Alexandre. -dUx.U.i, 

La nobleflc Romaine , comme l’efcrit auffi 
le mefme Autheur en Ton premier liure, chap. lo, 
qui cftoit deftinee pour les fondions de la guer¬ 
re , entre autres exercices martiaux qu’on luy 
fâifoit faire pour rendre les icunes gens ap- 
prentifs plus agiles, propres & difpofts, c’eftoit 
de s’appliquer principalement à bien fçauoic 
nager. De làeft venu le prouerbe contre les en- 
fans de nulle efperancc, Il ne, fçait ne nager ne 
lire. 

Si Iulius Cçfar n’euft fçeu l’art de bien nager,il 
n’euft pas‘fauué, ny fa vie.ny fes commentaires, 
quand il fuft contraind de fe précipiter & ietter 
en mer, & y nager plus de deuxeens pas,pour 
aller gaigner vne nef prochaine, lors qu’il ie vid 
à l’improuifte trop prefle de fes ennemis en 
Alexandrie. 

Vn Qmntus Sertorius, vn M. Scæua , pouc 
fçâuoir bien nager fe font de mcfme , auec 
grande admiration , voire auec leurs armesr, 
fauuez de l’inuaûon de leurs ennemis: l’yn, bien f'tUitê à» 
que fort blelTc, ayant pafle à nageie Rhof- 
ne { fleuue tres-roide ) à la veuë de fes enne- 
X ij 



jijf, SECT. II. DV POVRTaAlCT 
mis : Et rautre s’cn voyant entoaré de toutes 
parts, & n’ayant pour rctraittc que la mer, s’y 
cftant ietté pour gaigncr l’armee de Cçfar fon 
chef. Voila la grande vtilité qu’apporte cct 
exercice, raefme aux gens de guerre. Exerci¬ 
ce qui fut en telle eftime anciennement, que 
les Âgrigentins ( peuple adojiné aux delices & 
dcfpenfcs inutiles Sc ruperfluës, plus qu’au¬ 
tres de leur temps, comme Platon le tefmoi- 
- ^ gne) firent édifier auec vne immenfe defpcn- 
Kfimrefç en faueur de Gelon ( qui de fatellitc , eftoit 
deuenu grand Roy & Capitaine J vne nageoi- 
r.e , de laquelle l’entour eftoit de Icpt ftadës, & 
la profondité de vingt coudées:,en laquelle on 
fâifoit pafler plufieurs eauës deriuicre, & ruif- 
feaux des fontaines , pour rendre l’eau plus vi¬ 
lle. L’abondance des Gignes dont ce lieu fut 
peuplé , & les diuerfes fortes de poiffbns que 
on y mit ( outre l’vtilité qui en prouint ) le 
rendoit & plus beau, & plus deledable. Tel- 
i. leraent que ce nageoir eftoit mis entre les mer- 
^Di»der temps-là: mais il fut en fin mis ên 

ïi. f.i. ^^ume,comme l’eferiuent Athenec & Diodore. 

Nous auons au plus près efpluché toutes les 
fortes des exercices les plus propres & communs, 
pour 1 vfâge des hommes. Mais d’autant qu’ils 
lont fort differensjilnous refte à les approprier 
conuenablcment félon l’aage , félon le naturel 
®“^^°^^P^«io«>&felonlaqualité ^dignité des ' 

Or il faut noter, que le general & cômun office 



DI lA santé'. h*r 

<îc toutes leCdites fortes d’exercices qu’auons mis 
cnauant (felonropiniond’Æginetc, &d’Oribâ- Ægin.l r.’ 
Ce) c’eftd exciter accroiffcment dechaleur,àrani- 
mal. Dcfquels nous auons fait cy dcjOTus trois 
diftindionsjà fçauoir de ceux qui font les plus Syn»ft c.j, 
laborieux &violens, des médiocres &dcs doux 
oUi légers. 

Le fort Sc laborieux exercice , eft ccluy qui fij** 
rend la refpiration violente,fans qu’elle en foit 
plus fubite.lequel fortifie les raufcles & les nerfs. 

De telle forte d’exercice eft fouir la terre, fc char¬ 
ger de quelque pcfant faix, de fe tenir arrefté fous 
iceluy en quelque lieu, ou de marcher & fe pour- 
mener bellement en le portant. 

Mais pour le regard des exercices médiocres, Us 
ils fe prennent fans frop grande violence & for- ^«àfocrcs. 
ce : comme font la courfe, manier,& tirer des ar¬ 
mes , la luidle, & l’çxercice de la longue ou petite 
paulme. 

La plus.legere exercitation, cfi: la ledure, la 
mufique vocale & inftrumentale, les ieux de car- 1''** 
tes, du tablier, & les moderees déambulations 
& promenades. 

Tous ces diuers exercices ont quelque pro¬ 
priété particulière pour eftre appropriez à certai¬ 
nes parties, à certaines perfonnes & à certains 
aageSjlesvns plus que les autres. 

Les violens en general, renforcent les muf- 
clcs & les nerfs, félon lefdits autheurs. Et ce qui 
eft de plus propre aux deux autres différences, eu _ 
cfgard aux parties, c’eft que les vns exercent plus 
les flancs, que les mains & iarabes : les autres vioUns, 
X iij ' 



SECT. II. DV POVRTRAlCT 
l’efpine du dos, ou le col tout feul ; les autres là 
fefte , les autres la poiftrine , & les autres les 
pieds. Mais pour lefgard & des qualitez des per- 
formes ; & dé Taage, la diftinûion qu’il y a, c eft 
que les exercices violens font appropriez pluftoft 
aux ieunes gens qu’aux vieux, & pluftoft à ceux 
qui font deftinez à gaigner leur vie en trauail- 
îant de leur corps , comme font laboureurs, cro- 
' , cheteùx ,porte-^faix, &rfemblables gens de me- 
ftier , qu’aux autres qui peuuent viure de leur 
cheuatîce & rcuenu ; d’autant qu’il faut accou- 
ftumer de bonne heure telles pauures gens à vio- 
iens exercices. 

Les médiocres font pour toute autre forte & 
condition de gens,qui ont moyen de viure du 
îeur.&mefine pour tous ceux qui font profet 
fion des lettres & désarmés. 

Il eft bien vray que la noblcflc & tous au¬ 
tres , qui font naiz & addonnez à fuiure telle 
profeffion, qui eft des plus pénibles & laborieu- 
fes, doiuent eftre accouftumez , mefme dés 
leur ieune aage , à tous laborieux & pénibles 
exercices, pluftoft qu’à eftre nourris mollement 
& délicatement. C’eft comme en vfoient les 
Laccdæmoniens : Car foudain qu’ils entendoient 
que leur îeuneflè s’amufoit les apres difnces à 
de douces & plaifantespoürmenades ,les Epho- 
res mandoient tout aufll toft à ceux qui en 
auoJent charge , & leur commandoient, que 
quittans' cefte oifiueté, ils s’appliquaflent à qiiel- 
bonne befongne & honnefte exercice. 
devar.hifi. ^ autant qu il ne faut pas, difoient-ils, que les 



DE LA santé'. 

iacedæmoniens perdent le temps à fc poarmc- 
ner inutilement : maisqu’ilé prennent vn exer¬ 
cice qui puiffe apporter & confcruer au corps 
vne bonne & fecme dirpofîtion : raefme pour 
cftre tant mieux préparez au bcfoin à fupporter 
le faix pénible de la guerre. 

VoirfrLycurge leur legiflatcur, com me rcfcric 
luftin , commanda que les icuncsenfans ne fuf- 4* 
fent point menez aux marchez & places publi- . 

ques, mais aux champs, pourne p^er point 
leurs premiers ans en vanitez & bombances ; 
mais i quelque bon labeur & trauail. Ordonna 
aulfi, qu’ils n’euflent lid, ny aucune chofe fous 
eux pour dormir à leur aifc, ny vfer de faulces 
pour appreftagcde leur viande, ncqu’ilsn’euf- 
fentàrctc)urncrenlavillé,qu’ilsnefuilènrpre- 
mierement deuenus forts & robuftcs. 

On dira que ceftecouftume Lscedæmonien- 
né eftoit trop, rude, & qu’elle furpalToit les rei- 
gles de la médiocrité, qui font toufîours les 
meilleures-, & que s’edoit tenir Sc nourrir la 
ieunelfe auec trop de crainte, & exercer en fon 
endroit trop de feueritc. l’y defîrerois quant à 
moy vne médiocrité: mais ileft plus requis touf- 
“iours, de nourrir laieune nobieffc, & tous autres 
qui font nez & appeliez pour porter les armes 
âuftereraent, qüe mollement : afin de les accou- 
ftumer de bonne heure (foit à la chaifc, ou en 
leur-faifant faire tel autre exercice pénible ) à 
fouffrir toutes ihiures de temps , & ce pluftoft - 
à pied qu’à cheual, de iour & de nuid, en efté, . 
en hyucr, parrayles plus grandes chaleurs, ôc 
X iiij 



|iS SECT. II. I>V POVRTRAICT 
parttty les plus grandes froidures, neiges & 
pluyes. 

Z*exerciee A perfonncs de telle qualité l’exercice du jet, 

Uplmcon desflefches , Scdudardmefinemem: enfemblc 
ff***^"* l’exercice debien'C0urir(non pour fuï'r ,ains pour 
T féal Tm les ennemis^ eft trcs-ncccflTairc : comme 

fini celdyde bicri danfer , de bietïioüeràlapaulrae, 
itèQiàur its polir rendre prompt & agile tout le corps : mais 
leur plus conuenable exercice eft à bien tirej: 
des armes, à bien drefler & manier vnçheual, 
courir la bague , combattre à la barrière , & 
fçauoir tels autres exercices, propres aux armes. 
Que fi on leur a fait pluftoft apprendre les bon- ' 
nés lettres, qui font l’exercice de l’efprit, ce fera 
pour lés rendre du tout accomplis : Çar les let¬ 
tres donnent vn grand luftre aux armes : comme 
il fevoit par tant de grands Capitaines, qui ont 
jadis fleury entre les Grecs, & les Romains, qui 
eftoient gens lettrez > & Sénateurs pour la plus 

- part En eftudiant, ils auront moyen d’apprendre 
auffi beaucoup d’exercices vtiles & propres à la 
condition fcholaftique : comme font l’exercice 
delà luiéle, dçfauter, &ioiier aux barres,& fçm- 
blÿlés exercices médiocres, qui font propres à 
infinies autres perfonnes de toute qualité ôc 

condition. 

Les exercices les plus modérez dont nous 
*'^°”®f2itroentioncydeffijs, qui font chanter en 
l*!^<^ure, & les jeux qu’on peut faire 
auatptrfin- , *^*■1*^ ^ leuer de la table,qui fontexer- 

fus ddica-^ du Corps & de Pe^pfit, & fur tous les^lon- 
t*s, gués & grandes pourmenades, voire iufques à 



DE lA SANTe'. 5i^ 

la fueur, le matin, & le foir, tels excrciccs,dif-je, 

& fcmblables, font propres pour des femmes, 
pourperfonnes délicates , de petite complcxion: 
pour ceux mefmemcnt quiont ja atteint l’àage 
delà vieiileflc, qui fe doiucnt pourtant toufiours 
pourmener, tant que leurs iambes les pourront 
trainerôc porter. Car demeurant oyfifs en leur vitiües 
vieillelTc, fans exercer le corps, ce feroit le rem- perfimes 
plir de corruption & de cruditez , feminairesde‘‘f*®** 
beaucoupde maux, qui pourroientabbregerle 
cours de leur vie : qu’ils conferueront par telles ' 

douces pourmenades, à l’imitation de ce grand 
perfonnage Socrates , ayant accouftumé de fe 
pourmener toufiours iufques à la vefpre, & 
cftant vn iour interrogé par quelqu’vn , pour- 
quoy il le faifoit, il refpondit, afin de mieux 
foupper. Par lefquelles paroles , ce fage per¬ 
fonnage, monftra quelle doit cftre l’vtilitcde la 
pourtnenade, qui tend principalement à ce que 
par ce moyen on prenne mieux fort repas, qu’il 

le digéré mieux.comrael’efcrit Giceronliu.y, de 
fesQucftionsTufculanes. ' ^ 

Or lur cefte particulière forte d’exercice de 
pourmenades , dont nous venons de parler, 
exercice qui n’eft feulement commun aux gens 
vieux, ains à toutes perfonnes qui en vfent d’or-, 
dinaire, plus que de tout autre : Il y a quelques 
çhofes qui méritent d’eftre obferuees, qui ont 
efté remarquées particulièrement par Celfe,^. - y 
que i’ay voulu infererencc lieu, d’autant qu’vn ^ 

chacun en pourra tirer quelque profit. Il diftin -* 
gue donc le pourmenoir, par la fituationdu lieu, 

X V 


'5}p SECT. II. DV POVRTRAICT 

Tn quel par l’heiire & le temps, &, autres cireonftances 
lie» on fe jgj plus proprcs.à faire vn tel exercice, Où il 
iottfouf jnonftreque la promenade faiûeen lieu plain, 
n’eft pas fl propre &: vtilc i que . celle qui eft 
faidfce en lieu où il faille vn peu monter & de- 
feendre ; pource, dit-il, que le corps en eft exerce 
diuèrfement : Mais cela ne fe doit pas enten- 
dre pour ceux qui ont defja vn corps trop foi- 
ble & debile, comme font ceux qui ne font que 
fortirde maladie, ou qui font goutteux, ou au¬ 
trement foibles & mal difpos ; d’autant qu’à 
ceux là ,les pourraenades des lieux plains, font 
les meilleures. Quant aux autres cireonftances 
fur telle forte d’exercice,voyez ce que ledit Celfe 
„ adioufte : Il eft meilleur, dit-il, de fe pourmener 
„ à l’air,que fousle.toiâ: : & fi.lecerueaulepeut 
I, permettre, il vaut mieux fe pourmener au So- 
„ leil, qu!à l’ombre : Et à l’ombre , que Ics.mUr- 
« railles -, ou fueillagcs.& bayes verdes donnenr, 
,,,qu^àcelle quieftfaide d’vntoidrEt meilleure.eft 
«.celle qui fe fait dEoiâ:ement,qu’obliquemcnt, 
„ ou en tournoyant. . , : 

Quant aux autres diuerfes différences d’exer¬ 
cices, que nous auons mifes en.auant, il y a beau- 
coupde chofes auffi à cfplucher ôc confiderer, 
pour faire qu’elles foienc vtiles &. profitables: 
Car il faut que ceux qui ont prins de la viande 
plus forte à digérer , vfent auffi d’vn exercice 
plus fort & violent, qu’ils fe pourmenent plus 
roidement, & qu’ils s’exercent à la chaffe , à 
la luidlc , à la courfe , au palet, & à la petite 
paubne, comme i’eferit Aduar .de Spriu 



DE LA santé'. ^ 351 

antmal.nutri.cap. n. où il adioufte àcequcdcf- , 
fus, ces paroles: Bref, toute forte d’exercice, »> 
qu’on penfe cfmouuoir la refpiration, & la rcn->» 
dre plus vehemente, comme au(E celle qui peut *• 
augmenter la chaleur, en eaufant vnc douce »> ‘ 
fueur qui humcâc la peau , eft fort propre à ** 
telles perfonnes. Il faut en outre adapter tous » 
les fufdits exercices , félon le naturel & com- 
plexion d^vn chacun. Car les perfonnes grades, 
charnues & maflîues , pituiteufes & abondan¬ 
tes en beaucoup d’excremens ont befoih d’e¬ 
xercices plus grands & violens , que les mai¬ 
gres . defeharneiz, & qui cftans fecs de leur na¬ 
turel, n’abondent en tant de fuperfluitez excrc- 
menteufes , ce qui requiert la prudence d’vn 
médecin. 

Il faut auoir e/gard auffi , aux exercices qui P» temps 
feruent à la conferuation de la fanté, & à ceux extra- 
qu’on ordonne pour la curation des maladies 
longues & chroniques , defquellcs on eft défia 
atteind, comme gouttes, epilepfics, & fembla- 
bles. 

Le temps qu’il faut prendre pour les exercices, 
doit eftre fur tout & en toutes fortes, de meC- 
me confîderé : Et faut, s’il eft poflible, qu’on 
s’exerce toufîours auant le repas, foit le matin, 
foit lefoir. 

Oyons confirmer noftre dire par celuy des 
anciens , voire des plus fameux autheurs , & 
mettons en auant les raiforts qu’ils en allè¬ 
guent. 

Æginete'dit ces mots , fur le temps qu’il 



551 SE CT. II. DV POVB.TRAICT 
faut prendre les exercices : D autant donc qu’ils 
aydent à la diftribution de l’aliment, il ne faut 
pas que le ventre,ny les veines foient remplies 
>»'de viande crue & indigefte, ny d’vne abondan- 
î» ce d’humeurs : car il îeroit à craindre qu’ils ne 
9> fuflent attirez tous cruds, de toutes les parties 
>j du corps, & par confequent qu’ils fulTent pluC- 
»» toft nuifibles qu’vtiles. Il appert donc auffi, de 
» là, qu’il faut vfer d’exercices auant le repas. Or 
f Zetm^s fçauoir , quand le temps y fera prd- 

& opportun : il faut regarder à la couleur 
ces ,fe l’vrine,qui en fera l’enfeigne : Car fi elleeft 
gnotfi par aqucc , OU de couleur d’eau , elle raonftre que 
Us vnnts. l’humeur.que le fuc ou chyle, ft’eft forty du ven- 
î» tre i ny n’efl: diftiibué aux parties du corps ; ains 
.» cft encore indigeft : Si elle eft iaunc & bilieufe, 
>>elle monftte qu’il y a ia longtemps que tout cft 

»»digéré: Mais quand elle eft modérémentpafie, 
isc’eft figne qu’il n’y a pas long temps,que ladige- 
« ftion eft faidc : lors eft je temps qu’il faut pren- 
». dre.exerciGe,3pres auoir defehargé le ventre, & la 
». veffie. 

Syuopsjih. Oribafe confirme le mcfme en paroles prefi 
lo.c.z, ques femblables : Veu que doncilsaydent àfai- 
»» re la diftribution parle corps,il ne faut pas que 
'» le ventre & les inteftins. foient farçiz des fucs & 
9» humeurs cruds de la viande : Car il feroit dan- 
9» gereux, qu’auant qu’ils fufient bien cuids &di- 
» gerez, pour eftre vtiles au corps, ils nefuftènt 
9» rauis par toutes les parties du corps. De-là il cft 
9. notoire que les exercic^sdoiuent marcher auant 
99 le repas. Oc afin que non feulement le médecin: 



ȃ LA SANTE. 535' 

ai aïs quVn chacun puiflc cognoiftrc par inrpc- 
â:ion de fon vrine , quand u concodion fera 
faide, afin de tant mieux à propos > vfer dudit 
exercice, voicy ce que Oribafe adioufte auiG bien 
que l’Æginete. Pour la vraye marque du temps ” 
opportun, la couleur de Krinc enferaiuge : Car 
celle quieftfcmblable à l’eau, monftre afièzque ** 
le chyle & fuc de la viande, eft encore crüd & in- ** 
digeft dans l’eftomach. Celle qui eft rouflè & »* 
bilicufe, monftre qu’il y a ia long temps quela»>i 
digeftion eft faide,& celle qui a la couleur mo- *» 
deréinent pafle, enfeigne que la cpneodion eft ** 
fâideden’agucres,quieftlevraytempsdepren- »» 
dre exercice , ayant premièrement repurgé le ” 
corps des irapuretez, qui feront dans la veffie, & 
au ventre. *» 

Ce font les beaux dc clairs préceptes qu’en- 
feignent à toutes perfonnes , ces deux grands 
médecins antiques, fur le temps des exercices, 

& fur ce qu’il y faut obferuer: afin qu’il enpuif- ' 
fe redffîc le bien , & la commodité qu’on en 
doit efperer. Cecy n’eft pas did pourtant pour 
les Laboureurs, ny pour les gensde meftier ,qui 
faut qu’ils gaignent leur vie du labeur de leurs 
mains , & qui n’ont nulle heure précife , ains 
font contrainds de mettre la main àl’œuure, & 
trauailler tout aulfi toft qu’ils ont prins, leurs 
repas: fans fe donner du relafche du manniuf- 
ques au foir. Mais cela fe doit entendre, pour 
Ceux à qui Dieu a donné des moyens, &qui ont 3^“’ “f* 
leur vie toute gaignee : pour les perfonnes de je 
qualité ôc de refped : pour les grands mefme- l’txmtct. 




354 SE CT. II. DV POVRTRAICT 
ment, qui regilTcnt, gouucrnent, & tiennent le 
timon des Republiques, la preferuation de la 
bonne rajntCjdefquels ne leur touche rculcment 
particulièrement, mais en general à tout le pu¬ 
blic , qui en leur perte peut tout, perdre. Oeft 
à ccux'là , dif-ie., à qui telles reigles appartien¬ 
nent, & qui do.iucnt eftrc tres-foigneux à les 
obferuer. Et particulièrement tous ceux qui 
font ia fujeâs à quelque indifpofition, qui s’ac- 
croift beaucoup par les fautes qu’on commet, 
à ne fçauoir prendre à propos le temps des exer¬ 
cices. 

Zih.hitre Voicy ce que Celfe veut qu’obferucnten ou- 
m^ca,t.i. tre particulièrement tous ceux qui ont l’eftomach 
»> debile. Or le premier remede, dit-il, en cure 
jvd’iccluy, eft Vexercice, qui fc doit toufiours faire 
»» auantle repas, lequel doit eftre plus grande en ce- 
luy qui a moins trauaillé & mieux digéré,qu’en 
3, ccluy quiveftlalTé, &aplus mal digéré fa viande, 
j3 qui doit plus doucement vfer d’exercice. 

Voila toutes les confiderations rcquifes, fur le 
fait de l’exercice : & comme la continuation cft 
vne chofe des plus vtiles ^ neceflàires pour la 
conferuation de là fanté,& prolongation de la 
vie, comme nous l’auons dit: auflîHntermiflion 
, ,. en eft dangereufe, comme eftant caüfe de plu- 
tr!‘î^rtrm. maladies,qui furuiennent au corps 

4 * ^'^^*^*’»^elon le merrae dire d’Acce, 



. DE IA SANTeV 33f 


DV REPOS. ; 

Ch AP. XII. 

N o V s auons en tant de fortes. & par raifons 
& audorirez monftrécydeflus, combien 
les exercices eftoient neceffaires & vtiles pour 
la conferuâtion de la famé des hommes , que 
nous croyons qu’il n’y a nul fubieâ: de mettre en 
doubtechofe fi certaine. En quoy on peut voir 
» clairement, comme entre les premiers & plus 
anciens médecins, vn Afclepiades, & apres luy 
vn Erafiftratus, [ enforcelé de fon erreur ] ont 
fort mal àpropos ,non feulement blafraé, ains 
tafehé à condamner & ofter du tout l’vfage des 
exercices , comme chofe nuifible: seftansopi- 
niaftrez à trop lourdement vouloir faire croire 
que le repos & l’oyfiueté eftoient plus necef- 
' faites que les exercices , contre l’opinion de 
I cent autres plus célébrés médecins de leur 
temps. 

Si i’ay donc haut loüé les exercices , pour 
le bien & conferuâtion de la famé des hommes, 
\ ie l’ay faid auec toute l’antiquité : ayant pour¬ 
tant faid différence des exercices par^ trop vio- 
lans, & de ceux qui font modérez. De mefme 
parlant maintenant du repos, ie neveux pas en 
cela enfuiure l’opinion , ny dudit Afclepiades, 
ny d’Erafiftratus, qui ont trop fauorifé, & plus 
attribué au repos Sc à l’oyfiueté , qu’il n’eftoic 


Exercices 

conidnt%. 



3)5 SÏCf. II. DV PCVVRÎB.AICT 
i» conucnable ; laquelle cftant trop exceffiuc 8c 
fuperflue» nuit non feulement au corps , ains 
à l’ame, en rendant les hommes pleins de 
mauuais penfers, lafehes, endormis, ignorans» 
brutaux : fans mémoire, fans prudence, fans iu- 
geraent: refroidis, defcolorez,oppilez,cathar- 
reux, goutteux, épileptiques , apopledtiques: 
bref apportant > comme de0us, infinis maux - 
& inebnueniens, tant à fefprit qu’au corps. 
N’entendant ^ar confequent parler de tel re¬ 
pos & oyfiueté, que ie condamne auec le Poète, 
quidid; 

Cernis, vt ignmum eonumpant otia eorpta» 

Vt captant vitium , ni moueantur, a^ua ? 

Mais bien parlé-ie de ce repos modéré, qui 
comme contraire au mouuement, repaift , re- . 
ftaure & fortifie nos efprits : qui donne & di- 
fttibue, comme vne nouuclle force & vertu à 
nos membres, la(rez& débilitez parle trauail: 
membres qui ne pourroient longuement fub- 
lifter ny durer fans ledit repos , comme il cft 
eferit: 

Q^oà caret alteynancjuie àmahilt non e^t 
Hacreparat vires, fejfa^uememùra nouât. 

Ceft donc de ce repos modéré, que ie traide, 
comme d’vne des chofes non naturelles, tref- 
vtile & tref-ncceflàire pour la fanté, quand il eft 
bien vfurpé. 

Et de faid, nous femmes apprins, voire auons 
commandement exprès, que Dieu créateur de 
toutes chofes, nous a fait, de nous repofer le 
fepticfmeiour , comme il ferepofaluy-mefme^ 
X ' apres 



Û É tA s A N t 

âpfés âüoir fait fon œuure .* Pour apprendre 
par ce bon & falütaire exemple, que pour 
ter 86 adoucir nos longs trauaux, il nous faut,. 
prendre quelque relafche: à fin que nos forces 
foient par ce moyen rcftablics & rendues plus 
promptes, alaigres & preftes à retourner au la¬ 
beur : Car comme chante le Poëtc, 

Ocia corpus airnt, animm quo^ue pajcitur illis. 

Le médiocre repos» doneques eft trcf-vtile 
pour les raifons fufdites, pour la conferuation 
delafanté, & prolongation de la vi.e^ H eft trel-, 
neceflàire auffi, pour la curation de beaucoup 
de maladies, qui requièrent totalement le re- . 
pos, & qui félon le prouerbe Italica, demandée 
qu’on tienne Ia mm alptSloy^ ilpiedi alleUo:Q6-, 
me en ont befoin les podagres, qui font trauaii- - 
lez de leurs douleurs; ceux aufîi qui font bleftèz, Utpas è 
par Icsiambes, ou par les cuiffes, ou attainâts de 
quelquc tumeur ou inflammation ,cn telles par- 
ties deftinées à mouuoir , & faire marcher le 
corps. Ledit repos eft propre auflî , voire fert de 
prompt rcraedeà infinis maux, accompagnez " 
delaffitudes. De mefrae eft profitable à toutes 
diarrhoccs, îycaterics,dy{ènteries, Ôc à tous au¬ 
tres flux de ventre. Car comme eferit Aëce : ^ 

filcnce 5c repos, retiennent le ventre: mais Ie/*r.i,é.i 7 ,* 
mouucment & les pourmenades le lafehent. ' “ 

Ce qui eft confirmé par Celfc, parlant en cesCtl/.HbX 
termes ; Celuy qui eft fuiedt d’auoir le ventre'^* re med. 
lâche fouucnt,doittoufiours apres le repas, le 
contenir:eh repos: & ne tendre point fcfpritj, 
à quelque chofe fetieufe, ny efmouuoit fon 
Y 




538 SîCf. n. DV POVRTRAICt 
9 > corps, par aller & venir, quoy que Icgete en foie 
9 » lapourmenadc* 

Bref, tout ainfî que le fommeil médiocre eft 
requis , comme cliofe vtile 6c trcs-neceflaite a- 
pres la vcillejainri le repos cft requis vtile 6c ne- 

cefTaire,apres rcxcrcicc & le trauail, 

Oribafe en ion fixicfmcliure des Collerions 

médicinales ,au fécond chapitre ou iftraitte 
du repos,apprend particulièrement à qui, & à 
quels maux 6c inconueniens il eft principale- 
,, ment neceiTairc, Ceux qui gifent malades, dic- 
3 , il, trouuent à propos le repos bon & conue- 
,,nable,& principalement aux commenceraens 
, vdes accez de leurs maladies : comme auffi aux 
,,croi{lances d’iccllcs,& incontinent apres le re- 
3 , pas:& quand quclqu’vn penfe à vouloir repo- 
, i fer, il faut qu’il cherche lieu tranquille & fans 
3 » bruir. 

Il faut obfcruer en outre fur cet argument 
du repos, la compicxion des perfonnes. Car 
comme l’exercice médiocre , félon Hippocra^ 
:A qutüettc eft profitable & vtile aux phlcgmatiques,5e 
I* à ceux qui font d’vn naturel froid & humide; 

» replets, charnus, & robuftes: 
trcs-conuenable à ceux 
quels /en* qui font bilicux, & de complexion chaude & 
lesbiens qui feiche ; qui font exténuez, maigres, defeharnez 
tnfromen- & debües ; d’autant que par le moyen du repos, 
les efprits font reftaurez & fortificz,& les corps 
humedez. C’eft en fomme , le bien & vtilirc 

que nous receuons du repos modelé. Beaucoup 
des chofes que nous auonsja ditcs,dc l’vtilité du 


DE LÀ S AHTE'i 

foratticil, fe petiuent rapporter aii repos »d‘au- 
tant qu il y a vn grand fymbole & rapport de 
i’vnà l’aiitrëjOÛicrenuoyelcLcéleuripour n© 
vouloir vfcr de redite; 



DE LÀ REPLETION Et 


1 N A il I TIO Ni 

\ 

€hAP. xiir. 

P O vk la fin de la fécondé fe<!liori de ceftuy 
noflre Pouttraiârdeia Santé.ou Dietctie Po- 
îy-hifiorie.'il nous refte à parler de la Repletion 
écinaniciori.; . - 

Or la Rcpîctioh, que les Grecs appellent ^ 

p&fli'jneft autre chofequ’vne grande quantité, 
plénitude ou multitude d'humeurs j,contenues fasè.- 

dans certainescauitez &erpaces du corps; 

Laquelle plénitude ou repletion y fe fait lé 
plus communément par l’aliment jiequclcom- 
iiaeil nourrit le corps, il Tcniplit aufîl TouUent 
fupcrfluëment,&trop abondamment; Et c’eft 
pourquoy il faut mcttre-^diîTsrenCe entre ali¬ 
ment & rempliftemcritjs'ii m’eftpermisd’ainâ 
parier; 

Or cefie repletion aduierit le plus iouüeht, Si 
volontiers dans le ventre & dans les inteftinsi 
dans les vaifïcaux ou les veinës qui fe bouchent^ 
tcmplifTcnt & s enflent/ou eftendentpar fois fî 
fort,qu’elles s’en rompent,d’oumuient fou- 
uent vue éruption de fang,fiort n’y pouruoits 

.Y ÿ 


340 Se et. IL Dv povrtraict 
rcplction plus dangereufe aux maladies , que 
celle du ventre, qui s’efuacue le plus fouuent ou 
par le haut ou par le bas : à fçauoir, par le vo- 
miffement, ou par les felles. Ceft ce que confir- ^ 
me Paul Ægincte, parlant de la repletion, & en 
àe te med. cfcriuant comme s’enfuit : En fait de viande, on 
s’abufe fort pour le regard de la repletion : Car 

* ’encore que l’cftomach digéré bien,toutefoisl’a- 

* * bondance fait ("quelque bon fuc que ce foit)quc 
’ * les veines patilTentjs’cftendent par trop,voire fc 
** rompent, ou fe bouchent, pour ne pouuoit 
*’ prendre ait, d’où il ne peut adiiehir que mal. 

Da»m eft-ce vne chofe tres-mauuaife d’auoir vhc 
^'^compagnee d’vne repletion des 
' ^ nés : Mairpour le regard de la repletion du Vciî- 

■ tre.cé qmcftfupcrflu.quelquefoisfc vuidepat 
^, le haut, quelquefois par,1c bas : laquelle toute- 
: ■ ,, fois il faut euiter le mieux qu’il fera polîibléV 

,, Qj^e fi quclqu’vn a trop mangé,il fautfqu’ini 
,, continent il vomilTe fâ viande.. 

De là appert, comme du manger & du boi-i 
re , mefmement quand il eft cxceiflîf, il s’eh- 
gendre beaucoup d’excrcments lupcrSüs ,' qifi 
caufènt' la rcplction : & qui s’oftent & guari& 
fent par l’euacüation : laquelle fe parfaid, oiî 
par la feule nature, ou eftant aflîftcc & aidée 
"départ. ' • ' 

Or comme il y a beaucoup de telles fuperflui- 
tez excrementeufes, qui font diüerfcs.; auflî ÿ 
a-il beaucoup de lieux deftinez par la nature, 
VAtUtcàes pour les euacuer. La telle a fes emunétoités 
eonimut particuliers, qui font comme fes fentincs ;i . 


. - DE Î-A SANTE'. 34Ï 

fçauoir, Jcs aureilles, par lefquellcs fe purgent 
les fuyes & les cxcrcraents bilieux, qui font 
la tefte : les yeux &la bouche ferucnt à ^‘J*^”** 
cuation de la pituite ; 6c les plus craflcs ou. 
mclancholiques humeurs s’euacuent par le 
nez. 

Tous lefdits excréments s’engendrent des me- 
tcorcs,qui font efleuez des parties bafles au cer- 
ucau: à fçauoir des vapeurs & exhalations fufei- 
tées, tant par les aliments que par vn fang trop 
efehauffé & bouillant. 

Il y a deux autres conduits, fcntincs,oucloa- ^ 
quesidu corps, qui font de mcfme députez & 
deftinez à Tcuacuatioh des cxcrcraents plus ma¬ 
teriels 6c plus cralîès, que produifent lefdits ali¬ 
ments : à fçauoir,le fîcge 6c la vcffie,par lefquels 
conduits fc defehargent les foulphres , les li- . 
queurs,& les fels les plus cralîès 6c fuperflusdef- 
dits aliments. 

La matrice, apres le premier vfage à quoy 
nature Ta deftinée, fert auffi de fentine ôc cloa¬ 
que aux femmes , pour la mefrae defeharg^; 
bien que ce foit particulicrerhcnt pour celle du 
fang menllrual‘. comme le lîcge fert à plulîeurs 
hommesauffi ,pour la defeharge d’vn îang mé- 
lancholique,qui fe fait par les hæmprrhoides 
ouuertes. , . . 

Le cuir, qui eft tout pertuifé comme vn cri¬ 
ble ,cft auffi vn defehargeoir general de tout le 
corps; par où s'eijaporent généralement & 
continuellement [foit par infcnlîble ou fenlî- 
blc 6c manifefte tranfpiration ] les liibftanceç 
Y iij 



341 SECT. II. BV POVRTRAîCf 
vapourçufes & fpirîtuclles, contenues dans nor 
ftre corps, comme on le voit raanifeftement 
par les fucurs & autres diuerfes ,& voire imper- 
VieptMes euaporations, qui en fortent ordinal, 

— XmSt par le feul beticficc de nature, & par la 
yjigje^fdits dclchargcoirs , tant particulier^ 
que généraux, dont nous venons de parler. 

Qr quand il aduiçnt [ ou par le dclaut & irar 

befillité de nature, ou par le vice particulier des 

parties deftinees à telles fondions ] quelque 
-caqjefcherâenr à.telles defeharges ordinaires: 
cefte rétention çaule plufîcurs & diuets^aux, 

l'art j/’o»? àquoy pn pourupitadôcpar fart ,qoKftTemi- 

de nature, Cçft ppurquoy nous vfôs d’er- 
rhins fternutatoires & mafticatoires, pour ay- 
der par le moyen dé Part, à ce que le cerucau 
particulièrement fe puiflè purger & delchar- 
gerde beaucoup d’excrcments (uperfluzjla ré¬ 
tention defquels luy pourroit porter grand 
dommage. 

L’eftpmach trop rerapiy ou de vin ou de viâ- 
de, ou de trop d’humeurs pcrnicicufes & nuifî- 
blcs,cft aydéàlesvuidct& reieder par desvo- 
initpires: que l’art fuppeditc, alors que la natu- 
reeft ou parcflèufc, ou n’eft aflèz forte à le pro- 
uoquer d’elle mefmc. 

Il y a plufîcurs pprfonnes qui ont naturelle- 
rnentleventre fec & dur,& aufquels larctcn-r 
tipn des excréments, porte grand domma¬ 
ge: voire eft caufe de plqfîeurs maux, à quoy 
onpouruoiiparrart, par raedecinéslaxatiues, 
bouillons, clyfteccs:, fuppofîtoires , & autres 



DE IA SANTE*. 34| 

moyens qui pcuuenr ramollir & lafcher le ven¬ 
tre. 

L’art a fes diuers diurétiques, & fes diuers xW.f» 
exercices, voire Tes baings,àrimitauon de ceux*”*^*'**^”'*" 
que nous pcoduid nature, qui feruent à ou- 
urir les pores du cuir, & qui aydent à defehar- staeitamns. 
ger la nature par les Tueurs & autres diuers 
moyens de beaucoup de fumées , vapeurs, & 
autres exetementeufes fuperfluitez, la réten¬ 
tion dcfquclles eft fort nuifîble ôc dommagea¬ 
ble. 

L’abondance ou replction, eft elle dans les 
vaifleaux : C’eft l’art qui par l’ouuerture des vei¬ 
nes, cuacuc le fang: quiprouoque Icshaeraor- 
rhoidcs,& les mois retenuz quand il en eft bc- 
foin. 

Voila comme Tart imitant la nature, a plu- 
fteursvoyes, moyens & remèdes que nous fjae- 
cifierons par le menu , & en deferirons parti¬ 
culièrement les formulaires en fon lieu, à Tça- 
uoir en la feétion fuiuantc ; Par ce que deiîus 
nous pouuons comprendre que larepletion eft^<* 
oftçe par reuacuation , loir par i’ayde de nature, 

Toit par 1 ayde de Tart : laquelle repletion [ foie, * ** 

qu'elle loit dans les veines, ou dans le ventre, 
ou dans toute l’habitude du corps]} eft toufîours 
dommageable & pernicieufe, comme eftant 
caufe de plu fleurs maux, & diuers fymptoraes 
quienfuruicnnent, ; . .. 

Et dautât que l’yurôgneric & gourmadilê, ac- 
côpagnces d’oïfluçtc en font vne des principales, 
caufes, c’eft pourquoy la fobricté eft firequifç. 

Y iiij 



J44 SECT. II. DV POVRTHAICT 
&ieçommandée, non feulement pour la con- 
feruationde la lanté: mais afin auflS, que nous 
puilfions faire voir par efFeél: eftrc hompesrai- 
fonnablcs, & non pires que les beftes brutes, 
en nous rempliffans de vin & de viande , plus 
que noftre ventre n’en peut tenir, iufques à la 
regorger : ce qu’on ne voit pas aduehir aux 
Îîeftes, 

Or par celle fobrietc ou frugalité,nous n’en, 
tendons pas Pabftinence totale du manger & du ^ 
boire ; ou celle de certaines viandes en certains 
tempsiou ce qu’on appelle communément ieuf- 
neruuâisbîenrvfagc modéré des viandes, & vne 
teraperancc,qui ferue à fubftanter la vie honne- 
ftement ; condamnant au relié toiis banquets 
fomptueux & fuperflus, & toutes folles defpen- 
fes qu’on employé pour la gueule,comme chofe 
dôraageable,& à la fanté du corps, & mefrac au 
faîut des âmes. ^ 

ÊsirUti Vue des caufes principales de la^ longue & 
(Mft de profpere vie de nos plus anciens peres, a elle la 
longue & ^*^firicte & l’abllinencç jlefquels neviuansque 
de fruiéls feulement, & le plâilans à celle façon 
de viure, donnèrent à celle vertu, le nom de fru¬ 
galité,laquelle auIfifpour s’efpargner à manger] 
ils nommèrent parcimonie, 

Etde faiCjla viande &pallure de nos premiers 
peres, qui ont vefcü lî longuement, ce n’a elle 
que de l’eau,des fruits,du miel & du laiélage. Si 
que 1 vfagé de vin &des chairs,n’a clic intro- 
duiél que depuis ledeluge: à Içauoir, deux mil 
deux cens quarante deux ans, apres la création 



DE'IA SAKTe'. HS 

I dumondCjCommei’cfcrit Marulle. Et Dicaear- 
chusau Hure des Antiquités , recite comme du 1,4 
temps de Saturne,on ne viuoit que des fruids & 
des pommcs/ans vfer de chair. 

Depuis mefme que le vin, que la chair & au¬ 
tres viandes deiicicufes eurent prins lieu, les an¬ 
ciens toutefois n’en vfoient qu’auec toute tem¬ 
pérance, fobriete &frugalitéj'& fuyoient com¬ 
me chofc non feulement perniciêufe à lafantc, 
mais comme eftant vicieufe & contre les bonnes 
mœors,lacrapule,]’yûrongnerie,&lcs mets dé¬ 
licieux & fuperflus des viandes. 

Les Rois d’Ægypte n’vfoient que de viande DiumtxU 
bien fimpie,Ieur tablen’eftantchargée que de 
veau & d’vne oye : Et quant au vin, il leur eftoit 
ordonné vnc certaine mefure , qu’ils nt pou- 
uoient pafler, de peur de fc remplir trop, ou de 
s’enyurer. Finalement ils eftoient tellement mo- 
deftesen leur vie, & tempérez, qu’il ne fembloic 
que ce fut vn Legiflateur qui en eut faid la rei- 
glc,mais vn grand Médecin pour confèrucr la 
lanté en fon entier : commeFcfcrit Diodore, li- 
ure premier chapitre 6. Et Xenophon en fon li- 
ure de la République,recire comme Lycurgue le 
Legiflateur des Laeedæmoniens fut d’auis qu’on 
ne donnaft pas plus de viande aux mafles,que ce 
qui fuffiroit pour empefeher qu’iU ne fuflent 
efpris d’yurongnerie, & qu’ils apprinflent par 
expérience à fouflrir indigence, quand le cas y 
efehertoit. - 

La raefrac fobrieté & tempérance a efté en 
grand vfage & recommandation durant les pre- 



546 SECT. II. DV POVRTRAICT 
miers 6c anciens Romains, comme on le peut 
yoitenyû.kgv&riàii.cJewfiitHt.ant.6cev\V\i' 
ne Hure i8.ch. ii.Toutes les nations au ffi pendant 

ce temps-là ontefté floriflàntcs en Tante, pro^ 
fperité, & en wutes choies. 

Pour monftrer les grands maux qui furuien- 
ncntf'de la gueule, & trop grande rçpletion des 

ISdusc fHt- viandes jSeneque en quelque endroit crie con^f 

uentt> fojtre.lesEunuques & femmes de Ton temps, dau- 

U^xV tant qu’elles rendoient menteur Hippocrate 
qui auoit eferit telles gens n’eftre fujets aux 
gouttes, lefqucllcs toutefois ils s’eftoieut acqui- 
l‘es pat leur luxe & intempérance (qui s’eftoit 
accreuë auec le temps ) 6c eftoknt par ce moyen 
deuenus fujets à tels maux auffi bien que les 
autres. ' 

‘RtgathnM Au Contraire vn Rogatianus noble Sena- 
lemtewy «?» teut Romaineft fort loüé par Po^rphyrejpour 
auoir cfté capital enneray de tout luxe 6c intem¬ 
pérance : voire qui Ijc tant par là fobricté 6c 
frugalité, qu’cllant aüparauant fort alTailly du 
mal des gouttes , bien toft apres longues tre- 
ues qu’il auoit faites aueç fa maladie , fut re¬ 
mis en pleine famé: lequel reprint Tvfage de 
fes pieds & mains auec autant de vigueur qu’au¬ 
cun autre qui n’auoit iamais elle malade, 
6c qui eftoic des plus faios 6c alaigres du 
monde. 

Jurongne- L’yuroQgnerie fur tout a efté décriée cora- 
tiecondam- mechofepernicieufe 6c brutale, par toute l’an- 
""““'•tiquité. 

^ * C’ell: pourquoy Anacharfis cftant interrogé 



DE LA SANTÏ^ 547 

vn îour quel moyen il y au oit de fecontregardcr 
à deucnir yure. Si on fe propofe,dit-iI,deuâi>c les Erafm.lf. 
yeux la turpitude §c vilenie de la vie, mœurs & 
âdions d’yn yurongne. 

Nousadioufterohs à cela,qu-il faut mettre cd 
auant à tousyûrongnes&goulus, les douleür-s 
langueurs & maladies grandes ôç indicibles,que 
leur apporte la trop grande repletion, & du vin 
& de la viande : & au contraire, la grande vtilitc 
qu’on reçoit de la fobricté,pour yiurc fainemehe 
&Ionguemenr. 

Mais le delbordement eft auiourd’huy fi 
grand, &la gueule & l’yurongnerie fi commu- 
nc & vfitéc en plufieurs lieux, qu’on faid vn 
Dieu de la panee. C’eft pourquoy il me faut di- 
re,en iniitant le grand Caton,quand il reprenoit 
(comme Cenfeur) les excez,& le luxe du peuple 
Romain, qu’il eft fort difficile de parler, & faire 
entendre le ventre qui n’a point d’oreillcs,& que 
c’eft temps perdu de luy parler eftant fourd* 

Que me fert-il doneques, en ce temps mefme- 
ment le plus depraué en cxccz & intempérance 
que tous les temps pafîèz, de remarquer & faire 
voireuidemment,voire faire toucher,comme 
au doigt, les infirmités & calamités qui furuien- 
nent d’vne exceffiue repletion : Veu que ce vice 
fi couftumier a peins fi grandes racines, qu’il eft 
comme impolfible de les pouuoir arracher,la 
coufturae eftant ja comme tournée en nature? le 
n’en parle pas au (fi en ce lieu, pour en faire la 
reformation , fçaehant qu’il rn^eft impolfible, 
ains pour faire voir les grands & énormes 



348 SECT. IL DV roVRTRAiCT 
niaux& infirmités qui furuicnncnt parle trop 
grand excès, foit du vin, foit de ia viande : Vices 
quifuiuent & accompagnent d’ordinairelare- 
pIcHon, comme vne ombre fuit & accompagne 
le corps. Çesràauxreprefcntczcommcielesre- 
preientc, & par ratfons, & par autorités, & par 

exemples, pourront donner occafîon à quelques 
vns qui font les plus modérez, de les fuir & eui- 
ter, s’ils défirent auoir foin de leur fantc, & de la 
çonferuation de leur vie. 

Le fcul fpedacle de la repletion en aucunes 
per {onnes, où elles d omine & ex erce plus à plain 
fes efFcds,en eft fi prodigieux & efpouuantable, 
que nous en deurions auoir horreur. 
l»emes Vn AdclbertEuelquedeVvormcs.&frcre de 
^ ùe Sueue, fur fi replet, fi gras, fi 

%7cUsIe7a ^ ventru & fi grand deuorateur & galifte, 
Té^htion, cpramei’efcrit IaChroniqueHirfaugienne, que 
tous ceux qui le regardoyent eit aopycnt hor- 
reur,lequelcn fin fut eflouffé de graille. 

Il n’eft pas feq! qui eft mortdctrop grande 
repletion & de graiflè. Vn Dionyfius Heracleo- 
' tcslelq Ælian mourut de mefrae pour eftre trop 
gras& replet : voire il fut fi exceffiuemcnt plein 
& ventru,comme l’efcrit le mefrae autheurj que 
la nuid pendant qu’il repofoit, on cftoit con¬ 
traint de luyapliquer des fangfues aux deux co¬ 
llez, pour tirer d’humeur fuperflule plus qu’on 
pouuoit, Sc par ce moyen diminuer vne fi gran¬ 
de plénitude. 

Cardan fait mention d’vn autre monftre en 
groflèur de yentre & repIction,qui cftoit vn Sar 



DE lA SANTb\ ^4$ 

‘<9i:ius Roy des Efpaigncs, lequel comme il ne 
pouuoic, pour eftre trop gras, ny monter à che- 
ual, ny tourner les mains aifement deçà delà, 
s’énuiant de viure ainfi, fit venir à foy vnfort cé¬ 
lébré Médecin d’vn Roy d’Afrique, par lequel 
il fut guéri pourvu temps, par le moyendc la 
fcmence d’vne certaine hérbef'que Cardan pen^ 
fe eftre langue d’oifeau) mais,adioufte-il,il mou¬ 
rut bien toft apres, foit qu’il y eut du venin dans 
celle drogue,foit par vnfubit changementde 
fon naturel à vn contraire qui luy fut apporté. 

Telles perfonnes rcpletes & ventrues rie font 
propres qu’à demeurer affizes dans vne groflè 
chaire, pour y dormir & ronfler tout le long du 
îour a près qu’ils font bièri-fouls,Comme de grof. 
fes belles & fales pourceaux. 

EpaminOrtdàs ce grand Diic & Capitaine 
'Thebain,'COmmerefcritCcElius,audit fîicon- 
tre-cœur-& haïlToit fi fort toutes perfonnes re- 
pietés & ventrues, quul les chafloit & bânnif. 
foit de fes armees, comme perfonnes du tout 
inutiles. 

Les Bœotiens trop adonnez au ventre,n’e- 
ftoient pour autre raifon appeliez des Athéniens 
(comme l’eferit Plutarque) fots en paroles & en plut, lih: 
kits,ignorans& brutaux, que) pour leur gour- fareo- 
mandife & infatiablc mangerie,de laquelle 
deuenoienttrop repiets,gras& ventrus^ ' 

Quant aux Àthlctcs,qui fur les derniers temps 
'mcfmement, rie faifoienc profelîion que d’eftre 
galifres , gloutons, grands mangeurs'& beü- 
'üéurs, Sc la plus part defqucls par confequent 



iJÔ' SECT. II. DV POVRTRAicf 

eftoicnt replets, & au plus haut degré dercm- 
bon-point: on voit ce qu’vn Euripide ch eferir* 
difant, qu’il âuoit veu parmy les orées beaucoup 
de maüuais coraporteraens, mais qu’il nauoit 
veu rien de pire, quelamifcrable condition des 
Athlètes, qui n’eftoyent que les ferfs de leurs 
.. mafehoites êc de leur ventre, comme l’cfcric 
Cœlius. Ce qui clî; confirmé en plufîeurs cn- 
” * * droits, & par Hippocrate,& par Galien, qui mô- 
firent par lexemple'^des AthleteS,les grands & 
diuers maux Se inconueniens qui furuicnnent 
de gueule, d’vnc pléthore & repletion ; & qui 
cnfcignciit de mcfme les remèdes qui leur font 
propres, à l^aüoir l’inanition & frequente cua- 
euàtion, faite Se procurée en diücries fortes, fé¬ 
lon les diuetfescaufes quik produifent ; comme 
nous en auons ja touche quelque mot enpaf- 
fant cy deflus, renuoyât les Icâcurs pour le fur- 
plus, à ce que Icfdits.deux autheurs& autres en 
ontefcricplusauiong en Icuts.doûes commen¬ 
taires. 


de L’INANITION* 

Ch A P. XI Vo 

C OMME la repletion requiert pour remedp 
l’euacuation,félon que nous venons de dire: 
ainlî l’inanition fe guérit par repletion. dreefte 
inanition du corps aduient en deux fortes prin¬ 
cipalement .àfçauoir, ou parlarcfolution dtfS' 



DE t A s AnteV 5 ÇI 

«fprits, ou par Texpurgation des excrernehà. La immUn 
rcfoltrtion ou inanition des efpritsfc faitendi- 
uerfes façons à fçauoir, ores par i’exhalaifon 
bited‘iceux,aducnuepar vn trop fubic moüuc- 
nient ou perturbation d’efprit, comme par vnc 
trop grand ioye, courroux & triftefle; Laquelle ; 
inanitiond’efprits aduient parfois detélleforcc 
& fi rudement qu’on en meurt, comme nous 
i’auonscy dcfliis raonftré par diuers exemples 
en parlant de telles perturbations d’efprir. 

Lefdits cfprits font de mefmeefiianoaïs pat 
l’aagc & extrerae vieillcflc, dont s’en enfuit en 
fin la mort, comme cela n’eft que trop notoi¬ 
re & qu’on voit aduenir, parla totale confom- 
ptionduvray nc(flar,bauraèou huile fpirituel 
& précieux, deftiné à efclairer la lampe de no- . 
flrcvici 

L’inanitionauflîdefdits éfpritsèftcaüféè par 
le defaut d’aliment: & en fin par les trop grandes 
euacuationsdes humeurs oti hasmorrhagie-s'da 
fangj de quelle part & moyen qu’allés furuieri- 
nent & foyent caüfees. 

La fécondé forte d’inanition qui fc fait par là 
trop grande expurgation des, excireraens j àduicc 
âuffi en diuetfes façons,par diUetfes voyes & 
conduits, ores par le moüüertlent de nature, ores 
par celuy de l’art ' 

Parle mouucmcnt de nature comme fout les 
grands vomiiremens,& cîècfions qu’elle pro¬ 
duit par fois, comme par exemple I là mala¬ 
die ditte des Latins -qui n*eft 

-autre chofe qa’vn defuoyement d’eftoinach. 


551 SECT. II. OV POVRTRAICt 
de ventre ,& des inteftins, qui menace d’vn fu- 
bic dâger de la vie: le nom du mal dénoté fa eau- 
fe,quieft vne bile ou telle autre humeur mor¬ 
dante, qui irrite la faculté expuitricc.Et veu qu il 
y a deux huis en l’eftoraach, ccluy auquel la 
matière peccante fe trouuc araairec , par là 
aulfi nature en fait Teuaeuation, ores en haut, 
ores en bas : & ores par toutes les deux 
voyes. Et félon qu’elle eft grande & faite auec 
plus grande ou moindre violence & rcfolu- 
rion d’efprits, elle eft plus ou moins dange- 
reufe. 

Il y a plufîeurs autres euacuations faites par le 
raouuement de la mefme nature: comme diuer- 
"fesfortes de flu;s ôc ciedions d'excrcmens par k 
ventre, comme font les diarrhoees, lientcrieSjdh 
uerfes fortes de dyfcnteries & femblables : les 
euacuations par les Tueurs & parles vrines, foit 
par voyc critique où aurreraent. ; 

Demefme on lufcitebeaucoup de telles eua-^ 
ouations par l’art: comme grands vomiffemens ' 
& grandes eieélions, & par la bouche, & par le 
ventre .procurez auec l’antimoine, heilebores, 
&femblables reraedes violens, dont plulîeurs 
ignares Empiriques vfcnr ou abufent inconfî- 
dercmentj augrand dommage de plu ficurs ma¬ 
lades. Corn me il y a aufli plufieurs hydrotiques 
ou diaphoretiquc&j &rcnaedes.diuretiques, qiii 
efmeuuent les Tueurs & les vrines ^ & que plu- 
fieûrs Médecins adminiftrent fouuent Ci mal à 
propos, qu’il en aduient de grandes, fubites 
& iraraodcrecs enacuations/qui font par fois 

vne 



CE LA SANTE*. - 555 

¥ne telic Ci grande & fi fubite inanition & re- 
folùtion d’cîprits , qu’il en furuicnne plufîeurs 
grands 8c diuers maux , & bien Tomienc la 
mort. 

, Pour retfiedier à telles inanitions fiîruenues Remeia 
ou parlarclolutiondes efpritsoudes excremens f»»tre fou^ 
comme defius , c’eft en general de remettre & 
reftituer lefdits efprits rcfolus en toutes fortes & *turef6lZh$ 
maniérés: tant par bon aliment, qu’autres reme- £effnt. 
des reftaurans, & fortifians nature. 

Quand cela aduient par les perturbations d’e- 
fprit, comme par trop grande ioye, triftefie, &g. 
nous auons ja apprins les remedes dans noftre 
première iedion, en parlant des perturbations 
de l’cfprit. 

A la refolution ou inanition des efprits, faite 
par l’aage de la vicillefiè, le feul remede eft, de les 
. remettre & rcftaucer par bons confumez gelés, 
par l’vfage du vin, par bons élixirs de vie, & bref 
par toutes chofes qui reftaurent les efprits, & re¬ 
mettent les forces. • 

Si l’inanition defdits efprits vient ï faute d’a- 
limcnr,& que le corps n’en ait peu eftre fuffifam- 
ment fuftenté, il le faut nourrir & alimenter en 
toutes fortes : mais fur ce poind il faut obferucc 
beaucoup de chofes. Gar fi c’eft apres quelque 
grande famine , apres quelque- long fiege de 
ville, où on ait beaucoup paty pour le defaut dés 
viures: qu’on obferue diligemment ce poind, 
pour bienreniedier à cefteinanition: C’èft qu’il 
ne faut s’emplir tout à coup, ains peu à peu, te¬ 
nant pour réglé certaine en la medecine , que 



«4 SECT. III. DV POVRÎRAICT 
toute fubite mutation ea fort contraire & dan- 
gereufe à la nature. 

Nous pourrions illuftrer cccy par cent exem¬ 
ples, & faire voir comme plufieursqui auoient 
fouffertvne grande faim&vne grande foif par 
difette: alors qu’ils ont eu abondance & liberté 
d’vfer de de l’vn &:de l’autre aliment, en font 
morts en ayant prins trop à coup, &vféd'iceux^ 
immodérément, pour alfouuir leur affame ap-- 
petit. . 

Quand ladite inanition eft caufee, ou par vne 
trop grande hæmorthagie & flux de fang, ou 
d’autre humeur, il faut y remedier en tafehant à 
l’arrefter pat réunifions, deriuations, ligatures 
& reraedcs.tant internes qu’externes, propres 
à coaguler , & à arrefter le flux immodéré du 
fang. 

Si la trop grande Sc fubite euacuation des ma¬ 
tières excrementeufescaufe ladite, inanition, il 
les faut aufli arrefter parles réglés que l’art nous 
donne. S’il nous faut combattre quelque vomif- 
fementou flux de ventre, il fera expédient par 
fois de procurer le vomiflèment & de purger, 
pour ofter la caufe irritante & qui fait mal. Car 
vn vomiflèment fe guérit parvn autre voraifle- 
ment, & vn flux par purgation .félon Hippocra¬ 
te : mais il ne faut oublier d’adioufter les ebofès 
roboratiues .aftringentes & confortatiues, pour 
arrefter vn tel defborderaent, fait ou par nature, 
ou procuré par l’art. 

Les fueurs diaphoretiques , les grands flux 
d!vrinç,qui caufentaufîi par fois (lors qu’ils font 



£»E IA SANti'é 311 

trop cxceffifs ) vne grande inanition d’orptits, 
doiucnt eftreauflîarrcftez à propos auec pro¬ 
pres & fpccifiques remcdes, à quoy lé Médecin 
expert doit bien veiller , en confiderant fi telle 
euacuation eft faite par voye critique, ou non î fi 
elle débilité trop les forces, ou non : fi elle eft 
trop immoderce, ou non : produite pat la nature 
ouparTartjafin d y apporter félon cela à propos 
les reuqlfions, deriuations, corroborations, ÔC 
autres remedes neeeiraircs, dont ilous parlerons 
êc en deferirohs particulièrement les forniuîaires 
en vn autre lieu. 

Zi} 



TROISIESME ET 

DERNIERE SECTION 

DV P O yRT R À I CT 

de la Santé. 

Dh re^me qui fe doit tenir en general, 
^our la conpruation de la Santé. 

Chapitre ï, 

N cefte derniere fedioii nous 
traitrerons en particulier de 
toutes les chofes non natu¬ 
relles, & les accommoderons 
à noftre vfage , tant pour la 
conferuation de la Santé,que 
pour la guerifon des plus 
communes maladies ,aufquel]es le corps humain 
eftfujeâ:. Et fuiurons le mefme ordre qu’auons 
commencé. Et ce le plus fuccinélement q^’il 
nous ^ra polîlble. 

Tout'homme doneques , Toit qu^il foit d’vric 
entière fanté^^fo.it quil foiî malade, doit cuiteir 



DE IA santé'. - 357 

toute perturbation d’efprit le plustju’iîpeut. & Rmtdes 
encore plus fc doit-contregarder de fe colerer, 
ennuyer, & contriftcr, telles perturbations d’ef- 
’ prit eftans celles qui le plus couftumierementyj,^^,'^ 
nous âllàillent & troublent, & qui nous donnent 
le plus de rrial. Faut qu’il en fuyeluy-tncfme les 
occafiôns, tant qu’il luyfera poffible ’.dcfaut de 
mefrae ,quc les afliftans & autres qu’il a près de 
iuy pour le feruir, foit fain, foit malade, foient 
foigneux à ne luy en donner de leur cofté aucune - ' 

occafion : A ces fins s’efforcera de hanter toutes 
compagnies ioyeufes & facetieufes : & fur tout 
prendra auec alcgrefTe fes repas, fans occuper 
pour lors 5 ny fon cfprif, ny fon corps, àéhofequî 
le puiflè troubler. - 

. Il fe contregardera foudain apres lefdits re- ' 
pas de vacquer à des :.a1Fâires ferièüfêsv foit pu¬ 
bliques , foit domeftiques , non-moins qü’à 
l’efcriture & ledure , qui puifTe tant-foit peu' 
tenir bandé fon efprit. Ains deméûrérà'pous 
le moins vne bonne deniye heure- âpres tous 
fefdits repas , en s’cncrètcnant ou fêul ï'ôu 'en 

S nié en ioyeufes penfees. -I-Î'fâut qu’il , 
s’il luy efl poflîble, foit aux champs, 
foit à la ville , fa demeure en vn air bon janté. 
rain & clair. C’eft à dire , que la maifon foit 
fituée ( fi ceft en ville) en ruë fpàeieofe,cfloi- 
gnee d’artifans & du'menu peuple , ou il y ait 
& court, & iardin , qui la puilTent rendre & 
bien ouuerre de tous coftez , & bien aëree.. 

Que fi c’èft aux champs , la faudra choifir fc 
tuee fur-quelque petit coftau, ou-fur quel^ 



8ECT. III- DV POVRTRAiICT . 
que belle plaine bien defcçuuertc , & dont 
veuë Toit belle, &de longue eftcnduëfanscftre 
cftouffee ou entourée, ny des monticules, ny de 
beaucoup de bois,ou de marefeages, qui ren¬ 
dent kir mal fain: que les ouucrtures de ladi¬ 
te maifon foient du cofté du Leuant & du Se¬ 
ptentrion j s’il eft poflible : bref fi c’eft. vn hom- 
me qui ait des moyens à fouhait pour le pouuoic 
faire', qu’il prenne foin fur toutes chofes à fc 
V0Ü à» bien deçoramodément loger, & fur tout qu’il 
hif choififle vii lieu bien aire, entant qunl aime fa 
fanté, la; prolongation de fa vie. Car on rie 

mange ny boit^-on pas toûfiours: mais on ne le 
peut pafler vne minutté de temps fans infpircc 
î’air : & lair, comme iïeft bon ou mauuais, don¬ 
ne des bonnes ou mauuaifes impreffions en nos 
CQrpSj.Gprnme^a efté dît plus à plaincy delTus 
en noftre, fedion fécondé, au chap, de Tair. Ce 
que nQUS^auons çonfirmé par plufieurs raifons 
^exemples. , , 

Çeftepetfonne doneques quiauratelles com¬ 
modité? que dcflus,pout la précaution de fa fan- 
' té, donnera ordre que fa maifon fôit toufiours 
J bien nette:; empefehera que nulle ordure ny 
\ . puanteur: foit de fumiers, d’eftable ^ foit de la cui- 
fine ,.ne la puiflè tantifoit peu infeder, prendra 
garde, que les feneftres de fa falle & de fa cham¬ 
bre foient ouuertes le matin, afin que les rayons 
du Soleil ieuant y puiffent entrer , Iprs que le 
^ temps fera ferain & beau. Mais sül eft nua- 
T^umpi^ geux, trouble , pruineux , ou plujuieux , en ce 
1 cas il tiendra les feneftres fermées, & luy-mef* 



^ DE XA SANTE., 559 

me fe contiendra pendant ce temps en fa mai- 
fon: voire mefme alors que lesroidcs terapeftes 
du vent de Midy, & que les fortes Bizes foüf. 
fieront; & ne s’expofcrade raefme à la grande 
chaleur du iqur, ny au ferein de la nui£t,qui tom¬ 
be lorsque ïe Soleil eftpreft à fe coucher. Il y a 
des lieux les vns plus que les autres, aufquels le¬ 
dit ferein eft plus grand, plusmauuais, & plus 
dangereux. Ce qu'on apprend par expérience,& 
quand on remarque qu’il eft mauuais, il s’en faut 
tant plus donner garde. Il y a auflî des tempera- 
mens des perfonnes qui le craignent les vnes 
plus que les autres. Cequ’iî faut de mefme ob- 
feruer foigneufement. C’eft ce qui appartient 
à l’air. • 

Pour le furplus du régime que telles perfonnes 
grandes, aifees, & qui en ont le loifir doiuent 
obferuer, ie m’en vais le deferire briefueraent:; 
i’entens pour ceux qui demeurent aux champs 
& non dans les villes : entendant m’adreflèr par^ 
ticulierement aux riches , non aux -pauures & 
mechaniques, aufquels tels régimes ne font pro¬ 
pres, pourn’auoir moyen de les executer; con¬ 
trains de viure comme ils peuuent ôc non comme 
ils veulent, & ce fort mal & mechaniquemenr, 
en lieu de bien & médicalement. 

Prefuppofant donc que c’eft à quelque per- 
fonne grande, pleine de biens, de moyens, de 
loifir, & toutes autres commoditez, à qui nous 
auons affaire & qui fe tiendra aux cliamps, il ob- 
feruera pour viure fainement les reigles qui s’en- 
fuiuent le mieux qu’il pourra. 

Z iiij 



'$60 SECT. ni. »V ÆOVRTRAlCf 
jt quih Premièrement aux longs iours, il feleuera à 
hure tlco- cinq OU fix heures du matin. Tout aoffi toffi 
or^ft prefentera à lagarderobe, 

& faut qu’il foit foigneux d’entretenir ordinai¬ 
rement Ton ventre laiche ; que s’il aduientqu^il 
l’ait referré , comme il y a beaucoup de tels 
teraperamens ( à caufe qu’ils ont vn foye trop 
chaud & boüillant ) il faudra donner ordre 
Ufçhe^fi qu’on le luy entretienne lafehe, pluftoft auec du 
pour de pruneaux doux, ou des boiiillons qu’on 
U fumé, luy fera prendre le matin : lefdits bouillons faits 
auec de i’ozeillc', bourrache, pourpier, laidues* 
fummités des violettes, maulues, cocombres, & 
melons en leur temps, qu’on fera cuire au beur¬ 
re , ou qui feront faits auecvn poulet & vn peu 
deveau. Sicclanefuffir, faudra adioufter aufdits 
bouillons vne ou deux cuillerées d’infufion de 
fenédansduvin blanc, ou de l’eau, ladite irifu- 
fion faite au froid fans nulle ébullition: ou en 
lieu de fuppofitoire, on mettra dans le fondc- 
s hb /!- dragee ronde de verdun, qui donnera 

tZ * More de la mef- 

me rondeur Sc groffeur que ladite dragee, qui 
foit faite d’alun de roche, &la mettre au fonde¬ 
ment, cela de mefme donne vne felle,&ladite 
balote d’alun en la nettoyant feruirafionveut, 
piufieurs fois. 

En fin fi cela ne feruoit, ilfaudroitauoir re¬ 
cours aux clyfteres emolliens ou fuppofitoircs 
de miel. C’eften fomme ainfi qu’il faut entre¬ 
tenir par le moyen de l’art le ventre lafche, ' 
quand on l’aufa referré narutcllement: Et faut 



DE IA SANTE* 

que toute"^ perfonne qui veut bien & de près 
penfer à s’entretenir fainetnent, donne ordre, 
qu’il ait toufiours le ventre à conunandement. 

Car de la rétention des excremens, s’efleuent 
beaucoup de nuifibles vapeurs, qui caufent in¬ 
finis maux.. 

Apres auoir lafehé fondit ventre ,il faut pour 
premier exercice,qu’il fc peigne & frotte la refte, . 

toufiours de deuant en arriéré : voire le col.auec 4e tefis, 
des linges ou dés efpongcs accommodées, & ce 
longuement, & tant que fa tefte foit bien net¬ 
toyée de toute ordure ; pendant ce frottement de 
tefte, il fe pourra mefmc pourmener, afin que 
les jambes & les bras s’exercent peu à peu, par 
mcfme moyen. -' 0 . 

‘ Puis faudra curer fes aureilles, Çe nettoyer & 
bien frotter les dents, auçc la racine préparée 
de guimaulues. qu’il trempera dans vne poudre ^emeit$ 
feite de coural rouge préparé, os de feiche, por 
celaine, maftic, rofes rouges, & vn peu du fel**”^** 
gemme. Adüenant qu’il ait lefditcs dents noires 
& defeharnees, les faudra auparauant frotter, ou 
auécvne eauë tirc€dufelmarin,ou d’alun,à force 
de feu, & qui foit meflee auec vn peu de miel 
rofât : ou auec l’efprkde fouphre aigret, méfié 
cndeüe proportion auec le raefme miel: il s’en 
faut frotter les dents auec vn linge trempé dans 
ladite mixtion : gardant le plus qu’on pourra de 
toucher aux genciues. Ayant bien nettoyé de 
cefte forte les dents , il faudra apres lauer fes Lauement 
mains auec de l’eau frefehe, en temps chaud, 5c 
quelle foit tiède ou pafice par la bouche en 
2 y 




jél SECT. III. DV POVRTRAICT 
' hyucr. Pour rendre ferme , & garder le trem¬ 

blement defdites mains, fera bon de mefler auec 
ladite eau, plus de la moitié dè vin, ou quel¬ 
ques feuilles de faulge auront trempé toute la 
nuiéfc. / 

Et d’autant quil y a beaucoup de perfonnes , 
de damés mefmcment, qui.font fi curieufesd’a- 
uoir leurs mains blanches Sc douillettes [com¬ 
me la hetteté & proprietéefttoufiours plus re- 
quife, que la faleté & f ordure j on pourra tenir 
preftevne pafte telle que s’enfuit, propre auf- 
ditesfîns. 

TaJiijout Prenez femence de pauot blanc demy liurc, 
la hîaeheur amendes ameres,pignons, de chacun vne once, 
« matns. ^g mouftarde, deux drachmes; fperme 

de bâlaine, vne once & demie ; talc, calciné de 

foy à parfaire blancheur, & qu’il foitauffidef- 

lié que de la folle farine., deux onces, faides du' 
tout vne pafte : Prenez-en la grofièur d’vne 
febue, & auec de l’eau que tiendrez dans la bou¬ 
che, la deftrcmpcrez entre les mains , qu’il fau¬ 
dra tres-bicn frotter & long temps.puisles lauer, 
effuyer , ôc conferuer auec des gants de che- 
urotin. 

Zauement H faudra de mefme bien lauer fa bouche auec 

débouche. ladite eau, où aurez adioufté du vin blanc, dans 
lequel auront trempé, comme dclFus, deux ou 
trois feuilles de faulge ; lauez en tres-bien voftre 
bouche : Car cela aydera à conferuer les dents 
fansfegafter & corrompre. 

Errhm , mefme vous en humerez en façon 

feurlene^. ^Ihctrin , par le nez , deux ou trois fois, cela 



.DE 1A santé'. 5% 

aidera a dcftouper le nez , & à bien faire mou¬ 
ler. 

Apres qu’on aura obferué tout céquedelTus, 
la perfonne qui,n’aura nul autre affaire , ayant 
au préalable inuoqûé &prié.Dieu, ou en parti- ' 
culier, ou en public , s’en ira pourmener par 
les allées de fpn iardin, de fon ÿerger, & de fon 
parc, fe,faifantcueillir, ou cueillant luy-mcfme 
quelques bouquets de fleurs odorantes , pour 
en flairer l’odeur, qui fert à recreer les efprits: 
Aduenant-que-tel* perfpnriagp^, foit ia vieux & 
fujeâ: à cath§tres, fera bpni[:ppuraydej àdeC- 
cbajgcr fon ocrûeau- de la pituite, qui fouuent 
y-abonde] qu’il-tnafcheivne'fueilledcfauge, ou 
de laurier ; pu, quelque autre,tel mafticatoire, Mdfika- 
qui le fera ?fort baner & cracher : & feruira*®'"' 
beaucoup àladefcharge particulière défoncer-! 
ueau. ,Sadite; poürînenadeîlèta d’enuiron deiiXi 
heures, ôc iniques à ce que le corps commen¬ 
ce à.fe rooitir. Ce fera pour dé, mieux ,;. que le 
lieu de la .pouEraenade foit à defcouuerc , & <1#, 
qu’on puiflo veoir, & l’air, & le ciel: En fin fi 
c’eft quelque mefhager , il pourra paffec:par fa 
balle-court : vcoir fes ouuriers , s’il fe plaiffi à 
faire baftir , pu qui font employez à autre bc- 
fongne : Et eftant gentil-horame .pu feigneur 
de qualité il n’oubliera iaroais de veoir fut 
tout fon efcuyeric : quant à,fes’chiens il au¬ 
ra les plus fauoris en fa ppurmenade , apres 
luy, qui; luy donneront toufiours quelque. plai- 
Ûr. • 

_ Ou félon le temps Sc la faifon, félon fon aage- 



5<34 III. DV POVRT^AICT 

5<: fa dirpofition ,-en4ieu de ladite pourmenadi;, 
ilpaflêra vn iour ladite matinée,àveoirpicqiŸeb 
ixerctetsOü picqucrluy qicrme fes chenaux : vn autre à 
ioiier àlapaulme',s’il a la commodité: vn autre 
iour il ira courir vn lieurc: Faire voler vn autre¬ 
fois fon'oyféau : brèf ll pourra vfer de tels & ferU- 
blables exercices propres à la noblefTej felonfa 
quaiiré. Et faudra s’il eft polfible; que tels excf-i 
cices Foient prins «rnufioursde inadn, & àuanj: 
manger,pluftoft qii apres. ■- , 

Dtiiifner. Fait il prendrafon difnef entre.dix & onze 

heures-,qui ne dutera’plus d'vnêlîeüre. 'Qka0 
aux dîners metSjquôf |értÎ3düî?fèirepaifrre j pei=^ 
^dant ledit difner i iiùùs'noias tefei!uOns;,à les met-: 
tre tantoft à part ,àuffi: bièiî ’qü^ céüXîdufoupeîÿ^ 

pour Fqiüre vn ordre plus faeilé .pkis fntèlli^ibïc^ 
êCplusaileà pra<^ic|uer.''- ; i:' 

Ayant-diiné ,- Fa4t'lauer là^boiiehe aiiec dû 
vin tout pur : iSç'eri ’âpres les mains auec dé^ 
i eau : & curer lèis-d^nts V lîon -aueëde fer ; aiiis- 
auec'eure-derits dedêiitMque , ïômârin , ou-te-f 
antre *bois aromàtiqïie :■ Mais fur toutes 'ého- 
fes j df faudra rendre apres les ' repas grâces à 
Dieu.-. ' " . ..r ; ■ - 

En pîufîeürs'èndroits , poiir: ciorre l’orifice- 
dé 1 eftomach-,::êf aider àlaconGodion , on pre- 
fe-nte dé l’ànis ^éonfit : Plufieurs qui ont l’efto- 
Peudre ii. ^'<^%lusdeb'ilei fe feruent de qu’elque poudre 
gffliitt. digeftiue, corapoféf defënouîldôuX jGoriandce' 
f préparée auec iûÿde:GOing-,;aïeûrauX-preparez^ 
conferue de rofes feiches, bien peu de mafticy 
vn peu plus de canelle, oi\ oiî-acKotifte le doùbic 



^l-A S AN T Si 3k , 

Æe fuccrerofat, dont on fait vrie poudre: Ou en j 
lien d’icelle , prennent de la ccoufte de pain, 
jdaix ou trois fueilles de i&uge * vn peu d’anis, 

& du fucchre rofat, & du tout font vné pou4 
dfe., donc on prend vne petite cuillerée faide 
expies. 

Faut apres le repas fe contenir à table, (ans en 
bouger vne bonne demie heure pour le moins,en 
deuis aggrcables auec la compagnie. . 

Ceux qui n’auront nul autre affaire,pourront 
pafTer le temps pour s’empefchcr de dormir [cci- 
îuy de l’aprefdinée eftanc le plus fouucnt nuifi- ^shat de 
ble] auec tarots,, efchets ou autres ieux de plaifîr, ^ 
ou le corps n.cft nullement forcé, & oul’efprit “*** 
prend récréation : La raufiquc , & autres iéux 
d’inftruments.mufîcaux. fera de mefme parfois 
vn exercice récréatif, & conuenable à ceux qui' 
l’aiment, qui s’y plaifent qui ont le moyen de 
l’aiioir; ' ^ 

- Telles fortes d’exercices récréatifs, pourront 
durer enuiron deux heures : Et d’autant qu’il n’y 
a perfonne qui n’ait quelque affaire particulier, 

& qui ne foitbien aife d’y penferlpart, & cftant 
à rccoy, foit pour affaires domcftiques, foit qu’il 
luy faille ou efcrire ou lire , ou faire telle.autre 
adion , il faudra faire fa rctraidé fur les deux 
heures apres midy , en fa chambre ou en foa 
cabinet, & n’en fortir qu’vn peu auant cinq 
heures, quand la plus grande chaleur du iour fera 
paffée : & faudra auant foupper, aller chercher ^**'' 
les pourmenades , en quelque garenne ou bois 
à couiiert , & ;à la frefeheut, & fe pourmener 



SECT. III* DV POVRTRAICT 

ainfi iufques à fix heures, que rhcure du fouppcr 
fera venue. 

Apres fouppcr auxiourslongs ,Gn a cncorele 
loifir de faire quelque pourmenade j & exercice 
non violent. Ceux qui craignent le fereinjfaut 
qu’ils penfent à faire leur retraite peu aupara? 
uant que le Soleil fe couche , & faudra que tels 
facent leurs pourmenadcs dans des fales ou gale¬ 
ries à couuert. Sur les neuf heures en Efté il fera 
temps d'allumer chandelles, & penfer à s’aller 
coucher à dix. LeV lieux des pourmenoirs en ■ 
Hyuer, font les.galeries & grandes fales , lors 
mefme qu’il fait mauuais temps. 

Eh plüfîeurs endroits , ori prefente auant 
qu’aller coucher, la collation : où les cftrangcrs 
la trouuent dans toutes les bonnes maifons, 
prefte dans leur chambre , c’elt du pain & du 
vin. 

Il en y a qui condamnent celle coufturac de 
DelacoÜ4- boire à telle heure, & leur raifon eft, que cela re- 
tionaprtslt Concoddoa ,qui fefaiddéfia : Comme 

(^uand on met de l’eau dans vn pot, qui bouil¬ 
lonne, on void que l’ebullition cefle en fe re- 
froidiffant. De ma part ie fuis neutre en cela, 
c’eft à dire que ie n'approuue pas celle coullumc 
pour ceux qui ont vn eftomach délicat & froi- 
durcux,qui n’ont accouftumé de boire hors les 
repas , & qui s'en treuuent mal, s’ils de font. 
Mais i’approuuc d’autte-part telles bcuuettcs, 
a ceux qui ont vn eftomach chaud , & vn foyç 
boiiillant, qui y font accouftiimez : & qui quand 
ils ne prendroient pas vn doigt de vin, à l’heure 



DE LA SANTE*. \Gj 

du dormir fcroient alrercz toute la nuî£t, voire 
tellement par fois inquiétez, qu*ils en perdroicnc 
le dormir & le repos : A telles perfonnes, dif-je, 
ladite collation eft plus vtile que dommageable : 
Tentens de boire, pour fc dcfaltercr vne feule 
petite fois. Mais ie ne puis approuuer Texcez 
qifon y commet en pluficurslieux, oùon s’en- 
yurc& boit-on d’autant: chofeque ie detefte, 
comme brutale & indigne d’vn homme. On 
doit toft apres fe coucher: prier Dieu, & dormir 
furvnmatclats.pluftoftquefur la plumejde peur 
d’cfchaufFcr les reins. On fera médiocrement 
couuerr : couché furies coftez, pluftoft qu’aütre- 
menc, & que le temps du dormir foit d’enuiroa 
fix ou fept heures. 

Nous auons en fort peu de paroles touche „ , , 
tout ce que les grands , & ceux a qui Dieu a ' 
départydes moyens , &leloifir, doiuent obfer- 
uer en la faconde leur viure : y ayant comprins 
toutes les cinq chofes non - naturelles , hors- 
mis ce qui appartient au manger & boire, donc 
parlerons cy apres : En quoy il faudra auoir 
efgard à beaucoup de circonftances : à foauoir, 
du temps, des lieux , de l’aage , condition Ôc 
qualité des perfonnes, pour y adioufter ou di¬ 
minuer . ce qu’on verra eftre pour le mieux, 
ahn qu’on en puiffe rapporter plus de ftuiâ: & 
d’vtilité. 

Celle façon de viure, ne conuient pourtant 
en touc& par tout aux Sénateurs, & autres qui 
font attachez envn Palais, nyaux riches bour¬ 
geois des villes : moins aux Courtifans, fi-grands 



3^8 SICT. III. ÜV 1? ovrtraict 
fcigncurs qu’ils foicnt : leur vacation ne /eue 
pouuant donner le loifîr, ny la commodité de la 
fuiure & la mettre en vfage de poind en poind: 

& les vns& les autres pourtant en pourront en 
general, tirer quelque vtilité , & la pradiquer 
finon en tout, pour le moins en partie. 

Les feuls Courtifans en feront moins que 
tous autres leur profit: d’autant que les plus rc- 
/ ^lez d’entre-eux , font contrainds.de viure la 
plufpart du temps* fort des- regléraent, en faifant 
du tour la nuid, & de la nuid le iour : n’ayans 
nulle heure certaine pour fe leuer ou coucher, 
moins pour difner ou foupet à loifir & en re¬ 
pos : fi hâftez Bién fouuent, qu’ils font forcez de 
le leuer de table à demy repas , & deuorer la 
viande , enlieu de la bien mafeher & la prendre à 
loifir: d’où s’engendrant beaucoup de cruditez 
& indigeftions, qui font caufe de plufîeurs'maux 
corporels. 

Si leur corps pâtit ^’vn cofté, l’efprit fouffre 
encore d’auancage : eftant toufiours a lerte ôC 
Mlfeu des continuelle adiOn trouble & perturbation: ' 
Ceurti. Carfont-ils plains de bien faits ? les voila en con- 
M8S. tinuelle crainte de les perdre : n’en ont-ils pas 
teCeu? ils font en continuel défit d’en acquérir: 
font-ils regardez d’vn bon œil ? on les en voit 
tranfportez de ioye : font-ils mefprifezî ils en 
meurent de dueil: font-ils montez en fin, apres., 
tant de trauaux & longues attentes, au plus haut 
degré de la fortune ? c’eft lors qu’ils font-les 
plus oragez, par les afpres tourbillons de l’am^ 
binon & de l’enuie. Voila donc aufll comme 
prefque 



DE LA S ANTe'.^ 5^9 

prefquc tous les maux Ipirituels s'accumulent 
en£ux:mauxde corps 5c d’erprit,fi grands qu’ils 
auro'ienc bcfoin d’vn plus ample régime que le 
mien , & qui fut mefme entièrement obfcrué 
pour l>es combatte. 

Rcpjcnons noftre premier propos» & pour- 
fuiuons à traitter du manger & du boire : choie 
dont on ne fe peut pafler,& qui tient le premier 
lieu pour l’entretien delà vie, & conferuation 
de la fantér En l’explication dequoy nous ièrnns 
contraints d’eftre vn peu prolixes :veu mcfrac- 
ment que c’eft en cela où on commet le plus 
d’exccz,& les plus grandes fautes'.d’où s’engen¬ 
drent en nous infinies maladies, lefquelles on 
peut preuenir par vnc deuë & bonne admini- 
ftrationdc telles chofes. 


DES HERBAGES ET DE LEFRS 
dépendances. 

Ch AP. II. 

C E qui rcpaift,nourrit,& alimente l’homme, 
eft ou herbage,ou chair,ou poiflbn. 

Sous les poilTons nous comprenons ceux d’eau 
douce, & de la mer, aucc^es diuerfes couches ou 
cfcailles,qu’clle produit. 

Sous les chairs, celles des animaux à quatre 
pieds, & des oyféaux. Et fous les herbages, les 
fueilles, les feraences, les racines, & les fruits 
font aüfli coroprins. - 

Aa 



37 © SECT. in. DV POVRTRAICT 
Nous commencerons par les herbages, d’au,*, 
tant que des plantes en general, dépendent ^ 
prouiennent les deux premiers & principaux 
aliments, qui font le pain & le vin: ioin& que 
c eft des feules plàntes, dont nos premier» peres 
onteftealimentez, comme nous l’auons iadiâ: 
cy delfus. 

Uts Par les herbages ptins particulièrement & 

X«. fpeciâlcment, nous entendons les feules her¬ 
bes, dont on (ert pour pafture, foie qu’on les 
cuyfc en potage, foit qu’on les hache pour les 
fricallcr, ou en faire desfarcimens& corapoftes: 
ou foit qu’on les apprefte en telle autre ou di- 
aerfe façon, que ce foit ; Ou qu’on les riian- 
ge toutes crues auec du fel, ou mifes en façon 
de fâladesauec l’huile, fel & vinaigre. ' 

Voila ce que nous entendons par ce s herba¬ 
ges, defquels on fait diuers défguifemèns, com¬ 
me deflùs. 

Entre telles herbes,les vncsfont froides, les 
autres chaudes ,& les aurres conremperées ; des 
froides on le fert couftumiercment en efte: en 
hyuer des chaudesj & des contemperées en tou¬ 
tes faiioris. 

HtrUi Entre les froides, & celles dont onvfeenno- 

/r«ïi«. pfancg le plus ordinairement : font Tozcil- 

le , le pourpicr,rendiue blanche, la chicorée 
fauuagc,la laiéluc,la bourrache, la buglof- 

Chanits, les chaudes, font le ferpoulec, le thym, 

i’hyfopc, la mariolaine, la raenthc,la fauge, la ro- 
quetc,lefcnoil,le pcrhl. J-es médiocres, font 



DE IA S AK te'. 371 

la pimpiaellejes afpergcSyle houbeion^Ies betes, Mdioirtsl 
les cfpinàrs,les choux. 

L’ozeille cft froide & fcichc.cUc incife, oû^ L'o-ieiUtt 
Urc,&eft propre contre toute putrefaâ:ion,à 
caure de fon acidité, & merme contre les fleures 
peftilentielies &ardentcs: elle contempere mer- 
ucilleufement l’ardeur de rhumeur choléri¬ 
que , & les foyes qui font trop bouïllans : on 
s’en fert en potage y faifant cuire l’herbe aacc 
faracine : fondus fert de làuceverdc fort aggrea- 
ble, dont on vfc fort fouucnt auecplufieurs & 
diuerfes viandes, qui en font bien alTaifonnées, 
plaifantes au gouft , & vtiles quant ôc quant, 
pour les effèds que dcflîis. Il en y a qui la man¬ 
gent toute crue le matin pour fe rafraifehir, & 
pour preferuatif en temps de pefte,& beaucoup 
en vfent en làlade,auec autres herbes. Pour la 
medecine on fairvn fyrop de fon lue àmefraes 
fins. 

Le pourpier froid & humide, fe mange auffi fsw» 
en falade & en potage,propre alors pourappai-l’^’^s 
fer l’ardeur de l’eftomachjaux dyfenteries & au¬ 
tres flux de fangten particulier, Ibn fuc fert con¬ 
tre la ftupeur des dents,& foin eau cft propre 
contre toutes vermines. 

La chicorée & l’cndiue blanche, froides & fei- -E-* thkè^ 
ches chacune en prcfque femblable degré, font 
propres contre toutes ardeurs d’eftomach, pour 
reprimer la bile , & particulièrement font la 
médecine des foy^haleureux & opilez, On£*«»àV 
fc fert de l’cndiuc blanche en hyuer tnefme- W-wri/f. 

Aa ij 



37^ SlCT.ni.DV POVRTRAICT 
ment , ôc aux bûüillpns & en faladc. Et fur le 
printcmps,quand la chicorée fauuage commen¬ 
ce à poindre, on la cueille, on la hache menu, & 
mefléeaueede rhuile,du vinaige,& du fehon en 
fait vnefalade.vnpeu amere, mais très-propre 
pour rafraifehir. Telle forte de falade cft fort 
frequente,& comme en delices entre les Italiens; 
aucuns y adiouftent vn peude fuccre pour luy 
ofter ramertume. On faiét de la chicorée diuers 
fyrops pour diuerfes maladies, fur tout pqiir les 
mauxdufoye. ' 

la UiSiiit, La laidue, froide & humide au fécond de¬ 
gré , furpaflè en bonté toutes autres herbes 
pour en faire des falades friandes & bonnes, 
quand elles font pommées mefraement, & ce 
en temps d’efté : car elle engendre beaucoup de 
fang & de laid, rafraifehit toutes ardeurs,en¬ 
gendre le fomraeil à ceux qui l’ont perdu , & 
refréné l’acrimonie de la bile. Il en faut vfer 
pourtant auec mefure : car le trop grand vfage 
nuit à la veuë,&pourroit à la longue trop dé¬ 
biliter la chaleur naturelle, mefmc fi les gens 
vieux & qui ont vn eftomach debile, en vfoient 
immodérément. 

Pour empefeher qu’elle ne puifle nuire 
fiTort, on leur faid donner vn bouillon dans 
Icauë chaude, puis auec de l’huile , du fuc- 
cre & vinaigre , on en faid vnc faladc très- 
bonne. 

Pour rafrailchir Sc prouoquer le repos,on 
en vfc auflî fouuentaux potages en cflé. 



DELA SANTE. i^y 

La borrachc & la bugloflc, herbes fort con- La. horra^ 
* tempérées, font auflî très-bonnes Guides dans ‘ht. 
les boiiillons^ elles refiouïlTent le cœur, & con- 
tempèrent rhumeur melancholique , & paf^^** 
conlequent leur vlage ell; bon à toutes cardial-^ 
gies& defaux de cœur : aux mauxdelapoidri-' 
ne, & à toutes affedions melancholiques ; leurs 
fleurs font entre lesGordellcs,oncn fuit diuers 
reraedes, 

Leferpoulet,lcthym,rhyropc,la mariolaine, . 
la menthe, la fauge, le fenouil & perlîl, qui font 
toutes herbes chaudeSjferuent la plufpart enby- 
ucr,melmement aux potages, pour ceux qui ont 
leftomach foible,& qui font fujeds à des mala¬ 
dies, dont les caufes font pituitcules, froides & 
humides. 

Entrf icelles, le perfîl particulièrement cüv-' Le per/fU 
ne herbe dont fvfagceft fort frequent dans les 
cuifines : car on le met tout crud deflus le raou- 
ton,le bœuf.piedsflc mouton,& diuerfes autres 
viandcSjfoit chair,foit poiflbn, pour leur en fai¬ 
re prendre quelque bon gouft: On cuid auflî fes 
feuilles diuerfement, & les adioufte-on en diuer- 
fesfauces les plus friandes; on le met auflî auec 
fes racines en diuers potages,foit les ioursgras, 
foit les iours maigres, qui en font rendus d’vn 
gouft tres-agreable & apéritifs & propres à def- 
opiler. 

Ce n’eft pas le perlîl dont nousparlons,qui eft 
très- nuilîble aux vertigineux , & épileptiques: 
ainsc'eftl’Apium vulgaire,fort difèrent dudit 
Aa iij 



J74 se CT. III. DV POVRTRAlCT 
perfil en qualité. 

Za racine On vfe par fois en hyuer auflî de la racine ^ 
h finetiïL^n fenouïl en potage , pour ouurir & nettoyer 
les reins , & mefme pour conforter la veuc. 
Apres le repas on en fert l’efté quelques bou¬ 
quets ,quand il cft en graine, & qu’ilcftdouï, 
à ryfîuë de la table pour ayder à faire la con- 
coàion. On fert,de l’anis auflî à raefmes 
fins.’ ' - 

ta'fsmpi- Quant aux herbes contemperées qui ne 
ntüe, Tont ny chaudes ny froides , comme la pimpi- 
nellc , on s’en fert dans les bouillons contre 
la grauellc,& on en vfe en falades en hyuer, 
auec la roquette, & plufîeursauttes herbes lem- 
blablcs. 

^ecrejftn, On vfcdemcfmel’hyuer en falade ducreflon, 

qui nettoyé les reins. ^ . 

Ze heulf Lé houbelon & les afperges font les premières 
falades, dont onfe fert au printemps, foudain 
que lefditesherbes pullulent.& fortcnt.On fait 
despetitsbouquetsdudithoubelon , qu’on fait 
cuire vn pcu,& auec derhuile,du vinaigre & du 
fel.on en fert au commencement durepas,en fa¬ 
lade, qu‘on mange auec friandife,&rvtilité en 
eft pour le foye & pour la ratte, ayant vertu de 
les defopilcr; purifier toute la mafle du fang, 
contemperer & purger l’humeur bilieufe & me- 
lancholique. 

Zes a^er~ Les afperges luiuent de près le houbelon, on 
S®** en fait vn grand cas en leur temps, & n’y a 
bonne table qui en foit defpourucuë: On les 



i)E LA santé'. 57J 

fert à l’entrée en façon de faladc, les faifant 
cuire vn peu dans l’eau, puis y adiouftant de 
rhuile & du vinaigre. On en fert encore au 
deflert, mais ceft eftant cuides, & puis on y 
adioufte du heure frais fondu, & vn peu de 
raufeade. ' - 

Lefdites afperges font propres à ouutir les 
obftruétions des vifeeres, provoquent mediov, 
crement l’vtine : nettoyent par confeqùènt les 
reins du grauier qui y peut eltrCyConténu V ai- 
guifent l’appctit , & confortent tnermé i’efto- 
raacli : mais que les femmes qui veulent eftrc 
fœcondes, fc gardent d’en rrop manger: cirejles 
en pourroient devenir fterîlcsi bien que la fe- 
mencedes hommes,l’inïtind vcnerïeir, s’ac- 
croii^ent d’ailleurs par leur vfage. ’ 

Lcscfpinars font en grand vfage, mefme au Lat^î- 
temps de Carefmc, on en fait diuers potages,ofl 1 » 
les fricàfîe en diuerfes fortes-: bref ils font d’vne 
aflez bonne'nourriture , pedoraux & propres 
contre les toux, leur premier bouillon éft la¬ 
xatif, au flî bien qucceluy des bettes, qui appro^ 
chent de là qualité des efpinars. ' 

Le chou eft vne herbe des plus ordinaires, Ltéott, 

& qui eft le plus en vfage: Il en y a de plu- 
fieurs fortes, choux verHs, choux crcfpez, 
choux de Boulonghc , de Verônne, de Milan: 
choux fleur, & choux cabus. Entre tous, les 
choux fleur font les plus ràïcs & meilleurs,on en 
fert en potage &: en falade auec l’huile'& le 
vinaigre : les choux cabus fe tiouuent en gran- 
A a iiij 




SECT. III. DV POVRTRÀICT 
"DutUa de quantité, c*eft à dire, il en y a de grandes 
wi». campagnes toutes plaines en Alfatie ou pays 
de Strafb.ourg : on les preferue en ce pays là 
,tout le long de l’hyuer, dans des folles ott 
creux de terre : on en fert en potage, & en fala- 
dehaclicz fort menu tmais ie trouue, quant à 
,inoy, que c eft vne mauuaifc & mal faine nour¬ 
riture, que le chou cabu,mangé mefmeraent 
en faladc. Et bien qu’en potage, pour le com- 
menMraent ce foit vne viande friande, & qui 
j)laift au gouft , le long vfage pourtant en eft 
.dommageable à la fantc. Car outre qu’ils en¬ 
flent. ^ rfmpliflènt dccruditez & ventuofîtez 
i’eftqmach, ils engendrent vn fang raelancho» 
Iique,,&. des fonges tref-fafeheux. Si que les 
chouxverdsdeBoulongne,Milan ou plufîeurs 
tels que nous auons en France, font beaucoup 
• pjcillcurs: Car leur prêmicr bouillon eft pur- 
gatif & diurétique: propre mefrae à defopiler 
lcfoye,îa rate, & tout le mefentere; Ils feruent 
mcfme dc rcmede contre i’yurongneric, & im¬ 
modéré vfage du vin: Bref l’vfage des choux 
cftant modéré , eft fi loiié & célébré de plu- 
fieurs,qu’on en fait comme vne generale me- 
dccineà tous maux: à quoy ie ne confens pour¬ 
tant: bien que ie tienne l’vfage des choux [ prins 
aucc diferetion ] pluftoftvtilc que dommagea¬ 
ble. 

Apres auoir parlé des herbes, qui font le 
plus en vfage pour la nourriture parmy nous, 
pourfuiurenoftre ordre, nous mettrons en a- 



DE tA santé'. 377 

tiant les racines dont on fe fert principalement 
en hyucr, & en apres produirons les fruiâs fé¬ 
lon le temps qu'ils nous font donnez par la na¬ 
ture, 

Entre les racines les bettes-raucs, les carottes Ifî htm 
cuittes ou foubs la braife, ou dans l’eau, & puis 
mifes en tranches & rouelles auee du vinaigre^** 

&de i’huillc.cc font des meilleures falades dont 
on {e,fert en hyuer : vous voyez découler vnius 
dcfdites racines d'vne couleur vermeille, qui 
taintd’vne belle tainturc& de couleur de fang, 
l’huile & le vinaigre: auffi telles fortes de falades 
outre qu’elles font très-agréables , font bonnes 
à purifier le fang & à exciter i’appetit. 

Des chcruis & falcifi, qui font petites & ron- Chtruùi 
des racines, apres qu'elles font cuittes en l’eau on 
les met au beurre comme les afperges, ou oh les 
fricafle auec du beurre. Ils efehauffent l’efto- 
mach, prouoquent les mois & les vrines,& exci¬ 
tent l’ade vénérien quand on en vfe trop fre- 
quentement. 

Les refîorts viennent en tout temps, on IcsfcrtZet rtf» 
eftant bien mondez & nettoyez, pour les man-/o«*, 
ger feuls auec du fel: l’vfagc en cft bon à ceux qui 
lont fujetsau calcul : car, ils prouoquent l’vrinc 

nettoyent les reins de tout grauier, & qui 
plus eft ont ver tu fpecifique de faire refoudre en 
eau toutes les mucofitez mufeilagineufes , qui 
font la caufe materielle du calcul. A ces fins on 
en met dans le potage en lieu de quelque autre 
herbe. L'eau qu’on en diftillc cft tres-propreau- 
Aa. V 



yj% SICT. III. DV POVRTRAICT 
dit calcul : voire on en vfe cftant cuits & pilez en 
forme de Câtaplafme , qu’onappliqne heureufe- 
ment fur les régions dupenil, & du perinee pour 
faire diflbuldre Icfditcs mucofites qui accompa¬ 
gnent le Calcul, comme on voit ledit reffort fpe- 
çifique à faire rcfouldrc par fa feule odeur le fel 
marin-? aulS toft qu on Ven approche. 
tei raues, Lesrauesontprefquefemblables proprictez. 

Les »rf- & les naueaux font auffid’vnmefrae genre, dont 
'*“*'*• on le fert communemêt pour faire des potages, 
qui (ont d’vn bon gouft ; mais le trop engen- 
drebcaucoup de crudités, flatuofités, & mau- 
uaîsrapp'orts en reftoraae ,& peuuent par con- - 
fequent eftans prins exceffiuement beaucoup 
nuire. ; 

Le%cardes. Les Cardes,qui confîftcnt en colles & raci- 
• nés qu’on a blanchies par l’art, font auffi vne 
viande fort commune & vfîtee par les bonnes ta¬ 
bles: on en fait des-p^otages auec vn bon chappô. 
Onen fertauxdelIèrtSi^& toutes crues pour les 
manger auçc du fel & du poiurc, & cuides ôc 
mifes âuec du beurre. Lion entre autres villes de 
la France abôde en beaucoup de telles èc grolTes 
cardes, elles prouoquentles vrines, elchauffent 
- l’eftomac,&excitent Fade venerien. On faid: 
lemefme des feuilles, & racines d’artichauts, 
qui font prcfquc de mefme bonté aü goull 6c 
propriété. 

le me ferois grand tort, fi ie mettois (c- 
ftant Galcon ) en oubli, & en arriéré entre les 
bulbes & racines, les porreaux, les ongnons. 



B ï 1 A s A N T e’. 575. 

& les aulx eftans viandes fî communes & vfîtces, 
commeclics fonten Gafcognc, 

C’cft chofe fott vfitec, voire en la France, de 
faire cuirc le blanc des porreaux auec vn bon 
chappon le matin, dont on fait vn potage qui 
eft entre les fauourcux & les meilleurs pour ou- 
urir,defopiier, & prouoqucr Icsvrines; 

On n’vfe pas volontiers en France defdits por « La for^ 
rcâux, fi cen’eftcn potage. En Gafcogne on 
les mange tous cruds auec du miel. Pourendi- 
re ce qui en eft, ie n’en approuue pas l’vfageen 
cefte façon: car ils engendrent dans l’eftomac 
des ventofitez & mauuais rapports; ofFcnçent 
laveuë, & rende la tefte pefantc & doulou- 
reufe. 

On fait auflî auec des ongnons blancs des 
plus gros & mis en quantité, de tres.bonspo- 
tages, Pvncn les fricaflant auec du beurre, de 
l’eau Sevn peu de vin aigre, qu’on dit potageà 
l’ongnon:l’autre aiiec du bon mouton, bœuf 
& veau, qui s’en blanchit comme laiél, & qui 
eft trcs-fauoureux, & tres-propre à prouoqucr 
Jesvrines&àdiftbudreles mucilages. Plufîeurs 
vfent defdits gros ongnons en falade cuids 
foubs la braife, où ils s^adouciflent. Cuiéls ainfî 
ilsferuentderemcde's aux toux inueterecs, méf¬ 
iez auec le feul huile fans vinaigre, & mangez 
à l’heure du dormir. - 

Plufîeurs, voire des -plus grands, man¬ 
gent auflî les ieunes ongnons, & en falade 
& tout cruds. auec du fel pour aiguifer 
leur appétit: Ce que i’approuuerois fans la 



3?0 SE CT. III. DV PÔVRTRAICT 
jïjauuaifc fenieur qu'ils laiflènt, pourueu qu’on 
n’en fit pas vn ordinaire. Car ils détergent mer- 
ueilleufetnentlesvifcercsjles deliurent de leurs 
obftruâ:ion.s,atténuent & nettoyent les fables Si. 
tnucofîtcsjes reins & la velîîe. 

£« aulx. Les aulx ont vne raefme proprietc,c’cft én ou- ' 
tre la therîaque des vilagéois en Gafeongne eonv 
tre les peftes & le mauuais air : les enfans qui en 
vfent ne font iaraais rujeds aux corruptions dC” 
vermines. Il n’y aque la fenteur qui cil du tout. 
fafeheufe & infupportablc : cftans cuits en la ■ 
braifeouen l’eau ils perdent beaucoup de leur 
acrimonie. G’eft ainfi qu’on les (ert les iours 
maigres le matin au commencement de table 
en Gafeongne. L’vfage en rend les hommes plus: 

. forts Sc vigoreux, tefmoih qu’on en fait vlcr à 
ces fins aux cfclaues dans les galcres , mefmc' 
quand ils leur veulent faire faire quelque grand 
effort. 

Il refie que nous parlions des femenceS j des 
graines & des fruids, qui font produits par les 
méfmes herbes ou plantes. 

Quant aux graines ou femenccs nous parle*. 
rons feulement de celles qui font les plus necef- 
faites & communes à l’vfaîge dé la vie, dont on 
peut faire du pain,.& s’en frafeir pour refedion- 
ner le corps humain. * 

ZehUifta. La première & principale c’e'ft le bled fromêt, • 
wm, dot on fait le meilleur pain : (qui voud ra fçauolr 

lesdiucrfesefpecesdudit froni^t.life Pline en; 
' fon i8.1iurechap.7.où il préférée bled d’Italie à 

Lefeigle, tout autre)lc fciglc l’orge fuit^t apres en bô- 



. . BE IA SANTb'. ,581 

té de nourriturc:toutcs autres fortes dé pain fait 
ou de millet,GU de diuerfes cfpeces de legumages 
ne font pas bon pain : nous en auons ja cy delTus 
dit quelque chofe, c’eft pourquoy nous n’en 
, parlerons dauantage. 

On nelaifle pas en plufîeurs endroits d’em¬ 
ployer dcfdits legumages entiers ou eftans mon¬ 
dez de leur première efcorce, ou de leur farine, 

Sfen faire beaucoup de mets,paftes&boullies 
qui feruent à la nourriture, & qu’on prend mef- 
me auec delices quand on en vfe fobrement & 
peu fouuent. En Allemagne on vfe de l’Abre- L'ahre^ 
mouft fait auec 1 auoine mondée comme auons 
ditcydelTus. 

L’orge mondé & bien cuit, eft vnfouuerain L'orgt, 
aliment & rcmede tout enferable, pour les 
phthifiques. 

^ EnGafeongne on fait des armotes qu’on àp- Zesama» 
pelle des farines de millet & lentilles. Nous . 
pourrions mettre les pois & feues nouuellés 
vertes, entre les premiers fruits du printemps, 4» nombre 
dont on fc fert en potage & auxdeflerts : les fe- des frùiûs, 
ues eftant fricaiîèes & les pois cuits auec leur ef¬ 
corce auec le lard,ou au beurre *. mais nous les a- 
uons voulu mettre au rang des graines &lega- 
mages. 

On vfeenhyuer de pois fecs les faifant cuire f»» 
auec vne efchince de porccau, & eft vn friand-^^^ 
manger. Et le Carefme s’en fontlcspureesqui 
font des meilleurs potages: on en faitaulS cômc ■ 
des pois au lard, auec le lard du marfoin ; on les 
fait frire en outre auec du beurre & de l’oignon. 



jSi Se CT. III. DV P OVRTRAICT 
ZtsftuH Des feues fcichcî^nettoyces de leur cicorcc on 
fiithti, . faiâ: de raefme diuerfes fortes de potages & 
boüillies, plaisâtcs au gouft. Il en faut vfer pour* 
tant tnodcrcmenf.Car à la longuCjCela engendre 
vn fang groflier, & beaucoup d’humeurs craffes 
& terreftres, qui fuppeditent les caufes materiel¬ 
les aux calculs. On tire pourtant de leurs efeor- 
cesreichees& calcinées vn Tel quiellidesdiureti- 
ques & propre pour l’attrition du câîcul'raeflé 
auec quelque eau propre. 

tu pois des pois rouges, & des lentilles auffi 

ni^es. des très- bons potages en Carefme, ou les jours 

LtilenttU maigres. On s’en fert mcfmc de rcmedes. La de- 
coâion defdits pois rouges eftancaperitiue eft 
bonne pour le calcul; &lcbbiiillon des lentilles 
eft donné aux enfans,pour leur faire fortir au de¬ 
hors la petite vcrollc. 

ie rh. Le ris eft auffi vne graine & feracnce d’alïèz 
bonne nourriture, quand on en vfe auec modé¬ 
ration; oâ! le fait cuite en hiuer mefraement a- 
iiec vn chapon,ce qu’on appelle chapon au ris, 
viande friânde.Et en Carefme i’vfage en eft com¬ 
mun,cuit auec du laid, qu’on fert volontiers au 
deflcrt.Toutcs ccfdites viandes fedoiucnt pren¬ 
dre auec modération, ^ non comme pour vn 
commun & ordinaire vlàgc, qui pourroit plu- 
ftoft nuire que profiter. 



© E L A s A N T e’. 


DES FRVICTS EN 

GENERAI. 

Chap. ni. 

L es fruiéls nous font produits lesvnspar 
lefditcs feules herbes,les autres par les ar¬ 
bres: lîous parlerons des vns & des autresen- 
femblemcnt, & ne les diftinguerons que fé¬ 
lon l’ordre que la nature preuoyantc nous les 
produidt pour noftrc vfage en certaines fai- 
fons. 

Or les premiers fruidls que la nature 
nous paoduit àla fin du Printemps, Si. commen¬ 
cement de l’cfté (lors que les chaleurs commen¬ 
cent à poindre ) pour nous feruir de rafrefehif- 
fement.font lesPraifesdc les flamboifes, puis les Des ftAifes 
cerifes de diuerfesfortes,lesarbricots, lesmeu.-^J* 
res, les prunes, les courges,concombres, me- f„miers 
Ions, les figues, les refins, les pefehes j qui font frutSis. 
tous fruids qui viennent aux grandes chaleurs, 
ço.mmedefTus, propresà nous rafrefchir&hu- 
meder, & à nous efmouuoir happent, lors que 
nous fommes ahannez de chaud, altérez, Se fans 
appétit. 

Les amandes & les noîfettes, les cerneaux • ^ 

(fruidsappctifîàns, quand ils font nouueaux^ 
nous font aufîî donnez en la mefme faifonrraais 
ce font fruids qui font de garde & dcfqueîs 
dlant fecs on vfe principalement & fhyuer 



I . 

3^4 SE CT. III. DV POVRÎRAICT 
& le rcfte de l’an. 

L’efté nous donne auflî quelques poires muf- 
cadcllcs & à deux telles, & quelques pommes 
pour nous cefraifehir & humedler. 

Mais les bonnes & diuetfes fortes des poires & 
des pommes qui font de garde, & dont on vie 
tout le long de l’an 6 c crues & eftant cuites,npus 
Fruifii dt font données en Automne lors que les froideurs 
tAmmn». commenect à venir: comme ce temps nous pro¬ 
duit auflilesîfruiéls llomachaux, à fçaûoir Icf 
coings,les grenades,lcs nefïlcs, les foibes,les oli- 
ucs, les piftaches,les pins, & les artichaux,bien 
que par la tranfplantation on trouue defdits ar. 
tichâuxen certains lieux en toutes faifons. Les 
cedrcs,orangcs;citrons,& liraons,nous font dô- 
nez aufli prefquc en toutes les faifons*en cer¬ 
tains lieux chauds,corne en Prouencetbien qu’à 
l’aide de l’art on en voit produire & dans Paris 
auxTuilieries,&enautresendroits:voirccnA- 
lemagneaux iardins des illullriffimes Princes, le 
Conte Palatin,& Landgraue de Helïcn, comme 
auons remarquécy dclTus. 

Voila en fomme laplul-partdcs bons & di- 
uersfruiâs, qui font produisis & vfîtez cn no- 
ftre France: dcfqucs il nousfulfit de parler, fans 
.aller rechercher les fruiéls cllrangcrs, comme 
lesmyrobolans ,les dattes, & femblables, def- 
quels nous nous pouuons palTer, / 

Il ne fera pas hors de propos d’cfpluchcr brief. 
ucment la qualité & propriété de tous lefdits 
fruiélsen particulier, afin qu’eftant rccognue bn 
en puilTe vfer, ou plus largement, ou plus fobre- 
ment. 



DE IA SANTeV 18/’ 

ment, félon qu on les fçaura cftrç, on bons, ou 
xnauuâis, les vnS^plus que le? autres. Carenccfte 
forte de viande qui eft friande & plaifante aa 
gouft, on commet ordinairement le plus d’er¬ 
reur , quand on en vfe ) comme il aduient le plus 
fouuent) auecimmoderation. 

Les fraifes font froides & feiches, douces, ai- ittfralfal 
grès & fortaggreables au gouft,elles prouoquenc 
l’appctit, &rafrefchiflcnt lefoye,nettoyentles 
reins, & font vriner. Ce font les delices des ieu- 
nes filles. On les mange lauees dans du vin,& du 
fuccrée : & par fois on les mcfle auec du laid ou 
auec de la creme. Elles fedoiuent manger le ma¬ 
tin auant tout autre mets : & en faut manger 
auec modération, d’autant qu’elles fc corrom¬ 
pent facilement dans l’eftomach, d’où fe peu- 
uent engendrer des fieures. voire malignes. Leur 
eau diftillee eft excellente contre les fieures 8c 
dyfenteries. 

Les framboifes fc corrompent encore plus Zesfum 
facilement « 8c n’approchent de la bonté des 
fcaifes. 

Les ccrifcs: aigrelettes & bien meures font itstm/tsl 
mifes entre les- meilleurs & plus délicieux 
fruids qu’on, fçauroit manger : elles réfrènent 
la trop grande ardeur de la bile, incifent le 
gros phlegme * rafrefchiflcnt & proaoquent - 
vn grand appétit ^ fans eftre fi fujettes à fe 
corrompre que les fraifes. Il y a d’autres ef» 
peces de ce mefmc fruidqui font noires dou- 
^tres, qui ne font à peu près fi bonnes qu« 



SECT. III- DV POVRTRAICT 
I«%4- les cerifcs aigres & de vermeille couleur. .,Lcs- 
mnx, bigarreaux qui en font aufli vne efpece lujeds 
àcftre vereux , & par confequent font fort ai- 
fcz à fe corrompre & à engendrer en noscorps 
des vermines & de la corruption, qui eft caufe 
que nous n’en pouuons approuuer l’vfage que 
bien rarement, & pour alTouuir feulement Tap- 
pctit. On fcrtlefditescetifes au commencement 
de table. On en fert aufli au deflTert, confites auec 
du fuccre. On en fait feichcr pour en amortir la 
foif des panures febricitans. L’eau qui en eft 
diftilee eft propre contre les fieures, & internes 
?//»« Kjj. inflammations. Pline a loüé anciennement Ce- 
rafaCampana&rLufitana. Elles furent premiè¬ 
rement apportées d’vnè ville du Royaume de 
Pont, nommée Cerafo (au temps de la guerre 
. Mitbridatique ) en Italie par L. Lucullüs : & de 
là le plant en, fut tranfporté en autres diuers 
lieux : les meilleurs autour de PariS: & la plus 
' grande, quantité vient de la valce de Montmo- 
rancy. On tire des cerifes noires agreftes vne eau 
propre contre l’epilepfîc. 

ta Mire Lè^ arbricois font des premiers fruits d’efté, 

eott. ils ne font point fruiébs de garde c’eft pour- 
quoy font dits des Latins pracoâa , c’eft à dire 
' fruids haftifs, & trop toft meurs, on les nom-. 
me aufli raala Armeniaca, d’autant que la pre-, 
miere race fuft traniportee d’Armenic. Ga¬ 
lien au fécond liure des Aliments , les met en 
mefme genre des pefehes, & leur donne roeC* 
mes qualicez , fi ce n’cft que kfdits arbricow/ 



DE LA sanie'. 387 

(à ce qu’il efcrit) ne font fujets àfecorrompre 
(i toft dans l’eftomach que les pefches. C’eft vu 
fruiâ: délicieux qu’on doit manger au commen¬ 
cement de table, pluftoft qu’au delTert , fi ce n’eft 
lors qu’ils font cuids & fuccrés. On en fait aufS 
confire au fuccre pour les garder tout l’an, & en 
fert-on par delices aux collations & beuuettes 
des aprefdifnees. 

Les meures eftant bien meures, comme l’ef- wen- 
crit Galien , lafchent le ventre, & eftant ver- »'«• 
tes & defeichees le relTerrent. Elles font mcil- 
Icures eftant médiocrement meures , d’autant 
qu’elles ont vn peu d’aftridion qui eft bonne 
éc plaifante, & qui empcfche qu’elles ne foient 
G laxâtiues & fi corruptibles. C’eft vn fruid 
qui rafrefchit ôc qui aiguife l’appetit, il le 
faut manger auant toutes autres viandes , au¬ 
trement (e corrompt aiféraent auec icelles : ce 
qu’aduient aufli quand ce fruid rencontre dans 
i’eftomach quelque mauuaife humeur. Il en 
faut donc vfer auec difcretion. Les Apoticaires 
font de leur ius le Diamoron , propre à toutes 
inflammations de la gorge, d’où on fait des garga- 
rifmes. , ‘ 

Les prunes fe peuuent nommer entre les meil- les 
leurs & fauoureux fruids, que nature produife 
pour le bien des hommes. Il y.en atant&diuer- 
lès fortes, & de tant differemes foit en odeurs, 
faueurs , couleurs , en vertus, & toutes autres 
qualitez , qu’elles ne fe peuuent prefque expri¬ 
mer. Nous alléguerons feulement les ptincipales,. 

Bb ij 


7 » itfimf. 


Diafruiiîi 
hon contré 
Us fieures 
Ardentes. 


3 ’ 3 S SICT. lU* DV POVRTRAICT 
& defqaelles on fe fert auiourd’huy le plus en 
noftrc France, &qui s’y recueillent: n’eftimanc 
pas qu’en autre part du monde s’en puilTent treu- 
uer de meilleures. 

Nous auons celles , qu'on appelle damafei- 
nes QU damaifînes plus douces qu’aigres qui ne 
laiflènt pas bien le noyau, & croy que c’cftvne 
cfpece de celles dont Galien & autres an¬ 
ciens font mention , & qu’ils louent tant, qui 
croilToient en Damas en Sirie, & qui de là ont 
cfte tranfportces en Italie , en France , & ail¬ 
leurs. On leur donne vne vertu laxatiue: auffi les 
apoticaires en font bonne prouifion , & auec 
leurs lus ou poulpe paffée par vn tamis , eh 
font leur Diaprunis fimpje, ôc le diaprunum 
Icnitiuùm,ou diadamafeenum de Nicolas, qui 
font purgatifs propres aux fleures ardentes 
& prouenans d’vne humeur acre & bilieufe, 
que tel remede conterapere , & purge douce¬ 
ment. 

Telles prunes auiourd’huy ( G ce n’eft pour 
ks effeds que deflus ) font des moindres en 
bonté ôc gouft fauoureux, pour eftre mangees: 
Mais nous auons les prunes de damas violet, 
de damas blanc & noir , qui laiffent à fec le 
noyau, qui en bonté & douceur agréable n’ont 
pas leurs femblables. Entre icelles les groflès 
prunes de damas noir font les plus faines, bien 
qu elles ne foient du tout fi fuCcrines : d’autant 
qu on ne les trouue iamais vereufes comme 
les autres,& par confequent né font flfujedcs 



DI LÀ SANTE^ 389 

à fe corrompre. 

Il fe trouuè en outre en noftre France quan¬ 
tité de prunes perdigon, des prunes Roy, im¬ 
périales , & dattes , qui' font les fruids en tel 
genre , les plus délicieux qu’on fçauroit t'reu- 
uer. 

Le terroir de la ville de Tours (qu’on nom¬ 
me le lardin de France ) rapporte des pru¬ 
neaux doux, qu’on confid au four, ou au So¬ 
leil , qui font d vne bonté ineftimable. Des 
prefens qu’on en faid en celle ville de Paris, 
on en vfe dans les bonnes maifons rout le 
Carefme raefmement, au commencement /îc 
table : on les cuid dans de l’eau , làns qu’il 
foit befoin de beaucoup les fucchrer , d’autant 
qu’elles apportent auec foy leur fucchre , tant 
elles font douces. Il y a vne petite Avilie en 
Gafeongne près de Montauban nommée Saind 
Antonin . le terroir de laquelle produid ces 
prunes noires aigres douces , qu’on tranfportc 
en diuêrfes régions : & eft prefque incroyable 
du grand traficq qui s’en faid en ce terroir, 

& aux enuirons : Tay ouy alTcurer qu’il fur- 
paflbit le prix de plus de cent mille efeus.^ le 
vous le donne pour le mefrac prix que ie l’ay 
acheté. 

Il nous vient auflî de Prouence d’vn lieu prmet 
nommé Brugnole ^des prunes qui font pref- deBrogM- 
fees , & entaSees dans des boittes fans os , de " 
couleur iaune-dorec , doulces-aigres , & tres- 
plaifantcs au gouft. Lefdites prunes , & crues, 

& cuites feruent d’vnc grande manne, $c pour 
B b iij 



^50 8ECT. IIÎ. DY POVRtRAïCT 
les Tains, & pour les pauures malades principale- 
tnenc, qui ne pouuans manger nulle autre vian¬ 
de , Te repaiflèqt dcTdites prunes auec plailîr & 
vtilité: 

^oatùrgt. Les courges , coucombres & melons , font 
fruits produits par des grains d’herbes. Ils font 
fort communs en noftre France & fort rafref- 
chiflàns : on fc fer't à ces fins du potage fait 
de la courge , y adiouftant vn peu de verjus de 
grain. ^ ' 

Couecm- à raefme intention des concombres 

1res. en potage : mais communément en falade eftans 
mis en roiielles, qu’on fait tremper auec du vin¬ 
aigre qu’on verfe : & en y adiouftant de nouueau 
auec de l’huile, du fel, & du poiure, on en faiét 
vne falade pour en vfer en Efté au commence¬ 
ment dé table: aucuns (en Gafeongne mefme- 
ment) y mefleht de l’ongnon en roiielles , qui 
fert comme de corredif à la trop grande froi¬ 
deur dudit coucombre. On confit defdits cou- 
Gombres eftans fort petits auec du vinaigre & 
du fel, & peu 3e fenoil. On en fert l’Hyueren 
liéu de câpres Sc d’oliües. ceux qui ont vn 
cftomach imbecille ^ froidureux ( les vieilles 
gens raefmement ) fc gardent le plus qu’ils 
pourront d vfèr de tclsfruids, en quelque for¬ 
te qu’on les defguife. Ils peuucnt feruir à vn 
cftomach bouillant, à quelque icune homme 
chaud & bilieux, pour réfréner la bile : mais en- 
coreen faut'ilvfer toufiours aueediferetion: car 
ils fe corrompent facilement,& engendrent des 
fleures putrides. 



BE IA santé'. 3 pl 

Les melons viennent toft apres, c’eft-vndcs Iwmrfoas. 
fruids le plus friand & délicieux, quand il eft 
bon & bien chôifi. Les païs chauds & les bons 
terroirs produifenr les meilleurs. Ceux de Na¬ 
ples excellent en Italie, & ceux de la ville d’Aft 
en Piedmonr. Sans aller plus loin, noftre Fran¬ 
ce en porte d’excellcns, en Languedoc , Pro- 
uence. Dauphine, Gâfçongne, Lyon, Tours, 
Chaftclietaut & en diuers autres endroits. On 
ne les fcrac pas fur du rfumier comme dans 
Paris : ains fur la terre bien foiroyee\& ap- 
prcfbce. Auffi font-ils fans comparaifon , & 
plus fains & meilleurs que ceux qu’on faid 
venir comme anant temps, & par force , par 
k chaleur du fumier, qurn’efttoufiouK que pu- 
trefadion. 

Il y en a beaucoup d’cfpefles, 8c qui font meC- 
me diftinguez par leurs couleurs, & âti dehors 8ç 
au dedans : au dehors leS vns eftant yerds, les auè- 
très iaunes, les autres blancs-pafl.es & cendrez : 
les vns eftant tous liflcï& ynis^& les autrès ayanr 
xomrae vne liflinje de rets , eftendue.fur toute 
leur efcorce, eftaht prefque touscânelés^ & les 
xancleures s’aflcmblans en vn aux deux boots. 

Et au dedans les vns cftansauffi tous verds, lés 
antres orangez, & les autres rougés- blanchâtres 
& les autres du tout rouges. Ceux qui font foft 
pefants , bien-fleurans , qui ont la queüc £qtc 
grofle, vne peau dure, verte (comme c eft Je pro¬ 
pre des fuccrins)& la femence defquels eft fi vnic 
auec la chair, qu’à peine l’en peut-dn feparer, , V- >; 
font les meilleurs melons : la chair dcfqugls 
Bb iiij 




SïCT. III. DV POVRTR.AICT 
au doit cftrc ferme à la dent ,& qui rem- 
pliffe la bouche d’eau rofc, de fucctc, d’ambre, 
& de mufc, par leur bonne & agrérole faueur. 
Les melons qui font douez de telles qualitez, 
font les moins mal-faifans. L’excellence de ce 
fruid m’a efmeu à l’anatomifer en toutes fcs 
parties plus que nul autre. le l’ay fait aufli ex¬ 
près , d’autant que les BiOis, les Princes, & les 
plus grands ont ce fruid en grandes délices, 
& qu’il eft necelTairc que ceux qui leur en fer- 
uent fçaehent faire choix des meilleurs , qui 
ne font iamais à peu près Ci nuifibles à la fanté 
que les antres, dont on voit furuenir de per¬ 
nicieux accidens ; voire quand ce feuoient des 
meilleurs qu’on petit trouuer. Ce fruid ( qui 
par fa bonté 8c douceur alléché les perfonnes 
, d’en manger beaucoup ) doit eftre pourtant 
prins aucc grande modération . Car s’ils ra- 
^efehiffent, s’ils appaifent la foif, s’ils prouo- 
quent l’ajmetit & les vtines , &: nettoyent les 
reins du üblc , & font par confequent non 
ieulement bons au gouft, ains vtilcs à la fanté, 
d’vn codé : d’ailleurs ils engendrent ventofi- 
tez , & font nuifibles racfmc à ceux qui (ont 
ja fujeds aux choliques venteufes qu’ils leur 
font venir: font fruids fujeds à fe corrompre 
à qeux mefmeracnt qui ont des corruptions 
dans l’cftomac , & par confequent engendrent 
des fleures malignes, & bien fouucnt des flux 
W*/îwm ventre, voire dyfcnteriques ^ Les hiftoires 
i'Alhin remarquent Comme vn Albin Empereur aimoit 
ftnptrm, tellement les melons , qu’il en mangea vne 



DI LA S A NT B*. J95 

fois à vn foupper, haid gros d’Oftic, qui en ce 
temps eftoient des meilleurs. Mais nous trou -^ 
uons par les mefmes hiftoircs, aulE comme plu- 
fleurs Empereurs trop auides à manger de tels 
fruids, en font morts par des flux de ventre, qui 
leur en furuindrent,entre autres vn Fcderic III. 

Henry V11. Et vn Albert 11. comme Cufpian 
& Æncas Syluius l’efcriuent. Platine efcrit aufli, ^ ' 
comme le Pape Paul fécond du nom, mourut 
fur les deux heures de nuid, d’vne apoplexie, 
feul en fa chambre, fans que perfonnc s’en ap- 
perçeuft, fe portant très-bien le iour auparauant, 

& ayant mangé à fon foupper deux gros me¬ 
lons entiers. Ce qui fcruirad’exemple aux grands 
de mefme qualité, qui ne-fe reiglent toufîours 
pat l’aduis de leurs médecins , ains félon leur 
appétit & feule volonté. On fe fett en médecine 
des graines ou fcmences defdites courges, cou- 
combre's, & melons, aux décodions, pour ra- 
frefchir & nettoyer les reins du fable. On les 
mefle aucc l’orge mondé , pour conferuer le 
dormir : On en fait aufli des oraulfîons froides, 
qu’on appelle, pour contemperer l’acrimonie 
desyrincs. - 

Les figues & raifîns font entre tous les fruids 
d’efté & d’automne , de la meilleure & plus 
grande nourriture, quand ils font bien meurs - 
méfmemcnt.. Ily à plufieurs fortes de figues. 
Anciennement félon Athenee, liure.?. chap. 5 . 
on faifoit eftat- des Attiques, des Phrygien- 
' lies, Rhodiennes, Cannees: de celles deÆlore, 

Carie, Parie^ Chie, & de celles que les Romains 

Bb V 



594 SECT. HT. DV POVRTRAICT ^ 
nomment Calliftruticnnes. 

Il ne faut pas aller plus loin qu’en noftre 
France, pour en trouucr des meilleurs,'de diuer- - 
fes fortes en quantité. 

Noftre Gafcongne abonde particulièrement 
«nccfte forte de frulâ, autant ou plùs qu’autre 
prouince de la France & d’ailleurs. Ce fruiâ: 
aymcvn air contemperé, tel que eeluy de Gaf¬ 
congne. Toutes les vignes font plaines de pe¬ 
tits figuiers , l’ombre defquels ne nuid point 
aux raifins. Il en y a d’infinies fortes, des blan¬ 
ches , des noires, vertes, pourprées, rouge⬠
tres, pafles & entrernefles de dmerfes couleurs. 
Les raèilieüres font celles i qui fe creualTcnt 
par le deftiis, qui ont la chair plus graffe, Sc 
auffidouce que= miel s & qui font au demeu- 
xam fort fauoureUfês ÔS delicieuïes au gouft: 
on les mange le matin auee vri peu de Ici 
& du pain: & puis doit-.on boire du meilleur, 
en oWeruant la réigle, pafl- crndum furkm. Ce 
iruid -eft pcdoral ^ rend vne naifûe copieur, 
& c’eft aufîi la figue -ikf'le raifi-rt'P qui entre 
tous, les autres'fru'ids & d’Eftd Sd d’ Autom- 
ne , engrailfenc le plus , & qui engendrent 
la meilleure nourriture j felom'mefme l’opi- 
nion de Galien au lieu prèallegué. Le mef- 
tne autheur , pour prouüer la bonne & gran.- 
dé nourriture de ces fruids , met en auant 
lès 'gardiens des vignes , qui s’engrailfent def- 
mefurément, ne raangeans que des figues & 
raifins auec du pain , en temps de vendange-^ 
La mefme efpreuuc^ fe voit en noftre Gafeon* 



DI LA santé'. 59 Î 

gnc ordinairement: voire onengraifle les pour¬ 
ceaux defdites figues , tant il y en a en abon¬ 
dance. 

Entre les raifins , les œufeats de Frontignan, Larai/ms. 
font les plus délicieux. En Gafeogne bn en man¬ 
ge auffi de trè&ons, & des blancs & des rou¬ 
ges vermeils. Lefdits mufeats & autres raifins 
le doiuent aulE manger le matin^aueedupain, 
auanc tout autre mers. Et 'bien que ces deux 
fortes de fruids,figues & raifins, foientdes meil¬ 
leurs , comme delfus; fi peuucnt ils parfois nui¬ 
re , bi porter des incommoditez, félon que les 
eftomaclis font bons ou mauuais , & qu’on en 
rriange plus ou moins. La fobrieté doneques 
& la tempérance en cela auffi bien qu’en toutes 
autres chofes. eft. toufiours fort requife, & faut 
mefmc qu’vn chacun obferue la portée de fon - 
eftomach. 

On fciche Icfdites figues, eftans bien meures 
fur des clayes expoféesau Soleil, & pour manger 
l’Hyuet enCarcfme mefmemcntj&pour (èruir «» 
en medecine, on les empaquette dans des cabas, *'‘^‘*^* 
où elles font prelTées, & par le moyen de leur 
-propre fucchre,fe preferuent longuement de cor¬ 
ruption; vers le terroir de Marfeille en Prouencc, 
où ce fruid vient à foifon , on en fait vn grand 
rraffic qui va bien loin. 

Tout ainfi qu’à -Montpelier & autres lieux en 
en Languedoc , on préparé & defleiebe [ bien 
qu’en autre façon] des raifins dits Augebis,que 
l’on accommode dans des quaifics de bois, & 
qu’on appelle pour cela raifins de quaiire:,donc 


. SECT. III. DV POVRTRAlCT? . 

on fe fert auflî, & pour nourriture, & pour mé¬ 
decine. On en fait de mefmc vn trcfgrand tra- ^ 
fie, aufii bien que des raifms,qüi viennent de 
Damas. / 

lapejeht!. Les Pefehes , que les Latins nomment ?»al4 
Perjïca yïttknnent lé nom de leur première ori-. / 
gine, qui eft le pays de PerÇe, où on dit tel fruiét 
eftre venimeux & mortel, & ayante efté tranf- 
planté en Ægvpte, & ailleurs, c eft vn fruidgra- . 
cieux Sc^ref agréable au gouft, & d’vn fort com¬ 
mun vfage. lien y a de deuxfortes, malle &fc- 
raellc: La femelle lailFe l’os facilement ,& c’eft 
ce qu’on appelle en Gafeongne Perfegue, qui 
,ala chair mollalTe & douçaftrc : bref qui eft 
beaucoup plus corruptible que le malle, qu’on 
nomme Perfec; plus gros que la femelle,beau¬ 
coup plus odorant, de couleur rouge.vefmeille, 
tendant fur l’orangé , ayant la chair beaucoup 
plus-dure & fauoureufe que la femelle : chair , 
qui eft de couleur .vermeille ou dorée , & fort 
' adhérante à Ton os* Ceft vn délicieux manger 

ou cru, rais en rouelles auec vn peu de vin, 
[comme on le fert ainlî ordinairement en Gaf- 
conghe] ou cuid.dans labraife &fucchré. Les 
Pâuies & Auberges, qu’on appelle, font de ce 
mefme genre de malles pefehes, fruid tres-far 
uoureux, fuccrin & délicieux. A Pau principale , 
ville de Béarn & en Chaloire,cefruid fetrpu- ^ 
ue le meilleur, & en grand abondance. Ondoie ' 
Aui.dei manger tels fruids felpn Galien, a l’entrée de ta- 
nlimm.- ble,pluftoft qucaudelTert: Il n’enapprouuepas 
Ivfage , difant que toutes pefehes font viandes 



DE LA santé'. 597 

de mauttaife nourriture, qui fe corrompent aifé- 
ment, & qui font nuifible à feftomach. G’eft 
àufli mon aduis, qu’il en faut vfer auec modéra¬ 
tion. 

Les «mandes , les noifcttes, ôc les cerneaux, 
qu’on fait des noix nouuclles, font frui<5^fauoU' tes'^cer- 
reux à la langue, pedoraux, qui engendrent for- neaux, 
ce fang & femence , quand ils font nouueaux; 
mais le moins en manger, c’cft le meilleur.: d’au¬ 
tant qu’ils font de difficile digeftion. Eftans man¬ 
gez eruz, & entant que ce font fruids oleagi- , 
neux, augmentent la cholcre,& engendrent la 
dyfentetie. On les referue eftans fecs, & s’en fert- 
en en nourriture, Sc en médecines en diuerfes 
façons. 

Des amandes douces, on fait des blancs man- amanm 
gers : & des amandes qui feruent de bonne nour- 
riture àplufieurs pauures malades, on en fait par 
expreffion l’huile d’amandes douces, propre aux 
calculeux,& pour lenir toutes douleurs proue- 
nans d’humeurs acres,on en donne iufques à deux 
ou trois onces par la bouche ; on en oind la poi- 
drine à ceux qui ont quelque qppreffion & diffi¬ 
cile refpiration. 

On confit les noix auec leur coque verte, mx, 
eftans nouuelles, & s’en fert-on pour efehauf. 
fer & conforter les eftomachs, en lieu de myro- 
bolans. Des noyaux des noix eftans fecs, on en 
tire vn huile fort commun, dont plufieurs vfenr, 

& pour nourriture, & pour mcdeçine aux coli¬ 
ques venteufes mefmcment, méfié auec le -foul 
vin. Ce font reraedes charapeftres , & qu’on. 



59^ SECT. III. DV POVRTRAICT 
peut faire chez foy, quand on eft loin d’apothi¬ 
caire. 

Zts ntiftt- Q^and aux noifettes ou auellaines, qui font 
ttso» nommées des Latins nuces P on tic*, & Pr*nefiin*: 

hûnts. Cefte leur dénomination venant, comme lef- 
ih S 4 , crit Macrobe , pource qu’il y en a abondance' 
mnlitaf. Carfytains abon- 

ï8,. ' dent en leur terroir de Præneftinc, de telles for¬ 
tes de noifettes . qui pour ce regard foncappel- 
lées noix Præricftines. Vulgairement on lèsap- 
' pelle noix auellaines: en France noifettes. Outre 
que les noifettes font bonnes à manger , eftant 
fraifehes comme elles font en Ellé : on en vfe 
eftans feiches , 6c les mefie-on auec raifins de 
quailTe , & les figues par toute la Gafeongnç: 
c’eft vn des deffetts d’Hyuer, & mefmerhent de 
Carefmc. 

L’huile tiré des noifettes , foulage les dou¬ 
leurs des ioindures. Les efcailles crues pulue- 
rifees, beucs auec du vin rude, en doze d’vne ou 
deux dragmes , font bonnes aux diarrhæes, 6c 
arreftent les fleurs blanches des femmes. La 
Remede noifettes rouges , en dofe d’vne 

emrt U <lfagme 5 & autant de corail rouge pouldroyé, 
f méfié, nieflez auec de l’eau de chardon bénit, & de pa- 
uot rouge , & donnez en breuuage , eft vn rc- 
mede fpecifique , & bien approuué contre les 
plcurefies. le puis dire auec vérité , auoir veu 
m'erueilles d’vn tel remede, bien que vulgaire, & 
des plus familiers. 

Il nous faut parler des pommes, & des poi- 
- res, qui viennent l’Efté 6c l’Automne,qui font 



-r - de IA santé'. • :: : 35>9 

les fruids les plus ordinaires aux tables, &dcs 
grands, & des petits, & dont on vfc prefque 
tout le long de l’an , en les mangeanCj.& fer- 
uancj&cruds, &cui(5ts, & confits en diucrfes 
façons. 

Entre les meilleures pommes [ d’infinies ^ _ 
fortes qu’il en ya] le court-pendu & rainette, 
tiennent le premier lieu. H y a auffi les pafle- 
porarae^, pommes de tambour, de paradis, qui 
viennent l’Êfté : les pommes callcuille croiflène 
en Normandie, & qui font rouges au dehors & 
dedans, eftimees entre les meilleures, & font 
fruids d’Automne : Onenvfc aux delTerts feu¬ 
lement , fi ce n’eft par fois pour humeder les 
melancholiques , de leur faire auoic bon ven¬ 
tre , qu’on fait prendre pour premier mets le , 
matin , vne pomme de court-pendu creufee, 
qu’on remplit de fuccre , & qu’on fait cuire de- 
uant le feu. On préparé aufli pour les mefmes 
affedionsmelancholiques, le fyrop du fiicdef- 
dites pommes de court-pendu, qu’on nomme 
le fyrop Sabor , d’autant qu’il fut inuenté par 
ce Roy. Aucc ladite pomme creufee & remplie 
de füccre candi, & d’oliban poudroyé, cuide & 
donnée à manger à vn plcuritique, cela luy ferc 
d’vn fpecifique remede pour faire meurir, ou- 
urir, & cracher i’apoftume. 

Entre les poires, les mufeades, les poires à 
deux teftes, de valee, d’orange, poire d’eau rofe, 
calleau roiati,ro(rclet, viennent en efté. Etîem 
Automne , la bargamotte & la poire de Roy, 
qui font les meilleures : On mange tels fruids 



40<? «BtîT. III. »V rOVRTRAICT 
toutcrusjauccdufuccrcaudcflerc. Il y a beau¬ 
coup d’autres fortes de poires d’hyucr aftrin- 
genteS'j qui^ie font bonnes quecuides fous la 
cloche, ou fous la braife. On en confit à Tours, 
au four & au Soleil, à forcé. Si que nous nous 
pouüons palier des confitures feiches de Gcn- 
nes, dont on fait fi grand cas. Des pommes & 
des poires les plus agreftes, on en fait en Nor-, 
mandie lecitre, ,& le peré, qu’ils appellent, qui 
en remplit tout le pays: brcuuagequiefgalecn 
faueur ^ bonté, prefque le vin. Ils ont leurs 
; . cuues, pr elToirs 8ç autres vailTeaux & inllrumens 

necelfâires^àfaire leurs breuuages, comme quand 
on fait ailleurs les vins en vendanges, &jVfe-on 
, prelque de femblable artifice. 

Ztseehgs. coings font nommez par les Grecs xv/l^- 

vet y d’autant que ce fruid a efté première¬ 
ment apporté en Italie de Cydon, ville dé Can-, 
die : les Latins en ont aulïî retenu le nom, les 
Vioravaznt'Cydonia. 

On^fe de coings au delTert, cuids fous la 
braife, ou confits au fuccre : c’eil: vn fruid aftrin- 
^gent, & bon pour clorre l’orifice del’cftomach, 
qu’il fortifie, & cmpefchcNjue les vapeurs de la 
viande, ne donnent fi toft au cerueau : font agréa¬ 
bles au gouft, confortent le cœur, & refrènent 
la virulence des venins, foit de ceux qui s’engen¬ 
drent dans nos corps, foit d’autres qui y font 
communiquez en quelque manière que ce foit: 
on les donne au commencement de table, pour 
relTerrer le ventre, contre les diarthæcs, & autres 
sels flujç. Ils font bons mefme pour arrefter les 
vomifiè- 



DE lA santé'. 401 

vomiflemens. Voila leurs vtilitez/, & pour la 
nourriture, &pourfcruir mefmcde médecine, 
iedis quand on fe ferede leur feule chair, com¬ 
me la nature noos les donne. Mais on en faid: 
diuerfes confitures, qui feruent, & pour viande,_^ 

& pour médicament, comme on appreftbit à 
ces fins, def-ja raefme do temps de Galien,force 
cotignat de Syrie Sc d’Efpagne à Rome , ainfi 
qu’il l’efcrit au a.liu. des alimens. La ville d’Or- 
leans tious foppedite en France, toutes ces diuer¬ 
fes fortes de cotignats, bons à la bouche, ôc pour 
la conferuatipn de la fanté. 

On fait en outre dcfdits coings, vn fyrop pour "Rmelt 
la roboration du ventricule , & contre tous flux catteUfinit 
de ventre. Du feul jus bien dépuré & cuid en 
vnbaingiufques cnconfiftcncede fyrop: il s’en 
fait fartsfuccrcjvnexcellentremedecofîtretous, 
flux de ventre, y adiouftant pour liurc, deux on¬ 
ces de fuccre feulement, vous le rendez plus a- 
greable au gouft, mais non plus vtile. On en faid 
vn huile propre aufditesmaladies, eftatu appli¬ 
qué extérieurement. De fa graine fe tire aufli 
auec de l’eau vn mucilage doux, dont on vfe aux 
collyres, pour l’inflammation des yeux, & à in¬ 
finis tels maux, quand il faut lenir auec vnc mo¬ 
dérée adftridion. 

Les grenades font dides des Latins, mala pu- toi grtn4- 
«ica, on les homme aufli Granata , ou pour l’in- 
finité des grains , dont elles loht plaines , ou 
font ainfi appellees de Grenade, vn des Royau- ' 
mes d’Efpagne,où elles croiflent engrande abon¬ 
dance, felonaucuns: fansallegucr nyl'Efpagne 
Ce 



'^01 SECT. III. DV BOVRTRAICT 
ny ritâlic, où elles font fore communes, nous en 
trouucrons en France, en Gafeongne mcfmc- 
ment en abondance, où les vergers, les iardins, 

' les vignes, & leurs hayes font plaines de gre¬ 
nadiers. ^ 

On en trouue'de trois cfpeccs, mermement 
de douces, d'aigres ôc de vineufes. Dont en pref- 
fantles grains, on fait du vin en certains lieux, 
qu’on rcferuc affez longuement dans des bou¬ 
teilles ouflaccons de verre. Leur qualité & vertu, 
eft de rafrefchir&d’aftraindre: mais les aigres, 
plus que lesdouces. Elles font bonnes à toutes 
figures putrides & ardentes, d’autant qu'elles rc- 
frefchiflent&empefëhentla putrefaâ:ion,&ap- 
paifent vn des plus grands fymptomes dcfdites 
iieures/quieft la foif: font de mefme bonnes 
contre les dyfenteries, refreneht la bile,& la trop 
grande ardeur de l’eftomacb & du foye. Ceux qui 
font fujets aux maux de poiâ:rine,& aux toux, en 
vferonrauec plus de modération, ' 

H n y a fruid où les proprietez vitrioliques, 
foient plus manifeftes,qu en ladite grenade. Car 
fon efcorce [eftant récente mcfmerncnt] de cou¬ 
leur verte-iaune,& fa grande ftipticité, reprefen- 
te cuidemment le vitriol, & quand ie dirois que 
par l’art s en peut tirer vn fel tout tel que du vi- 
Vitriol trio!, & de la mefme nature en toutes les quali- 
tra0 de tez, ie ne mentirois pas, 6c ne dirois rien de nou- 
l’efcorce des ^ qyj'' jjg {-Qjj. cQgncu à plufieurs autres, 
^rsm es. anciens appcl- 

loiét celle efcorce malisormm, pour ce qu’ils s’en 
feruoient à tannerdes cuirs, comme du fiimac. 



DE LA» SANTE. 4 O} ^ 

qui eft auffi vitriolique: Or fouz ia verdeur ex- 
rerieure de l’cfcorce de la grenade j eft cachée in¬ 
térieurement vne grande rongeur,qui femani- 
fefte en ces grains tref-rouges, le ius defquelsa , 
vertu de diIToudreles perles & corail,comme fous 
la verdeur & auftere faucur qui fe manifefte au vi¬ 
triol extérieurement, on rrouue en Ion intérieur; 
à fçauoir en Ton huile, vne rougeur & aigreur in¬ 
dicible , douée dVne grande vertu diflblutiue, » 

Cecy foit dit comnae en paftànt. Nousauons 
touché cefte philofophie enneftre traidé deSi- 
gnamrüinternüremm. Mais cefte belle matière eft 
referuée pour en difeourir plus auant & intelligi¬ 
blement en noftre liure de recondita rerum nat,(^c. 

Reuenons aux remedes,qu’on fait de grenades, 
&intcrieurs, & extérieurs ; De leur ius [outre le 
vin, dont auons ia parlé ] on en fait vn fyrop de 
grenades, qu’on appelle, fort vfité en rouresbou- 
tiques, aux mefmes fins & vfages que deflus. 

Au dedans des fleurs des grenades cultiuées, fe 
trouuent des fueilles fort minces & rouges ; Lef- ^emtlts 
quelles on pile, & en fait-on auec du fucchre vne 
conferue [ainflquedesrôfes] propre contre tous *-î 

flux dyfenteriqucs, cœliaques, & fur tout pour 
arrefter tcjlut à fait les fleurs blanches des fem¬ 
mes, fi long & grand que foit le mal, adiouftant 
auec ladite cônferue, poudré de corail. Il en faut 
prendre deux drachmes le matinfl’efpace de quin¬ 
ze iours, commençant depuis la pleine Lune,iuf- 
ques au renouueau. 

De l’efcorce defditcs grenades, des balauftes, 

& pfidies, on en fait auÛi diuefs remedes exte- 
Cc ij 



404 SE CT. III. DV POVRTRAICT 
ricursjpour les ruptures, &pour l’cxficcation des 
vlceres fi malins qu’ils foient. 

Sur ce que nous auohs dit cy defius des gre¬ 
nades viaeufes, nous pouuons adioufter en cet 
endroit vn tefmoîgnagc de Theophrafte en foti 
I» liu. de Stirpibw , confirmé par Apollonius, àfça- 
noir que près de Solos ville de Cilicie, fur le fleu- 
ue Pinar,ou Alexandre combatit Darius,ily croift 
des grenades fans ofîèlets, defquelles les grains 
tant qu’ils durent, rendent vn ius du toutfem- ■ 
blableauvin. Ce n’eft pas plus grande merueille, 
que de troüucr, comme on fait en quelques an- 
bonnes , les grains des raifins n aubir nuis 
pépins au dedans : ains cftre tous pleins de mouft: 
& devin. ^ 

Itt neffits. Les neffies & les forbes font auifi fruits aftrin- 
Li% forhes, ; on ne fait pas grand cftat des forbes, & n^y a - 

que le commun qui en vfe,lors mefmcs qu’ils font 
trauaillez (pour auoir trop vféde raifins d’au¬ 
tres fruiéts) de quelque flux de ventre. 

Quant aux ncffles, on en fert au deflert, eftant 
frittes au beurre,& fucchre-.tout cela réferre com- / 
me le coing. Dans léfdttes ncffles. aftringentes Ce 
Hernie trouuent des os trefdurs , & faivî noyau, qui font 
contre le diuretiques, & de la poudre defquels on fe ferr,, 
eaUtth pour rattrition,&cx:pulfion de calcul. 

Les pillA- piftaches & les pins font fruiéts oleagi- 
^ neux, fort nutritifs, propres aux pulmoniques, 
Lesfins. phthifiques , ôc dcfcharnez pour les mettre en 
chair: On s’en fert aux paftes royales, eftant mon-. 
deZjCÔrae le dirons plus à plain cy apres. Les frais 
& rccês fqnt meilleurs,que les vicux,& les rances. 



Di LA santé'. 40 $ 

On vfe desoliues & des câpres pour aiguifee Xej*/»»«r 
l’appctit. Ce n’cft viande,qu on feruenyaùcom» c<*i>refî 
incnccment de table,ny au deflert : ains au fécond 
mets ou feruice. Et 1 vn & bautre fruid mangé 
cru eft, de dure digeftion. Les oliucs d’Efpagne 
comme lés plus charnues, & grolTes, font les plus 
difficiles àdigerer-, celles de Luques qui font les 
plus petites.font meilleures & plus appetiffantes. 

On vfe des câpres cn'boüillons, pour ouurir& Câpres 
incifer les humeurs cralTes , & pour les obflru- 
dions de la rate. On en faidauffi vn huile pour 
en oindre la région de la raté à mefmes fins.* 

Les artichauts font les froids d’vnj: herbe : ^on 
les cuid au lard,ou au beurre : on en fricalTe auffi: 
on les mange par fois cruds auec lepoiure, &le 
fel. C’eft vn aiguifement d’appétit, qui efehauffe 
Icftomach , incife le phlegme groflîer , efmeuc 
l’ade venerien, mais il en ^utvfer auec modéra¬ 
tion. Les paftiffiers s’en feruent en beaucoup de 
fortes de paftez,qu ils font de pigeoneaux, creftes 
& tefticules de coq,le tout à mcfracs fins. 

Les truffes qu’on trouue foubs terre, & qu’on Les m£es^ 
fâid cuire ou en l’eau, ou fous la braife, eft auffi 
vne viande de deflert appetiflante, & qui prouo» 
que l’ade venerien,dont il faut vfer auffi auec 
modération , d’autant qu’elles font de difficile 
digeftion,& prouocquent des vents. 

Auffi bien que les chaftaignes , qui nourrif- 
fent au demeurant beaucoup , dont on f^it fidgnes, 
mefme du pain en Limofin, Périgord, où elles 
abondent ainfi qu’en auons parlé plus àplain cy 
déflus. 



4o6 sec't. IIÏ. dV povrtraict 
r« mmües nc fais pas exprès mention, ny des morilles. 

Les tham- ny des champignons, dont yadiuerfesfortes,& 
fignens, dont plufieurs font fi frians qu’ils les mettent en 
confitures [mefmc à Lyon] pour en manger en 
Hyucr; d’autant qu’il vaut mieux que telles vian- ' 
des [qui font fruids & èxcremens de la terre] 
demeurent toufiours fur terre, ou fouz terre, que 
de les ferpir fur les tables, ou eftre admis dans vn 
régime deviure,pour les finiftres accidens,qui 
en.furuiennentfouuent. Entre ce genre de chamj 
pignons les- moins nuifibles, & qui à la vérité 
d’ailleurs, eft vn manger fort plaifant & délicieux 
au gouftjCe font les moflètons : Ils viennent au 

ptîntemps, en Keu que les ordinaires fe trouuent 

en Automne : Ils croiffent aux bons terroirs, dC 
s’en trouue particulièrement quantité en Gafeo- 
gne&cn'Bourgongne,GÙoncnfertpardelices. 
Les cUrons. Nous auons laiiTé exprès pour l’arriere gardé de 
Les limons, nos fruids les citrons, les limons & les oranges, 
commc'eftans desplus beaux fruids, des plus vti- 
les, & du ius ou de la liqueurdefquels onvfele, 
fto^riettXi ^plus Communément en toutes bonnes tables. 

L’efcorcc,-de cefdits fruids eft oleagineufe & 

. fouffreufe, & de toute autre qualité que l’inte- 
tieur,qui eft mercurial, li<^reux,acide & vitrio' 
lique. 

Hemeies efcorces eftant feiches , conquaffées & 
contre la maccrées en fuffifante quantité d’eau, ou en tire 
contagion, des huiles cordiaux, fudorifiques, propres aux 
^ à beaucoup d’autres telles affedions, 
dttsftUL^^ il eft befoin de repouflèr le venin du dedans 

au dehors. On prépare mcfme defdites efcorces 



DE LA santé'. 407 

des confitures feiches, qui font en grand vfagc 
pour conforter reftoinach, & le cœur, quand on 
en mange le matin. 

Qiwnt à leur intérieur, le ius en cft fort aigre, 
acide, incifif, atténuatif, Separ confequent diflo- 
iütif des gommes, des fables, &: des calculs du 
corps humain,quand il eft prins au dedans •.com¬ 
me on voit extérieurement, que leur ius a vertu vem 
de difibudre & liquificr en eau, les perles, les co- 
taux & autres pierreries : auffi bien que Tcfprit 
acide du vitriol, de la nature & qualité àüq\id jttsfruiêîs, 
Icfdits fruiéfe tiennent tout ce qu’ils ont d’acidi- (Sr d’où eïït 
té,& vertu difTolutiue & fermentatiue,aullî bien 
que le vinaigre,& toutes autres chofes aigres:qui 
ayant vertu de fermenter, digerer, atténuer & 
rendre les humeurs légers, [ fi pefans & craffes 
qu’ils puiflent eftre] les rendét par ce moyen plus 
coulaHS& plus aptes à eftre cuacuez, ou par les 
vrines.ou par les fucurs. Qmcôque méditera fans 
paflîon, de près cefte belle & vtile philofophie, - 
il n’aura pas afiàire. d’auoir recours au pont des 
afnes: à fçauoir,aux propriétés occultes,quand on 
verra que les chofes aigres, comme font lefdits 
; ius,qu’on tient dequalité froide, â laquelle omat- 
tribae la coagulation,ayent pourtant vertu dilTô- 
lutiue,qui eft l’office propre à toute chaleur. 

Cecyfoit auffi dit, comme en paflànt, fur la 
qualité & vertu de tels fruiéts. Il refte qu’en fa-. 
dons voir l’vfage ordinaire, Ôc pour les tables, 6c 
pour feruir de medecine'. 

Les cedres ou citrons , qui font dits des Itittim 
Latins , é’citriâ, (^medieamaUt & les limons 

. Ltilmtns. 




'4oS «ICT. lîl. DV POVRTRAICT 
ont principaleTnent vn grand rapport & con- 
uenance cnfcrable en toutes qualitez & pro- 
prierez. Ils rctucntainfique,roranges tan: pour 
donner bon gouft aux viandes (leur jus y eliant 
efpraint delTus ) que pour leruir auffi en quelque 
forted’aliment :leur jusdonequesfert àefguifer \ 
fropriete-!^ l’appctît, à réprimer 1 ardeur de la bile, & eft | 
iHcimn& propre contre toutes fleures putrides & psfti- | 

linum, lentes: contre tous veninsj&verm'ncsr&meflé ^ 

auec d’huile d’amandes douces, c’eft vn fingu- 
lier remede pour les douleurs néphrétiques: 
eftartî donné tout fcul en dofe d’vnc ou deux 
onces, où eftant mefle, fi on veut, auec vn peu 
de vin blanc ou eau antinephretique, c’eft alors 
vn fouucrain remede pour l’attrition & expul- , 
flon du calcul» < r 

On diftillc de leur jus vne eau excellente pour -, 
conforter le cœur & toutes les parties nobles. & ) 
cftmèfmc très-vtilecontre la pefte& les fleures 
Syüp âe lU putrides & malignes. On préparé aux boutiques 
ma. des Apbticairesle fyropfaitdu jus de limon, qui 
cft en grapd vfage aux fins que delTus. 

L’aigreur des oranges a prefque mefme pro¬ 
priété que celle des limons-& des citrons, &ferc 
prefqueàmefmevfagCjilyades oranges douces 
Otdngei qu’onmange en Italie comme des pommes, qui 
imes. font pedoraux, & propres aux catharreux, fans 
qu’ils nuifént nullement à l’eftorasch. Noftre 
France eft abondante en tous Icfdits fruié^s, 
comme en toutes autres'chofcs, tellement qu’on 
fe peut paiïer pour tout ce qui fert à la vie, des 
païs eftrangets. 



'D I l A s:ANTÈ*i - . " '4ôÿ 

Ancicnneraent(commeorile voitcn Athenec) 
il y auoicvne loyen Perfe, qui defendoit que 
leur‘Roy n’vfaft, ny de breuuage, ny de nulle au¬ 
tre viande que celle qui vcnoit dans le païs:&: ce^. 
pendant c’eftoit lacouftume decouurirde toute 
lotte de viandes les tables defdits Rois, qui en 
taftoiét de chacune vn peu. Aduint vn iour qu’vn 
Eunuque ( qui auoit enuic de poufler le Roy à la 
guerrccontre les Athéniens, en luyfaifantvoic 
les beaux Ôc délicieux fruids qui naiiToient en 
cefte contrée la ) feruit exprès au dclTert du Roy 
des figues d’Athènes^ qui fur toutes eftoient bel¬ 
les & bonnes en toute perfedion. Le Roy les 
admirant,liiy demanda foudairt,d’où on auoit- re- 
couüré vn fi beau & fi bon fruid :c’eft d’A thencs, 
refpondit l’Eunuque. Le Roy pour répliqué 
commanda exprel^mcnt & tout foudain à fes vi- 
uandiers & prouoyeurs, de n’en acheter oneques 
plus.iufqu’à tant qu’il luy feroit permis d’en pren¬ 
dre o5 il voudroit, & non d’en acheter. ^ 

Noftre grand Roy pourroit trop mieux faire 
telle ordÔnance : & la loy qui defendroit l’entree 
d’aucune viande eftrangere en France, feroit plus 
iufte & faite beaucoup mieux à propos jveu qu’il 
n’y a Royaume , ny nation fi fertile, non feule- ielaFraitm 
ment en toutes fortes de bons & diuers fruiârs, «. 
comme l’auons dit & fait voir : ains en toutes au¬ 
tres fortes de viuresi & viandesiieceflaires pour 
la nourriture , voire pour viure delicieufemenc 
& plantureufeméntj iufques à pouuoir faire parc 
5ci3rge{redecequ’elleadetrop,aüxpaïscircon- 
uoifius, qui cnont faute. Tcfmoin la quantité 
Ce V 


,410 SECT. III. DY POVRTRAïCT ' 
des bleds, des vins, &: «très denrees qui fortent 
tous les ans de la France pour eftre tranfportccs 
ailleurs. 

leme fuisvn peu efgaré du difcours que ic fai- 
fois des oranges & limons dcnoftreProucnce.en 
reprenant celuy des figues d’Athènes : quelque 
cenfeur y trouuera à mordre: mais tout bon Fran¬ 
çois m’exeufera & iugera que ic me fuis feruy de 
laüdprité d’Athenee exprès pour honorer no- 
ftre France, & pour la préférer à tous autres païs 
eftrângcrs en abondance de tous bons fruidst 
comme elle abonde auiS entoure forte de bon¬ 
nes chairsfoit d’animaux à quatre pieds , foit 
d’oifeauXjde bois, montagnes,champs,& ri- 
tiieres ; foit en toutes fortes de poiiTons, de mer, 
& d’eau douce, comme le ferons voir au chapi¬ 
tre fuiUant. 


D ES GH A 1RS. 

CfiAP. IIII. 

L a chair a obtenu ce droidt d’eftre yne fi 
bonne ôc grande nourriture qu on dit com¬ 
munément quand on en mange, que c’eft man¬ 
ger de la viande, comme fi on comprenoit par 
ce mot general tout ce qui appartient au manger, 
& à feruir de nourriture. 

Les chairs en general, çomme nous l’auons dit 
Dlfferentt deiFus, font diuüces en celles des beftes à qua- 
itividits, tre pieds, & des oyfcaux : -& en leur vfage il y * 



DE IA SAN^e'. , 4ïî 

beaucoup de chofcsparticulières »qu’il faut pefer 
& coniiderer, afin qu’on s’en puifle feruir-auec 
vtilité & profit. Car entre les chairs des quadru¬ 
pèdes (s’il nous eft permis d’efcorcher le Latin 
& de parler ainfi ) les vnes font ieüneSj les autres 
vieilles, les autres d’aage médiocre : les trop icu- 
nes font fort excrementeufes,humides & rendent 
couftumierement les ventres lafehes : les vieilles 
chairs font dures , nerueufes , feiches , de peu 
de nourriture , & de difficile digeftion. Celles 
doncqûcs qui font d’vfi aage médiocre, font les 
meilleures, fi ce n’cft au gouft , c’eft au moins 
pour bien & vtilcment nourrir. En quoylcpro- 
uerbe qui ditjieune chair ôc vieux poifTonjfe trou- 
ue répugner à la raifon. 

Quoy plus ? entre les chairs celles des raafles 
furpafTent ordinairement en bonté celles des fe¬ 
melles: la chair du mouton meilleure que celle 
de la brebis femelle^celle du bœuf, que celle de la 
vache, &c. Surquoy il faut vfer pourtant de quel¬ 
que exception n’entendant parler des mafles, qui 
i%c font châtrez. Car la chair des^beliers & des 
taureaux,par exemple,eft pire que celle des brebis 
& des vaches, ainfi des autres. 

Les beftes graflès ont toufiours vne plus fauou- 
reufe & tendre chair:, &beaucoup plusnourrif- 
fante que les maigres: mais la graiffe de la plufpart 
eft ennuyeufe, foule foudain , & ofte l’appctit,yg ^ 
empefehe la digeftion , & rend l’eftomaeh lan- mach, ^ 
guide,&: eft de peu de nourriture, parquoy on en emfefihe U 
mangera le moins qu’on pourra. dtgefiton. 

Faut encor noter que les bonnes chairs re- 



^îl SECT. Iir. BV POyRTRAiCT 
tiennent des bons pafturagcs : les moutons de 
Languedoc qui font nourris aux Landes, de thin, 
deferpouler 5 & detellcs bonnes herbes odorifé¬ 
rantes , font des meilleurs qu’on fçauroit manger. 
Et eft à noter que leur chair ne participe feule¬ 
ment de cefte bonté, ains leurs laines aufli. 

VtfM itU Tous moutons doncques & tout autre beftail 
Hourrmre, bœuf/ou autre, qui eft nourry aux monta¬ 

gnes , aux landes, ou en lieux fecs, où il y ait bons 
pafturagcs, font toufiours meilleurs que ceux qui 
font nourris parmy les plaines boüeufes '& ma- 
' refcageufes,qni produifent des ioncs,dcs rofeaux, 

& des lefches, & autres herbes humides & froi¬ 
des,& peu nourrilTantes. 
r II y a plus,c’eft qu’il y a certaines régions 
lieux, qui font propres à produire certaines ef- 
Mo»;o»î-peces de beftail, qui furpaftent en bonré tous 
d’ailleurs. Par 

mit «un. cas en noftre France des mou¬ 

tons de Languedoc & de Berry fur tous^utres. 
Il en vient des montaignes d’Auuergne & d’ail¬ 
leurs , qui font aufti fort bons,comrae en general 
il fc trouue en autres diuerfes contrées de tref- 
bons moutons : mais en Italie ce font tous gros 
moutons qui ont la chair longue, bref beaucoup 
Veaux en differens de la bonté des noftres. On y troùuc au 
Italienttil- Contraire de bons veaux, d’autant qu’on ne les 
deftalaitteau bout des fix femaines, comme nous 
faifons : ains on les laifte tetitèr cinq ou fiîçmois. 
Ce qui les rend d’vne bonne & délicate chair & 
nourriture. 

Nous auons de trefbons &gras bœufs en Fran- 



' de 1A SANTl'. 415 

ce, mais l’Angleterre &rHongrie en matière de Bôe»ft 
bons bœufs 1 furpaflent toutes autres nations; 
nous ne nous eftendrons pas d’auantage fur ce **’^*^*î 
fujetjdepeurd’eftretroplong&ennuyeux.- 

Il faut en outre diuifer beaucoup de fortes de 
chairs, en celles qui font domeftiques ou priuecs 
& celles qui font fauuages : comme par exem¬ 
ple entre les pourceaux, il y aies domeftiques & 
les fauuages, qui font les Gngliers : 6c entre les 
cheures, il y a les fauuages qui font les cheureux: 
voire mefine entre les oifeaux , on trouue les 
oyes domeftiques : & les fauuages ; comme o^ 
voit des canars des baflè-courts differens de ceux 
des riüieres : les perdrix des champs, des gelino- 
tesdesbois ,ou des montagnes: les pigeons des 
colombiers , des palombes , & des pigeons ra¬ 
miers , &c. Bref tous ceux qui font fauuages, ils 
.font en leur efpece communément meilleurs 
les domeftiques, 6c la nourriture qui en furuient 
eft moins excrementeufe que les autres : d’autant 
que telles beftes fauuages viuent en vn air plus 
libre , eflargy , & plus fec , qu’elles font plus 
d’exercice eftant contraintes d’aller quefter leur 
. pafturc par fois bien loin : en lieu qu’on la don- . 
ne & qu’on la porte aux domeftiques lé plusfou- 
uentjou qu’elles la trouuent pour le moins bien 
près. Aufli on voit d’ordinaire comme les chairs 
de telles fauuagines fe conferuent fans fc cor- Iniict} 
rompre , beaucoup plus long temps que les do¬ 
meftiques. 

Il faut en outre obferuer que les chairs ont 
leur faifon pour eftre bonnes : entre les beftes 



'414 SECT. IIÎ. DV POVRTRAICT 
yianies feuuages ily a certains temps, qu’elles font meil- 
honnesen leutcs à fçauoit quand elles font en venaifon, 
certain qu'on appelle : mais quand elles font en ruth& 
**’”^^* en amour, & quand les oyfeaux veulent couuec 
leurs œufs ( ce qu’aduient volontiers fur le com¬ 
mencement du Printemps) c’eft alors que les 
chairs font les plus mauüaifes & moins fauou- 
' reufes. Auffi en ce temps ( en partie pour laPd- 
lice) le Cardhue a efté bien introduit, afin qu’on 
5 ’abftienne des chairs,& qu’on vfe des poifTons. 

Ladernière &generaleobfcruation des chairs, 
c’eft fur leur appreftage, & manière de coâ:ion: 
d’autant, que les vnes dqiuent eftre appreftées 
d’vne façon, les autres d’vne autre. 

Entre ies parties du boeuf on roftit les aloyaux, 
on peut bouillir tout le refte. 

On ne fait bouillir prefque iamais les quatre 
membres du mouton, ains bien tout le refte. Et 
on fert en outre , plus volontiers les efpautes à 
difner , & les gigots à foupper./ 

Le deuanr des Heures fe met en ciucts & au¬ 
tres potages, & les cuiflès font rofties ou mifes 
viandes cn pafte : Les Icurauts, connils & lapereaux , fc ^ 
diferenus rotiflènt Ordinairement tous entiers , & n’en 
boüillir. On vfe des cheureaux, 
r V aigneaux, poules ,chappons, poulets, pigeons, 
& bouillis , éc roftis , & mis en pafte par fois: 
mais on roftit toufiours les perdreaux, gelinotes, 
les phaifans, cailles , tourterelles, tours, griues, 
aloiiettes , & tels autres oifelets de bois & de 
montagne. Si ie voulois* fpecifier par le mentt 
ies diuers appréftages des viandes, voire félon 



DE !Lh santé'. 4 IJ 

les diuers païs & nations , ie n’aurois iamaisfaic, 
ie me contente d’en auoir touché trois mots en 
paflânt jfclon qu’on envfccn Francé le plus com¬ 
munément, ' 

Il refte pour future noftre méthode, que nous 
mettions en auant îes-chairs, tant des beftes à 
quatre pieds, que des oifeaux les plus commus & 
ordinaires, dont onfc fèrt en France aux bonnes 
tables : & que nous difions apres quelque choie 
de leurs qualitez & proprierez , afin que nous 
fçaehions difeerner lesbonnes des mauuaifes& 
dommageables. 

Les chairs qui font en plus commun vfâge 
entre les beftes à quatre pieds , font le bœuf, 
le veau, le mouron, l’agneau, le cheurcau, le 
porceaü , le cochon , qui font les plus do- 
meftiques ; le cerf, le fan de biche, le dain, 
le cheureul, le fanglicr , le raarquofîn qui 
font fauuages : le Heure, leuraut > conhïl ydap- 
pereau. ^ : i ' . . : ; 

Entre lesoifeaux , le pan , le coq d’Inde, & 
les poulets d’Inde j l’oye, l’oifon, la poule, les 
poulets , le chappon , les pigeons , qui-font 
oifeaux , dont chafque bonne baffe court doit 
cftre pourueüe. Vous trouuez par les plaines & 
par les champs, les perdrix & perdreaux, les cail¬ 
les & cailleteaux, les tourterelles, le tourt, la be- 
quefique, le merle, l’artolan, les paffereaux, di- 
uerfes fortes d'oifelets, qui s’engraiffènt de meu¬ 
res, Sc raifins en temps de vendanges, &: qui 
fondent de graifle : la griue, l’aloüctte; & par 


StPii 
quatre 
pieds def- 
quelles- e» 
fe fert d, 
manger . ^ 


Beftes à 
deûxpitds. 




SÏCT. III. BV POVRTRAICT 
les bois & montaigncs, le francolin ^ le Phaifant, 
le coq bruyant,lageIinote, la palombe,le ramier, 
lebizct,& labequalTe. Quant aux oifeaux ma- 
refcageux, & de riuierc, l’oye fanuagc, le canard, 
lafarccllejabèquafline, la poule d eau, lagaignç 
qucîic. 

Si nous voulions, adioufter ,cn cet endroit 
tous les oifeaux de riuierc bons à manger, donc 
les marefeages qui font près la mer fournif- 
fent la XaintODge-, païs de Rochelois, & le 
èas Poidou, nous^ivaurions iamais fait, mais 
nous nous contentons d’auoir, mis les plus or¬ 
dinaires : voirc: dont on fc fêrt aux tables mé¬ 
diocres. ' 

. :Ilc.fttcmpsdcdirc.btiefucraentqucîquecho- 
fè,des vertus &qualkez defdites chairs, & fui- 
: uronsle mefroè ordre commencé. 

ZaehAirde- ta cliajc de ,bœuf cft des plus grofGeres & 
nourrilTantes, «lie engendre force fang : pro¬ 
pre pour la nourriture de ceux qui font gtands 
- . -■ .çxerèkés, ou par plaifir, ou par contrainte de 

, leurscorps. Onenfert le matinaux meilleures 
tables , & pour le rendre meilleur au gouft, on 
,1a iàlé, de deux ou. trois iours. Pliifieurs nap- 
„pr.ouuent point les chairs falees , & ie dirayque 
f(tr les vta^ Iç fel les attendrit , les rend de plus facile di- 
desfaltts. geftion ^ ' meilleures, au gouft:, & plusj vtilcs 
pour la Janté, eftant prinfes par modération, & ' 
non pour en fair.c-vne ordinaire nourriture. 
Pour la confirmation de ce que deflus , qu’on 
•voye cc. que Marfilius grand Théologien, grand 
philo» 



DELA SANTE*. 417 

Philofophe Platonicien, 6c grand médecin, à 
efccic des chairs falces, & chofes cfpicées, ( que 
nousconderanons pourtant en nos régimes de 
viure),en fon vitacœlittu comparanda. 

Le veau graseftbon, & bouilli, écto&i'.Çc^ 
vne viande de facile digeftion, & la plus propre 
& faine pour les malades. Sa moueile cil fore 
anodynej on s’en fert en plufîeitrs ynguens & ca- 
taplainicspour appaifer les douleurs. 

Le mouton pour vne chair ordinaire,cftla Lemouttn. 
plus plaine de lubftance, de laquelle on fc foule 
le moins: c’eft folie de dire, quelle cft chaude, 6c 
la deffendreaux malades, ôc à aucunes coraplc* 
xionspour ccftcconfîderation. Il n’y a rien qui 
foie plus nourtiftant & qui remette plus les 
forces abbatues aux grand flux de ventre, iyen- 
teries 6cdylcnteries,qu’vn ius ou preffis de gigot 
de mouton: auec lequel on meflebienpeu de là 
chaif hachee fort mer ae,& deda miette de pain: 
cela fert de manger & de boire, & en cft rendu 
meilleur, quand on y adioufte vn peu de ius de 
citron. 

L’agneau ieune eft vne viande ou chair vif- 
queufe, excreraenteufe, 6c fort humide: i’vfage 
ordinaire en eft dommageable mefraeaux fleg¬ 
matiques, & leur donne des flux de ventre, auflî 
bien que la chair de brebis, fî grafle qu’elle foit: 
qui n’a iamais (quoy qu’on la defguire)ny le bon 
gouft, ny la bonté, qu’a pour nourrir vn bon 
mouton. 

Lecheureauquiaîâ chairplus fcichc 5e beau- tW* 
coup plus délicate que l’agneau, n’cft fl dom- 
Dd 



4 i 8 SECT. III. DV POVRTRAICT 
mageable : mais cft me chair facile à digérer,de 
bonne nourriture; voire viande qu’on peut li¬ 
brement donner, & aux fains,& aux malades. 
La grailTe de la toile du chcurcau bien prépa¬ 
rée krt à faire lés meilleures & plus belles pom¬ 
mades. 

L4thmt. La cheurc cft vn pernicieux manger, la chair 
de, cheure, dit Galien, outre ce qu’elle a vn mau¬ 
vais fuc, elle engendre des aigreurs telle eft par. 
liculifcrementnuifîble aux Epileptiques,la chair 
du bouc eft pire: & fon fuif des meilleurs & plus 
anodins. 

Z, pour, La chair du pourceau eft mife par le merme 

€tM. Galien au commencement de fon 3. 1 . des facul- 
tez des alimensj entre les plus nourriffantes: Il le 
prcuue par l’exemple des Athlètes. Car dit-il, 
s’ils ne relafelicntrien de leurs exercices ordi¬ 
naires, & qu’ils viennent à changer de viande 
par vn feul iour, ils fc trouuent le lendemain 
plusfoibles & débiles. Et s’ils continuent plu- 
iîeurs iou rs en ce changement de viurc, non feu¬ 
lement ils dcuiennent plus foibles, mais aüflî 
plus maigres & deffaits. Il prend pour exem¬ 
ple auffi ceux qui trauaillcnt beaucoup ; com¬ 
me nous pouuons alléguer nos villageois ôc 
laboureurs, qui ne mangeans ordinairement, 
que du lard ou porceau falé, font gras & 
cn bonpoind,&fetrcuuent-ic plus fouuent 
mieux, que ceux qui viuent trop délicatement. 
Mais il faut attribuer cela à leur robufte natu¬ 
rel, à ce quilsTontaccouftumez de leur premier 

aage à viurc groffiercment, Sc au grand wcrcicc 


DI LA SANÏê'. 

qu’ils font: Ce qui leur rend vncftcunaGh^l’Au- 
ftruchequonditeftre propteàdigcreriefer../ 

Pour telles perfonnes doncquçs nourries au 
trauail à la peine, ledit porceau peut cftre 
bon, & trcs-mauuais pour les délicats naturels, 
comme viande de difficile digeftion.dcs plus hu* 
mides & excrcmenteufes, & quiefmeut comme 
vnenaufec. Quand on la mange eftaatfrefche, 
fans eftre falce , elle efmeut pour lors des flux 
de ventre bien fouuentjVoire difenteriques. Le 
lard bien fâlé(dont on larde prcfque toutes vian¬ 
des jfert pour les affaifonner & leur donner vu 
meilleur goufl:: Les petits cochons de laid c’eft Desacht^'. 
vne viande fauoureufe & fort nourrifTantc, ro- 
ftic & raangee Ldifner: c’eft vne des friandifes de 
Gafcongneicncore queieks aime, comme GaC- 
con , naturellement , ic n’approuuç pourtant 
qu’on en mange par trop , Si faut que ce foie 
Tnefme rarement* 

Le cerf eft d’vn fuc mauuais, & de difficile di- Le cerf. 
geftion, félon raefmé l’opinion de Galien au li- 
ureprcalleguéefcriuanten ces mots. La Chaire 
decerfn’a pasvncfubftâce moins raauuaifequc *« 

. celle-là: ayant parlé d’autre qu’il jugeoit mau- * « 
uaife. 

En Alemagufi poürtât on en nourrit aux cours 
des prince le commun. Car ils en prennent au 
temps des venaifons, cinq Sc fix cens pour le 
moins & dauantage: & autant de fanglfers, 
qu’ils font faler pour la prouifion de leur mai- 
fon. En France on n’en vfe que par delices, & 
fort rarement: donc ©n roftit les raeilleurespie- 



410 SECT. III. DV POVRTRAICT 
ces , ou les met-on en pafte pour en goufter 
quclq^ue morceau & non pour s’en feruir de 
nourriture, 

Lesfam, Les faons des biches eft vnc viande délicate, 
mais domine toutes icuncs chairs le font, elles 
font auflî baueufes, &cxi:remcnteufcs, quand le 
faon eft de deux mois, la chair en eft meilleure, 
que plus recentc. Mais i’abhorte l’vfagc des 
faons de biche qü’on prend dans le ventre des 
racres mortes, & dont quelque frians font cas, 
côme viande delicieufe.C eft pluftoft vne vian¬ 
de pernicieufe, qui neft rien que baue & cor¬ 
ruption, comme n’cftânt encore que la premiè¬ 
re matière deeequi doitmeurir pour cftre pro¬ 
fitable à la nourriture. La corne du cerf eft mife 
entre les chofes cordiales. On diftile des len- 
drillôsvneeau fort cordiale: qui eft bonne aux 
peftes & à toute maladie pcftilentielle, , 

Les che- Lcschcuteux entre telles chairs fauuages ont 

tireuse» la chair la plus délicate, la plus tendre, & moins 
malfaifânte,& apres ceux-là les dains. 

Leptngîitr. Le fanglicr eftant en venaifon eft meilleur à 
manger, & moins mal faifant en fon efpece, que 
le pourceau domeftique: mais il n'a pas le lard 
fi propre à aflàifonner & donner bon gouft à 
toutesautres chairs que le domeftique. 

Le mar- Lemareouflîn,quifontlesieuncsfangliersdc 

etufi». laid, ne font quoy qu’on en die.iamais de fi boa 
gouft, ny fi nourriffans, que les'rochons de laid, 
d’autant qu’ils ne font iaraaisii gras. 
telUvre, Le lieureeftd’vneaflèzbonnenourriturc,fon 
vfage réd vnenaifue & floride couleur au vifags 



DI 2, A s ante'. 4 ZI 

Ce doit cftrc la viande des fenimes pales, & <^ui 
défirent auoir vn bon teint. 

En Suiffe, & lieux montagneux lefdits Heures 
ont la chair auflî tendre, & plus que les leuraux 
de France, qui font entre les meilleurs & plus 
délicieux mangers, comme le dit le poëte, 

Inter quadrupèdes gloriaprima leptu. 

Ce qui fe doit entendre du leuraur. 

Lesconnilsde garenne, & qui fe repaifiènt de tecomilie 
geneureen hyuer, & les lapereaux encfté> sot vn gaumt. 
friant &vtile manger, & pour les fains, & pour La Upf 
les malades, qui font defgouftez. Car ils font de «***• 
bonne nourriture & facile digeftion, confuraent 
le phicgmc, & humidité füperflue def cilomac , 
ôc le confortent par meCme façon. le hentends 
pas que les melancholiques mefraeraec, ny tous 
autres mangent, ny des Heures, ny des connils 
ordinairemcnt,ainsaucc modération. Montâ- 
nus a delcrit contre le calcul pour l’attriiion 
cicéliô d’iceluy vn Eleéluaire qu’il intitule du- 
licurebruflé. Onfefertdesô poil pour arrefter 
le flux de fang du nez: & lagraiflc duconnilcfl: 
des plus pénétrantes & anodines. Ons’enferc 
pour appaifer les douleurs nefretiques, en la 
méfiant auec l’huile de Scorpion dont on faid 
vnlcnimcnt. 


Dd iij 



SECT. ni. DV POVRTRAICT 



DES OYSEAVX LES PLVS 


ÇOMMVNS ET ORDINAIRES, 
dont on fefçrt pouc viande. . 

G H A p. V. 

L e s anciens Grecs,corame l’eferit Galicnjàp-» 
pelloient les animaux qui volent, & qui 
n’ontquedcuxpiedsOrnithes.Maintenantjdit- 
îljlesgelines, qui anciennement eftoient appel- 
ÎGesaledoddeSjCorame lcs aledcioncs,font ap¬ 
peliez d’vh tel nom.Ot U y a beaucoup de fortes 
& diffcrenees d^oifeaux que nous ne fpccificrons 
pas en ce lieu. \ 

Le paon cftvn beau & fuperbeoyfeàu,&aefté 
tranfporté en France des païs efttangers aufli 
bien que les coqs d’Inde, qui sytrouucnt main- 
tenant en très- grand nombre. Il y a des paons 
tous blancs & d’autres cbuleursdcnr queùe eftât 
pleine d’ycux,d’admirables & diuerfes couleurs. 
On en mange rarement,d’autant qu’on les nour¬ 
rit pîuftoft pour le plaifîr & grande beauté de 
l’oifeau, que pour s’en feruir çomme d’vn mets 
ordinaire & comun^leur chair pourtant eft fort 
délicate, & auffi lâuoureufe que celle des coqs 
d’Inde. Entre les proprietczdefdits paons, leur 
fiente eft propre pour les vertiges donnée quel¬ 
ques certains iours auec du vin blanc le matin, 
Ztçiffm- Le coq d’Inde garde ce nom,&cn France, & 
h. mçlmç en Italicjd’autat qu’on le îuy a ainfî'dônç ‘ 



DI LA SANTE'. ^ 425 

du commencement, bian qu’il n’ait efte premic- 
reraent tranfportc du païs d’indie,ains d’A- 
fnquC j^jui eft eau fe qu’cn Latin on l’appelle plus 
conuenablement coq Africain. On mange le 
coq d’indc d’vn an(qni eft pour lorsen fà parfai¬ 
te grâdeur), & bouilli & rofti, cômc,vn chapon: 
maisonleroftit ieplus communément. En elle 
on mange des poulets d’indc roftis, & oefte vian¬ 
de eft auiourd'huy fi commune en France, que 
les baflècours des bonnes maifonsjcs granges 
&meftaiciesdesviIàgcois en font pleines. C’eft 
vne friande, cxcellête^ bonne & faine viande, de, 
faciledigeftion, de tres-bonne nourriture,en¬ 
gendrant quantité dcbonfang&de fcmcnce; 
bref c’eft vne viande des meilleures, plus faincs- 
&delicieufesqui fe troùuent. l’ e do* 

L’vfage de l’oyc domeftique eft fort comnMinj 
en G^cogne racfmemét : Car.il y a tel Gentil¬ 
homme quiena trois ou quatre millcdc rente: 

Elles fe foulent de grains dans les aires eu on 
batlcgrain tout à defcouucrt le long de i’efté. 

C’eft où elles s’engraiflèntjde forte qu’elles ont 
plus de deux doigts degraifte. Onksfcnd par 
la moitiés les falc-on. on s’enfert eftant fref- 
cheraêtfalecsaux meilleures tables, & les faid 
on mefrae roftir par quartiers : mais l’ordinaire 
eft de les manger bouillies aucc la mouftarde: 
c’eft vne viande qui dure tout fan, voire on les 
garde falées plufieurs années tant qifelles s’en 
râcifîcnr: vn fcul petit lopin de laditte oye vieil¬ 
le cuit auec des çhoux faid vn blanç efpais & 
bonpotage,dont les vilagois & pouresgcnsfe 
Dd iilj 



42^4 Se^T. III. DV rOVRTPLAlCT 
rcpaifTent communément. 

Itsoyfm. Les oyfons fe mangent le printemps , ôf au 
commencement de l’efté.on les roftit &farcit- on 
d’ordinaire: c’eft vn delicieu'y. & bon manger 
quand il eft bien gras, propre pour engrailfer 
ceux qui font maigres, tant ils font nourriflans. 

Onfaitboüilliràpart leurs extrémités com¬ 
me le coljla teftejes pieds, & lesbouts des ailles, 
le foye èc le gifler : on nomme cela la petite oye, 
êi læfert-on anec du vinaigre,vn peu deperfil. 
C’eft vnaiguiferaentd’appetitj&tres-bon man¬ 
ger : l’oy fon engendre pourtant vn gros fang, & 
eft d’affez difficile digeftion. 

La fiente de l’oye quand elle mange de l’hcr- 
bcau printemps,recueillie,defechee, pulucrifee, 
^emedeco- & donnceendofe de demy dragmc, OU d’vne au 
m /4 plusjcftant deftrcmpeeauec du vin blanc , eft vn 

-T prompt alfeuté & apprôùué remede pour les 
iaunifles., 

Lauangede graifle ^cs oycs auffi bien que celle des 
gelines êc des canards,eft vue grailTe anodine, 
dont on vfc en beaucoup d’vnguents& dccara- 
■ plafmes,quand il eft queftion de ramollir, lenir, 

ou appaifer quelque douleur. Bref l’oye n’a rien 
ny dedans ny dehors qui ne foitvtileà quelque 
vfage. Car chacun feait l’vtilité mefrae de fa plu, 
me, non feulement pour coucher mollcmenr, 
mais bien pour feruir à efcrirc,& à iramortalifec 
les perfonnes. 

VaiatUe. Parle mot de volaille on entend parler com¬ 
munément des viandes préparées de poules, 
poulets, ou chàppons, qui eft le manger le plus 



kiia-sante'. 42 ; 

ordinaire & commun, & de la meilleure nour¬ 
riture & le plus fain d'entre tous pour le corps 
humain: leur chair eftant des plus contempereesj 
qui ne fe conuertit faciiemem ny en phlegme, 
ny en bile, ny en raclancholic, ains quiengendre 
vn tres-bon & loüable fang, en rcftaurant'Sc 
fortifiant les natures les plus débiles. On vfc 
donc de telles viandes, bouillies, rofties, fricaC. 
fecs, & mifes en pafte, & appreftees, en diue'rfes 
façons. La poule bouillie pleine d’œufs eft bon¬ 
ne en Feurier: les poulets ayanslc poilfolel en¬ 
core, fc mangent aux tablesfriandes,enccmeJt 
me temps: lés poulets plus gros font en viàge 
apres Pafques: les eftoudeaux ou chaponneaux 
quand le verjus de grain eft bon, le toutrofti. 
Le chapon fe mange en toutes faifons & bouilli 
& rofti. La'volaillc doneques eft le manger le 
plus propre pour les malades: on en faidb des 
blancs mangers;,preffis de chappons, reftaurans, 
confuraez, gelées y adiouftant vn jarret ou pied 
de veau, qui font des meilleures viandes, &. plus 
faciles à digerer pour leseftomacs débiles com¬ 
me rapprendrons cyaprez. La tunique, mem¬ 
brane ou peau qu’on tire de leurs gifîers,Iauec 
auecdu vin^ fecheeau Soleil, & réduite en pou¬ 
dre fer tsle mcfme pour latoboration des plus 
débilescftomacs fi onenprent demy dragme a» 
uecdu vin. On faiâiauccvn coq vieux décrépit, 
farcy de buglofc, borrache, câpres ,aucc peu de 
fcnnéjvn bouillon purgatif pour ceux qui ont 
en horreur les purgations, comme remedepro¬ 
pre à toutes affedions mclancholiqucs-. 


La pultl 
Ltifiultts, 


Remeits 
pour les «- 
Jlomaci de- 
htles. 


Lteoq. 

Purgation. 



4i<3 SE CT. III. DV POVRTRAICT 
Les pigeons'font auflî de tres-bonne nourri¬ 
ture, engendrent vn bon fang, cfchaufFcnt & 
fortifient les eftomacs. viande propre, aux per- 
lonncs vieilles principalement,& à ceux qui font 
pituiteux, & fujeds à maladies, dont les caufes 
;font froides. Ceux du colombier font en regne 
tout le temps des moifTons, & des femaillcs : Et 
ceux des volières en hyucr auflî bien que les 
fauuàgcs, à fçauoir les palombes & ramiers. 
Outre que tels oyfeaux font mis au rang de la 
J „ meilleure nourriture : ils font auflî propres en 
irè’^L deflbus l’aifle & mis 

des yt»x. chaudement dans les yeux cft propre contre les 
ecchyroofes, & fang meurtri dans l’œil par 
Contre U coùp^,ou rupture de petite veine. On 

frentjte, Icsmet jchaudement fendus en deux, 6c tous 
fanglans, fur la telle rafe des phrenetiques, pour 
ayder à la confumption & exhalation des fu¬ 
mées bilieufes, qui leur caùfent le mal; on amaf- 
fc leur fiente, qui cft pour mettre dans les cm- 
plaftrcs.&cataplalraes refolaans 3c defcchans, 
quon applique furie cerucau des apoplcéliqucs 
& léthargiques. 

drsiJ’'* perdreau apres moiflbns, paruenu à fa 

parfaiàe croilfance, tient indubitablement le 
premier lieu & rang en toutes qualités, entre 
les meilleure's, friandes, ou plus faines viandes: 
tant pour les fains, que pour les malades : outre 
qu’ellceftd’vntres-bon fuG,&facile digeftion; 
Elle empelche par fon long vfage, que nulle 
corruption ne s’engendre dans Teftomach : cft 
pat confequent propre particulièrement con- 



DE t A S AN Tl.' 417 

tre les epilepfics lymphatiques, qui prouiennent 
du vice de Icftomach nommées Analcplîes. La Jimtiet 
feule odeur de leurs plumes bruflees aufeu,&M»t« Us 
données à fentir auxfemmcs,eft vn fpecifique 
mede contreleurs (ufFocations, & autres hifteri- 
ques âffcdîons. 

Les cailles,les cailleteaux meïraement çnns lescaiUesl' 
aptes moiTToas, quand iis font gras & en leur Les eaiUf^ 
bonté , font vn friand & plus fauourcûx man- **^'*^- 
ger au gouft,&pourla bouche,qu’ils ne font 
pour la fanté du corps,quand on feroit eftat d’en 
vfer ordinairement: d’autant que c’eft vnc vian¬ 
de qui fc corrompt facilement,qui caufe des fle¬ 
ures, engendre des IpaCmcs, voire le mal caduc, 
auquel tels oifeaux font fujcéts. Et de faidt il 
femble que la nature leur aye apprins comme 
vn remede fpeciflquc à leur mal, à fçauoir les 
hclleborcSjdont elles fe repaiirentauccvtilité,& 
dont l’homme ne pourroit vfer de la forte crud, 

& fans nulle préparation, qu’il n’en fentift des 
conuulflons,& beaucoup de trouble & de dom- 
mage. 

Les tourterellescngraiflces, comme on les en- 
graiffe en Gafeongne auec du millet, font vn" 
:tres-bon manger de facile digeftion,& de bonne 
fubftancc. 

Le tour cft bon en vendanges, lors qu’il raan- Lttm. 
gc des tâifîns, eftant plein de graille, & ne fçau- 
roit-on manger vn meilleur & plus friand raor- 
ceau,& pour fains & pour malades. C’eft ce que 
le Poète eferit luy donnant le premier rang en 
bonté entre tous oifeaux. 



4x8 SECT. III. DV POVRTRAICT r 

Inter met Turdm fi qnis me indice certet. 

Ce font efpcces de griucs m oindrcs de corpu¬ 
lence,mais beaucoup meilleures. • 
tes Les bc^ucfigues dites des Latins fieeduUA'in- 

Iguei. , tant quelles fc repaiflèncdes figues principale¬ 
ment, viennent en Proucnce, ôc en Gafeongne, 

& autres lieux où les figues foifonnent. Elles fc 
■ repaiflent au ffi des raifins, mais n’en deuiennent 

' iaraais fi grafles, ny fi bonnes, c’eft pourquoy le 
poëte eferit ces vers: 

Cum me ficm alat , cum p afcar dulcthm vuù: 

Cur potim^omen non dédit vua mibi? 

Onpeutrefpondrc que c’eft d autant qu’elles 
acquièrent leur graifTeôc principale bonté de la 
pafture des figues. Il y a auflfi en temps de ven¬ 
danges vne forte d’oifelet en Lyonnois, qu’on 
AttoUn. nomme Artolan plein de graiffe, & qui eft vn 
manger royal :au{fiachepte-on la bonté dè tek 
oifclets bien chèrement. Il y a de mefme en Gâf% 
congne quantité de petits 0 ifeiets,qui s’engrâif- 
lent des meures des hayes,&dcs figOes des vignes 
qui cftans gras font vn tres-bon manger pour 
les malades. 

Lagriut. La griue quittant en hyuer les montagnes, 
defee'nd aux plcincs:elle fc repaift ou de la graine 
du geneuricr, qui font les meilleures au gouft: 
ou des grains du guy,dc pommes'ou de poires. 
C’eft vn bon & fain manger,& fort ordinaire en 
Sauoye&enSuific. 

Le mttle. Le merle n’eft à peu près fi bon, ayant la chair 
fes^ Les alouettes de Bcaucc font les meilleures 



DE LA santé'. 429 

entre toutes les autres î comme chafque païsà 
quelque chofe de particulier. On les mange 
vers Noël: tant plus il faid froid, elles font tant s’ea^wi/t 
meilleures, & s’engrailTenr en vne nuid, c’eft/*"* ^ 
à dire aufli tofl: qu’il gele, & que le temps Ce raet-^®*‘^‘ 
au froid. 

Lephâifaneft appelle des Latins Phafîanus, Le^haifan. 
d’vn fleuue Phafis en Golchos, où abonde quan¬ 
tité de tels oyfeaux( comme on voit noftre Cha- 
rante bordée de Cygnes J ôc dont ils furet tranf- 
portéspremiercmét. C’eftvneefpeccdecoqou 
chappon lauuagc, qui vient aux bois Ôc monta¬ 
gnes, qui cft d’vne alTés bonne nourriture. 

.Mais non à peu près comme la gelinotte, qui 
furpallè en toutes qualités.j la bonté des gelines*'* 
ou poules domeftiques : on en treuue, & aux 
bois, & aux môtagnes,eîles ont vne chair blan¬ 
che, délicate & tendre: celles des montagnes 
font les meilleures. Toutes lefditcs viandes fe 
mangent communément roftics. 

Les palombes ramiers 5c bifets font efpcces 
de pigeons lauaages, qui different en grandeur 
feulement : les palombes eftant plus grolTes & 
pleines de chair que les bifets ou ramiers. Tels 
oyfeauxdefcendent enhyuer pendant les neiges 
des montagnes, ôefe perchent toufîoursfurdes 
arbres dans les b ois, ce quifaid qu’aucuns les 
appellent pigeons ramiers, en lieu que les pigeôs 
domelliques vont à terre. Tels pigeons fauuages 
ont vne chair bonne, friande & délicate, & qui 
engendre quantité de bon fang. C’eften Cha- 
Iolîë,&cn Gafeogne principalement qu’on en 



4^0 SÏCT. lîl. DV POVRtRAlCÎ 
treuuc en grande quantité pour I 4 proximité 
des monts Pyrenees, dont ils defeendent au plat 
pais en hiuer. Pour les manger bons il ne les faut 
point lardcr,ains leur faire donner dix ou douze 
tours de broche feuleracnr,puis o.n les flambe a* 
^uec du lard :& les mange-on aucc grande deli- 
eatefle Sc friandife, eftans encore tous fanglans, 
auecla faulce ou du ius de grenades où elles a- 
bondentjou du ius d’orange ailleurs. 

Lale^iidf* La bequafle eft auflî vn bon manger,mais non 
fl friand, que ccluy des palombes : leur chair c- 
ftant plus dure,plus vifqueukj plus difficile à di- 
gcrer,&engendrant vnfuc plusgroflier. En lieu 
que des autres oifeaux l’aifle en efteomrauné- 
mcntla meilleure,lacuiffe delà bequafle cfl: le 
plus friand morceau. G’cftvndes feuls gros oi¬ 
feaux qu’on ne defuentre point ; fes inteftins, 5c 
le contenu d’iceitx eftant ce qui efï le plus déli¬ 
cieux en elle, qu’on fait toiser dansvncroftie 
pour la manger. / 

L\ye fau* L’oyc fauuage & le canard font oifeaux de ri- 

•age, uicrc,& qui aiment les marefeages, defquels en 

Letauard. general la chair n’cft iaraais fi bonne que des 
autres oifeaux de bois 8c de montagne, d’autant 
que leur chair eft baueufe,humide, fort fubiette 
à corruption , & engendraoc vn fang gros & 
melancholique. On fc plaift pendant les gelces 
à la chafTe du canard aucc le barbet, qui va dans 
l’eau. Il ne fera pas hors de propos furlefujet 
des oyesfauuages, que ic Compte,ce qu’on voir 
aduenii; en Hollande tous les ans, aux oyes de ce 
païslà^qu’on peut mettre au rang des fanuagês» 



BE LA santé'. - 43Î 

C’cll querhiucr approchant, qui glace les ma- 
raisdudirpais.toutcsles oyc* s’aflcmbicnc, & 
aaec vn grand bruit, comraes fi elles vouloicnç 
dire leurs adieux prennent leur volée en grandes 
&diuerfestroupes,paflentla mcr,&s’cn vont 
hyuerner en quelque lieu plus chaud, comme il 
le faut ptefuppofer: le primteraps venu elles re¬ 
tournent au pais, en mcfmcs grandes trouppes, 

& qui plus eft fc départent, & s’Cn rcu ont aux lo¬ 
gis & granges, d’où elles eftoiênt forties, pour 
y pondre & refaire leurs petits, faifans cela tous 
les ans. 

La farccllc, labequaffinc, & là poule d'eau, LafâutUtl 
font oyfsaux fort gras en hyucr, fauourcux, & 
dVn bon gouft, qui {entent pourtant toufîours'^”*j,j^^^ 
le marefeage. La viande en eft exquife aux bon- iuaity 
nés tables en leur temps, d’autant quelle a’cft 
pas ft commune & ordinaire. 

Si icvoulois enrôler en cet endroid tous les ^ 
autres oy féaux de riuierc bons à manger, qu’on 
trouueennoftrcFrance,^nsaller pluslaing,ie 
n’aurois jamais fait, je me contented’auoir trai¬ 
te des plus communs & ordinaires, & propres à 
mon {ubjeéfjen ayant eferit plus à plein & au 
long, en mon {îxiefrac liure du grand miroir div 
monde, ou je fay vcoir l’ample hiftoirc, &dcs 
poiflbns ptemieKrncnr 5 & apres des oifcaax.. 



SECT. III. DV POVRTRAICT 


43i 


BBS PARTIES DSS MIMAFX 
des chofis qui en font produiSies, propres 
à la vie, nourriture é’fanté 
des hommes, 

C H A P. V I. 

N ovsauons éfcrit delà nature & proprietez 
des chairs des animaux à quatre pieds, & 
des oifeaux qui font proprespouc la Nourriture 
des hommes : il eft requis maintenant,que nous 
parlions à part de leurs €xtremitcz,& parties nô 
charnueSjdifFccentcs deidites chairs, & ce en fui- 
uant la mefmc méthode de Galien en (on troi- 
liefme liure des facultez des aliments. 

l’entenspar les extreraitez dcsbeftes,les telles, 
les pieds, les queues, &îes vifeerés qu’on en fe- 
parc.comme foye, râtelle, rognons, poulmons, 
cœur, ventre, trippes & tefticulci,ceruelle, au- 
reilles, yeux & langue. 

D« unes Toutes les telles des animaux ne font pas 
des ani- bonnes,on en reiette la plus part, c’ellà dire, 
maux & qu^on ne prend pas la peine de les apprefter dc 
partZan^‘ ^ quelques parties 

feulement qu’on en referue. Comme par exem¬ 
ple on ne referue ordinairement des telles des 
boeufs, que les langues & les palais, qu’on ap¬ 
pelle , qui ell vne chair membraneufe , qui 
, vient (ur le palais de la bouche dudit bœuf. 
' On fcîE de ce palais aux bonnes tables , voire 

pour 



ÛE.IA sanïé; 451 

^our frkndifc diucrferaent apprefté , Èt quant 
aux langues de bœuf, on les fait faler, puis les 
bouillit-oh.& en fert-onen lieu de iambonsau 
eommenceraent de table, pourvu friand mor¬ 
ceau,& bon cfguillon à vin. Q^and on en vfe fo- 
brement, cela ne peut pas apporter grand mal. 

Car en general la chair de toute langue , bien 
qu’elle foit rhollalTe, & comme fungueufe, cft 
pourtant fauoureûfe, de bonne nourriture, & de 
digellionaifee: tefmoin les langues de mouton, ' 
qu’on fert le matin à difner par delices, en toutes 
bonnes & friandes tables : ores à la faucc douce, 
ores appreftecs diuerfement : voire c’eft vne 
viande , qu’on ordonne aux malades, qui font 
dcfgouftez. Le refte de la telle de mouton, n’eft > . 

autrement en vfage, comme de peu de valeur, 
finon aux pauurcs gens : Mais on cuid fa telle 
entière auec fa laine, les herbes emolliantes & 
fleurs anodynes , dont on fait des clifteres fort 
lenians. 

On fert fouuentjVoire aux meilleures tables, la l<t tffit 

telle de veau entière, bien boiiillie : de laquelle 
on mange la ceruelle, la langue, & les mufcles 
des mafehoires, comme vne bonne nourriture: 
le meilleur en eft l’oeil,comme aulïi l’oreille, auec 
la chair des enuirons. On prefente de mefme 
toute la hure entière d’vnfanglier: mais l’oreille 
& les mufcles d’alentour, & la langue, font ce 
qui eft de meilleur, aulïi bien que d’vn pourceau 
domeftique, ^ 

Les teftes entières, & du eheureau & de ému» 
Ee 



454 *SCT. lîl. DV POVRTRAICT 
^ a*, l’agneau , auec leurs pieds, qu’on fait aufîî 
gruMt boiiillir, font fetuics aux taWes ordinaire¬ 
ment , & à difner , & à fouper, au premier 
mets : Lefquelles font tenues pour vn délicat 
manger. 

On fend les telles du leurault & lapin, & 
Tefledtleo les fait-on griller fur le feu, pour les manger. 
«ritult. La ceruelle en cft: bonne pour en frotter les 
genciiïes des petits enfans, afin de leur faire 
Nuancer & fortir les dents auec moins de dou¬ 
leur. 

On ne rriange pas d’ordinaire les cosurs des 
belles, ains mange-on les poulmons du veau, 
Dtffiyes & d’autres belles. Le foye du vcautnefmcmenr, 
^fregum. OU rotly, ou en clluuee, ell vn bon & délicat 
morceau : comme auffi fon rongnon gras, du¬ 
quel on fait des rollics auec bonnes herbes ÔC 
fuccrc, bien appetiflàntes. 

Les freflures de ieunes cochons & che- 
ureaux , font auffi en vfage : mais en manger 
le plus fobtement qu’on pourra, ce fera le 
mieux. 

Deimoîltü mollettes du mouton , qu’on appelle, 
tesdumoii’ font leruies d’ordinaire , & prifee pour vn dc- 
twy^vtn- licat& friand manger, qu’on fert le matin àdif- 
tredtveau. premier mets, & ce aux meilleures ta¬ 

bles: auffi bien que leventredeveau,qu’onfâit 
de melme boiiillir , & qu’on tient pour vne 
viande bien friande. Ilenfrutvfer pourtant fo- 
brement ; car ellant gras, il ell fallidicux, & pro- 
uoqueàvorair. 



fis tA SANTÉ'* '4}y 

Toutes les fufdites viandes font de tîiediocre 
nourriture, & d’alTez bonne digeftion : & pour¬ 
rions dire queftans prinfes auec modération, 
font pluftoft bonnes que nuifibies. Mais les 
ventres ou trippes de bœuf, qu’on mange en 
Hyuer auec la mouftardet Les boudins , qu’on 
fait auec les boyaux , la graifle , & le fang 
pourceau : Les faulcifles, &ccruelats dé Milan, 
faits auec les mefmes boyaux , la chair hachée 
de pourceau , & beaucoup d’efpices, & autres 
telles viandes font pluftoft friandifes , bonnes 
& agréables à la bouche , qu’vtiles & profita¬ 
bles pour la fanté : parquoy le moins en man¬ 
ger , c’eft le meilleur ; aufli bien que de l’o¬ 
reille & des pieds de pourceaux falcz, ôc man- 
gcz auec la faulce verde j ou auec l’oignon & 
vinaigre : & que les pieds de bœuf, de veau, eeau:^ ’ 
& de mouton , en quelques fortes qu’ils foient extrémité:^ 
«kfguifez : toutes ces viandes eftant glaireufes, d'aatrts 
d’vne craflè fubftance', & de difficile digeflion; 
fuggerent principalement la caufe materielle 
aux calculeux de leur maladie, qui pour ce re¬ 
gard , y doiuenc fur tous autres bien prendre 
garde. 

Quand aux extremitez des oy féaux, il y a la B es foyes 
petite oye det’oyfon,qu’on appelle,dont nous dechappon, 
auons ia parlé: lesfoyes des chappons gras,qui- 
font viandes bonnes & friandes : comme le ^^>animaux 
font les tefticules & creftes des coqs , dont-on fimhUbhs, 
fait des paftez, qui font bons pour gens vieux, 
imbecillcs & impotens, & qui ont befoin d’eftre 
cfchaufièz. 

E e ij 



45^ SE CT. III. DV POVn-TRAICT 

Il refte à parler des chofes qui prouîen- 
nent dcfdites bettes & oyfeauxjquiferuent àla 
nourriture , & mefmes à la coiiferuation de la 
fanté. 

I>ȔaiSlen Entre icelles le laid tient le, premier rang: 
geHer4K autïi eft-ce la première nourriture, & de Thom- 
me , & prefque de tous les animaux à quatre 
pieds. 

Différences H y a plufîeurs efpeces de laid , prinfes des 
dulaiB. diüers naturels des animaux: Nous ne parle¬ 
rons que des laids qui nous font en vfage 
le plus , & i)ouE la nourriture , ôc pour la fan- 
té. 

Le'laid des vaches & brebis, cft le plus beur- 
reux & pourri (Tant : Le laid de cheurc l’eft 
moins ; ccluy de rafnelTe moins encore, d’autant 
qu’il cttplus humide & fereux,que les autres, 
êc plus lain pat confequent, & propre aux per- 
fonnes tabides, feiches & emaciees. A ces fins 
le laid de la femme eft eftimé le meilleur de tous, 
comme le plus fympathic & accordant à nottre 
nature,comme l’efcrit Galien, au feptiefme de fa 
méthode. 

On vfe du laid pour la nourriture, en tant& 
tant de façons diuerfes, qu’on ne fçauroit pen- 
fer, & ie n’aürois iamais fait de les fpecifier par 
le menu. 

Trais fui- Dans la feule nature dudit laid, fc trouuent 
ffdnces M par cffed trois fubftanccs diuer(es , qui font 
cachées en toutes autres chofcs naturelles, 
quelles qu’elles foient : à fçauoir la fubftanee 



DS IA santé'. '437 

fulphurée , qui eft le beurre conçcuant flam¬ 
me , fort differente de la partie fereule, ou mer- 
curialie, qui eft le petit laiâ: : & l’vne & Tautrc 
fort differente encore de la partie plus craffe , & 
tcrreftre,qui eft lefourmage, qui reprefente le 
fel. 

Le beurre en particulier, foit fraiz, foit faléj fert 
à tant de dmcrs vlàges pour la nourriture des 
hommes 3, qu’il me feroit difficile delespouuoic 
exprimer.,Bref apres le pain & le vin,c’eft vne des 
choies la plus neceffàire. 

Or quant à fon vtüité, pour la medecine, il pur¬ 
ge doucement, & ofte ou corrige toutes afpretez 
du golîer : prins le matin à ieun, & meflc auec du 
fucchre, addoucit les conduits des vîmes, & les 
rend lubriques pour ne contenir la matière qui 
lèrt à la génération du calcul,laquelle il fait éfcou- 
Icr. Voila pourquoy il fert de bon preferuatif aux 
calculeux, cnleur faifantvuider la madère du cal¬ 
cul , fi on en prend fouuent le matin à kun., com¬ 
me dit eft. Il fert âuflî contre la difficulté d’halei¬ 
ne,&la toux, qu’il meurit&fait cracher: & eft 
propre à appaifer toutes douleurs. . 

La partie fereufe, qui eft le petit laid, qu’on 
appelle en France ^ eft la moins nourriffantc. ' 
Aux montagnes les vachers en boiuent. en lieu 
d’eau ,& en font mcfmc leur potage. Ori en 
vfe en medecine , pour rafrefehir.. En Italie 
& ailleurs , on en fait prendre le printemps, 
pour contemperer & purger l'humeur adufte 
mclanchplique. On en donne trois ou quatre 
Ec iij 



4îS SEÇT. ni. DV POVRTRAICT 
pleins verres , ou on aura faid macérer tou» 
te vne nuid vn peu de fume-terre : & où au¬ 
cuns adiouftent vn peu de fucchre violât, pour 
rendre le remede dVn gouft plus agréable, 
proufitable aux gales ou rongnes, morphées, 
mort-mal & telles autres affedions melancho- 
Jiques, 

Le fourmage , comme la plus cralîè partie 
du laid,.cft la plus nourriflànte : mais auffi cel¬ 
le qui eCmeut le moins le ventre. Car com¬ 
me l’efcrit Galien au troifîefme liure de la fa¬ 
culté des Alimens, chapitre du Laid : Tant 
plus que le laid eft humide , tant plus abon- 
de-il en petit laid : comme de tant plus quMl 
, eft gros êcctaffe, il abonde en fourmage. Voi- 
»» la pourquoy il conclud en cefte forte ; A bon 
,»> droid donc doit-on croire , qae le laid, tant 
^ s> plus il cft humide, tant plus lafche-il le ventre? 
>» & tant plus qu’il eft gros & crafle, tant moins" 
l’efmeut-il: Au contraire le.gros dlecraife, & 
»• 1 elpais nourrit d’auantage , & plus que celuy 
>» qui eft de fubftance tenue , qui ne peut que 
«bien iafchemenc nourrir ôc fans force d’ali- 
ment. 

Or les grandes différences & diuerfitez, 
^ y ® fourraages,méritent d’eftreconfi- 

raoces des 

fourmages. EHes font tirecs en partie du diuers naturel 
^ Seisu les des bettes qui rendent le laid : en partie des 
tlrlls des' qu’elles brouttent ; En partie auf- 

bejits. * fi s ^ du lieu, ^ du temps, & de la façon» 



DE LA SANTE. 4Î9 

OU quand & comme ils Te forment 8c façon¬ 
nent. 

Car le laid de la brebis, eft des plus gras, 
qui faid beaucoup de crcfme, beurre, & four- 
mage, ôc, rend peu de ferofité. Ccluyde la va¬ 
che cft moins gras : mais il Tcft plus queceluy 
de la cheure ; & celuy de la chcurc, plus que 
celuyde i’afneflc, qui entre les laids, eftlcplus 
tenu & fereux , comme nous l’auons ja didey 
de0us. 

Or que le pafturage & nourriture diuerfîfie - 
le laid, il eft plus que notoire : d’autant qu’on 
le fent de tout autre gouft, & le voit-on d’aur- 
tre couleur au printemps , quand les beftes 
commençent à manger les ieunes herbes , que ». s*lo»les 
quand on les repaift de foin en hyder. Item 
on Gognoift fort bien au laid, quand les beftes 
ontbrouttede l’herbe dide alliaria, qui a la fa- 
ucur 8c odeur de l’ail , & laquelle abonde en 
certains pafturages : tel' laid femant du tout les 
aulx. Galien le confirme au mefme liure , & 
chapitre que deftus : Voire mefroc, dit-il, fi ” 
quelqu’vn mange du laid d’vne cheure ou de »» 
quelque autre befte, qui ait mangé de la feam- »> 
monce, ou de tithymal j c’eft fans doute, qu’il >» 
en aura vn flux de ventre. Mais quel befoin 
cft-il. de confirmer noftre dire , par hexemple 
des animaux, quand la nourriture que nos en- 
fans prennent du laid de diuerfes nourrices, 
en fert d’vn tres-certain tefmoignagc , comme 
ainfi foit que félon le laid des nourrices qu’ils 
E e iiij 



44® SECT. III. DV POVRTRAICT 
fuccent, ils améndent ou empirent. Ceft pour- 
quoy Galien , auffi en confirmant noftre pa¬ 
role diftinguoit fort bien au mefme endroit, 
le laift -bon & louable , du mauuais : difant 
que le laid bon , eft toufiours d’vne bonne & 
loiiâblè nourriture : Mais le laid mauuais 
corrompu , dit-il, taht s’en faut qu’il ferue à 
engendrer vn bon fuc & bonne fubftance au 
corps, qu’au contraire il le remplit de tres-mau- 
Jl Imperte uaife nourriture. Il preuue fon dire par le mef- 
4m p*res me exernple des nourrices , que noüs auons 
%'^àech^ allégué , adiouftant 5 Cela fans doute, dit-il, 
ftrde bottes s’cft veumanîfeftement, qu’vn énfantquichan- 
^ faines gea de nourrice , apres fa première decedee, 
mjtmus. :ôc auoit quelque temps fuccé le laid corrom- 
„ pu d’vne autre nourrice , deuint en fin tout 
V» remplyd’vlceres par tout le corps; pour ce que 
J, celte fécondé nourrice s’cftçit nourrie en temps 
,» de famine, de toutesherbe^ fâuuages, qui croiC- 
s» fiaient au printemps ; d’où il aduint auifi que 
,* elle mefme en fut aflaillie : & non feulement 
»• elle : raaisAuffi quelques jaùtres qui s’eûoient 
«nourris de femblable snande. , Cecy feruira 
aux pères & aux meres de leçon , afin qu’ils 
foient foigneux fur toutes chofes de recher¬ 
cher des nourrices, qui non feulement abondent 
en laid : mais derquellcs Je laid foit bon & 
louable, 

àtdlia‘!fi lieu , on voit en particulier corn- 

félon Usât. Gâlienaumefrae liure, chap. dufourraage; 
utTsUeux, a fort loüé les.fourmages de Pergame , 4’où il 



DE LA santé'. 441 

eftoit natif, Mathcolc Sienois fait grand cas des 
fourraages de Thofcane,j>rincipalcment de ceux 
qei fe font en la terre de Sienne & de Florence, 
de laiâ de brebis , qu-on appelle communément j,e fiorence 
fourmagcs Marzolins , qui font fi exquis, que 
le grand Duc de Tolcane, Prince grand de nom 
& d’effcd, pour les rares qualicez, en enupye en 
prefent à ftollre grand Roy, & aux premiers de 
eet eftat. ^ 1 

Près de Parison fait cas des angelots de Brie, Angelou 
qu’on appelle. & en general nous voyons par ef- deBrie. 
feél,comme le laiâ: des vaches (qui font les bettes 
qui en produifent le plus ) fe trouue fans corapa- 
raifon,& plus abondant & meilleurdors qu’elles 
font aux montagnes,qu’eftant aux prairies & aux 
plaines. Et encore entre lefdites montagnes, (qui 
feront voifines ) le pattutage des vnes, rendra le 
laid 8c le fruid qui en fera fait. foit beurre, foit 
fourmage, meilleur fans comparaifon, que les, 
autres. Sommeilçnvâdu laidage , comme du 
vin, qui félon certains lieux ôc endroits eft meil¬ 
leur l’vn que l’autre. 

La façon fert aulfi beaucoup à rendre le four- ^ Hffert». 
mage bon: tefmoin le fourmage Plaifantin, Ôc de, ce eft félon 
Gruierc, ceux de Brefle & de plu fieu rs autres M fa f en. 
lieux où il y a induttric& façon à les faire, cela' 
les rend en bonté tds qu’ils font. 

Il nous refte à parler du temps, qui met de feionlt ■ 
mefmc grande différence entre les fourmageSi tem^s. 

Car tout fourmage recent, foit de çrefrae, foit de 
joncec, & d’infinies autres fortes qu’oji en fait, 
eft touûours plusfain, & a moins de fubftaneç 
Ee V 



crafTe & groflierc , que le fourraage vieil. Et 
voit-on en outre, comme tout fourmage fe viciU 
liflant acquiert auec le temps, vne forte atri- 
Teurmagê monie & poinde à la langue , tout autre que 
vitil mau- quand il eft rccent. Galien l’efcrit ainfi au merrae 
«w». liore & chapitre : Le vieil fourmage, dit-il, croift 
s» en poindc & acrimonie, & de faid il eft rendu 
>» par laage beaucoup plus chaud & plus brüflant 
>» qu’auparauant: & pourtant il altéréfi eft de 
ciuredigeftioh: outre qu a la fin il engendre vnc 
J» fubftancc maligne & de mauuaisluc. Par con- 
fequent on doit euiter l’vfage de tous tels vieux 
foormages, comme pernicieux & dommagea¬ 
ble, mefmement à ceux qui font fiijets à la pierre 
& aux obftrudions des vifeeres^ Que fi on en 
vfe, il faut que ce foie fort fobrement. Gar, 
comme dit le vers: ^ l 

Cafemiîlebonm , ^uem âat aHétra mavHs, 

Nous Pauons ainfi traduid en François : 

Cil efi le meiüeur fourmage t 
Que la mainchîchemefnage, 

. Ceftvneviande pourtant que lefourraage, fi 
commune & ordinaire én plufieurs lieux, prin¬ 
cipalement en Sauoye & Suifle, que le commun 
n’vfe pour pitance ( qu’ils appellent ) que de 
cela auec du pain , voire à tous fes repas. Il 
y a des grands me fines qui l’aiment & qui 
7o»Tmagt fortt par trop aimé anciennement, tellement 
Mfimen que c’a êfté l’efpce qui en a tué plufieurs; tef-' 
mort ^ Antoniüs Puis Empereur , qui mou- 

VEmpersur an feptantierme, lequel ayant pfins 

Antonm , ^ mangé d’vne trop grande auidité , du four» 



DE IA SANT^. 445 

mage Alphinien, lanuidille reuomitfaifi d’vne 
forte ficure, qui luy ofta la vie dans le troifiefmc 
iour,l an vingt-troificfmede fon Empire,comme 
l’cfcrit Cufpian. Ce qui doit fcrun d’exemple 
à tous ceux qui en font trop friands & gour¬ 
mands. Ce fourmage Alphinien eftoit des plus 
délicieux en ce pays-là. 

Voila les diuers vfages de trois diuerfes fub- 
ftances , qui fe trouuent manifeftement dans 
le laid : trois, dis-ie , diuerfes fubftances en 
qualitcz &: proprietez , que Galien mefme y a 
remarquées au mefme liure & chapitre aile- - 
guez cy delTus, par ces mots : Lcfquelles deux’* 
chofes , dit il, aduicnnent au laid , pourcc** 
qu’il n’a pas feulement en foy fa nature fe-** 
reufe ; mais comprend auffi la graffe , & la ca-*’ 
feeufe. » 

Nous auons aflez parlé de toute la nourri¬ 
ture qui procède du laid & de fes trois diuer¬ 
fes fubftances , pour l’vfage des hommes. Si 
nous le faut-il encor accommoder à certaines 
maladies , oà il cft particulieremetit propre & 
conuenable, parce qu’il fert & d’aliment & de 
médicament tout enfemble: commepar exemple 
aux perfonnes maigres, auxattenuez, aux tabides 
& phthifiques , ou qui ont quelque vlcere aux 
poulmons: aufquels mauxjelaid eftvnfouue- ^ 

rain remede entre tous autres : Car il nourrit^^"*^^"^^ 
de fa fûbftance gluante &butireufe ou beurrie-^^^^^j^ -1 
re : il colle & alTemble fermement par fa fub- ejl boa. 
ftance cafeeufe ou fourmagiere : enfemble il 





444 SECT. IIL dv povrtr,aict 
refîfte à k chaleuc ardente de là Heure, ôc par fa 
fereufe nettoye & rafraîchir. 

Entre les laids pour tels maux , nous auons 
donné le premier lieu au l^ddc la femme : mais 
Signes je ^ fautqjPeijg fojf bie„ faine. fon laid bon, blanc, 
iaiâ de U & allez gluanc, ny !:rop vieil ^ny tropnou- 

femme, ^ ueau. il faut quel’ârdeurdefesafFedionsamou- 
qtfiiejiie teüfes saffopiffè cnuers fon mary , & quelle 
metlleur fç nourrilTe de bonnes viandes , & ;s’abftiehne 
4utm boire du vin . vfant pluftoft de quelque hi- 

dromel ou ptifane. - Il faut au furplus pour le 
mieux, que ceux qui voudront vfer de tel laid,' 
qu’ils le fuccent du tetin comme font les petits 
cnfans, - . 

^Âsldtâs Le fécond laid en bonté à ces mefmes fins, eft 

font après le laid d’âfnefie, d’autant qu’il eft forr tenu;& fe- 
‘femmeifs ^ coagulc point. Le laid de 

meiUiurs, cheurè tient l’êntre-milieu des deux autres. Il 
faut que fêlle forte de laid ( aufli bien que celuy' 
de la femme) foit d’animaux ieunes ; & que le 
laid ne foit trop vieil. Le laid d'vne afiiefTc & des- 
çheurcs noires eft cominunément le meilleur: 
comme nous tenons le laid des femmes claire- 
brunes plus' fâin que celuy des blondes ou des 
rou(ïès,qui eft le pire. , 

Il faut (A. l’vfage du laid, il faut confiderer trois 

ferner trais chofes ,-la quantité, k qualité, & la manière d’en 
4 V vfer. Pour la quantité , il n’en faut prendre les 
trois ou-quatre premiers iouts-, que-quatre ou 
onces : quautité qu’il faudra croiftre peuà 
thé, * ” peu J iufques à huid onces, comme l’aage, le na-*- 



• DE LA SANTE'. 

türel & Couftuftie de faire, le pourra permettre & 
fupporter. 

La qualité du kiét doit eftre altérée félon les ù La 
diuerfes caufes du mal : fi c’eft pour vnc fimple 
exténuation fans fieure, il faudra nourrir la befte 
d’orge & d’àuoine feulement. 

Si c’eft pour vn phthifique qui ait quelque 
vlcere aux poulmons, il faudra accommoder le 
laid félon les diuerfes intentions requifes pour 
la cure d’vn vlcere. Car s’il a befoin d’eflre deter- 
gé & nettoyé , ce qu’on cognoiftra par les cra¬ 
chats fœtides & purulents : il faudra nourrir 
l’afnclTe d’orge, de fom, de poudre d’hyfope, ôc 
de fenoil qu’on y pourra adioufter. Et quand on * 
y raeflera vn peu de fleurs de foulphre , ce fera 
pour le mieux. 

Si c’eft qu*il faille glutiner & confolider ^ il 
faudra adioufter à la nourriture de la befte ou 
mefmcs la nourrir auec lés confites, le rubus, le 
burfa paftoris jleplantainjlapilofell£,veronique, 

& femblables telles herbes vulnereres , eftans 
données vertes à paiftre, ou fi c’eftenHyuer.e'h 
méfiant leurs poudres auec l’orge l’auoine die 
fom. 

S’il faut refroidir, il la faudra paiftre auec fueil- 
les de laiduës, de faux, de vigne, ôc femblables 
herbes rafraifchiflàntcs. 

Quant à là maniéré d’vfer dudit laid, ce fera 3 - 
comme s’enfuir. Ceft qu’il foie prias le marin 
tout chaud & frais tiré de lamamm,elle. Et afin 
qu’il ne fe coagule ôc aigriife dans l’eftomach, fera 
bon y adioufter vn peu de fucchre rofat ou violât. 



^4^ SE CT. HT. BV POVRTRAfcf 
Après qu’on a prins le laid^il fautdemeurct 
en repos fans dormir, afin que le laid crud ne 
foie attiré dans les veines trop fubitement : Aè 
qu’on demeure trois heures pour le moins fans 
manger. 

lâid à Au demeurant il faut obferucr qu’il ne le 
quelle fer- donner à ceux qui ont des ficurcs putri- 
des, qui font fujets aux céphalalgies & maux de 
* * tcftc>&àceux aufquels lesinteftins nefontque 

bruire, & qui fonthypochondnaques. Et ce fé¬ 
lon l’opinion du grand Coryphæe Hippocrates 
. au cinquiefme des Aphorifmes. Cequieftcon- 
” firme par Galien, quand il dit : Tout laid eft pro- 
fitable aux pulmoniques, & qui font affligez 
»> dans lapoidrine tmaisnonpasàktefte, ny n’eft 
»* propre auxhypochondres.ouàceuxquide caufe 
»> legere enflent, pource qu’iladecouftumed’em- 
, » plir le ventre de flatuofîtez , comme tous ceux 

»* qui en vfent (peu de referuez) en monftrent affez 
■»» rexperience, . 

Dtt (tufs. Les œufs qui font produids des oyfeaux font 
auffi nombrez entre les alimens de bon fuc,& 
TroUehofes d aifêe digeftion : fut lefquels il y a trois cho- 
® remarquer qui font dignes de confîdera- 
l’vfage des prcmicre Ôc principale eft de leur pro- 

eeufs, pre fubftance, nature & qualité,entant que les 
I. Ce qm œufs H’aucuns oyfeaux font meilleurs que-des au- 
^tiapre ^uh des gelines eft de toute autre & meil- 

Janeejes ' nourriture, que les œufs des oyes, canars 
eeufs des ^cls autres oyfeaux, fi que quand nous par- 
potiles ejlas lons d'œufs firaplement, on entend parler de 
meilleurs. Ceux des poules, comme les plus communs ôc 



DE LA SANTE’. 447 

dcfqucîs on trouuc par tout vnc plus grande *•“* 
abondance, 

La fécondé chofe qu’on doit rechercher aux 
œufs, c’cfl: le tenpps : à fçauoir s’ils font frais ou Ui frdu * 
vieux. Car l’œuf rant plus il eft frais, tant meil- éftmtmeiU 
leur il eft, & plus fain. Et au contraire quand ^*>*rsq»elts 
il eft vieil, ilfe corrompt facilement dans l’c- *'***•. 
ftoraach, & n’eft à peu près de ft bonne nourri¬ 
ture. Sur le temps nous pouuons de mefme 
comprendre & diftinguer les œufs produits 
des ieunes poules & des vieilles' : ceux des 
ieunes eftans toufiours les meilleurs , quand 
elles font accompagnées d’vn coq , pluftoft 
qu’autrement. 

La troifîefrae Sc derniere confidcration, eft 
de l’apreftâge &cui{ron des œufs, qui n’eft pas ^ 
de peu d’importance. Lesvns font quelquefois ^tefidgeilts 
bien & amplement cuids, que nous appelions forbüts mol 
œufs durs ou durcis en François; & les Grecs, 
felon Galien, les appellent en leur langue ê??», *** 

œufs bouillis à durete. Les autres (ont ^^fefèrerl 
cuidsà médiocre confiftcnce; c’eft à dire, qu’ils tuntMittu 
fontentre les mollets & les durcis, que les La¬ 
tins appellent tremnla , ideft ’, tremblants. Et les 
derniers, qui ne font qu’efehauffez feulement, 
s’appellent forkilia , forbiles , ou qui s’hument 
tout d’vncoup, le blanc en eftant feparé. 

Or il faut noter , que ces trois diuerfes 
façons d’oeufs fqnt œufs à la coque , qu’on 
dit, IcCquels on cuid, ou à la braife , ou en 
eau chaude. Dans l’eau chaude la cuilTou eft la 



^ 4 ^ SECT. III. DV POVRTRÀICT 
meilleure : en laquelle onrcuid en outre, lés 
' œufs fans coque , ains cftant calfez qu’on dit 
œufs pochez qui font les œufs les plus fains & 
plus nourriflàns. On les mange, ou auec le veriüs 
degrâimou aucc le jus derozeillc. 

On cuiâ: les œufs en outre, en beaucoup 
’Auttti h- {J’autres façons. On les frit en la poëfle auec du 
*'*y'ÿ'* beurre, ce qu’on appelle œafs,au beurre noir. 
* \ ' On en fert de cuids entre deux plats, ores au feul 

beurre i ores battus & meflez auec du laid en 
façon de crcfme : ores cuids auec beurre & 
verjus de grain qu’on y entrem€flc,qu’on appelle 
œufs brouillez. Au païs efloignez de la mer & 
des grandes riuieres, on éft contraint, mefmcaux 
maifons des Gentil-hommes , d’vfer de diuets 
apreftages d’œufs le Vendredy & Samedy,par 
faute de poiflbn : mais tous les œufs frits & 
durcis c’eftvn manger fort malfain : & les deux 
premières fortes d’œufs iorbiles & mollets, [fur- 
palTent toutes les autres en bonté. 

Nous auons penfé qu’il ne feroit pas hors 
JEmar fo- de propos de mettre en auant vn erreur popu- 
laire, fur le fait des œufs, & èn dire librement 
^i’ceufsre^* noftre aduis. C’eft qu’on croit que le blanc foie 
fittêi ' durcy, foit cuid médiocrement . comme des 

œufs pochez en l’eau, cft totalement nuifible, & 

l’eftime-on tel, d’autant qu’on le voit endurcir Sc 
comme empierrir,concluant delà qu’il engendre 
le calcul; c’eft pourquoy on fe contregardede 
manger le blanc : ce que ie tien pourvu erreur 
populaire. Car c’eft chofe friuole de fonder fa 
raifon 



^ ÊE ;t A SÀNt I*. _ 449 

tàifon fur cc queblanc s’endurcit, veu quelc 
c^'Hal, le verre, les cocques d’oeufs, les pierres 
defpongCjLyncis &Iudaïque, & qui fe treu- 
uent aux clçreuiflès ; les os durs des mefles oa 
ncfïlesjlp milijim filü atomes chofes dures corn¬ 
ue pierre, font toutefois les fpccifiques remedes 
contre le' dur calcul Et i’âllcgüe au contraire, 
que ledit blanc d’oSüf dufcy, eft fpecifique êc 
propre à faire diftoüdre le fuccre, & toute forte 
dcfcl le plus dur, comme il n’eft que trop no« 
toire au moindre operateur chymique. 


DES POISSONS. 

Ch AP. VU. 

A yant traitte de la chair des animaux 1 
quatre pieds,& des oifcaux,& de leurs par¬ 
ties propres pour la nourriture de l’homme,il 
refte que nous parlions des poiflbns. 

Si nous voulions nombrer combien ilen y a 
de genres, & fous ieçux combien de differen-a 
ces & efpeccs , nous n’aurions iamais fait : IL^ 
a fans comparaifon plus de diuers poiffbnsi; 
que d’animaux reptiles & volatiles. Voire c’eft 
mcrueille, que dans la mer, on trouue prefque 
tous les animaux remarquables, qui fe voyenc 
ramper fur terre, & voler en l’air rchafque Elé¬ 
ment produilantles mefmes efpeces, mais dif¬ 
ferentes de forme, félon la diuerEtc qui eft en- 
- ue Icfdics Elem^ens. Telkraent que la fentence 



'4JP SECT. III. DV, Pp^RTRAICT 
Dhremar^da fage Mercure Trifmegifte, fe trouue rouf. 
quaUe de iours véritable, que tout ce qui eft en, haut, efl: 
Mercure [,as : le ckl en la terre ; la terre au ciel, 

& les animaux de la terre auIfî au ciel, en 1-air, 

' Sc enreau. Car on ne peut nicr qu’il ne fc tcôu- 
Ue dans la mer des pyfcaux volans, cornme 
l’aigle, le faucon,l'arondellç , le milan, . la gtuë, 
& la becalïcdç mer t.Laiiier a de mefme fon 
clephant, lyon,, lco.pard'.,,ty;gre, çheual, vache, 
veau , renardiiloupij^chiçn,^ fanglicr yoire 
mefrae des poiflbns de figure humaine , =ou. en 
tout, ou en partie, outre vne infinité d’autres, 
qu’il^ n^^^ de nombrer. Nôus'en 

auons parhé hieû au Üong-, à. fçaudir. de toutes 
de/erim ««telles différences de poiffons,& dcfcritdc plus, 
grand Mi- tout ccqui cft remarquable Æn'leur nature, en 
"" j"^°'rhiftoire qu’en auons faide en noftrc fixicftne 
thear. ^ Gfanîhuiroir du'Mônde^ où nous ren. 

imypns le Ledeut curieux d’en auoir cogimif, 
lupcc j & nous contenterons en cet endroid, 
de mettre en auant feulement des-poiffons prin. 
cipauxi qui fontleplusen v fage en France, mef- 
mement pour la nourriture-, (&: qu’oh'ftert aux 
içéillcarestâbles. Mais aUartt ^qü’en faire le dé¬ 
nombrement', nous toucherons en forme d’àd- 
tiertiflemêne •, quelques maximes neceflâires 
de nous fer-uit de reigle: àfçiüoir, bien^diffin- 
guer les bons poiffôns des mauuaîs, & Icsbéil- 
leurs des pires. - - 

^oijfons ' 9^^ poiffonà qui nagent en la mèf,' 

meilleurs, voirc d vn mefme genre, il yen a de meilleurs 
feloa la les vns que les autres, fclon que l’eau eû plus ou 



ï> È LA S AN t E*. 451 

moins agitée des vents,&: plus ou moins claire & uirftti hi 
nette. Voireiiyadcs mers plus fertiles en poiC- 
fons les vnes que les autres. L'Oeean l’eft plus 
que la mer Mediterranée, &dans icelle mcfrae 
merlacofte de Genes eft plusftcrileen poiiTon 
que celle de Prouence & de Languedoc : ce qû’il 
faut attribuer à la bontédescaux, quelespoif- 
fons recherchent pluftofl: que les mauuaifesi 
commeenvn mcfrae terroir il y a veines de ter¬ 
re de meilleur pafturage les vnes que les autres^ 
qué les animaux broutrent plus volontiers i 
^Semblablement lespoiflons qui font pefehez en 
pleine&■ profonde mer, & qui eft mefmcnicnc 
agitée &foüfïlée des vents de tous coftcz,fonc 
meilleurs qu:cceux.qui font prins près des ha- 
-lires & des lieux qui font à l’abry des vents. C’eft . 
ce que note Galien particulièrement enfon troi- 
iîèfrae liurc des- Aliments , .au chapitre des poif- 
fona 5 où apre;s auoir dit, qu’il y a plufîcurS' Ibr- 
tes d’animaux qui habitent & viucnt énla raer. 

-Il adioufte que ceux-là font Ifcs meillcuis , qui 
nagent en pleine & pure mer, principalement 
quand lamcr s’eflcue par l’agitation des ventsj 
-Mais que les poiffbns qui. viuent dans eaux 
dïoücufes & laiesont la chair pleine d’excre- 
:incns&: de vifcofitez. Il adioufte éncor vn peu 
apres ces mots: Gar le poiflbn qui eftenvné mer*® - 
coye,& qui n eft point foufflée des vents, a d’au% * * 
tant plus la çhàir vile & contemptible , qu’elle ** 
eft moins exercee. *• 

Quant aux poiflbns d’eau douce , ils font 
aulfi beaucoup differents en bonté , félon 
Ff ij 


'45*' SECT. III. DV POVRTRAICT 
que leurs eaux fonr bonnes ou mauuaifcs, rapi. 
des ou dormantes, claires ou bpürbeufcs, & fé¬ 
lon la bonté des herbages qui y croiflent, & 
£iÿeîs font dont aucuns poilTons fe rcpaifTcnt. En fomme 
lesmtiüeufi jgg poiflofis de riuiete, ceux des fleuues 
^Io»te\n‘*t profonds, rapides, 6( dont le fonds eft areneux, 
mrd, * ’ font toufiours à preferçr à ceux des riuiercS'N 
Ientes,doux-couIantes,& dont lefondseft plein 
de limon .'toutesfois ceux-cy font encore meil¬ 
leurs, que ceuxnes petits ettangs dormants & 
boiieux. Mais dans les grands & profonds lacs, 
dont le fond n’eftque dc cailloux, & de fable,& 

X qu’on voit terminer en quelque fleuuc cou¬ 
lant , qui paflè par le milieu du lac à defeoü- 
ucrt,& qui font le plus fouuent agitez des vents 
comme vnc petite mer :là, dis-ie, y croiflent de 
bons & excellents poiflbns en leurs efpcces. 
Tels font lelac deGencuc,deConftance,d’Y. 
uerdun,deNeuchaftel,le lac majeur de Corne 
& fcmblablcs , où on voit naiifre diuerfité de 
bons poiflbns. Il faut auflî noter que les poif- 
fonsjfoit marinsjfoit deriuicrcs,quifQntpef- 
chezà la riue proche des villes, où On ictte les 
immondices , ou bien où on baflit des retraits 
pour lacommodité publique: comme il aduienr 
en plufîeurslieux : Il faut noter, dis-ie, que tels 
Tatjfonsfi- poiflbns font les pires-de tous , ne Conecuans 
utittotit. que mauuais fuc, & n*cngcndranseftant man¬ 
gez, que corruption au corps de l’homme,com- 
rac il appert par la puanteur, qui prouient 
d’eux quand -ils font morts. G’cft ce que confir¬ 
me Galien au mefme lieu ja allégué, difanc 


^ DE LA SANTE'. 4^5 

11 y en a qtn viuent en des eaux ou rmicres pro- « e 
ches des villes bien peuplées, où ils ne fe repaif- c « 
fént que de fiante des hommes, & de telles che-*c 
tifueschoies pourries ëc corrompues: lefquelsr* 
tiennent le dernier & plus haut degré de corru-f< 
ption, & de mauuâifc nourriture. * « 

Il y a en outre quelque chofé à confîderer fur Diattfite 
Tapprellage des poifTons: les vns cftans roftis^«»/« de 
furies charbons, ou lut le gril: les autres eftans|!'*l’^’'*^^-^* 
frits à la poëlle : les vns au beurre, les autres à 
l’huille : les vns eftans boiiillis aucc le feul vin . 

& l’eau : & les autres eftans appreftez auec di- 
uerfes fauecs. Nous parlerons de tout cela cy 
apres, & monftrcrons quejs font les meilleurs 
&plusfains appreftages. 

Pour faire doneques le dénombrement des 
meilleurs poiflbns, & qui font le plus envfagc 
pour la nourriture des hommes, nous commen¬ 
cerons par ceux de la mer. ^ 

Entre touslcs poiflbns de la mer,Ics meilleurs, P«/o»i de 
plus fains, & plus vlîtcz.font la foie, Peftur-^*'^^''”‘^“ 
geon, la dorade, le turbot, la barbue, la liman-^^^**' ' * 
de,laplye,lecarlct,la viue, le grenot.^ le rou-'^ 
getjkcapone qu’on dit en Italie, qtfri^ roche 
du rouget,le mulet, l’cfpcrlan,ljfcicrlan, la raye^ ; 
le maquereau, l’aifquille, le h^ranc, la fardinc, le 
merlus, le ftocfîc, la tonninç, le creac, la feiebe 
ou calcmar en Latin. Et entre les coquilles,la 
langoufte, le homs, qui fontefpeces d’efereuif- 
fes de mer, le cancre, les cheurettes, l’aragnce de 
mer, les huiftres, les moules, les telines, péton¬ 
cles, & beaucoup d’autres. 

Ff iij 



SECT. III. DV POVRTRAICT 
Entre les poiflons qui fortent de la mcr,&en- 
-trent dans les riuieres & eaux douces , ou on les 
prend ordinairement, les meilleurs & plus com¬ 
muns, font le faulmon,ralozc,Ia lamproye. 
nteil- Et pour les poiflons des lacs, eftangs,riuieres 
Um ^ & autres eaux douces,ort compte entre les raeil- 
leurs, la truitte, la perche, le brochet, TombrCj 
fansdeslàes, l’omblc,lefcrrat,labezoulle, Iclauarct.lecar- 
ffiangs ^ pion> la carpe, la brame, la tanchc,le barbeau,lc 
miens, mulnier, la loche, le gougeon, l’anguille, la gre- 
noiîille. 

Nous nous contentons d’auoir parlçdespoif- 
fons qui font le plusen vfagc ordinairement, 5 c 
dont on couure auiourd’huy les meilleures & 
plus friandes tables en noftre France, fans aller 
rechercher vne infinité d’autres poiflons, que 
produifent les deux mers dont la France eft bor¬ 
dée, & moins en aller chercher aüxpaïs eftran- 
ges,où il s en trouue fans nombre, pour aflouoir 
la gloutonnic & gourmandife d’vn autre Lueuh 
le,d’vrn Hcliogabale, ^fcmblablcsmonftres en 
fait de gueule, d’excez & fuperfluitez ihiuppor- 
tables, . i 

Il reft^ucnous difions quelquechofe delà 
nature dcqualit^ derdirspoilTons , & que nous 
les rapportions à noftre vfage, pu pour nous en 
leruir de nourriture, ou de médecine : & ce fui-, 
uant le mefme ordre que nous auons ja tenu 
for les chairs des animaux à quatre pieds, & des 
oifeaux. 

file, xt . 

perdrix de ^ ous auoQs mis la foie au premier rang des 
mer. njcillcurs poiffons & des plus friands, comme 



DîVia SAKTEi 45J 

suffi pour ce regard , ellc cft appelléc des friands 
la perdrix de mer. Elle fi’a qu’vnc.arrefte qui 
s’entretient, & qu’on fepare ayfémenc enl’ou- 
uranc par le milieu, quand elle eft cuide. On 
la fait bouillir par-fois, & la fert-on auec vnc 
fauccblanche qu’on y fait: mais eouftumiere- 
ment on la fait frire auec du beurre, & fa faucc - 
eftleiusd’orange,ou le verius de grain enfon 
tempsv Les friands font la fauce auec vin.ius 
d’orange, 5c de la croufte de pain émiee,âuec 
'vnpcud’erpice,& fait-on bouillir le tout: Au¬ 
tres la font auec les Anchoyes fondues dansdu 
beurre. 

La chair en eft blanche, ferme, délicate & 
friande,de bonne nourriture, & d’alfez facile 
digeftion. Ceftoitlefeul poiflbn qui aggreoit 
le plus aux ioürs maigres au deffuhd Roy d’heu- 
reulè mémoire. 

Lefturgeon eft vn gros & long poiffon, & Ltfiufgm 
ce pendant eftime entre I^s meilleurs, & dont 
on fait grand cas aux meilleures tables,c’eft vn 
pqiffon Royal. Les pefchêurs quand ils le 
prennent, lont tenus de le donner au Lieute¬ 
nant du Roy, ou à quelque chef le plus proche 
des contrées ou ils font prins. La chair en cft 
tref-bonne 5 c délicieufe, 5 c qui rafrefcliit & pu¬ 
rifie le fa hg: mais eftant grafte, comme elle cft, 
elle eft rendue énnuyeufe & nuifible à l’efto- 
mach, fi on en mange pàr trop. Ou l’apprefte 
comme le faulmon. 

La daurade approche en bonté le fturgeon: I^àdautâàt 
mais elle n’eft pas en fi finguliere rccommanda- 

Ff iiij ^ ' 



SECT. ni. »v POVRTRAICT 
tion'.ElIe nourrit bcaucoup,inGitc Taûe vénerie: 
il faut auoir pourtant vnboneftomaçh pour la 
digérer, tant la chair en eft ferme, les meilleures 
fe prennent en la mer du Lciianr, 

Zetuflotl LeturbotjlabarbuêV&lalimâdefontpoilTons 
L4 UrUï. ont la chair bIanchc,fcrrac,d’vnbon 

^ ma»~ prcfque femblables: mais le turbot em- 

porte le prix, bien que la chair de la barbue foit 
plus tendre,& de plus facile digeftion; la liman¬ 
de tient le troificfme rang en bonté. 

Quant à leur apprefl:age,on les fait bouillir le 
plus communément auec du vin ôc de l’eau, puis 
on les (ert, mettant vn peu de per fil par deflus: 
Les vns les mangent auec du beurre frais, qu’ils 
font fondre; les autres auec du vinaigre. Tels 
poiffons font communs à Paris, & viennent de la 
mer Oceane ; il ne s’en trouuc gueres çnla Me¬ 
diterranée. 

ti pîy* & ^ carlct imitent en forme plattc 

U eltlet. les trois precedents : mais ils font fort differents 
en bonté : car bien que leur chair foie blanche, 
elle eft baueufe & mollaffe, &n’eft viande que 
pour le commun. 

Zivht. Laviueeft vn petitpoifTon, côme vn haran: 
mais qui a la chair blanche, ferme, friable, cftanc 
vn des plus fains poiffons, qui foient. Qn la fait 
roftir fur le gril ordinairement : puis on le trepe 
dans du beurre fondu auec vn peu de verjus, oui 
eft la fauce. C’eft grad cas, que ce poifTon qui eft 
uiftjh i* des plus fains, aye pourtant fur le dos vnearefte 
îa vwt w. Cl venimeufe, que fi on s’en blcffe, & que le fang 
wmtHfi. forte,vous verre? la partie blcfféc, s’enfier & 



DE tA SANTE'. 4^7 

s’enflammer aucc.fî grandes douleurs & perni¬ 
cieux fymptomcs par fois,quc la mort s^ê enfuit. 

Legrenot & rouget ,& le capone (qu’on ap- G«»et ^ 
pelle en Italien & en Latin Coceix)^ font poiflbns 
prefqued’vne mefrae efpecc tant en forme, cou¬ 
leur, qu en bonté de chair : laquelle cft blanche, 
délicate, & de facile digeflion, & fqnt mis au 
rang des plus fains poiflbns de la mer, permis 
mcl’mes aux malades ; les grenots font plus gros 
feulement. On les aprefte volontiers en pafte: 

& quant aux rougets & Cappones, on les faid 
griller : puis on jette par deflus vnc faulcc frirtc 
auec le bcurrc,qu’on fait noircir,y adiouftant du 
perfil & du vinaigre. 

Le mulet a la tefte gtoflè , la chair blanche & f 
, fcrmcjilapprochcles trois luldits en bonté. 

La raye eft vn poiffbn qui a la chair blanche 
en long fllcts, comme fi c’eftoient rayons, aflez 
tendre 5 e appetiflànte. On la fait bouillir & la 
mange-on auec la mcfmefaulce du rouget, ou 
auec le beurre fondu, & par fois on la fait frire. 

Le foye de ce poiflbn bouilly eft vn délicat man¬ 
ger. 

L’efperlan eft vn petit poiflbn, longuet,vn peu L'eJ^trtâ», 
plus gros & long, qu*vn gougeon. On le fait fri¬ 
re ordinaircmet & eft vn fain & excellent man¬ 
ger, & des plus légers & faciles à digerer. 

Le merlan a la chair très délicate & legere, & nttUn, 
cftparcôfequcnt de facile digeftion bien que ce 
foit vn poiflbn fort vulgaire, & pourlc'cômun. 

Le maquereau eft en régné fur le commence- ”'*^***- 
ment du printemps, Cçft vn poiflbn qui a la 




45? SECT. III.' DV eovrtraict 
chaitbJâncbe-grifaftreyfcrmc pourtant, &d^àÊ. 
fez b®n gou ft.'*. -oii le faiét roftir fu r le gril ênuc- 
- loppédansûU'fenoil, puis trempé dans du beur^ 
IC fondu,auec verjus, vinaHgré^&du perfîl ha¬ 
ché menu/oniefert à manger. Les friands fonï 
roftîr la tefte lurlccharbôn vif, & l’arreftç auffi, 
& lés raaggent en façon decarbonnade Comme 
£ c eftoit vn délicat morceau. Ce pcilTon côm- 
. mrileft rarc ^ & ne fe pefche pas toulîooîs p'oür 
, me venir qu’en cettain temps fculemêt, cft trou- 
ué meilleur iMaisd’eh vfer à Jalonguecencfe- 
roit viande faine ou proufitable, d’autant quelle 
eftdiljScileâdigeret. ’ 

Les haratis Lesharans Sc-la fardine, font entre Ics ftiauds 

g/ la fat- meilleurs pôifldns de touteia mer. iJsfont de 

differente nature :mais ils conuiennen.t fym- 

bolifcnt en beaucoup de x^ualitez : & leur-plus 
grande différence gift en leur.gro0cur.: d'autant 
que les fardinès font toufiours moindres,que 
lesharans. ' : ^ 

Mais comme les harans frais font en régné en 
certain temps, les fardinès fraifehes le font de 
mefme : corne on fale les haras, on fale de mcfme 
les fardinès, &'en fait on de forettes, eftant expo¬ 
ses à la fumee, de mefme’quon fait les harans 
forets. Et comraeil y adeS harens blan'svfa’l^^Zj 
ainfîilyadcsfardincsblâchesfaiees-.Ettoatâin-' 
iî que le traffic des harans falcz eft grand ,& eft 
Comme vne manne, dont pluficurs pais & natios 
ferefsérêt&fenfeftaurét,ainfîeftirdcsfardines. 
■ Or quantenfriandire& bôté,les fardinès, au 
dire du cômun emportent le prix: Mais iediray 



^ -DE i'A' i A àH-'E*. ’ 
librement, que ces poiflbns ^ftans de nouueau 
falezj&àyansprinsfuffifâmraent du fel, ils font 
moins excrementeux, ceft à dire meilleurs 
plusfainsqueccuxquincle fontpas. 

Les anchoyes font prefque de la mefrac cfpe- t'if an- 
ce des fardines,mais qui font plus petitcs,-& qui 
ont la chair plus dclicaieiLes meilleures fe pren¬ 
nent en la mer Méditerranée : on les fale, &âii 
bout de quelque temps qu’elles ont prins leur fel 
fiiffifamment, on les delTalc dans l’eau fraifebe, 
puis on les mange toutes crues en leur oftant l’a- 
refte & y adiouftant de l’huile & du vinaigre 
comme aux falades. 

Les Italiens y adiouftent la menthe ou l’origa; 
c’eft vn grand efguillon d’appetitj&viande qui à 
eau le defonfel, atténué Jincife & nettoyé l’efto- 
raach des mucofîtez qui y font : par confequent 
qui eft bonne & faine auxperfonnes grafles & 
humides. On les fait feruir à beaucoup de fauces 
fonduesjdans vn plat auec vn peu de beurre. 

Le merlus & la molluë,qoâd ils font frais, ont Htflm ^ 
vnc chair fort dure,baueufè, humide &.excrÆ- moUc. 
mcnteufe,&fe fait meilleure & s’attendrit quad 
elle eft falée.C’eft ce que nous enfeigne Galien au 
raefme liure que delTuspàr ces mots : Les corps ee 
desanimaux (parlant des poiirons)qui ont vnc «< 
chair excrementeufe, font propres à eftre falës. ce 
Or nous appelions (dit-il) chair exçrcmentcufe, fc 
comme il appert des chofescydeflus dites, celle <c 
qui a vnc humidité pituiteule efparfe en foy. < « 

Telles viandes dont par confequent eftâtfalees, 
font plus faines, que quand elles lontfraifches. 



4*^0 l’II. ©V POVUt^AlCT 

pour IcTraifons que deffus. Le ujerlus vient 
d’Angleterre fort different delà raolluc, qui a la 
chair fort baueufe & «tenace ou gluante :ËtJe 
mcrlusla plus fcichc. 

Dufidcp, Le ftocfiseft vncefpecc de merlus,dont Tvfa- 
<2»* àeUpr^t ge ciiû commun,& le traffic fi grand, par toute 
faratto haute&baficAllemagne,que c’cft chofe in- 
U tofitHcr. ci^oyable à qui ne 1 a vcu. C eft vnc clpccc de 
merlusjqu’ôn nefalepas,comme ccluy qu’on 
prend aux I0es raôluqucs: ainscftantpcfché&: 
prins dans la mer Scythique & glaciale, eft feu¬ 
lement exppfé à la froideur de la gelée, par la¬ 
quelle fon humidité fupcrfluc i&excreraenteu- 
, fCjCft defcchpc & confumee ? fi que ledit poiflbn 

cnefteonferué fans fc corrompre ,ainfi que s’il 
cftoit bichfalé, & rvfagccneft ircs-grand c^m- 
me deflus par toute rAllemagne. 

'Àiuisfut Pour dire mon aduis de telles fortes depoif- . 
Vv}a ^eièr conclus aucc le commun, que la qualité 

ne nuit pas, ainsla quantité t Ç’eft à dire,qu’il en 
faut vfer fobrement : le moins fera le meilleur. 
Car ce font viandes crafles, vifqucufes,dures & 
de difficile digeftion, meilleures eftant vn peu 
falées, qué nel’eftant pas ,& plus propres aux 
bons eftoraachs des hommes virils & bilieux, 
qu’aux cftomachs ja débiles des perfonnes viel- 
& pituiteufes. Ces viandes font raâgees après^ 
auoirefté bienbouïIlies,puismifesau beurrea- 
ucc le verjus ou l’orange. Le merlus eft frit ordi¬ 
nairement: on y adioufteen Gafeongne vn peu 
^ d oignon, & delarapuftarde. Quand au ftoc- 

^ fis il eft fi dur, qu’il le faut battre longuement. 



DE lA santé'. 4^1 ^ 

le laillèr tremper dans l’eau cour vn iôur:puis on 
le faid bouillir & frire aucc du beurre. 

L’aiguille cft vn poiflbn de mer commun en ÎAigm&ù 
ïtalienl cil de la grolleut d’vn iamproyon, ayant 
le bec pointu comme Vn butor: il a la chair dure 
& eli appelle des Latins <ic«f,qui çft à dire aiguil¬ 
le. Outre cela ilell de grande nourriture,mais 
difficile à digcrcr.On le fait frire ordinairement, 

& le mange-on aucc ius d’orange. 

La tonnine & lecreac font poilTons d’vne mer- *«»»»»* 
ncilleule groflèurrleur chair cft auflîgroflierc,& ^ 
de difficile digeftion. Bref la chair de tels poif- 
fons eft à comparer à la chair des bœufs, qui eft 
ftcsplus dures entre les animaux terreftres. La 
tonnine fè prend communément en la mer de 
Leuantjle creae cnTOcean : on en prend vers 
Bordeaux,d'aurantqulI remonte dans lescaux 
douces comme eft la Garonne, 

Lafeicheeftvnpoiflbn fort commun,qu’on LaftUh'; 
gardeeftant fcichec : puis on la trempe plus d’vn 
jour dans l’eau pour la ramolir, & eftre, rendue 
propre à manger ; ce qu^eûant faiâ:bn la frit or¬ 
dinairement. Ce poiflbn eft dit des Latins 
tnar , d’autant qu’il a comme vn referuoir d’an¬ 
cre noir dans fon corps, qullrcuomit& regor¬ 
ge quand il veut:lors principalement qu’il fc 
voit pourchafle & furpris.cuidant en nokeif- 
fant de la forte l’eau, euiter l’embufche des rets 
du pefeheur. Les petites fcches font dites ' 

rons, qui cft vn friand manger & fort eftiràé, 
mcfmcment au païs dePoûou.' On les mange a- 
uecleurfàuccnoire. Siç’eft chofe plaifanteâla / 



4^1 SéCT. III. DV tOVRTRAlCT 
bouche elle ne peut eftrc faine , cftant glaireurcj 
comme ellccft,auunt ou plus que des nippes,ce 
qui par confequent demonftrc fa propriété à en- 
gendrer gros fuc,& de là,le calcul & la pierre. 

I« La mer produit en outre force diuerfes fortes 

/ira, " de coquillcsappetilTantes,comme huiftres; En¬ 
tre lefquelles les huiftres de grauette, qu’on ap¬ 
pelle, quifont petites, & qu’on irouuc vers la 
Rochelle & Bordeaux font les meilleures. Elles 
fe'mangent en hyucr, 

Mehfes, Lcsmoulesfc mangentcneftc.il y a diuerfes 
autresefpeces de telles coquilles, & en l’Ocean, 
& en la mer Méditerranée. Ce font aiguillons 
d’appetit : Mais le moins & le plus fobreraent 
qu’onen mangera fera le meilleur. - 
Zét Uttgou’’- Il y a en outre la langoufte, & la homme,quî 
fit, & U font comme grandes efcrçuiffes de mer ": leur 
amme. ^^ eftantbicn cuite en l’eau ou 
V. 0 au four,&cftant bien âpprcftéeatiec vnc bonne 
faulcci-c’eft vn bonimanger pour, vneou deux 
fois : mais on s’en lafTeroit bien toibfî on conti- 
iiuoit,&teHe:viandepdrteroitplus de domma¬ 
ge que de profiti'-;;'^ '.‘T. 

Cdncre$. cancresde la mer .ont la cliair plus tendre 

& racîlléurc qucles lapgouftcs. Il y en a quantité 
, en la meridie Leuat près Montpellier mcfmemét. 
Remtdeco- Quand ces:Cacrcs (ètrouiicc vers les endroits où 
dansda mer,ils y cntrent,& 
ehienf en- lefditesriuicrcs, qu’on appelle 

ragex^ Mec cauctes fluuiatiles. Aucuns ont prinsen leur lieu 
les cancres Ics elcreuices,mefme pour en faire le rcraede c6- 
tdeints. tre la morfurc du chien enragé, dont Galiéparle 



DE IA santé'. 

au îiure ii.desfaeultcjzdesiîrapl^s mcdicaraens. 

De-raoy ieü'y tcoaue pas grande differcncc,ayac 
rcinarx^uc &efprDDué les cendres des cfcrcui- 
ces, aüoir prefquc racfme elîeâ: que celles des 
cancreSjà toutes affedions mclancholiqucs.. 

- Il nè fera pas lïors de propos d’eferire en ce ,; 

iicù ce que Galien tefmoignc-de la grande, 
occulte vertu des cancres fluuiàtiles ^ contre les 
moiûires des cliienscnragez :oulcLedeur 1^». 
dieux/pourra remarquer deux-poinds prineii- 
pauif.' ■ Premièrement comme '.ce grand perfon» ^, 
nage n*a pas craint de mettre earaiiant la prepa-, ^ 
rariondudit remede, qui eff-vnecaicination oü Galien 4^- 
incinération, en qujoÿil monftre qu’il appr6uué^r«»»e /<* 
Ceftéichvraique operatiôn,qu aucuns qui igno. 
rentrell^s^choies, ofeoDmefpEifertvoire opirtia* desebo- 

bernent combatre à^cors êcàicry; cornecirofeyêi qu’a». 
caudique& bruflance:: Ce qd’oti lic toutesfois ensimpro»- 
auoir efté vlîté anciennement, voire heurcu&i®,®"^ ^ 
ment, & cotre vne morfure, [où l’hum'edation ?” 
eften tout & par tout rcquifej] & ceauecie£Lît 

dices cendresi comme auec vn propre & Ipeeifi* i- 
querc-mède.bien quelles foientfeiches&-plcii . 
ncsdelei. ^ ; ; . .i. 

- En fécond lieu, le Eedeur verra l’honneur & .. 
louange-, que le, mcfme Galien rend à vn vieil sr 
Empirique nomme Æferyon, duquel il auoiC '.- 
appris le remede , qu’il intitule ■ très > expert - 
vieillard au fait des- préparations des .medi»- 
càraerhtSjlerecognoifTantracfmepourfôn pre-» 
cepteur. Geftc douceur & boa naturel de pri- 
fer & haut louer, voire fes compagnons en mefi .. 



'464 Sicr. III. DV yoVRTRAICT 
me profeflion, cft trcs-cflongncc au contraire 
du naturel de quelques vus, qui ne fçauent que 
blafmct & mefdire. Faifons donc voir tout au 
long les mermesparoles de Galien,auec U pré¬ 
paration entière dudit remède , contre vn fi 
grand & pernicieux venin : Mais la cendre,dit- 
,, il, des cancres de riuierc, combien qu’elle foit 
J, Icmblableà celles-cy defliis mentionnées [or a- 
uoit-il parle des coquilles, & de leurs cendres 
vnpcu aupatauant]& deficichec de mefinefa- 
,, çon : fi cft- ce que par vnc propriété de fubftan- 
„ ce quelle a.cllcproduiét descfFcdsadmirables 
J, fur ceux qui ontefte mords d’vn chien enragé, 
foit feule, foit meflee aucc gentiane & encens, 
„ qui la rendent encor plus excellente. Or ilfaut 
,, qu’il y ait vne partie d encens, & cinq de gen- 
a, tiane : mais il faut dix parties de cancres: Nous 
„ nauohsvfé [que bien rarement] des cancres, fi- 
5 , non réduits en cendre,& préparez de telle façon 
,, que fouloit faire &l’auoit appris ÆfcryôrEm- 
pyrique, ce vieillard tres-cxpcrtcnla prepara- 
tion des mcdicarncnts, mon concitoyen,& mon 
n précepteur : la préparation en cft telle que s’en- 
fuit. Il prenoit vne poëflc ou chauderon d’airain 
•» rouge,dans laquelle ayant mis des cancres tous 
9> vifs , il les brufloit iufqucs là qu’ils peuflent c- 
ftrereduits en poudre tres-lubtilc & impalpa- 
1 *> blc. Cet Æferyon auoit toufiours ce medica- 
» ment préparé en fa maifon, bruflant les cancres 
»» apres leIcucr de la canicule,lors que le Soleil 
»> palToit au figne du Lyon,& toufiours le dix- 
»» huidicfme de la Lune, 


Auanc 



DE IA SANTE. 4^5 

Ayant parlé de la préparation du remede, il 
, adioùfte la façon d'en Vier, difanc que c’cftoic 
par refpace de quarante iours:La dorc,e(l vnc 
petite cueillere,arrofée d’eau.Ec adiouftepour 
moaftcerla grandeefficaceduremede: Com-*' 
bien que cei cliofes,dit-il, fulFent hors de no- 
lire propos, toutesfois i’ay pehfé, qu H eftoit “ 
bondelesefcrire, poi'irce que i’auois moy-** 
mefmc vne grande fiance fur ce médicament “ 
principalement, veu que nul de tous ceux,qui “ 

^ envfbientn’enmouroient. ' , 

Les cheurettes font corne petites efcreuilfes, Leschmreti- 
qui ont depetitspiedsja coquille fort tendre^f"* - 
Eftant prinfes ôn les :^ic cuire auec l’eau de la 
mer,&fans autre appréftage,on les mage froi¬ 
des auec du vinaigre & du poiure. Par fois on 
lesfaitfrire.G'éftvnfriand&appetiflàntma- 
ger qu’on fert mefraes à la tabledes Roys. 

L’araigne de mer eft vn tel genre de coquil- _ 

le,qui eft viande plus propre à feruir d appétit, 
quedenourriture. ' ■ 

. Les efcreuilTes, auffi bien que les tor tues, & ''' 

d’eau & de bois, font viandes de beaucoup de 
fubftancc & grande nourriture: qui humedet d'eatt. 
de leur propriété, & font cohuenables à tous 
afthmatiques, cabidcs,attenuez,decharnez,& 
phthifiques j d’autant que par leur gluante 5c 
tenacchumidité,elIcaempefchétlacoIliqua- 
tion des membres folides:&par leur frigidité, 

' & humidité elles refiftenc aux fieurcs, & cha- 

' leurs confumantes, qui accompagnent d’or- 
dinairetelsmaux. 

( G g 

I 



4^^ StCT. I I ï. D V PO VRTR A I CT 

Apprefia^e On fait bouillir les efcrcuifles dans deTcau, 
iistfcriuif- oà on adioufte duvinaigre& du felipuis on les 
T"' mageaucc le feul vinaigre &vn peu de poiure: 

* ouonles fricalTe en defpoiiiilant leur queue 
de la coque,&y fait-onvne faucc blâche com¬ 
me à vn poulet, aulli bien qu’aux tortues. 

Quant aux remedes qu’on en tire,ils font tels 
que s’enfuit: lefang des tortues efteftiméde 
des efereaif- pluficurs célébrés medeciiis, fingulierpoUrle 
[es. ■ mal caduc: Et de leur chair, aulïi bien que de 
celle des efcreuilTcs, on prépare plufîeurs pa- 
ftes royalles’, qu’on appelle, & autres tels re¬ 
medes,pour les emaciez & phthifiques, com- 
me nous le dirons cy-apres en fon lieu. 

On préparé des eaux & pour les fleures in- 
termittâtesj&pour les coups dTharquebufcjOÙ 
les efereuifl'es tiennent le premier rang, & y 
. feruent de principal ingrédient. 

On trouue auffi en certaine faifon (l’Efié 
tncfmement ) fur le dos des efereuiffes des pe¬ 
tites pierres rondelettes qui ont comme la 
forme d’vn œil, qu’à ces fins on appelle, bien 
qu impropremcnt,yeux de cancres,dcfquelles 
■Remede ch pierrettespuluerifeeson en donne à boiredas 
tre (tpterre. vin blanc endofe de demie dracme, 

quieftvnfingulierremedecontrela pierre. 
Ueflargten. L’efturgeon eft vn gros poilTon, & cepen¬ 
dant eftimé entre les meilleurs,& dont on fait 
grand cas aux plus friades tablcsXeluy qui cft 
sprins dans les riuieres, eft meilleur que celuy 
qu’on prend das la rner. Il a la chair fort nour- 
riflànte, & qui efehaulfe le icu d’amour ; mais 



DE LA SANTE'. 4.67 

en tant qu elle cft dure,graire &virqueufe,elle 
eftde difficile digeftion , & le plus i'obremenc 
qu’on en mangera, fera le meilleur. 

Le faulmon du Rhin, de la Garone, & de la 
riuière d’Ailliers, frais ou Talé, eft vnbon& 
friand manger pour quelques ioufs: maison 
s’en degoufte à la longue. Car Celle viande em- 
pefehe i’eftomac^ & iàoule beaucoup. Les 
petits faumonfteaux, à.Bafle&àScralbourg 
principalement,fe mangent en luillet&Aouft 
en grande quantité. C’eft vnfingulier&fiien 
friand manger. On les fait cuire âucç du vin, 
de l’eau & du vinaigre,comme l’eftourgeô, & 
le mangè-on au vinaigre. On l’apprefte en di- 
uerfes autres façons. 

L’aloze cft appelle colac en Gâfcjongne.Ce- Z'aleze 
lüy delariuiere de Garonne cft vnexcellent <» 

mâget. On le met en darnes ou roiielles, 
racle faulmon, & le cuit-on entre deux plats 
auec le beurre ou l’huile, re{pice,&leUurier: 
ou bien on le grille, & le met-on en apres au 
beurre auec de lalauce verde.S’il eftvrâycolac 
ou vray e alo 2 e,c’eft vne bÔne viade, qui cft en 
fafaifon vers Pafques,& demeure en fa bonté 
quelques mois: nous auons dit,s’il eft vray co- 
kc,d’âutanc qu ily avn poilTon qui luy refem- 
ble en toute forte quant à la forme extérieure, 
qu’on appelle àBordeaux Agate, poiftbn plein 
d’areftes,& qui n’a la chair fi ferme, nyfîla-- 
uoureufe a peu près que le colac. li en faUC 

Î iourtant manger médiocrement : d’autatque 
e trop pourroit plus nuire que profiter. 

, Ggij 


SECT.II I. D V POVRTRArCT 

LAÎm^fop La lâproye eft dide des Latins muranx: C’eft 
vn poifsô qui a la forme d’vne grod'e anguille, 
liorf-mis que la couleur de lalaproye eft plus 
noire,&qu'elle eft pertuifceversle col.Elle eft 
en fa bonté en Feburier & Mars,auant qu'elle 
foit cordée comme on appelleXeslamproyos 
viennent au parauant, qui eft vn délicat man¬ 
ger, came eft auffi lalamproye. On la roftit en 
' la broche,& luy fait-on vnelaulce douce auec 
dufucere&dclacanelle, & foiiius qui en eft 
dégoûté en roftilïànt.C’cftvn manger plaifant 
&friand àlâ bouche,maisduquelons'ennuyc 
bien toft, outre ce qu'il eft difficile à digerer. ; 
VnRey On lit aux hiftoir es,qu’vn Roy d'Angleterre 

^Angleterre mangea vn iour d’vn fi grand appétit, cotre 
auoir trop le CQnieil que les médecins luydonnoiet,qu U 
mangé de ,en futdanjuidprochaine furprisd’vne fieure, 
lamproye. dptiimourutletroifiefméiour.C’eftpourfer- 
uir d'exéple aux plus grands de ne fuiure touf- 
joursle^ur appétit, ains de fè foubfmettre aux 
loix de lamedecine, eneuitànt Icplusquils 
pourrôÊ les viades qu’on leur dit eftre doma- 
geables: aurqüelles loix ils fe doiuêt aftreindre 
plus que le vulgaire,qui ne perd pas beaucoup 
en fè pérdant:mais vn Roy doit penfer, que la 
perte de fa vie,peuuapporfervne entière ruine 
Vageiiè. a tout fon peuple,cornel’au5sjadit cy-deflus* 
He la truif La truitté,la pcrche,& le brochctô, qui font 
f‘êrde. grandeur,&qu’onpefchedâsles 

Brechem, rapides, pleins de rochers, cailloux & 

pierres, qui pour ce regard s'appcllet poilTons 
faxatiles, appreftez en quelque forte & façon 



Dï i, A s ante'. 4(39 ' 
que Ce foit, HÎHit les meilleurs de tous, &c pour 
les rains, & pour les malades. - 

Ces crois diacrfés fortes de poilTons fe trou- 
uenc en beaucoup plus exceffiue grolîeur dans 
les grâds lacs: Les truittés & brochets mefme- 
tnécrSiqu ileny a quipefentplusdequarante 
ou cinquante Hures. Tels pomons d’immenfe romgrmi$ 
groireur^onttoafîoürsvne chairplus dure,plus 
ennuyeufe, & déplus difHciledigeftion, que 
les plus petits ou médiocres: & partant ne sot 
fi fairis, ni fi bons pour les malades. Ces gros 
poiflbns font meilleurs, eftinschalTez com¬ 
me on dit par les ehaffemarees, que-mangez 
fur leurs lieuSc. j n 

Pour rendre bonne & Cendre vne groffeper- 
che il faut qu’elle demeure mortifiée tout vh piffons. 
iour : autrement elle a la cKair trop ferme & 
trop dure. On aprelle ces crois furditspoijïons - - 
endiucrfesforces. Laiiuredelatruicteboiiil-' 
lie auec du vin-5c peu d’eau, fe mage au vinai¬ 
gre. En aucuns lieux on la fait apprefter aux 
pefcheurs quiy font vnefaulçe trefbonne. 

Vn des meilleurs apprefts du brocherc’eft â 
la (àulce d’AIemagne, commune auiourd’huÿ 
à tous les cuifiniers de France. 

On fait boiiillirlaperche.&lamet'-on auec 
dùbeurre frais fondu,duver-jus de grain,&vn 
peu de mufcade.Ses œufs fontvn bon manger, 
mefmemenc pour ceux qui font froids&im- 
puilîancs. On les coupe par le tnilieu,& les fait 
on griller feulement, C’eft enuiron le mois de 
Iuillet,quelefditcs perches iafchec leurs œufs, 

. Ggiij 


470 SSCT.III.OVPOVRTRAICT 
d’o;il naift vnc forte de petit poifTon,qu’on ap- 
iiirequM - pelle mirequantons en Sauoye, qui n’eft plus 
iont, grâdqu’vne cfpingle aucomencement qu’on 
le pefcherc’eft vn trcs-lriand& délicat mager, 
apprcfté à l’eftuuée entre deux plats. T cl poif- 
fon en fa bôté ne dure que peu deiours : Car il 
deuient incontinét vnpeu plus gros qu’vnfer 
d’efguillette,&lcrs il châgcdenô&debonté. 

Dans les grands lacs auuî bien que dâs quel- 
IWWe* quesriuicrcs fepefchentl’Ombre& l’Omble: 

poiffonsprefque de mefme grandeur &bonté; 
il font fort communs, au nobre des meilleurs 
poiflTons qu’on fçauroit manger. 

Mais ie donne quanta moy le pris en bonté 
à vne forte de poilso,qui viêt en tels lacs,qu’ô 
Terrxt, t(l nomme au pays,ferrat.C’cft vne efpece de bc- 
vnet[^ec 2 zoule, mais il eft vn peu plus grandjayant près 
e ezeu e. lôgueur, & quatre ou cinq doigts 

" de largeurj&pPdctroisbos doigts d’epefleur: 
on le fait griller de la mefme forte qu’vn ma¬ 
quereau enFrance: on le met puis apres das du 
i)eurre frais fondu,aucc le ver-ius de grain, ou 
yn filet de vinaigre &du perfîl haebé menu. 
C’eft tout l’Elfé que tel poilTon abÔdc princir 
paiement : on le fend par le milieu: la chair en 
eft auflî blanche que neige,& friablc,ou quife 
fnze(quâd il eft bonSc nô corrompu) comme 
vne miette de pain raftîs. 11 n’a qu’vnc feule ar- 
refte qui luy tiet tout le corps de mefme que la 
lole.Il n’y a poifsÔ ny de mer ny de riuiere qui 
foie fifauoureux, fi bô,ny fi fain.qufe ccluy-là, 
Onie fait auffi cuire en l’eau ,& le mange- 

onauec vne faucc au beurre, vcr-ius,& de bd- 


DE LA SANTE. 47I 

ncs ïierbes hachees menu. La chair en eft fêr- 
me,blâche,& delicatejauffi bié que des bezou* 
ies,qui sot prefque vue mcrme eipece dopoif- 
ibn, & auquel on donne le mefme appreftagc. 
Lelauaret.poiirondôt Rôdeiet,celebreper- Uu/tut. 
fonnage& mÔ precepteurjfait tat de cas,en eü: 
vneerpece : naaisileftencorembindrequcla 
bezoule, & c’eft merueille quelekoarecnefe 
trouue qu’au feul lac du Borgèc en Sauoye, Il 
eft fi bon&fi friand & tac recommandé,qu’on 
le crâfporce iufqu’à Rome eftâcmariné, ç’eft à 
dire defuêtré& confic.Pour le GÔfire ou «« 

ner on le tient au fël pair fix heures, puis on le 
fait bié frire dis de l’huilevierge.'onrabbreuue lesp'referacr 
en apres de vinaigre, dis lequel on a fait aupa- Ungtamt. 
rauant boiiillirdu poiure, dugirpffie, & delà 
canelle,&vn peu de fàffrI.En fin on l’enuirohe 
de feuilles de laurier & de myrte, fi on en peut 
recouurer. Bref cepoifso apprefté en quelque 
forte que ce foit eft vnfort délicat manger. 

Lecarpionqu'onpefchedànslelacdcGuar- u carfton. 
de fitué entrcBrefle & Veronne,cft de mefme 
vn des meilleurs & plus fàuoureuxpoiflbns 
qu on fçauroit mîger,aylt la chair fort tendre 
&d’vnebonc nourriture, en quelque maniéré ' 
qu’on l’apprefte: on marine auffi ledit poilso, 

& en fait-on vh trefgrid cas par toute ritalie. 

La loche eft vn bien petit poilïon marqueté ^^^oche, 
corne la truice.Onlefaic cuire entre deuxplats 
fansl’efiiétrerjauecdu beurfe,dU ver-jus&vn 
peu de poiure.C’eftvn délicat,-bo,& fain petit 
poilfon, qu’on pefeheaux lacs ou aux ruueres. 

' Gg iiij 


471 SECT. lîl. DVPOVKTRAICT 
les goHgtts Lcsgougeonsjditsen Gafcongnecrogants,- 
esi trogans. fontauflîvnebonnefortedcpoilfons, vnpeu 
plus gcadclcts, mais moins délicats qucles lo¬ 
ches : ils font pleins d’üeuFsj& alors ils font en 
leür plaine bonté:Onles magecommunemcc 
frits au beurré noiraucc le ius d’orange.’On les 
cuit aulïi entre deux plats : mais fort rarcmét. 

Tous lefdits poilfons de lacs,riuieres & tor- 
rentsrapides, font les poiflons les meilleurs, 
qu on puilîe donner aux fàins & aux malades. 
lu carpe. La carpeâyme les eaüxdes flcuues limôneux, 
elle s’engraiir^& deuient bône en femblables 
^ lieux. G’eft pourquoy les carpes de la Saône,& 

de la S cine,font beaucoup meilleures,quecel- 
' les des ertangs, ou d’autres riuicres, qui n’ont 
l^eau fi graffe, ny fi nourrili^nte ; ou il bonne. 
C’eft vn poifîon de nourriture pafi'able : & af- 
fez appctifiânf.ilTi’en fautnaanger ny fouuent 
ny beaucoup. OnThipprefte boiiillic aufeul 
vin,à i’eftuuée,&fritte. Ce qui efi: de meilleur 
- en la carpe e’clt la te{le,& entre les par ties d’i¬ 

celle,, les y eux & la langue font les meilleures, ' 
ôc enj'apres leurs-oeufs. 

lahrame. La/brame tient en bonté prefque le mefme 
rang que la carpe : il eft-vray que la brame a la ■ 
- chair vn peu plus délicate & fauoureufe, & de 
plus facile digeftion. On la cuit fur le gril, 

. ' puisonfay faitvnefauceau beurre,ver-jus& 

'bonnes herbes. . 

tanche. La tacheeftVilpoifibnmoindre quçlaçar- 
pc,(Sc que la brame 3 qui eft m vrqueccce corne 
vneplie.Sa chair eltfortyifcjueure& gluante, 
biénourriiraijte ; mais qui tngêdre vue grolîc 



Ï3E tA s ANTl'. ^ 47$ 

fubftance. On lafaitfrireàrhuilc,&rcftime- 
on eftrc d’vn,bon mangera la bouche, telle¬ 
ment qu’il y en a aucuns qui merme la mari¬ 
nent; mais il me fèmblc que tel poiffbn nemc- 
rite pas le mariner , comme fait le lauàret ou 
carpion , quila furmontent en toutes qualitez 
de bonnenourriture. • 

On couppe la tancheparle milieu,&rapçli- 
que-on loudain fouz la plante des pieds d’vn 
fébricitant, & fi c'eft vhe Heure intermittente, 
on en voiéfouuent de forphèureux fucccz.Àu- 
euns l’appliquent auflî fur les carpes des bras: 

V oila qu’elle eft fa propriété en la mcdecine. 

Le barbeau eft en fa bonté en luillet, Aouft le hxthetu^ 
&Septembre,alors qu’on trouuele ver- jus de 
grain, qui eft vn des principaux ingrcdiens de 
la laulce blanche,qu’on luyîait pour le rendre 
ban, plaifant & aggreable : mais c’eft en Vain: 

Car il n’y a fàucc qui puilfe faire fa chair ferme 
& folide,qui demeure toufîours fort mollallc, 

Gom e fl e’cftoient eftouppes,n’eftât nyde trop 
bô gouft,nydebonfuc,bi5qu’ellefoitautrc- 
mcnt biê blanche.Mais la blancheur n’accom¬ 
pagne pas toufîours la bôtéc&cefte qualité eft 
le plus fouuent abufîue & trompeufe. C’eft 
pourquoy il eft efcrit parle Poëte, bien à pro¬ 
pos. ^Ibdligujlrxcadunt^yaccimamgralegutur. 

C’eft encore pis,quand fouz cefte molle 
grade blancheur,on trouue cachée vne quali- 
téacre&maIigneenfesceufs,quitroublent& Oeufsdit 
agitentIanaturc,auecviolencé,tantparlevo- ^*’’*®^* , 
milfemcnt, que parle bas,en façon d’vn verfç ^’*^*’’*''** 



474 seCT.III.BVrttVRTllA.CT 

d’antimoine: s ils aduient qu inopinément on 
les mange,commeilpeutaduenii^eftât appre¬ 
nez & leruis â cable, par plufieurs qui ignorée 
les violentes proprietez euacuatiues qui font 
dans lefdits œufs.On fait cas, entre telleforte 
de poillbn , des barbillons de Loyreà Tours, 

& aiftres villes affifes fur celle riuicre. 

Ze mufnUf Le mufnier eft vn fi fade ôc fi peuvtile poif- 
fon pour la nourriture, qu’il ne mérite pas que 
nous en parlions plus auant. 

L’anguille & de mer & de riuicre eft vn ma- 
ger plus nuifible que profitable : d’autant que 
Ta. chair eft vifqueufe, quelle offenfel’efto- , 
mac, & les autres vifeeres de la nutrition, en- 
gendrantvnfang groffier. Or entre les anguil¬ 
les , celles qui font falées font meilleures que 
celles qui ne le font pas : d’autat que le fel leur 
ofte & confume leur fupcrfluë & excremen- 
teufe humidité. D’ailleurs entre les anguilles, 
il s’êtrouue de meilleures les vnes quclesau* 
treSjfelon la bonté des eaux où elles font prin- 
fes.OnprendfurlariuieredeLotenGaicon- 
gne, de petites anguilles qu’on falc, & qu’on 
cranfpôrte bien loin, pour en vfer le Carefme 
& autres iours maigres,tant elles font bonnes 
augouft:& n’eftant d’ailleurs à peu prés fi do- 
mageables à la fancé,que celles quine font pas 
fàlees, & qui font plus groifes. Quandon les 
veut manger,on leur fait donner deux ou trois 
boüiüôs dans l’eau,pour les attendrir & delfa- 
ler: On les mange en apres fans aucune faucc, 
cuiéles feulement & grillées fur le feu. C’eft 



DE tA SANTE. 475 

vnc viande fort friande &appecillàntc, prinfc 
auec modération. 

Les grenouilles font en fî grand vfage par 
toutes les bonnes tables en Carefrae, mefmc- nomlUi. 
ment en cefte ville de Paris, que ie leur ferois 
grand tort de les mettre en oubly : .on n’en 
mage que les cuiiTes i qu’on fait frire au beur¬ 
re , auec vn peu d’origan ou de menthe, C’çft Grunies 
vn très -friand, bon & fain manger, pour les propriétés 
afthmatiquesjphthifiques, & tabides, & pour ^ . 

tous ceux, qui ontbeloin quel humeur radi- des 

cal, à peu prés confumé par la grandeur S/CgrenouillesI 
longueur du mal, foitreftauré&remis. . 

Si on cuit leurs cuilfes dans vnbon bouil¬ 
lon de chapon, & qu’on le face en apres hu- 
mer , ce fera vn fouuerain rernede pour les^M«* 
phthifiques, & touxinücterees: Et mefmele- 
dit bouillon , en humeétant, prouoque vn 
bon & doux fommeil. On les cuit en outre a- 
uec l’eau & le vinaigre, pour en faire vne de-. 
codion, d’où on fe iaue la bouche pour 
douleur des dents. On fait de leur fcmence, 
qui commence à efclorre ^ & qu’on trouuc au reu- 

commencement du printemps plufîeurs . 

medes. On en tire vne eau par la diftillation ^ 

faitefelon l’art,qui n’apasfafemblable,[e- 2ermorrh*~ 
ftant appliquée extérieurement, ] pour ofter gies ou fiuis 
& efteindre toutes inflammations externes, de fang , de 
ophthâlmies , cryfipcles. Elle eft fingulierc i^ellepmtt 
contre les gangrenés , & mefmc contre 
rougeurs, boutons & enleueures du vilàge. f„gncg 
Cefte eau eft aufîî mcrueillcufe pour arrefter^i'«»fl«ï//(jr. 


47<J sect. III.dv povrtraict 
tous flux de sag immodcrcz des mamces:Voi- 
re fi on manie ladite glaire ou fcmence de grc- 
nouilles»auecvn linge de linafin de luy faire 
imprimer la fubftace de laditefemécede linge 
en apres eftant dcflcché & coupé à morceaux» 
puis appliqué dans la matrice de la féme,quad 
les mois coulent immodérément,par quelque 
caufe que ce foit,feruira de remede prompriS: 
foudain, & d’vn vray fpecifique, contre vn fi 
grand fymptome. Ledit drappeau imbu de la 
fufdite femence,mis en cendre,&icelle cèdre 
ou feule ou mixtionée de quelque autre rerac- 
decondenable, eftant portée ou dans la vuluc 
ou matrice de la femme, trauaiilée d'vne trop 
grande euacuation de fes mois, ou dans le tic- 
ge, contre le flux haemorrhoidal, celle cendre 
dif-je, monftrcrade mefmc vn pr5pt&fingu- 
lier efiFè<3b de fa vertu, en arreftanr foudain, & 
Tvn & l'autre flux immodéré. 

Ctntrela On afleure encore que leur fiel réduit cncê- 

fmnjmr- df donne auec du vin blanc,en dofe de de¬ 

mie dragme,à l’heure du quatricfmeacccz,eft 
vn fouucrain remede contre la fleure quarte. 

Hit l’enroolle les limaçons qui ne font au dire 

du comun,ny chair ny poiUon,au dernier rang 
de ma longue legêdc des poiflbns. En Italie & 
enGafcongne,on en fait plus de cas,qu’enFra- 
J ce: Car on tient en ce pays-là les limaçôs pour 

vne viande appetilfante Sc delicieufe, quàd ils 
' font bien appreftez: celle viande y eft fort co;- 
muncSc ordinaire,en lieu qucpluficurs cnFra- 
c.e ne Içauét que c’cil: & ont prefque horreur, 



- , I-A SANTl'. 477 

non d’en voir manger feulemét, ains d’en voir 
apprcfter. Ceux quine feroiencaccouftumez 
à voir manger des tortues, & tant de fortes de 
coquilles en feroicnt de mefmc. Mais les mé¬ 
decins qui iugeront comme les limaçons s’en¬ 
ferment dans leurs coquilles, qu’ils palîèrônt 
là tout vn hyuer fans manger, concluront que 
c’eft à caufe d*vn humeur vifqueux & radical, 
dont-ilsabondentjquifuffit pour les fuftenter 
. ôc conferuer-en vie : & par confcqucnties iu¬ 
geront propres, auflf bien qu’a fait Gaiien,à^^^^^V^^^* 
bien nourrir; voireiis font bons à fuftenter 
remettre en chair, fes einaciez ou atténuez & ^ 
ethiques,commeIefontauffi,& les efereuifles 
& les tortues, & autres coquilles qu’on appel- 
leteftacées. ^ , 

Les meilleurs limaçds,font ceux qiî’on préd /<»«# 

>^aux vignes, & autour déjs bayes. On les appre- itsmeilleurs 
fte en diuerfes faços.'C’eft qd’on les fait boüil- 
Ür dans quelque lexiue de ferment premie^re- 
ment, &ceâuecleurcoque,pour les bien net-”* * , 

toyer,& par dehors & par dedâs,de toute leur 
ordure: & faut les lauer aufli auant que les fai¬ 
re cuire, dans quatre ou cinq eaux. Puis eftans 
bien nets, il les faut faire boüillif fix ou fept 
heures,pour le moins, dans de l’eau, du fel, du 
beurre on de l’huile d’oliue, pour ceuxquiTay- 
ment : on y adioufte quelques fueilles de laU’f 
rier^ du thym, fcrpolet, & autres bonnes hec- 
beSjdc peu de poiure:& faut cuire ainfiJe tout 
à perfedion. On les apprefte de cefte forte, & 
cetappreftagceftaftezfîcil&cômun.C’eftvnc 



47* SECT.III.DV ro VS.TR AICT 
bonne viande &:^pcti(rantc:Et tant/en faut 
quellefoitde difncile digeftion,bié qu’en ap¬ 
parence elle foitglaircufe& totalement vifei- 
dc, craffe & mufeilagineufe:qu’elle aide plus- 
toft au contraire la concoction, en efehauf- 
fantreftoraach, & prouoquant mcfme l’aCte 
vénérien. Eftans boiiillis & tirez de leur coc- 
que, on les fait frire auffi aueç de Thuile ou du 
beurre: & les mange-onauee le ius d’orange, 
qui eft vn friand manger, pour ceux qui lai- 
ment, & qui y fontaccouftumez. 

A Milan on en fait tous les ans vn grand traf- 
fic : où on fe fert des cocques calcinées pour 
les teinélures. 

üiuêrf Leurs cocques dilToultes par le vinaigre di- 
etlletis re~ & réduites cn façon dcmagiftere, eft vn 
HL tèeqZL excellent remedepourlccalcùi,auffi bienque 
4ts la cocque d’œufs. 

Des chaux desvnes & des autres cocques 
calcinées à perfection, dans vn rcuerbcrc, & 
dulcifiées en petfeCtion auflî, par plufieurs la- 
uacres d’eaux, fe préparent [ en les méfiant a- 
ueclefci 4 lbeurre] d’exccllens rcmedes epu- 
lotiques & exfîccatifs , propres pour guérir 
cous vlceres, fi malings qu’ils foienc, comme 
auffi pour la curation des caruncules ou car-^ 
nofitez delà veffie, que Icfditcs chaux bien a* 
doucies, comme deflùs, peuuent confuraer Ôc 
ronger fans douleur , meflées & appliquées 
comme il faut. 


DELA S ANTl'. 


475 


DES CHOSES ^FI SEl^rEKT 
kl’a^prejtageyfauces^ (ÿ* ajfaifonnemenf 

des <vi^ndes, ; _ 

Chap.^VIII. 

P O V R bien apprcfter & aflaifonncr les vian¬ 
des donc nous auons cy-deuant parlé, 5c 
pour les rendre plus aggreablcs & fauoüreufes 
âugouÆ, on fefert de certaines chofes donc 
nous ferons cechapicreà part, pourmonftrer 
leurs particulières qualitez^& proprictez,tant 
pour ce qui concerne lanourriture des hom¬ 
mes, que pour ce qui couche à leur fanté. 

Ces chofes dont nous entendons parler, font 
lefcl, lefuccre, le poiure, lezinzembre, le 
cloudegiroffle,icsnoismurcades,lacanelle,lc ** 

feffean, qui font les meilleures efpiceries : le 
miel, l’huile, le vinaigre, le ver-jus, de Ivric 
defquelles chofes, Oudeplufîeursenfemble, 
tous cuifîhicrs & patiffiers fe feruentneçeffai- 
rement pour l'appreftage & alfaifonnemcnt ^ 
de leurs viandes. 

Le fel eft de qualité chaude & feiche, ayant 
vertu detcrfîue, diffoluciue, purgatiue, refer- vert». 

rance ouaftridiuc : & c’eft pourqùoy en con- 
lumant les hümiditez fuperfiuës & excremen-i . 
teufes de beaucoup de chofes,foic chair, poif. 
fon ou fruids , il les conferue de la corru- 
pcion: Ët pour cela il edvne des chofes les plus 




480 SECT.III.OV POVRTRAI CT 
ncccffaires pour l’vfage des hommes, & de la¬ 
quelle on ne fepeut nullement palfer: outre 
qucc’eftlcfeulfel qui fcrcde bienallaifonner , 
toutes viandes, qui autrement feroient fans 
bongouft &faueur, & fans lequel la plufpart 
d'icelles feroient plusfubiettes à fc corrom¬ 
pre dans nos corps. 

D'où il appert que c’eft chofe tref vtile &ne- 
ceffaire,que le fcl,pourlaconferuation de 110- 
' ,, (îrevie&mainticndenoftrcfanté. Cequieft 
. „ d’humideennos corps, dit Galien (parlant du’ 
fel ,liurexi.desfacultczdes medicamensfim-^ 
,, ples)illcconfumeaucunement: ôc ce'quieft 
„ de fubftance folide, il le referre par fou aftri- 
„ dion: & pourtant il garde de putrefadiô tou- 
„ te chair qui cft faulpoudrée & confite de luy. 
„ tellement qu ilconcludfur la fin, que l’vfage 
„ du fel n’eftpasneceffaire auxehofes efquclles 
,, il n’y a aucune humidité fuperflue, cojume au 
„ rniel,& aux chofes qui ont le corps folide,cô- 
„ me les pierres : mais bien ledit fel eft vtile & 
hecelfaire à toutes les chofes (adioufte-il) qui 
„ fontfufpedcs de pourriture. Or il y a peu de 
viandes, qui ne foient fubiettes à corruption, 
par confequent le fel eft prefqueneceUaireâ 
toutes: & cen’eftpasfans caufe,qu’vn Poè¬ 
te a eferit ces vers : 

"Kampipit efc/tmalè^e^uKdatur abfquefitle. 

£mur po<- fommes entrez en ce difeours,exprès 

fou-pour combattre l'erreur populaire d'aucuns 
ehant^ U fel qui fc perfuadent, &. veulent faire croire à vu 
réfuté. dhacun, que le fcl cft beaucoup plus nuifible 

que 



DE lA SANTE'. 481 

que profitable à la fan té ; voire plufîcurs en ont 
cfté ccllement charmez, qu’ils n’oferoient man¬ 
ger du pain falé, ny prefquc mettre vn grain de , 
lel dans vn œuf: ce qui eft trôp ridicule, Sc hors 
deraifon. 

Noüs tenons donc qu’il eft bon de laler mé¬ 
diocrement la viande, non feulement pour la 
rendre plus fauourcufé au gouft, ains d’autant 
queicki emj)efche la corruption en defechant 
fonhumiditéfuperfluë : qu’il l’attendrit, qu’il 
ofte la fadeurd’icéllc , & empefchclcdegouft, ' 

qu’il âiguife l’appetit, ayde à la digeftiqn,& fert vUndu, 
mcfme à l’expulfion. Et c’eft pourquoy on en 
vlèordinairement, dcauxclylleres &auxfup- 
pofîtoires. 

Nous ne voulons pas inferer par cela, qu’il 
nous faille nourrir toufiours & fans modéra¬ 
tion des chofes fàiées, qui nous peuuèntinciter 
à trop boire, ce qui eft noifîble : Ee-'mcfme qu’il 
ne faille auoirefgard aux complexions des per- ohfetutttîen 
fonnes,dc à plufieurs infirmitez, aufquelles elles Vvfagt 
font fubietles, & aufquelles l’vfàge du le! ne dufeî. 
doit eftre fi librement, ny libéralement permis: 
qu’ilncfaille^aire en outre diftinction des vian- , " 
des, les vnes eftans propres à eftre falees,les au¬ 
tres non : Et qu’il y doit auoir auffi differencéi 
du temps. Car toute viande falee de longue- 
main ,& delfechée ou parfuméeà lacheminée, 
s’endurcit, quand elle feroit de nature molleren 
lieu que celle qui eft dure & de fubftance crajOTê, 
s’attésdrit eftantfaléefrefchcment, & de* peu 
deiours : comme on laie aux bonnes tables le 
Hh 



SE CT. I II. DV PO V R. TR AI CT 
bœuf, âuant qu’en feruir & donner à manger, 
deux ou trois iours feuiemenc, pour le rendre 
plus tendre, fauoureux &c meilicur.Ce que con- 
Liu.xtJtt firme Galien, auliure allégué cy-delFus: Les 
animaux , qui ont vne chair excrc- 
raenteufe, font propres à eftre falez. Or nous 
J, appelions excrementeux, ceux qui ont vne hu- 
JJ midité pituiteufe , de laquelle ils font renduz 
JJ humides. Aëce parle vn peu plus auant des dif¬ 
férences & qualitez de toutes viandes falées, 
quelles qu elles foient :& voila ce qu’il en dit: 

„ lin y a pas vne petite différence entre les chairs 
„ falées, félon que quelquesvnesfefalent. Car 
„ bien fouuent il s’y trouuc vnfi grand change--. 
,, nient, que la chair falee d’vn animal, qui fera 
d’humide tempérament , fera beaucoup plus 
,, feiche que celle d’vn autre animal, qui fera de 
^jUaturefeiche^ & ne fera point faIée.Lemefme 
âutheur môfke apres,quelles chairs sot les plus 
^ falées: Celles , dit-il, qui font 
„ molles&excrementeufes,ou qui abondent d’v- 
,jhe humidité fuperfiuë. Et aprcsauoirdemef- 
me enfeigné quelles, chairs & viandes nedoi- 
- ucntpaseftrefalées, d’autant que le fel les ren- : 
droit trop dures ôc de difficile digefl:ion,il mon- 
'Ijre rvtilité de celles quidoiuenteftre, & qui 
fontà propos falées ;en concluant fon chapitre, 
j> comme il s’enfuit : Or les chairs qui font pro- 
■ jjpresà eftre falées, fbntrcnduës plus fubtiles Sc 
>»tenucs,&parcemoycneftansmangées,nere- 
,, tiennent leur grolTe&vifqueufefubftanc<| qui 
}} eft atténuée par le fel. Au reftexoutes chairs de 



DE tA SANTE'. 485 

longue-mairi fàiées,ne peuuent eftre que vitieii- 
fcs. Ge que nous auCKisdef-jadef-approuué & 
condamné, comme chbfefort nuinble& darf- 
gcreufe, principalement quand on en vfe conti¬ 
nuellement. Mais pour en vfer par-foisfobrc- 
ment, elle eft tolerable. Voyez, comme louons 
iâdit cy-deuant, ce que ce grand perfonnagc 
Marfîie Ficina efcrit des viandes falées & elpi- 
cées enfon liurede Vitd càlttus comparanda. Et , 
vous trouuerez qu’il condamne autant que moy 
rerreur populaire. ' 

Quand aux grands & diuers remcdes qui fe ti¬ 
rent du fei:& pour y faire mefme voir clairemét 
les trois diuers principes,dot toutes chofes font Treisfuh 
comparées: à fçauoir,fon crprit etherée,merca- 
rial,acide,&vicriolique: &fonfbuphredoux'** 

& narcotique : outre la fobftànce foline, dont il 
abonde le plus : Il faudra^voir ce que nous en 
efcrinons en noftre Tetrade , qui deüoit eftre 
imprimée auant ce petit traifté Diætetic: mais 
quilefera, Dieuaydantjpourlafoireproçhai- 
ne, où nous renuoyons le Lcéteur. 

Apres le fel,l’vfage dufuccre eft en grand 
me,tant pour l’affaifonnement de plufîeursvia- 
desoùileftpropre,qucpoürettcôfire&cofcr- 
uertoutesfortesdcfruiéfcs.SiievouIoisfpeci- 
fier le tout par le menu, ie n’aurois iamais fait, 
le ne trouue pas que les anciens médecins, 
c^me Hippocrates & Galien mefme,en ay et eu 
cognoiffance,pour n’en auoir aucunement par¬ 
lé;-Il cftoitenvfàgc du temps de Paul Ægine- 7 de 
te, qui en dit en pallànt quelque mot. Au refte, Umidesitti, 
Hh ij 


48+ SECT.III.OV POVRTRAICT 
die il, le fuccre apporté d’Aiabie l’heureufe, 
„ n’cft pas fi doux que celuy qui tftcnftosquar- 
tiers : toutesfois il a vne vertu &: force égale au 
„ noftre, à ce qu’il n’cft point nuifible à l’efto- 
„ mach, & s'il n engendre pas laloif,commefait 
3, knoftre.Carileftdequaîité eluude>& le tour- 
„ ncayférnentenbile. C’eft pourquoy ien’cnap- 
,, prouue pas l’vfage que le moin^i qu’on peut. 

It fuecre Tous les grands mangeurs de fuccre & de 
^^**^* 2 " confitures, fe bruflent le lang, & font commu- 
altérez, & leurs dents s’en corrompent, 
eitUsdms. & en deuicnnent noires: Il cft principalement 
nuifible auxieunes gens, & qui loncd’vne com- 
piexion ekaude & bilieufe. L es Arabes nous 
ont introduit les premiers l’vfagc du fuccre en 
îainedecinc,aueclequelonpreparcdiuersfy* 
rops, & infinies compofitions, qui n’eftoient en 
vfage du temps des anciens.. 

Sueereen Le fuccre fouz fa blancheur cache vne gran- 
/♦» *«<«• denoirceur, & fouz fa douceur vne acrimonie 
> & qui égale celle de l’eau fort. 
iu'vnt tM V oire il s’en peut tirer vn dilfoluent, qui diffou- 
f$it, , dral’or. 

Ceux qui ont mis la main à l’anatomie inter¬ 
ne des chofes, & qui pénétrent plus auant que 
l’cfcorce, en peuuent parler, non pas quelques 
vns qui y penfent cftrc fçauans, & n’y enten¬ 
dent rien. Telles gens doiuentcftudier en l’ocu- 
urc que Ifaac Hollandois a faite du fuccre: la 
bien méditer & en apprendre fa pratique : Et 
quâd ils y ferôt bien verfez & vfitezjils en pour¬ 
ront dire des nouuelles : iufques alors Us uronc 


485 


DELA S A N T b'. 
mîeax de fc taire. 

Nous auons cy-deflus mis les oliues au 
nombre des fruits : mais nous nous fommes 
referuez de parler de Thuile qui en prouienc -D® VhmU 
en ce lieu, comme chofe quifert pour ^ 

fonnemenc de plufîeurs viandes: i fçauoir, à 
frire ôc à cuire en diucrfes façons , les oeufs, 
les poiffbns , & autres viandd’s de Carefme_, 
aux lieux principalement où on ne recouure ^ 

point de beurre : feruant aulîi à faire toutes 
fortes de lalades , de rofties , diuers gatcaux, 
potages , faugrenées : breflVlagc de l’huile eft , 
grand ôc ncceflàire, pour apprefter beaucoup 
de viandes. 

le fçay que le gouft êc la fenteur de l’huile 
cuit, defplàift à d’aucuns : mais il y en a plu- 
Ûeurs autres quil’aymenc, mefmes quand c’eft 
vn bon huile vierge Ôc fraiz, tel qu’on nous en 
apporte de Prouence, Languedoc, voire d’EA 
pagne. ^ , 

Pline recommande fur tous huiles celuy d’I¬ 
talie, quiprouientmcfmement en Licinec. Et 
Athencé fait cas principalement de l’huile Sa- 
mienne, Caricene, & Thurienne. Ce font tous §iueUeflôi?t 
bons huiles ,’ aufquels ceux de noftre France 

ne cèdent-en rien en douceur & bonté; Et tiens 

V 1 r L I -i ctenmmt» 

quant a moy leur viagc beaucoup plus vtile 

& necelTaire que le beurre, tant pourferuirà 
l’appreft Ôc alfaifonnement de diuerfes vian- 
des, que pour ce qui concerne la lante , qui fitahlt, ' 
eft le principal. Car l’huile refîfte mieux que 
le beurre, aux putréfaction? : Le beurre fc cor- 
H h iij 


SECT. IM. DV POVRTR AICT . 
rompt bien- toft s'il n’eft fondu ou fale : Et 
rJiuilefe conferue longuement de foy-tnefmc, 
fans fouffrir alteration: Voire c’efl: vn Antidote 
& preferuatif, contre les plus grands venins & 
corruptions, & il cil l'ennemy capital de toute, 
vermine, foitprins au dedans, foie appliqué au 
deliors, en ondions ou linimens. 

Les vieux & grands Seigneurs, anciennement 
s’oignoient le corpsauecThuile, pour lacon- 
feruationdeleurfanté. C’eftpourquoy Demo- 
crite eftant interrogé vn iour de dire le moyen 
Dire de qu’iLtrouuoit le meilleur pour entretenirrhÔ- 
Democrite, me en pleine fanté, &, le faire viure longue- 
femarqm^ xnenti refpondit quec’eftoit d’vfer de miel au 
** dedans, Se au dehors d’huile. M,ais nousa uonS 
iadit quc fhuilen’eftpas moins vtile prins par 
dedans, qu’appliqué parle dehors : foit en l’ap- 
preft des viandes-, foit qu’on en prenne autre¬ 
ment par la bouche, ou tout fêul ou méfié aucc 
autre chofe conuenable: comine eft le ius de 
limon, par exernple,qni fert eftantainfîmixtio- 
fretekllrs ^ à bokc en dofç d’viie ou deux on- 
contre les vermines qui tijàuaillent fi fort 
l'huile, par-fois les petits enfans, qu’ils en font au ha¬ 
sard deleurvie. Quandauxdiuersremedes ex¬ 
térieurs dont on le fert d’huile d’oliue, comme 
de baie & fondement, ils font infinis ennobre: 
& celle matière fe doit referuer pour noftre' 
pharmacie, ouonverrainfinisbaulmes,&au* 
très diuers remedes, vtiles & necelîàires, com- 
pofezaueçiceluy. ‘ 

2?« vinni. Le vinaigre & le ver-ius, feruent auffii di- 



DELA santé'. 4^7 

uers appreftsScaiTaifonncmcns des viandes; 
ne peut-on faire bonne fauce & appeciflante, 
que l’vn ou raiicre n’y foie employé., ’ 

Nousauons cy-deffûs, furfacidité duius de 
limon, remonftré les opinions diuerfes des mé¬ 
decins, fur les qualitezdu vinaigre, cftant efti- 
nié des vns froid, Sc des autres chaud : & auons 
dôné la folution à cefte queftion, le tnieux qu’il 
nous a cfté poffiblc. C’eftpourquoy nous n’en 
parlerons pas d’auantage en ceft endroit , & 
nous contenterons de dire, qu’on l’adidufte en 
plufîeurs viandeSjd’autant que c’eft vn des prin¬ 
cipaux efguillons del’appetic, 5cqui eft outre 
cela profitable, à incifer,ouurir ôcdefopiler : à Vertu du 
çoütempcrer l’ardeur de labile: empelche^n'^^w^^re. 
outre la corruption, ay de la digeftion aux efto- 
machs mefmement qui font trop chaudç : & 
d’auantage il eft fort necefTaire en temps de 
pelle, pour feruir d’vn grand preferuatif : mais ^ 

il,en faut vfer auec modération 8c confidera-4“* 
tion : Car il n’cft fi propre aux ge^is vieux, 
grès & fecs, qu’aux ieunes, & qui font plétho¬ 
riques. Il offenfe les parties ^erueufes, ôc la ' 
poiétrinc en efmouuantlatoux. llyadesfem- 
mesfubieélesauxmauxdel’amarri, qui s’en of- 
fenfent foudâîn. C’ellpourquoy ii en faut vfer 
auec diferetion, voire en le corrigeant & con- 
tempérant, auec dufuccre&autreschofes. 

Le ver-jus fert de mefme à aiguifer l’appétit. Vertu ^ 
contemperer le fang & l’humeur bilieux : ^ 
fert par confequent, aux complexions choleri- 
ques, êc à ceux qui font atteints de maladies 
: H h ilij 



4^^ SECT. riI.DV POV RTR Aie T 

chaudes. Les vieilles gens, & les perfonnes pi- 
tuiteufeSjCn doiuent moins vfer; on fait du vet- 
jus en grain:, vue confiture propre à defaltcrer, 
& fort vtile à tous febricitans. Et quant au vi¬ 
naigre,' outre ce qui en a elle dit, on s’en fert 
Diuersfe'’ medecine, en diuerfes façons. Dn en 

dutZli^rJ faitdiuers oxymelsrle lyrop aceteux, & les oxy- 
en U mede ’ oxyrhodins, & autres remedes internes & 
(ine. externes, dçfquels nous traitterons de mefmc 
ennoftre pharmacie reftituée, comme en fon 
proprelicu, . ' 

Il nous refte pour conclurre le chapitre de 
Tappreftage Scâliailonncment des viandes , de 
chofesaromatiques, ou des efpiçe- 
generti . ^ lefquelîes ny les cüifiniers, ny les pa- 

tilîîers mefmement, ne feauroient faire ny bon¬ 
ne patilTerie, ny bonne cuifine. 

Il eft vray que le principal point de lcur me-. 
(lier gift en ce qu ilslesrçachent bien mefler & 
proportionner, & qu’ils ayenc foin d’apprefter 
leurs viandes félon legouftde ceux qu’ilsfer- 
uent, &leslieuxoû ils font. CarenAlemagne . 
on efpice & faffrane beaucoup plus la viande, 
qu’en France. Et en France mefmes il y acer- 
- tains lieux où on eipice les viandes plus'aux vns 
qu aux autres. Et en celail faut s’accommoder 
. au naturel despérfonnes, en les efpiceant plus 
aumoins. Voire il y en a qui ayment certaines 
eipices , plus que d’autres. Il faut auilfi que le 
temps ferue aucunement de guide aux maiftres 
pacilïïers. Carshl eft queftion des paftez deye- 
naifon, & qu’il les faille tranfporterloin , com- 



®E L A S ANTE^ 489 

meiladuientfouuentnllesfaut erpicerplus lar¬ 
gement que de couftumc pour les conferucr 
plus longuement. 

le commenceray parle poiure, entcndâtpar- 
1er du noir & du rond, qui eft le plus commun, 

& qüe le vulgaire cftime la plus chaude efoice, 
ce qui eft caufe que piuûeurs en craignent i’y- 
^^ge- ' - 

le tiens le poiure quant à moy pour la meiU 
leure & plus laine de toutes les efpices, voire 
des moins efchaüffantes. Car celle grande pic- 
quante ou poignante qualité du poiure qu’on 
aperçoit au gouft & à l’acrimonie qu’ifiailfc à la 
langue, luy procédé d’vn fel A ronique qu’apcl- 
lent lesGhymiques fubtil & penetratif,qui inci- 
fe, atténué, & dilTould par çonfequent,tous tar¬ 
tres & vifeiditez & de l’eftomach, & des autres 
partics;qui eft la caufe que les anciés Font trou- ' 
ué mefme propre pour la guerifon des fleures 
quartes ,& autres diuerfes maladies. 

Vous trouuez dans Aëcc vnc antidote de deux ^ 

fortes de poiure, de là defeription d’Archige-e/ 
ries, oftantla douleur, appailknt&terminantla 104 . 
fleure,defeichant &cuifant les humcurs,&pro- ABuar.liB, 
pre auxcoliqueux, comme il l’efcrit. Aâuarius 
deferit en foo cinquiefme liurede la méthode „*,.”** * ^ 
de medeciner,vn Antidote faite des trois poi¬ 
ntes , bonne, comme il dit, pour les eftomacs 
debiles : contre les rots acides, la fleure quarte, u 

les affections du foye , les inflations &Ia toux. 

■Nico/rfaj 7y^y)r/)/w fait mention & deferit le mef- 
meancidote &leditpropreauxmefmes mala- 


490 SICT. III. DV POVRTRAICT 

dies. Plufîeurs maintenaiic tiennent pour vn 
fouuerain &prompt remede, des Heures inter- ' , 
Vhuilt du init;tantcs-,delafienrefiercemermement5rhuile 
ImZ’uu qu’on extrait:, par artifice chymique du poiure; ^ 
ZTfilullT en ddnant quelques gouttes d’iceluy^dans quel- 
inUmittâ- que liqueur propre &conucnabie: ledit huile 
ayant vertu de diffouldre les diuers tartres ou , 

font contenus les fcminaircsdcfdiârésiîeures: 

& en diflîper & arracher la caufe, & la faire eua- 
^cuer par les vrines, ou parles fucurs ou autre-? 
trement: Bref on envoitde belles & certaines 
expériences, mefme contre la fieure quarte. - 
On donne aulEcommunemét pour les dou- 
" leurs & inflations de l’eftomac, trois ou quatre 
grains de poiure entiers, ou partis parle milieu: ■ 
dÔtonfe crouueallegé:auffibien que des grains 
de gcneurc, qu’on fait auallcr à mefmes fins: 
voila les vtiiitcz du poiure. 

Le zinzembreeftrefpice qui approche le plus 
du naturel du poiurc:mais il eft de fubftacc plus 
dl'fes'fr^ cralTe ,& ne pénétré pas ny ne fait fon action fi ' 
^rUtez, toft ,&fibienqueIcpoiüre : quiafa fubftance 
plus fubtile & tenue. Ç eft ce qu’en difent Aëce 
Æî tetr r. ^ Oribâfc en ces mp^s : Le zimzembfc eft vne 
ferm. t. racine fort efchauffaiite , non pas de premier 
Oribaf.me- abord, commelepoiure, dontil appert, qu’il 
dicxolleEt. îfa pas les parties fi tenues & fubtiles que le 
poiure. Ledit zimzembre participant aùffi d’vne 
»> vertu piquante & vellicante , apar confequent 
3> vne vertu difeutiente, atténuante, &aperitiue, , 
& vaut contre les obftrudions & douleurs de , 
»j foye,comme aulfi contreles Heures quartes, & 


DE LA s ANTî'. 45>I 

telles autres maladies. Myrepfus defcrit deux 
Antidotes,qu il nomme Aatidotes de zimzem- Myrepf.lifil 
bre, en fonliuredes Antidotes,au chap.46a. & desAntidêK 
470, & dit cefte derniere eftrc-bonne aux apo- 
plediques , maniaques & quartenaires. 

Chymiques en fontvn extraiddiaphoretique . 
merueilleux, que nous defedrons en fon lieu. 

On tient les gtrofïles entre les bonnes efpices: . 

on n’en vfc pourtant eftant poudroyé tout feul, 
ains meflé auec les autresaromatesrmais on s’en"' 
ièrt eftant tout entier en plufîeurs apreftages & 
viandes.Pour exemple on en entrclardeles coqs 
d’înde, les darnes ou quartiers du faulmon, Sc 
plufîeurs autres oyfeaux&poillons. On en afîai-* ™ * 
fonne de mefmejeftant tout entier,plufîeurspa' 
tezen pot,& autres diuerfes'viandes. 

Quanta leurs qualitez&proprietez cnlame- 
decinc,lesgiroffles font plus oléagineux & plus Leuts pro^ 
efehauffants que le poiüre mefme, defquels on prietex. ê» * 
tire vne huile, qui a la fubftancc &: fes parties 
fort cralTes fur toutes les autres huiles des aro-*”*'^"*”** 
mates:aufli va-il au fonds del’eaUjen lieu que les 
atKresyfurnagét.C’^ft pourquoy ileft fi eichauf 
faut, & que fa chaleur dure fîIonguement,qu’il VhmU At 
en eft prcfque cauftique. On en vfepoutappai- 
ferla douleur des dets.Et pour fin terieur on en 
met quelques gouttes hors lefeu, dans quelque famdttâus, 
eleduairefolide, ou auecquelques gouttes d’i- a quey fert 
celuy on en frotte les tablettes ia toutes faites, l'huHedt 
auec vne plume exterieurementreontre les cru- 
dites &ventofités&indigeftions deseftomacs , 
debilesjc’eft vn prompt 6 c excellent remede. 


491 ssct.III.dvpovrtraict 
t>éU w»- Lamufcadc cftvne elpice des plus tempérées 
(i0iAe, & ftomachalcs : on en fait v n huile par expre& 
fion& diftillationà mefmesfins. 

N oftreCanelle, qu’on dit en Latin, 
mile, tnèmen , eft fort differente du vray cinriamomc 
des anciens. Galien eferit enfo» premier liure 
des Antidotes comme 'il fut contraint du règne 
de Seuere TEmpereur, iuy ayant commandé de 
difpenferktheriaque.&defe feruitj (pour n’en 
pouuoir rccouurer d’autre) du cinnamomequi 
auGiteftéreferué dés le temps de Traian& À- 
drian.Cc qui demonftreafleZjquele vray cinna¬ 
mome eftoit dés ce temps -là fort rare : & ne fc 
faut eftonner fi nous n’en pouuons recouurer 
maintenât.Maisnoftre canélle peut feruir corn-^ 
modément en fon lieu : & les anciens en ont 
mefmc préparé leurs remedes, comme le ferons' 
^àel»el^ voir par Myrepfuscy-apres. Or pour parler des 
^ * qualitez, propriété^ & vfages de noftre canelle, 

elle eft d’vne fubftance fort tenue,&a fes parties 
bien fubtiles, & par confequertt eft la moins 
efehauffante entre les efpices : Mais d’autant 
qu’elle a vne aftriétion cpijioinde en foy, elle 
n’eftfiifEfantc feuled’afiaifonner, & bien efpi- 
cer vrte viande, comme fait le feul poiurc. En 
• Ja méfiant, pourtant auec d’autres efpices en 
certaine proportion : on^en fait vne compofi- 
tion fort bonUe au gouft, & la plus faine de coû¬ 
tes efpices. On vfe en outre en certaines viandes 
de canelle fans autre chofe,comme par exemple 

on entrelarde quelques fruiéts, comme poires, 

pommes, & femblables, dont on fe veut feruir 


DE lA santé'. 491 . 

en compose, ainfî qu’on entrelarde auec des 
doux de girofles quelques viandes, comme i’a- 
uons dic-cy-deflus'. La canellc cft auffi propre 
entre autres efpices, à faire des vins hippperas, 
qu’onappelie, où onadioufte dufuccreàprb- 
portion, qui rend i’hippocras doux &plaiiant, 

& propre à efehauffer médiocrement lesefto- 
macs debiles en hyuer, corne dirons tantoft. La 
cdymienousaapprins de faire diuerfes eaux de 
candie qui en retiennent le nom, dont l’vfage Dîuers tu 
eft fort frequent, & d’en tirer auffi l’huile c^i medes^uiÇê 
cft de qualité fort tcnue,fort cordiale&{l:oma- 
chale, & corroboratiue: niais on en dre peu, 
d’autât que cefl e huile eft fi aërce,& de fi fubtilc 
eflence, qu’il eft difficile fans grande induftrie, 
de la pouuoir extrairc& feparer de fon eau. C’eft 
pourquoy on fc coutente de faire plufieurs for- 
tes d’eaux dé canellc, propres àfortifier le coeur, «eUffrpfrts 
l’cftomac, & toutes les parties nobles. Onen 
donne auxfoibléfres,fyhcopes,& lypothyrnies: 
aux choliques pour diffiper les vents: aux fêmes 
grofles pour accélérer l’enfantement : aux Epi¬ 
leptiques & apopleétiques, pour les cfueiller dç 
leurs paroxifmes. Nous enfeignons ennôftre 
pharmacopœe de faire de laditte candie plu- 
lieurs beaux remedes:& en empruntons d’icelle 
quelques vns qui feront inferez fur la fin de ce 
prefenttraiélé. 

Myrepfusdcfcritquatreantidotesdelacand- D/»e« 
le en fon liurc des Antidotes Seétion première: 
l’vnc au 40, chap.qu’il dit eftre bonne aux ft'ran- ZtmltuU 
gurics ou diftiUation d’vrinc goutte à goutte, deUtJtuUi 


494- SÏCT. III, dvpovrtraict 
èc aux grauelcux,& tourmentez de calcul, voire 
mefme contre touslcsmauxdelavefcie : telle¬ 
ment quelle brife les pierres, & les chaire hors, 
cbmmçil Tefcrit en mefmes termes. La fécondé 
cft defcritcau chap. 467. qu’il dit eftrc appel- 
- léedesItaliensmaittdeDieUjlaquelIeilditeftrc 
cxcelIenteGontrclesdefFâUtsdecœur,&rimbe- 
cillité du corps, cftant donné auecvn bon vin. 
Tout en fuiuant , il en deferit vn autre propre 
cotre la douleur de l’eftomac, le vomiiremét. 

La quatriefmecft efcriteauchap.5o6;du mefme 
liure, qui eft laxatiue, fert aux toux, pleurefies, 
& à ceux qui ont quelque abfcez dans le corps: 
àceuxquifont fubiets à diftillations , auxob” 
ftruétions de la ratelle,du foye & des vifceres:& 
fait comme il conclud, la fanté.de tout le corps. 

, Mais-^^qui conférera les ingrediens &compofî- 
I *^ionsdefditcsAntidotes,aueclcseauxfimpIes& 
compofées de canelle, que nous deferiuons en 
neftre ditte pharmaciéi§: qui vdudra fainement 
- mger des effeéts, il verra clairement combien 
&exccllents lesprnemens , qucla 
chymie donne àlaprtparation des remedes, Sc 
combien ils font dignes d’eftre feeuz Sc recher¬ 
chez, non melprifez ,.comme ils font par quel¬ 
ques vns'làns cognoilFance de caulc. 

relie à parler du lâfFrah,efpiccrie dont 
^ Appreftage des faulces, de beaucoup 
deviandes. L vfage en eft grand fur tout par 
toute 1 Alem^gnc, iufques à en làffraner & iau- 
nir en beaucoup de lieux le dehors dupainrila 


DE LA SANTE'. 495 

vertu de refîouirle cœur : conforte Tcftomac & 
les vifceres de la nutrition : deliure d'obftru- 
dions, 5 c le foye, & la rate: prouoqueles mois, 
meflé dans vn bouillon où les racines aperitiucs 
auront cuit : il induit le fommcil : mais il lé faut 
garder d’en vfer en trop grande quantité: car ex¬ 
cédât yne ou deux dracmcs,fànarcotique odeur 
& qualité, offenfe lecerueau d’vn cèlaflbüpir- 
femenc, qu on en pourroit mourir. 


DF MAnGE\ rAnr 

tcitx que medicatnenteuxypropres ^ tout 
mttUdes , ajfaiüis de quel¬ 
que mal que ce 
foit, ' 

Ch AP. IX. , 

N O V s allons cy^defliis traidé alFez fîmple- 
ment, & tout autant, qu'il eft requis pour 
la vie, voire plantureufe des hommes, tous les 
alimens : foit herbages &fruids, foit chairs & 
-poifsôs: i^ns auoir mefmc oublié,ce qui eft pro¬ 
pre 5 c necéflaire pour leur appreftage.Tellemec 
que nous craignes d’eftre acculez par quelqu’vn 
en ce quauons mis enauant tant de fortes-de 
diuers mets, & leurs diuers ajjpreftages : diucr- 
iitez plus nuilibles -à lai'ante, que profitables.* 
chofe par confequent mal feante au ftiiet que 


49^ SECT.III.DV POVRTRAICT 
nous traittons, qui doit parler d vnc bonne & 
rciglée façon de viure,& non d’vne Tuperfluc êc 
delmefurée. A quoy nous rcfpondons auoirja 
procetté & déclaré ailleurs, que noftre principal 
DUC & intention a efté de propofer, non vn régi-, 
inc de viure particulier feulement,ains vn gene¬ 
ral Diæcetique, auquel tout ce qui appartient à 
cefte matière fuft vniuerfellemcnt, & bien au 
long compris. 

. En traittant pourtant de toutes ces diuerfes, 
Tçrtes de viandes,&de leurs diuers appreftages, 
nous n’entendons pas qu’on vfe à la fois de U 
plus part d’icelles, ou qu’on en doiue emplir les 
tables: lafobrietéeftanttoufioursplus proche 
l>iuirfité de la fanté,que l^intemperace. C’eft auffi ce qu’a 
dit viandes voulu dire Pline ( côme l’auos allégué ailleurs) 
nuifible. J cfcrit, que le fimple mànger,ou qu’vnc 

iîmplc & feule viande eft très-vtilel toute per- 
lonne. Que fila variété ou diuçrfitéeft aggrea- 
blcjil faut toufîours obfcruer qu’il y ait quelque 
rapport,lymbolc ou relTemblancc d’vne viande 
d fautre. Car les chofes qui font diflèmblables, 
comme le témoigné Hipp ocrâtes, eiixieuuent 
grand combat & ledition, lors que les vnes font 
pluftoû, les autres plus tard,cuites> digerees, & 
diftribuces par tout le corps. 

Quant au poinék des appreftâgcs,qu’on pour- 
roit cenfiirer demefme, en alléguant que cela 
lent plpftoft ,quelque bon cuifinier qu’vn bon 
médecin : Nous refpondons qu’il n’cft hors de 
1 office d’u médecin de fçauoir,en cas de befoin,- 
bien apprefter & altailonner les viandes,par lel-i 
quelles 



DS lA SANTE'. 497 

quelles il pourra & fçaura aiguifer i’appetit de - 
praué de plufîeurs malades. 

Que fi de rechef on mec en auant telle chofe 
cftre vile& indecente,corne appartenante à l’art 
de cuifînembus répliquons, que plufieurs grads 
Princes, Senaceurs,Philofophes,&autres ccle- 
bres perforihages antiques, ontefté hautloiiez 
&prifez, d’auoirfçeumectrëlamain vartAecui^ 

ne, & à tels délicieux appreftages, tant ledits»#, 
arc eftoit anciennement en grande recomman¬ 
dation &eftime: & comnie adiouftcvndo( 5 te 
& grand peribnnage moderne, tant il eftnecef- 
fairc: veu que fansiceliiy riousnefçaurionsrc- 
couurerla(ancéeftansmalades :ny mefinebien 
dcconuenablemencviure eftansfains. Cepoint 
n’cft que trop notoire à vn chacun. 

Mais la dignité de tel arc, fs preuue par les 
commentaires des plus antiques & approuuez 
Autheurs, tant Grecs, que Latins ; tefmoin ce 
qu cfcric Homère en fon Iliade d’vn Thirafime- 
des fils de Neftor, & du grand Achilles mefmej 
qu’il introduit préparant de fes mains propres le 
banquet pourfeftoyer VlylFes,Aiax,&Phoenix, 
trois grands Princes qui arriuoient vers luy, 
pour la réconciliation auecle Roy Agaménon. 

Veu donc que nous h’auons rien oublié cy- 
deuant, en garniflantde toutes fortes de mets 
délicieux les meilleures tables , pour bien & 
friandement traitter toutes perfonnes faines, de’P^i*»'» 
grande, moyenne,ou balTe qualité: Il nous refte 
maintériant auant que finir , d auoir efgard à 
tous pauurcs malades qui font ou qui peuuenc 
li 



45)8 SECT. III. DV POVRT RAICT 
eftrc affligez de diiierfes maladies; afin que cha¬ 
cun d’eux puiffecrouuer .ee qui luy eft propre 
-pour fon manger,& pour Ton boire5& puilFepaf 
ce moyen receuoir quelque fruidl & vtilice de 
ceftuynoftre labeur. * 

' Ettcr'fe les malades il y en a aucuns attaints 
de maladies fi aigues & fi degouftantes qu’ils 
en perdent foudain tout appétit : fi qu’il leur eft' 
.fouuent impoffible d’aualer tant foie peu dé 
pain. D’autres qui ont des maux chroniques,qui 
îie les rendent'fi defgouftez, ont befoin pourtât 
d’eftrerepeusdepafture ou viande quileurplai- 
fe,& qui ioit à leur gouft,comme on dit; facilei 
eftreaualee, & qui foiealimenteu!e& medica- 
menteufe tout enfemble: comme font plufieurs 
fortes de bircuits,maquaronsjgateaux,tourtrcs, 
tartres, paftes royales, boullies, pains grattez, 
/romentez, blanc mangers, & femblables qui 
tiennent lieu de pain; commelesgelees, con- 
fomrnez,reftâurans,&preffis dediuerfes forces, 
tiennent lieu de chair ou de viande. 

Il ne fera pas hors de propos,que nous appre¬ 
nions & deferiuions les formulaires de toutes 
telles viandes: començant parcelles qui tiehnét 
lieu de pain,qui eft la bafe principale de la nour¬ 
riture,& le premier & principal fouftien deno- 
ftrevie: &ceenfaueur des icunes médecins & 
du cÔniiin populaire qui n’en ont cognoilfance. 
Taeànsdt- ' Voicy donc la façon de faire bifcuics,&com-, 
*n%Ccu^l mencerons par le plus délicat & le meilleur, ap- 

' pelle comunémentauiourd’huy lebifcuitdcla 

Royne ; qui eft maintenant en comrrnm vfage » 
Paris, mefmemenc on en fert aux delfcrts, au;? 



DE LA SAN Tl'» 45 )^ '' 

bonnes tables, & à tous feftins* 

Faut prendre blanche farine de la plus deliee 
douze onces, fuccrefin feize onces, vne douzai¬ 
ne d’œufs, defquels leuerez trois iaunes pour ne 
iaunir par trop l’ouurage : yadiouftantanis & 
coriandre à difcretion: vous méfierez & battrez 
longuementletoutenfemble, tantqu’ilfeface 
vne pafte aflèz liquide ; aucunsy adioüftent vn 
bien peu de leuain : ce que i’approüue jpourcn 
rendre l’ouurage plus fain : Cefte pafte loit mife 
dans des cornets larges d c deux trauers de doigt, 

& deux fois aufli longs,faits oii de papier, ou de 
fer blanc que mettrez dans vne tartiere, ou dans 
vn four,non du toutaufli chaud que pour y cui- 
redu pain; quand iugerez lebifcuiteftreallez 
cuit, vous l’ofterez deldits cornets, 8 c l’agence¬ 
rez fur des fueïlles de papier pour le faire recuire 
& bié feicher i Ia‘ chaleur lente du mefrae four: 
puis le garderez en lieu chaud.^ Ce bifeuit eft ^repnete^ 
propre à tous malades les plus defgouftez & qui 
ne peuuent rien aualler : car eftant trempé ou 
dans l’eau, ou dans la ptyfane,ou du vin pur, ou 
méfié auec beaucoup d’eau, ou quelque autre li¬ 
queur, il fe fond à la bouche, & s’aualefacile- 
menten fuftentant, deferuat de nourriturctil dif» 
fipe les vêts, 8 c eft propre aux cftomacs dcbiles. 

Il y en a vne autre forte, qu’on appelle bifeuie 
d’Elpagne en pain, qui tient le fécond lieu en 
bonté,&qu’on fait comme s’enfuit. 

Prenez farine blanche & fuccrefinde chacun Bifeuitd'E 
vneliure, i5.œufs, meflez le tout peu à peu, & le 
battez longuement,y adiouftântanis& corian- 
li i) ^ 



500 SECT. ÏII.dvpovrt;^aîct 
dre àdifctetiôiaire du toutvne pafte affez liqui¬ 
de,que mettrez dâs vne tarticre de fer bIâc,lonr, 
gued’vnpied, & large de cinq ou fix doigts,fe- 
ionla quantité qu en voudrez fai;eà coup,& 
qui puifTe remplir à peu près ladite tartierc: que 
- mettrez'dans vn four chaud, comme quand on 
y veut cuire du paimVous la tirerez du four lors , 
queiugerez voftre matière eftre bien cuite, que 

partirez en quartiers:& quand en voudrez vicr, 
réduirez ces quartiers en tranches deflieeSjCom- 
me defouppes à faire potage bié defliees,quc fc- 

rezfeicher dansvn four,ou déliant le feu.Cc bit 

cuit eft allez bon Sc approche du premier. 

On préparé vne autre forte de bifeuit qu’on 
file, appelle bifcui||ilé, quo fait auec demie liure de 
fine farine, & 4. oncesdefuccrefin^letoutde- 
ftrêpé auec trois ou quatre œufs : èç faut peftrir 
celle pafte allez longuement, comme quand on 
faille pain: puis faut tirer cefte pafte en cordons. 
longSjqu’entredalTerez comme il vous plaira,& 
la mettant fur vn papier ou mefme dans le four 
qui foit bien net, la cuirez iufques à ce que iu- 
giez quelle foit allez cuite. Ce bifeuit fert pour 
le commun n’eftanc fi délicat ny fi cher que les 

Weutt de 

LerrÀtne^ Le plus materiel de tous les bifeuits eft ccluy 
qu’tna^pel- qu’on appelle bilcuitde Lorraine, qu’ô faitpre- 
le. nâtvne liure de farine fine,fuccre4.onces,coriâ- 

dre, anis à difcretion: faut mefler le tout auec 4. 
œufs, & tout autant d’ eau tiede qu’il fera befoin 
pour en faire vne pafte, que peftrircz tres-bié,& 
d’icellc formez en vn pain que cuirez au four: Et 



DE LA santé'. .. 5 ÔI 

cftant cuit le couperez en cinq ou fîx rouelles 
que ferez recuire au mcfnie four fur du papier, 
iufqu’à tant quelles foient bien feiches : cebif- 
cuic eft encoresplusappetiflantqueîepaincô- 
rnun,&pourra feruir pour les panures indigens. 

Nous ne rnetconspas cnceranglecommun . 
bifeuit^ dont on fait vfer ceux qui font la diette 
qu’on appelle, foit pour la guarifon de verolles, 
ou de quelque autre maladie inueteree : lequel 
bifeuit orifait ordinairement du pain commun, 
auquel on adioulie feulement en lepeftriirant de ' 

l’anis ou du fenoil doux: puis on en fait de petits 
pains, qu’on fait cUirc à la commune façon, & 
cftans cuits on les fend par le milieu, & les fait- ' . 

on recuire wur la fecode fois. On a befoin pour, 
mager tels bifeuits de bonnes dents &d'vn bon 
appétit, dont font priuez.ceux qui font attaints 
de quelque maladie aiguë & defgouftante: pour 
lefquels les bifeuits fuccrez &qui fe fondent 
tout en liqueur font les plus propres. 

Pourles maquarons, il faut prendre vneliure UA/iuxtat. 
d’amandes douces,bien trempees en l’eau & pe- 
lees : puis les faut piler très-bien & longuement 
dans vn mortier de marbre ou de pierre , lesar- 
rolant peu àpeu d’eaurofe: puis il faut adiou- 
fter vneliure de fuccre, faut battre le tout ensé- 
blè & en faire vne grandefongaffe, qui remplif- 
fcvnplatoubalîîndeftain^: que mettrez dedans 
vnfourtiedepourlacuireàpetit&létfèu; puis 
r eduirez ceftofogalîe à demy cuite en m orceaux 
ou petits lopins de la grolTeur & longueur d’vu 
pouce ou d’auâtage-que remettrez fur dupapier 



501 sect*III.dvpovrtraict 
blanc, & recuirez au four apres qu’il eft chauffé, 
&ry lairrez vn bô quart <l’heure:puislalcuercz 
de deffus le papier,& la tiendrez en lieu fec.Au¬ 
cuns y adiouftent vn peu de gomme tragacant, 

& deux ou trois blancs d’œuts,poùr les faire en¬ 
fler d’aüantage,& les rendre plus blacs&meil- , 
Treprietez, leurs. Ceft vn manger propre à tous malades, 
àesmai^ua- mefme à tousphthifîques ,aflhmatiques, tabi- 
des,&qui sot attaints de toux inueterees,ou qui 
fontaffligez des maux ffe poitrine. Onenfert 
communément aux'deflerts des bonnes tablés: 
corn me pour vne viande delicieufe à la bouche, 

: debonnealafanté. 

Gateau ap- diuerfes fortes de gateaüx, mais.nous 

contenterons d’en mettre icji vn fornïu- 
iaire qui nous femble le meilleur & plus iàin'. 

Pour le faire il faut prendre quatre ou cinq 
œufs auec toute la miette d’vn pain blanc d’vn 
tournois qui foitrapee biê menue,meflez le tout 
auec demyeonce deiliccre, & deux ou trois 
grains de fel ; Cefte pafteçftant bien, battue & 
meflee enfemblejfaitesiac'uiredâs vn platd’ar» 
gent, où aurez fondu vne once de beurre bien 
chaud, & lequel aurez trcfbien efeumé, faiiant ^ 
cuire le tout à difcrction, puis le remuer de l’au* 
tre cofte, afin qu’ilfoit bien cuit de tous coftez, 

C eftvnairez délicieux mâger pour to* malades. 

^ ^ y ^ diherfes fortes de tourtres & de tar- 
tterfes, dont onvfeaux deflcrts des plus grands,qüi 

font bonnes pour les iains ,& pour les malades, 
nous nous côtenterons d’en deferire les formu¬ 
laires de quelques vnes, de celles mefmement 



DE LA SAN Tî'. Î0| 

quîTont les plus propres, pour diuer S maUdes 
defgouftez,qui y peuijéc prendre quelque gouft 
fans nuifance. - 

Nous.commenceronsparlés tourtres d’her¬ 
bes qui plaifenc à quelques vns plus que celles 
qu’on fait de fruids : Les Icaliens en vfentprin- 
cipalemét. Telles couftres font auin maintcnâc 
fort communes en nôftreFrance; La .compofîdo - 

eft celle que s’enfuit. Prenez de la poirëe &luy 
faites donner deux ou trois bouillons, puis la 
hachezforc raenu-&lafriquaflez auec du beur¬ 
re. Aueccelle poirëeainfipréparée,adiouftez 
troisouquatreiaunesd’acuf5,duruccrejdelaca- 
nelleen poudre, des pignons & railînsde Co- ' - 

rinthe à diferetio,&tr6is ou quatre grains de fcl 
méfiant le tout trelbien, & le mettant entre vnc 
fucïlle de pâlie que ferez en apres cuire dansvnc 
tourtière, ou au four medrocrement chaud. 

Lafueïllc de parte pour la faire delfcate, fera Mojtndi 
faite auec farine blanche dertrempée auec vn /'*'»'« teum 
Geuf,& vn peu de beurreiaucuns y adiouftét tant 
foitpeu de fuccre pour la rendre meilleure,& 
la groireuf d’vn pois de leuaiu tref-necelTaire 
pour là fermentation. 

Pour faire tourtres de pommes il faut pren - Tourtmde 
dre celles de rabour ou autres telles les plus ten- femmes. 
dres, qu’il faut trencher fortmenu auccle cou- 
ftcau,y meflant vn peu de fuccre & de canelle en 
poudre: puis les mettre entre deux fneïlles de 
parte préparée comme delTus : faites cuire en 
apres le tout au four, du en la tourtiere : aucuns 
y adiouftent raifîns de Corinthe, & pignons à 
diferetion. li iiij 



504 SECT. II I.DV POVRTRAICT^ 

Autre fafS. On en fait d’autre façon; en prenat des pÔmes 
fembjables,qu on met CH quartier,&en ofte*on 
les pépins/Ces quartiers de pommes font mis 
. entre deux feuilles de pafte,en forte que celle de 
delîus fe puilFe leuer, lors, que iugerez lefdits 
quartiers eftre alfez cuits pour les pouuoir efte- 
dre par toute^ la tourte comme lî vouliez eften' 
dredubeurre,adiouftântparde^^us^uccre,ca- 
nelle à diferetion, auec vn peu d’eau rofer& fai- 
fant réchauffer le tout tant foit peu, apres auoic 
remis delfus faCQUüerturedefueillede pafte. 

Lestourtres'debonnespoiresfefontdemef- 
me façon que celks/des premières pommes. 

Tomtre ait La tourtre au lard, qu’on appelle, eft des plus 

friandes & appetilfantes qu’on fert cÔmunémét 
aux méilleures tables au premier mets. Onia 
fait en prenant d’yn lard qui ne foit nullement 
^ rance: qu’on racle ou qu’on hache auec vncou- 
fteau de cuifine le plus menu qu’on peut , &Ie 
laue- on auec de l’eau rofe; puis onlç pile das vn 

mortier de marbre,tant qu’il foit auffideflié que 
rien plus.De ce lard ainfi apprefté vous en aurez 
vne once & demie, ou enuiron la groffeurd’vn 
œuf.yousâurezpiléàpartvnedouzained’ama- 
des bien pelees & macerees en l’eau auparauât, 
& puis meflerez enfemble ledit lard, pilant de 
nouueaule touCi& l’abreuuâc en pilât auec tant 
foit peu d eaurofeiadionftezâccftemixtiô deux 
ou trois iaunes d’œufs, de la canelle puluerifée, 
& dufuccre fin à difcredoniEt le tout biêmeflé 
1 eilendez fur vne fueflie de pafte délicate, faite; 
commeauonsdit,fanslacouurir d’autre fueille: 



DB ba sante'. fOS 

rageçant dans vne tourtkre, pour la faire cuire. 
Si voulez rendre meilleure ceûe courtre, faut 
dilFoudre vnou deux grains de mufc feulement 
dans bien peu d’eau rofe, & en frotter par deffus 
( auec vne plume ) la mixtion. 

Gn fait & préparé vn crefmé cuit ( qu’on ap¬ 
pelle } qui fert de bafe & fondemeritpour faire 
diueries tourbes & tartres, comme s’enfuit. 

Il faut prendre vne pinte de laid, mefure de 
Paris, queferez bouillir dânsvn|)etitchaude- 
ron : Et cependant aurez apprefté lacompofî- 
tion qui s’enfuit, faite de fîx œufs, dont en bat¬ 
trez premièrement trois ^que méfierez trefbien 
aueedeux ou trois onces de^farines : Et puis fur 
certc mixtion , adiouftez les autres trois œufs 
bien battuz, pour rendre la compofition plus 
liquide & couJable : Letouteftant bien battu 
& méfié enfemble , le ferez couler peu à peu 
dans ledit laid, lorsqu’il commence à boiiillir 
comme deffus, tournant & remuant toufiours 
le tout auec vne cueillier de bois; Et y AdioU'- 
ftât en apres,en cuifant,vn quarteron de beurre, 
& continuant ladite decodion à lent feu, tant 
que le tout foit réduit en côfiftence deboullie. 

De cefte,compofition vous en pouuez faire 
toUrtres & tartres de diuerfes fortes, ou eftanc 
toute feule : ou en y adiouftant du fuccre, delà 
canelle en poudre, & autres telles chofes bon¬ 
nes & delicieufes, qu’il vous plaira: mettant la¬ 
dite compofition entre deux fueïlles depaftcj 
celles de deffus eftans faites en bandes, ou qui 
fuient entre -coupées, comme il vous plaira. 


Crefmé 
fuit , qui 
fert de buÇt 
à faire 
teurtres 
Ô'tartrit, 



^o6 SSCT. II I. DV POVRTRAIcrr 
Diuerfes On faic auffi, en leur temps & làifon,des tar- ' 

târtresd* degtoifelleSjde cerifes, de verius de grain, 
fruilts. dabricots&aucresfrüi£fcsaigres,quironcap- 
pcciflances&vtilesàplufieursperfonnesd^- 
gouftees:tclles tartres font fort communes. 

On en faitauflide piftaches, de pignons,^ ; 
railîns de Corinthe, & d’efcorce de citron con¬ 
fite, lé toutmeflé par deuë proportion enfem- 
ble, auec autant de fuccre <|u’il en faut : telles 
tartres font auffi fort appetifiantes, & fort pe- 
âoràles: on en vfe en hyuer., 

Tajlisreyit’ Les paftes royales, fefont en prenant aman-. ^ 
_J«f jp0HrUs dcspelees,pignons & piftaches, de chacun'qua- 
tre onces ou d auantage, félon la quantité qu’en 
^ * ‘ voudrez faire , y adiduftant femences decon- 
combres & de courges , bien mondées, de cha¬ 
cun vne once & demie: pilant trefbien le tout 
dans' vn mortier de niarbre , & l’arrofant auec 
vn peu d’eau rofe, puis adiouftez y fuccre fin, 
douze onces: penidesjdeux onces: gomme Ara¬ 
bique, trois dragmes: amydoUj vne once: Le 
tout bien battu , meflé de peftry enfemble^ en 
; faites vne façon de fongaffe defliée, tartre ou 

^afteau, que cuirez dans vnetourtiere, ou au 
four médiocrement chaud. 

d’vnc autre façon, qui fera 

«leplus^'aU- alimenteufe & medicamenteufe tout en- ' 
t^enteufeé» Semble, faut prendre le blanc d’vn chappon; 

rofty, celuy dyne ou de deux perdrix rofties 
auffi, & hacher le tout bien menu: puis faudra 
prendre la chair d’vne tortue, &Ies queues de 
quinze ou vingt efcreuii'res,tortuë & cicreuifTeS 



DE LÀ SANTS'. 507 

cuites dansvnedécoction d’orge: &:nieïlerez 
leur chair hachée fort menu, auec celle de cha¬ 
pon & de perdrix: fur cinq ou fixonces defdi- 
tcs chairs meflees enfembJe , adiouftez y pi¬ 
gnons mondez,& amandes pelées, & macetees 
par trois ou quatre heures, dans eau rofe lon¬ 
guement, de chacun deux oncestfemenccs m 5 -' 
dees de melons, côcombres, de chacun vne on¬ 
ce, que pilerez à part, & meflerezauecles fufdi- 
teschairs, pilant crefbien le tout de nouueau 
enfemble : puis le ferez palier par vne cftamine, , 
vous aydant d’vnpeu d^eaurofe, s’il encft be- 
foin. Sur celle mixtion, adiouftez fùccre fin vne 
liurc:fuccrc candy,quatre onces: amydon,deux 
onces : gom me tragacan t, trois dragm es : Cui- 
fez le toutà lent feu, iufques à conuenable ag¬ 
glutination : adiouftant fur la fin de la coétion, 
perles bien préparées, & coral demefmcbien 
préparé,de chacun demyc once: formez en gra¬ 
des ou moindres figures de paftes, en quelle fa¬ 
çon que voudrez, loitmarcepâins,biftoteaux, 

{ )ignoIats & fcmblables, que cuirez derechef à 
a tourtiere,tanc que iugiez l’ouurage eftre bien 
cuit&fec , qui fc gardera de la forte plus lon¬ 
guement. Telles viandes font'conucnabies, 
princjpalemêtaux phthifiques,tabides, pulmo- 
niques, & à toutes perfonnes emaciées&def-/f. 
charnées, qui ont befoinde grande&prompte 
reftauration &refe( 5 tion. 

Sur ce'formulairc qui feruira de patron, tout Commê «» 
vray & expert médecin en pourra compoler 
diuersautres; ou mefme il pourra adioufter ce 



50 ^ s ECT. III. D V POVRTR A IC T 
f^vitles 0 quieft propre contre le mal qu’il aàcombat- 
dmers trcrcom me par exemple,fi c’eft pour vn afthma- 
tique, qui ay t befoin de l’expedoration: 4 pou¬ 
dre rèfomptiue, la poudre diatragacant ^roid, 
vn peu de diaireos,fuccre violât,penides &fcm- 
blables. 

3i c’eft quelque phthifisou vicere purulent, 
ia formé dans lepoulmon} il y faudra adioufter 
• les chofes qui dctergcnt,delTechent,& qui peu- 
uent agglutiner cet vicere: comme le coural, 
le mufeilage de femence de coings, la terre fi- 
gillée, la poudre des racines de la grande con- 
circ & tourmentille, les femences de coings 
& de berberis, & fuir tout force fuccre rofat, 
auec lequel fculremede, vn Herculanus, & vn 
Valefcus (apres Auicenne) tefmoignét en leurs 
eferits, auoir guery du tout plufieurs phthifi- 
ques déplorez. ■ 

mlnT^des" autres remedes alimenteux 

propres pour tous pauures 

«malades. . 

mmttux Entre iceux les amandez, orges mondez, for- 

medicamen- mentez,les bouilies,Ies panades,painsgratez,& 
mangers, font les plus communs & or- 
fainaux quefnous defcrirons par ordre, fort 

pauures . ^î^|efuementpourtat,poureftre chofes fortvul- 
md/tdes. gaires & cogneucs à vn chacun : mais il y peut 
auoir beaucoup deieunesmédecins, & autres 
qui n’en ont encore la cognoilfance, aufquels ie 
m adrefie, defîrant leurferuird’inftrudion. 
Ai>i»ndesi. Pour faire vn bon laiétd’amandes, alimen¬ 
teux & médicamenteux : il faut prendre quatre 



DE LA SANTE'. |09 

onces d’amandes pelees, femencesmondez de 
concombres, & de melons,dechacun vneon¬ 
ce ; & que lefdites femences aycnt trempé dans 
eau rofc, par deux ou trois heures: puis pilez les 
amandes & femences enfemble, dans vn mor¬ 
tier de marbre, trefbien : & palTez le tout par 
vne eftàmine , auec fuffifante quantité d’eau, 
pour en faire vne efculée : adiouftez y fuccre 
Ôn, tant qui! en faut, vous accommodantau 
naturel des malades : les vns aymans le fuccre, 

f »lus que les autres ; cuifez le tout dans vn poi- 
on ouplat d’argent, au feu médiocre, tant qu’il 
en eft befoin, & faites le humer à telle heure 
qu’il vous plaira. 

Vn bon orge mondé fe fait en prenant quatre 
©nces d’orge bien mondé, que ferez cuire dans 
vn petit pot,l’abreuuant& arroufant en cuifânt, 
auec vn bon boiiillon de chapon , où aurez 
adioufté pour herbes, les laiéfcuës, la borrache, 
le pourpier, en leurs temps : & faites cuire delà 
forte l’orge , par fix ou fept heures pour le 
moins : puis le pilez & palfez par l’cftamine, - 
auec le mefme bouillon : & en ferez prendre 
vne efculée, fans autre addition. Aucuns pour 
le rendre plus blanc, &fauourcux-, adiouftenc 
auec l’orge qu’on doit piler, vne ou deux onces 
d’amandes pelées, & macérées longuement das 
quelque eau conuenable. 

Aucuns font feicher au four l’orge mondé, Je¬ 
tant qu’il fe puilTe rendre en farine : gardent 
cefte farine tout vn an: & quand ils en veulent 
vfer : prennent de celle farine tant qu’il en peut 



$10 ÏCT. III. D V POVR TRAICT 
demeurer en la paulme de la main ; lamettent 
dans vn petit pot verniiré : la cuifcnt auec vn . 
bon bouillon, tel que celuy de deffus, par deux 
ou trois heures , & la' rcduifent en forme de 
boüllie fort claire, qu’on fait prendre à toute 
heure. 

Mais pour rendre l’orge plus médicamenteux:, 
à fçauoir pour hume£ter,& confeiller le dormir 
à piufieursfebricicâs, qui en ont beroin:& prin; 
cipalement aux phthifîques : la veille eftant vn 
des principaux fy mptomes,qui les afflige le plys 
fouuent , onde préparera comme s’enfuit. . ; 
Orge monde Prenez quatre onces d’orge mondé^quc ferez " 

eonfeiluTle cuire, fi voulez auec le fufdit bouillon, ou auec 
femmeiU eau longuement: c’eft à dire, par fept ou 

, huidheures:Prenezauflîamandespelees,deux 
onces: femenccs de melons, concombres & 
courges qui foient mondées , de chacun>vne 
once: femence de pauotblanc, ^rne dragme : 
faites macerer les amandes, & fufdites autres ' 
femences, par trois ou quatre heures dans de 
l’eau delaiduës, &âuec l'orge bien cuit com¬ 
me deffus, pilerez trefbien le tout dans vn mor¬ 
tier de marbre : puis le pafferez jpar l’eftamine 
à l’ayde du fufdit bouillon, ou de l’eau fimple: y 
adiouftant autant de fuccrc qu’ilfaut.'lc ferez en 
apres cuire félon l’art, & donnerez vn tel orge à 
l’heure du dormir. 

trerntme;^. Les fromentez fe font auec du bled froment 

mondé, tout ainfi que l’orge, que ferez cuire 
longuement, auec quelque boüillon, ou de 
l’eau fimple : Puis le pilerez dans vn mortier 



DE LA santé'. 5IS 

àt marbre y adiouftant fi voulez, quelques a* 
mandes : & deftrcmpantletoutauecdu laid,lc/ 
palïèr ez par l’eftamine, puis le ferez cuire com- , 

me de la boullie, y adiouftant vnoü deux grains ' / 

defel, &dufuccrcàdifcretion. 

Pour le rendre plus nutritif, vous adioufterez Antre 
auec le fufdit bled bien cuit, & auec les aman- ‘itfrommté 
deSjtout le blanc dVn chappon bouilli,bien ha- 
ché menu : & en lieu de laid, Icpairerezauecle * 

boiiillon dudit chappon,qui foit bien confumé: 
faifant en apres cuire le tout en forme de boul- 
liejComme delfiisrOu fi voulez,/ adioufterez en 
outre vn ou deux iaunes d’œufs deftrempeza- 
ueclemefme bouillon. 

La boullie le préparé en deftrempant de la fi- Sealliti 
ne farine,auec fuftiiante quantité de iaid.-faifanc 
cuire le tout dans vn poilon.iufques à deuë con- 
fiftcnce.Aucuns pour la rendre meilleure, y ad- 
iouftent vn iaunc d’œuf deftrempé auec le mef- 
melaid,& du fuccreà diferetion. 

Pourfaircdelapanade,fâUtprendre lamie 
d"vn pain blanc , que ferez tremper auec vn peur Ut 
bon bouillon de chappon , vne ou deux heu- tottrsgrasl 
res : puis la pafierez auec le mefme bouillon 
par l’eftamine, le plus que pourrez : & en y 
deftrempant vn iaune d’œuf, ferez cuire le 
tout dans vn petit pot, iufqucs à deùë confî- 
ftencc. 

Pour les iours maigres, en lieu de bouillon -Bunnit 
de chappon j faites deftrempervoftrerf)ain dans peur Us 
du laid, & layant faifpafler par l’eftamine, 
le ferez cuire comme deflus , y adiouftant 



$11 SICT. III. DV POVRTRAICT 
vn ou deux iauncs d’œufs, & du fuccre fi vou-* 
lez. 

fmgwté. Le pain gratte fe fait en rapant ou efmiant le 
plus qu’on peut la miette d’vn ou deux pains, 
& la faifant cuire ou deCeicher longuement, 
dans vn plaît d’argent fur vn rechaud plain de 
braife: ceftcmiede pain ainfi delTeichée, foit 
deftrempée auecvnbonboüiilon de chappon, 
les iqprÿ gras ; ou auec du laid, les iours mai- 
gres^ la ferez en apres cuire longuement dans 
vn petit pot : en la nourriflànt toufiôurs, ou 
auec le bouillon, ou le laid: iufques à ce que 
cognoiffiezladitemiedepaincftrecuideàper- 
fedion : que donnerez à manger à toute heure à 
, vos malades. 

Il ne nous refte que le blanc manger : on en 
Tait en diuerfes fortes: mais celle quenousal- 
lons dcfcrire, eft vne des meilleures. 

Il faut prendre demyc liure de ris bien lauc, 
nettoyé, delfeiche, & battu dans vn mortier, 
pour le rendre en farine defliée: il faut deftrem- 
per cefte farine auec dulaid. Faut prendre d’ail¬ 
leurs , tout le blanc d’vn chapon boiiilly, deux 
douzaines d’amandes mondées,& piler trefbien 
le tout dans vn mortier de marbre: y adiouftant 
lafarine du ris,deftrempée dans le laid comme 
deffus: le tout eftant bien meflé, le pafferez par 
l’eftamine, y mettant fuccre à difcrction, le fe¬ 
rez cuire ( tournant & remuant toufiours le 
: tout, auec vne cuillier ou fpatule de bois ) iuf¬ 
ques à confidence de boullie. 

Voila beaucoup de diuerfes fortes de viandes, 

' que 



Î)1 t A santé”. 

qu6 noas auons mis en auant, qui tiennent lieu 
de pain : dont .on peut repaiftre les pauurcs 
malades , & toutes autres perfonnes defgou- 
tces, &qui ne pcuuent rien manger ou auale|r. 
Ce fera Toffice du bon & expert médecin de les 
ordonner en temps & lieu: les fçauoir choifir, 
les bien adrainiftrer, accommoder ou appro¬ 
prier les vnesou les autres aux maladies & fym- 
ptomes, qu’il doit combatte : ayant mefme ef- 
gard à la qualité, au naturel & complexion de 
fes malades. 

Les viandes qu’on préparé des chairs ordinai¬ 
rement, pour les pauures malades, & qui leur 
font les meilleures & plus vtile-s : ce font bouil¬ 
lons de diuerfes fortes, eonfumez , reftaurans, 
preffis & gelees. 

Lesboiiillonsfé peuuent faire, ou moins, ou 
plus nutritifs^ les moins nutritifs, fc font auèc 
vn poulet, & vn peu de veau, où on adioufte 
pour herbes, l’cndiue blanche, rozeillé, la bor- 
rache, le pourpier & la laiétuë en leur temps: 
tels boiiillons font propres aux maladies les 
plus aiguës qui font de inoins de durée, où on 
n’a pas beCoin de beaucoup nourrir: ainsqui re¬ 
quièrent au contraire vné tenue & fort petite 
feçonde viure , comme l’eferit amplement le 
grand Hippocrate. 

Tels boiiillons font requis, par exemple, aux 
Heures ardentes & continues„aux inflammations 
intérieures, & tels autres maux qui durent bien 
peu: e’cftàdire, dcfquelson meurt, ou guerk- 
on bien toft. 

- Kk 


Lei dtuerftî 
viandes 
2«’e» prer. 
part des 
chairs. 

ËouiüoitS 
peu nam* 
ïiffans. 


HippJih-.t, 
ulphortf 
lib. de viEi, 
rat intner* 
h'u aw. 



ÊoKÏHoni 
de grande 
noutïitmt. 


Ctnftfmt\ 


yi4 SE CT. ni. DV POVRTRAICT 

Aux maladies qui font de plus long cours Sc 
duréeil faut vfer de boiiillons Ôc d’autres vian¬ 
des pl^s nourriflàntes. Quant aux boiiillons, 

[ pour ne nous eflongner pas de noftre fubjeâ:] 
ils feront faits d’vn bonchapponou poule, d’vn 
haut cofté de mouton , & d’vne poidrine de 
veau : Si ç’cft quelque mal dont la caufe pro-' 
cedc de trop de chaleur, vous y adioufterez les, 
herbes rafrcfchiflantes, telles que delTus : fi la 
caufe du mal eft froide, vous les altérerez auec 
les racines de perfil, l’hyfope, le thym, laraario- 
lainci la menthe, la faulge, & femblables herbes , 
chaudes, potagères : c’eft à dire, defquelles on fc 
fert d’ordinaire pour afiraifonner les potages, 
voire des perfonnesfriandes, quand mefme elles 
font faines. . 

Les confumez font de plus grande nourriture, 
& plus propres aux maladies qui font d’yn long 
traid, ôc aux malades debiles, Ôc qui ont befoin 
de nourriture, & plus grande refedion. " 
Telsconfumez fe font auec vn bon chappon, . 
vne poidrine de veau, ôc yne longe ou haut cofté 
de mouton : faifant cuire le tout iufques à ce 
que la chair tombe toute en pièces: vous paf- 
fez le bouillon auec toute la chair, par vne fer¬ 
mette J exprimant le tout le plus que pourrez; 
defgrailTant ledid bouillon , ôc auec le foufïle, 
& auec vne plume en toute perfedion. Ce 
boiiillon quand il fera froid, fe gèlera tout ainû' 
qu’vne gelée: quand en voudrez vfer eftant re- 
fi^idi, vous en prendrez quatre ou cinq cuille¬ 
rées d’argent, que ferez fondre dansvneeicuelle 



DE LA santé'.' 5^ 

àlcntfeas Puis ferez humer vn tel bouillon à vos 
malades, & leur en pourrez donner de quatre en 
quatre heures, lors mefmes qu’ils ne pourront 
vfer daucune.viandefoiide. 

Il en y-a quelques vnsimbusd’vneerreurpo'r Ertmr 
pulairc ,qui n’approuuerbnt pas [filemaleftac- /’*»^^»»'*,^»»* 
compagne de quelque heure voire lente] l’vfage^^'*”* 
de la chair de mouton : & allégueront, qu’elle eft* 
trop chaude : le ne veux pas débattre ropimon 
d’vn chacun, & me fuffit d’en auoir ia dit quel¬ 
que chofe cy deuant. Mais pour contenter beau¬ 
coup de perlonnes [aufquels la feule opinion peut 
beaucoup nuire] ie fuis d’aduis qu’on faceJefdits 
confumez, fans mouton.: & qu’on adioufte en 
lieu, vn bon iarret de veau, l’approuue, & tiens 
ceftc façon derniere, pour faire vn bonconfumé, 
meilleure que la première: non àcaufedel’opi-* 
nion vulgaire,que i’eftime erronée ; mais.d’autant 
que le mouton fent par tropfâ chair, & que cela 
peut defgoulxcr vn malade, ia d’ailleurs pat trop 
dclgoüfté. . 

Les reftaurans fe font en diuerfes façons: il en Sefiauré, 
y a qui en font des chairs de chappons , phai- 
ians & perdrix [qui font les plus louables pour 
ia nourriture ] bien hachées , & mifes dans vn 
alembic, pour en faire diftiller vne liqueur, de 
laquelle on donne à boire: aucuns yadiouftent 
les fleurs de borrache , bugloflè , romarin : les 
perles, couraux , &les poudres ou efpices cor¬ 
diales ; Ce que ie ne peux approuuer , quant à 
moy: Car il n’en diftillequ’vnphlegme: ,le glu¬ 
ten de l’aliment [ ou gift toute ia nourriture] 



SECT. III. DV POVRTRAïCT / 
ne pouuant monterjny paiïèr par Talembic : telle» 
ment qüe telles fortes de rcftaurans des chairs 
diftillécs; & les rcftaurans mefmes qu’on appel¬ 
le, pains celeftes, pour eftre coinpofez aucc vne 
forte de pain, qu’on dit quinte-eifence : c’eft vne 
chofe pluftoft curieufe & inutile, que profita¬ 
ble : les y rais rcftaurans doncques fe font coxiime 
s’enfuit, 

Taço» de Prenez vn bon chappon de deux ou trois ans; 
faire les fojj pjujjié, cfuciitré, & duqucl aurez coup- 
meiUe^ pé le Col, les ailles, & les pieds ; mettez-le en 
rejiaura»s. picces fortmenuës; hachez demcfmebien me¬ 
nu, vne ou deux perdrix ou gelinotcs,& vn gi¬ 
got de veau : le tout eftant bien haché & méfié, 
laiéiés le macerer par douze heures, dans vn bon 
vin blanc : puis mettez toute cefte chair dans 
Vne grande phiole <fe verre capable : y adiou- 
ftant canelle fine , rompue menu , dertiy once, 
& vne ou deux noix mufcades conqualTees grof. 
fièrement : coural & perles préparées , de cha¬ 
cun trois.dragmes ,& des fleurs de borrache & 
buglofle, de chacun vn pugi! ; ayant mis le tout 
dans ladite phiole, vous l’agiterez le plus & mieux 
que pourrez , pour en faire vn bon meflange: 

, puis fermez auec du liege, & de la pafte ou cire 

d’Efpagne fi; bien voftre phiole » que rien n’en 
puiflé refpirer : l’accommodant dans vn chau- 
deron entouré de foin , [. afin que la phiole ne 
branfle ] lequel remplirez d’eau,& le ferez boiiil- 
lir àgrandfeu,par l’efpace defept ou huidheu- 
res pour le moins, adiouftant dans le chaude- 
ron, de l’eau chaude àraefurc qu’elle décroiftra. 



DE LA SANTE'. - ^ /I 7 

Dans ledit temps, vos chairs feront cuiftes à per- 
fedion,& auront d’elles-mehnes ietté quantité 
^eius ; laiffez tiédir le tout, puis o'uurez le vaif- 
feau,& en feparez tout le ius : exprimant mefnie le 
refte de la chair, aucc vn linge : quand le tout fera 
refroidi , s’il y a quelque graiiTe , vous Tcn fepare- 
rez aucc vue’cuillier d’argent,& fî voyezquejé 
ius foit quelque peu fanglant, vous le recuirez 
entre deux plats,iufques à ee qu’il deuicnne blanc, 

& foit cuid en perfedion. 

Prenez de ce reftaurant, qui fera gelé comme vfageiKiit 
de la gelée, trois ou quatre cuillicrs d’argent : que refiaittAnt, 
ferez fondre dans vne efcuelle furlabraifc,&le 
donnerez au malade defnué de forcés, continuant 
de luy en faire prendre de trois en trois heures,6c 
l’en verrez en bref reftauré & fortifié. 

Il me fera permis de faire en ceftendroid vne 
petite difgrcffion ; fçaehant que ie feray blafmé & 
reprins par aucuns, en ce que i’employe tant de 


papier & de temps , à deferire fi fpecialement & 
au long chofes fi vulgaires comme font les reftau- 
rans,preflis,gelées,& autres tels appreftages com¬ 
muns èc cognus des moindres Apotiquaires. le le 
fais tout exprès: d’autant que ie defire [comme ie 
l’ay ia protefté ailleurs ] que ce mien Diætétic, 
ferue atomes perfonnes,iufques aux femmes & 
gardes des malades. 

Oeft aufli pourquoy ie l’ay fait en ma langue 
Françoife; dans lequel ie m’eftens fort au long, 
pour faciliter plufieurs chofes ignorées diicom¬ 
mun , qu’on verra deferites & expliquées , en 
vn ftile beaucoup plus court, plus fuccind & 
Kk iij 




Jl8 SEOT. III. dv povrtraict 
referié, en inondit Dktetic Latin , qui pourra 
eftre vea,& tomber entre les mains desdodcs; 
En cela donc ie feray excufable : & le débonnaire 
Lecteur, prendra le tout en bonne part, & ne me 
blafraera pas,fi malgré les enuieux &Tenuie^ie 
continue à bien faire pour le bien public: & à 
pourfuiure d’vn raefme ftyle bien au long & faci' 
Icment, ma poinéte commencée. 

TrepU de preflis fe font de chappons , gelinotes, per- 

àiuerfg$for- > gîgot de'vcau, gigot de mouton, & fem- 
w. blables chairs de bonne nourriture : Il les faut 
faire roftir à demy feulement: puis en exprime¬ 
rez tout leur ius, par les prefies, le mieux que 
pourrez : Ce ius demy cuid & fanglant, fera cuid 
de nouueau dans vnplat iurle feu d’vn réchaud, 
tant qu’il feblanchifiè, ôc qu’on recognoilïè qu’il 
eft parfaidement cuid: vous en donnerez quel¬ 
ques cuillerées fouuent aux malades defgoutez, 
& alangoris par la longueur du mal, pour reftau- 
rer leur forces. 

Trepü pïo- adiouftez au ius ou prelîîs. d’vn gigot de 

près à tout mouton (en le recuilànt ) vn peu de mietté de 
Jhx de pain, vnou deuxfcrupules dégommé Arabique, 
ventre, difloudronc, vniauncd’œuf, & vnpeude 

.terre %illée, & quelques grains de noix mufeade: 
vous ferez vn,excellent remede, alimenteux & 
médicamenteux , propre à routes diarrhcees,lien- 
teries & dyrcnt^ries,& autres tels flux.,quels qu’ils 
puilTent eftre. ' 

Il nous refte d’âdioufter [pour mettre fin aux 
viandes tjrees des chairs] les gelées, qui tiennent 
le premier lieu entre les meilleurs, agréables & 



' ' DE LA santé'. 515 

plusnecefTaires mangers, (èruans à l’entretien de 
la vie humaine : gelées qui font mefmc tref-vtiles 
à toutes com plexions, & fortes de maladies. 

On en fait de diuetfes fortes : mais en laiflTant à 
part les communes,fenvay défaire lameilleure 
& plus facile façon,qui fc fait comme s’enfuir. 

Faut prendre vn bon chappon vieux de deux lEMeUmt 
ans: vn bon jarret de veau tout entier, & quatre façm 4e 
pieds deveau : faites cuire le tout dans vn pot de S®^***. 
terre vernilTé, qui foit neuf, auec deux pintes de 
vin blanc,& autant ou d’auantàge d’eau,s’il en eft 
befoin : obferuant foigneufemetit à bien efeu- 
mer&dcfgrailTer la matière pendant & apres la 
codion. 

Quand ingerezle tout cftre cuidàperfedion: 
vouspalTerez le bouillon par vne feruiette blan¬ 
che , le defgraiffant encore, fi bien qu’il n’y de¬ 
meure nulle graiffe. Leboüillonbien defgraifle, 
foit mis dans va nouueau pot net, auec vne liure 
& demie de fuccre fin, & de la canelle eh bafton, 
enuiron vne once 5 & douze doux de giroffles 
entiers: faites donner à tout vnou deux bouil¬ 
lons: puis; prenez deux blancs d’œufs,quc battrez 
& réduirez en neige, & les mettrez dans voftre 
pot: laiflànt donner'âu tout, encor vnou deux . 
bouillons. -En finie paiïèrez par la chauffe,& au- iagtkeéji 
rezvne gelée excellente en perfedion : la vraye Mneà tôt» 
pafture de tous panures malades defgouflez & malades. 
affligez dcquelque mal que ce foit. 

Aucuns y adiouftent pour la rougir, Vn peu de ComÆos 
fantal rouge, en lieu de giroffles '.d’autres vn peu _ 

de faffran, pour la iaunir : d’autres pour la rendre 

K k iiij ‘ 



/lo SECT. ni. DV POVRTRAICT 
aigrelette ôç plus plaifante, y adiouftant le jus 
d’vn ou deux citrons:ou bien peu de vinaigre. 

Nous auons aflez amplement pourueu à la 
pafture, voire alimenteufe & medicamenteufe, 
4e tous pauures malades ; Ileft temps que nous 
parlions aufïï des diuers brcuuages alimenteux & 
médicamenteux, qui leur font propres & neceC- 
faites ; afin qu’il n’y ait rien à defirer en ceftuy 
noftré Pourtraidi de la famé, Diætctiquc ou ré¬ 
gime de viure vniuerfel ôc particulier. 


DE DirERS 'B REV V AG ES 
dmmtmx , & vtiles ^toutes 

fortes de maladies . 

' Chap* X. 

L a plus commune & ordinaire boifibn de 
toutes perfonnes faines, c’eft l’eau & le vin: 
dont auons alTez amplement parlé, en la fécondé 
feâ:ion , & fait voir particulièrement lesvtilitez 
& proprictez del’vn &: de l’autre brcuuagc,pour 
la conferuatipn de la vie, 

Sous les deux generaux brcuuages , nous y 
auons comprins quelques autres particuliers, 
^ communs à certains païs: à fçauoir 
mef. cittcs, perez, & les bieres, qui ^tiennent lieu 

tnev/fraux de vin. Lefquels derniers breuuages font raef- 
îtnüadei. me, permis [ dans ledit païs ] aux malades at« 
taillas de quelque maladie que ce foit ; en lieu 



DE lA SANTE'< '5IÎ 

^ue le via & Teau crue , leur font défendus^, 
i’vn s à rçauoir le vin pour efchaufFer trop, & par 
conlèquent eftre nuifible à toutesfieures& in¬ 
flammations; Et l’eau fîmple Accrue, pour en- , 
gendrer par fa froideur, beaucoup de cruditez 
& obftrudions, qui font les feminaires de plu- 
lîeursmaux. 

L’eau pourtant & le vin, ferucnt de bafe & v'm^t 
fondement, dont, tous malades pèuucnt 'vfer u bafe & 
pour breuuagcs, eftans préparez, mixtionnez, & finiemettt 
compofez, comme nous dirons, 

Le vin eftant plus propre à certaines mala- ”'*“‘*' 2 ** 
dies, que l’eau: comme aux grandesimbccilli- 
tez& cruditez del’eftomach, aux hydropifîes, 
cachexies, & aux fyraptomes qui en dépendent: 

& mefme entre les febricitans , eftant permis ^naladies U 
aux fleures quartes: Le vin cft en outrevtile à vinefifro- 
plufieurs autres maux , & principalement c’eft pre. 
le reftautatif & fouftien de la vieilleflc, qui de ■ 
foy cft vnc grande & fafeheufe maladie, comme 
l’auons dit cy defflis, 

Orentre les vins, il faut choifir ceux qui font ^eUesioU 
les plus oligophores & petits: qui foient bien '-^5* 
meurs , & nullement verds ou fumeux : bien 
clairs & feparezde leurs lies : bref qui ne foient propre pour 
nullement troubles. lemalades. 

Les vins blancs eftans propres à certains maux 
êc temperamens, & les clairets ou rouges à d’au¬ 
tres. Il eftauflirequis félon les raefmesmaux,& 
temperamens des perfonnes, les attremper plus 
ou moins d’eau : ce qui doit eftte commis à la 
prudence des médecins prefens. 

Kk V 



SECT. III. DV yOVRTRAICT 
Ceft à eux cncores à iugcr fi 1 e vin doit eftre 
corrigé, ou auec l’eau toute crcüe; ou qui foit 
^uecquelle cuide, & adaptée à la caufe du mal : comme par 
tau on doit exemple,quand il nous faut defboucher,ou cotn- 
battre quelque obftrudion, s'il ne fera pas bon 
UtinaU-^ d’âdioufter en l’eau qui cuit de la racine de chien- 
ite$. dent, OU tel autre fimple de mefme qualité,qui ne 

foit dcgouftant pourtant, de peut de reculer le 
malade d’en V fer: Et s’il ne fera pas meilleur de 
mefme:, d’attremper le mefme vin ( aux dyfcnte- 
ries, lienteries,& autres grands flux de ventre, où 
l’vfage en fera permis ) auec vne eau chalibee ou 
aureç, pluftoft qu’auecla fimple eau creüe: cela 
dépend dif-jedu confeil du médecin. 

Il en y a qui pour contemperer la force du vin, 
fa^li *** lerendre moins vaporeux 3 & aucunement medi- 
. camenteux, y mettent vue croufte de pain roftie 
auparaiiant fur les charbons:: d’autres y infereiit 
de la pimprenelle, de la buglofe, ou telle autre 
herbe non defgoutante, dont le vin eft rendu à 
leur bouche plus agréable, &dont ils fe feruent, 
mefme ordinairement en tous leurs repas, ce que 
nous n’improuuons pas. 

'Erreur de nous ne pouuons trouuer bonne la çou- 

eeux qui d’aucuns ( chofe fort frequente parmy les 

j>our boire grands d’Italie & d’Efpagne)qui fe plàifent à boi- 
froid ad- te le vin fi froidâétuellement, qu’enlieu d’eau,ils 
7a^lacld' ^ gl^ce, pour le rafrefehir, de forte 

divin, % glace les dents. . 
le font trop ^ ^i c’eft chofe plaifantc à la bouche ,_elle nuid 
rafrefehir àl’eftomach,& le rend débile ; caufe en outre des 
dans l'eau, coliques Sc obftrudions & pluficurs infitmiteis 



DE LA SANÎe'. 'jij 

à la longue. Le vin auflî trop rafraifchi dansl’caa 
cftnuifible,& eft meilleur pour laconferuation 
de la fanté, de le boire aux plus grandes chaleurs, 
tel qu’il vient de la caue, qui foie bonne j que de le 
lafraifcliir en quelque forte que ce foit. ' 

Voila tout ce que doment penfer & cohfîderer 
en l’vfage du vin, tant les fains que les malades, 
aufquels il eft permis d’en boire en leur repas, & 
de s’en feruir pour nourriture. 

Or comme l’vfage du vin eft permis 
uage ordinaire, & eft trouué plus vti] 
en certains cas ; Il y a certaines maladies au ç.on- 
traire,qui requièrent l’eaUjComme leur eftant plus 
conuenable que,le vin qu’on defend à toutes fie- . 
ures continues, inflammations internes, & tels 
autres maux. 

L’eau pourtant ne fe donne pas toute crcuë& <«>« 
fimple, comme elle eft: ains on luy fait perdre fa meiüeare 
crudité en la faifanthoüiilir dans quelque phiole 
de verre, fi bien bouchée,que rien n’en 
refpirer , & qui foit mife dans vn baing raaric^ ■ * 

bouillant, par l’efpace d’y ne heure. C’eft fa meil¬ 
leure préparation : car fans en faire euaporer oii 
exaler la partie la plus tenue & meilleure de l’eau, 
elle perdra dans ledit baing marie chaud fa crudi¬ 
té : & depofera fes focces & tout fon limon en 
fonds : ce qui ne peut aduenir par hordinairc 
ébullition. On adioufte par fois en l’eau cuiék 
delà forte, pour la rendre plus medicamenteufe 
(& non dégoûtante pourtant) les racines de chien¬ 
dent , ou celles de l’ofcille , qui taigneiit l’eau 
d’vne couleur de vin. 


pourbreu- Certalnti 
le quel’eau 



jl4 SECT. III. DV POVRTRAlèr 
£ 4 » fânée. Aüccla mefme eau ou crue', ou euiéte, on meflc 
par fois vne mie de pain, & bat-on longucrnent 
le tout auec deux verres ou aiguieres; ce qu’on 
appelle eau panée, permife à plufieiirs malades 
difficiles, qui ne veulent ou ne peuuent mefme 
vfer de l’caUjtant feulement cuittc. 

E4ufuterit On préparé auffi des eaux fucchrees pour au- 
m huches cuns, aufquelks on peutadioufter de lacanelle, 
on paffe le tout par la chauffe , & en fait-onvna 
façon d’hypocras d’eau,qu’on nomme communé¬ 
ment boucher. 

La ptifanc eft le plus ordinaire breuuage pour 
injBnis malades : que les Apotiquaires tiennent 
toufioursprefte en leurs boutiques. On en fait en 
diuerfcs façons-: les vns yadioufténtjauecfuffi- 
fantc quantité d’eau, delà feule regucliffe, les au-' 
très de l’orge, raifins de damas, & des pmncaox 
doux pour la rendre plus nourriffantc. 

^ Crmtur Anciennement on vfoit de lacremeur d’orge, 
proportion de l’orge fur l’eau, c’eftoit orge tout 
■ * mondé vne liu. eau à diferetion : on faifoit auec 

cefte première eau, donner vne feule ébullition 
à l’orge, pour luyofter la pouffiere, &lanettoyer 
de toute fon ordure ; on jetroit cefte eau pour en 
y remettre de nouuelle à diferetion, en affez bon¬ 
ne quantité pourtant, &C iaiffoit-on bouillir le 
tout iufques à la confumption de la moitié : on 
nommoit auffi cefte boiffon , propre pour hu¬ 
mecter & deterger cremeur de ptifane. Voyez 
fur cela le liure de Ptijana de Galien, de la verfiori 
àthalamamim. 

Dutntel ^ Hippocrate & tous les autres anciens ontap- 



DI t A SAKTt". S^S 

prouué,& confeillé l’hydromel, pour ordinaire des diuers 
breuuage à phifieurspauuresmalades, aufquéls le 
vin & l’eaulimplesContcontraires, ils n’auoient 3*’®“ *" 
pas en ce temps la cognoiffancc du fucchre : voila 
pourquoy ils n’vfoient, ny d’eaux fucchrees ny fiufimn 
desbouchets. . malades 

Galien en l’onziefrac liure des facultcz des 
fimpies médicaments, parle, & de la nàture'idu 
miel : & de fes qualitez, & de fes proprietez am- eontraim. 
plement, difant que la nature du miel eft fepa- 
rée des plantes, & des animaux. Car encore qu’il 
Te trouue fur des fueilles ôc fleurs des plantes, il 
n’eft pourtant ny leur fuc , ny leur frui£t, ny quel¬ 
que partie d’icelles, mais c’eft d’vn mefmc genre 
que la roféc,à fçauoir vn fruiâ: du ciel, que les 
Abeilles feauent fuccer, choiflr & cflire particu¬ 
lièrement des fleurs & des herbes, viande celcfte, 
qui eftant circulée dans le ventre deces petitsani- 
maux aërez, à fçauoir les Abeilles,fe peut dire 
animale : quoy que l’origine en foit touflours ce¬ 
lcfte, & qu’on puiflè trouuer du miel fait fans les 
Abeilles. 

' Pline en fon vingt-vniefme liu. chap.xiiii. faid d« „ùei 
mention d’vne montsigne:en Candie,nommée quifittiH- 
Carina, de neuf mille pas de circuit, dans laquelle 
il ne fe trouue aucunes moufches.&toutesfois il 
s y recueille vne grande quantité de miel, qu’on * ^ 

eftime excellent pour la médecine. 

Les hiftoires font pîeines comme en Medie, 
en Thracc, en Hyrcanie, dans vne contrée qu’on 
appelle Fortune, il y a ries arbres, dont le miel 
diftills à foifon. Voyez entre autres Cœlius au 



jlS SEC T. HT* DV rOVRTRAiCT 
liure xxiîi. de fes leçons antiques chap. xxxv. 
voire Galien meftnes au lieu que delTus, auoir vcu 
& trouué du miel roue formé fut quelques arbres 
V> 5c plantes.. 11 me fouiiient, dit-il, que quelques- 
„ fois il fe trouue en.Eftéfurles fueilles des arbres 
9 , & des herbes, grande quantité de miel, pour 1er 
9 , quel les villageois'xhantoienr, lHpp_itermellapl(tin 
99 que traduifons en François, 

IttppinfàitpkmoirdtiCuh 
Sur la terre le doux miel. - 
efioJt Galien au mefnje.endroit, monftre les dif-, 

Ze weifiear ferences du miel: febn la bonté: des plantesoù 
mUU en le cueille l eftimantj que ccluy du thym , de la 
faulge,& autres herbes odoriférantes eft meilleur. 

Le mieldenoftre Narbonne eft des plus cxcel- 
lenSjd’âutanr.que lesjàndes prochaines font plei¬ 
nes de telles.herbes odoriférantes, où les Abeilles 
le lucceht. ^ 

Le me.fme.Galien apprend en outre, comme la 
préparation du miel.Æn le bien cuifant ôcefeu- ; 
mant,bonifie beaucoup fonvfage : & au contraire 
le dommage qu’il porter quand ü n’eft ny bien cuit 
ny dépuré: ce qui dok eftre bien noté, & adiou- 
le hpnmUl pâTolesrlly a âulE différence en cccy.qu'yn 
ieit eflre miel qut n’eft pas affez cuiél:, remplit le ventre & 
fteparé, les inteftins deflatuofitez ôc de vents ; mais cclüy 
. 9> qui aura cfté cuid iufqués à ce qu’il ne iette plus 
99 d’eféume, n’engendre aucune ventofité, Ôefi ü 
99 prouoque l’vrine. 'En fin parlant de fon vtilité, 
voulant faire voir à qüi l’vfage. en eft conuena- 
ble, & à qui dommageable, il efcric en cefté forte: 
99 Le miel èft tcef-vtile aux gens vieux, & generale- 



DE lA sakte'. ;i7 , 

ment à tous corps de froide teraperaturé : mais 
en k fleur de l’aage & en ceux qui ont vne chau- 
de température, il fc tourne en bile. . »> 

Il y a beaucoup de naturels aufqucls le vin eft 
contraire ,& qui mefme n’en fçauroîent boire, il 
y aaufli beaucoup de perfonnes fujcttes à ccrtai- 
nes maladies,qui s’en abfticnnent,leur eftant mef- 
me défendu d’en boire comme aux Epileptiques, 
paralitiques, goutteux^ & autres. 

En lieu du vin doncques on leur ordonne bien 
fouucnt quelque Hydromel Ample, qu’on pré¬ 
paré aucc vne liure de mielgrainé en y adiouftant 
dix liures d’eau, efcumanf tres-bien, dépurant 
& cuifant le tout, iufques à la confumption du 
quart, & que la matière ne rende plus d’efcume : 
paflèz le tout par la chauflè, ôc vous feruez de ce 
breuuagc pourboiflbn ordinaire, plus propre à 
beaucoup de maladies, que le vin. 

On prépare auec le mefme Hydromel Ample, Bluen te. 
par addition,beau,coup d’apozemes preparatiues, mdu qui. - 
beaucoup d’hydrotiques & diurétiques, & moy- ^ 
mefme en vfe fort fouuent: maisc’eft aux mak- 
diesfroides, &caufeesd’vnhumeurterreftre& mtlfimpù 
vifeide, & aux corps qui font replets, fort hurni- 
des& pituiteux." 

Mais à ceux qui,font maigres,& d’vn tempéra¬ 
ment bilieux, qui ont le foye boüiUât, i’en eftime 
l’vfage dommageable auec Galien ; d’autant qu’il ^ 
fe conuertit foudain en bile^, & qu’il a en fonin- '^*''***^* 
terieur(commeil eft dénaturé etheree & celefte) 
vn efprit de vie auflx ardent & bruflam,que celuy 
des plus forts vins & maluaifles. ^ 



JlS SECT. III. DV POVRTRAICT 

Et de fait on préparé de cinq ou fix parties 
d’eau. & d’vnc de miel, le tout dépuré & cuit en 
Hydromel perfedion ( c’eft à dire tant qu’on voye furnageç 
vineux, vnœuf fraiz fur celle lexiue, ou decodion ) vn 

breuuage auffi fort, & bon au gouft, que la meil¬ 
leure maluaifie : & dans lequel on trempe des 
rofties comme dans vn hypocras, propres à re¬ 
mettre & fortifier les plus débiles eftomachs 
quand on en vfe, dont fe tire «ne eau de vie, & 
vn plus fort vinaigre j que celuy du vin, comme 
en allons ja dit quelque chofe cy deflus auchap. 

, des vins. 

Ceftpourmonllre’r comme vn tel Hydromel 
vinaigre participedu vin en toutes qualitez: fe pouuanc 
- qui fe pre‘ ( auffi bien que le vin ) réduire & en eau de vie, & 
f urent de en vinaigre*, voire qui font de telle force qu’on- 
plus grands diffoluans de la nature, 
ee^nt dilTouldre les perleS, côuraux, &autres 

feluas /)8»r pierres precieufes, dont on fait diucrsremedes. 
les ferles. Les Philofophes,qui ont trauaillé fur ce noble 
eouraux d? (bjet, & qui l’ont anatomifé en toutes fês parties, 
cL»jîî^”' doué d’autres & plus grandes quali^ 

L'orfe peut quc celles que le commun luy attribue, d’ou- 

tendreenli- urir, atténuer .detcrger, mundificr, prouoquer 
queur ^ à craclier, & à vrincr : D’autant qu’en pouuant 
It^^luec^îe (apres aiioir palTc par les mains d’vn 

miel ‘*pafft artifte ) & rendre elTcntiel l’or parfaidc- 
far les ment, il eftfcduit aînfi en vne grande & fouuc- 
tnains d’vn raine medecine : eftanr exalté & viuifié, en lieu 
vrayartifie qyg fgg vercus cftoicnt Comme affoupies & raor- 

L’excellence du miel m’a- pouffé d’en parler 
plus 



DE tA santé'. 

plus suant que mon intention ne portoit, & que 
le fujet prefent d’vn diaetetic ne requcroif.Ce fe¬ 
ra en nodre îiure de la naiurcabftrufe des chofes 
où nous en parlerons plus auant, comme en fou 
propre lieu : Et en noftre Pharmacopœe, nous 
n’auonsoublié les diuers hydromels,oxymcls, 
mielheleboratjpaflulat, anacardin, aucc plu- 
fieurs autres & diuers rcmedes, qui le préparent 
du miel,contre diuerfes & grandes maladies. 

Nous auons à peu près fait toute la légende 
des vinSjdeseaux, des hydromels & autres breu- 
uageSjdontfepeuuent feruir pour commune & 
ordinaire boiffon & nourriture, tous panures 
malades : Il ne fera pas hors de propos, ny choie 
clloignee deceftuy noftre fujet, où nous trait- 
tons la reigle vniucrfelle & particulière de bien 
fainement & longuement viute ; d’y adioufter 
quelques vins,quelques hydromcls,& quelques 
eaux compofecs & mcdicaracntculcs , propres 
pour la conferuation de la fanté, & curation de 
plulîeurs maladies ,aufquellcs le corps humain 
cft fujet:reraedes d’vne préparation facile, voire 
qu’vn chacun pourra faire chez foy, & à peu de 
frais, qui nous lont appris par l’art Spagiriqüc; 
& lefquels nous empruntons de noftre pharma¬ 
cie : & dont les grands, les petits, les riches & les 
pauures,pourront reccuoir quelque vtilitc,& al¬ 
légement à leurs maux, & pour le mieux en fe¬ 
rons vn chapitre à part pour la findenoHre li- 
ure. 


L1 



jje SICT. III. ©V POVRTRAICT 


DES VINS, E AV X , ET 
hjdrmclsmtdicmetîteHx, 

Ch A P. DERNIER. 

P ov», fuiurc l’ordre & méthode,que nous 
auons tenue au precedent chapitre ., nous 
commencerons ccftuy'Cy par les vins médica¬ 
menteux: Adonnerons le premier lieu à rhipo- 
cras( qu’on appelle ^ comme au plus délicieux, 
d’entre tous les breuuages,& vins Aromatiques: 
forte devin.que les médecins modernes appel¬ 
lent en Latin, Claretura : qu’on approprie mef- 
me à beaucoup d’infirmités & maladies,comme 
le dirons cy apres. 

nifotTis L’hipocras commun fefait doneques, en pre- 
tmmun. blanc ou clairet,qui foit purifié & très- 

bon huiét ou neuf liurcs,canelle fine Vne once & 
demie , girofïles deux fcrupuls , cardamome, 
grains de paradis de chacun quatre fcrupules, 
zimzcmbre trois dragmes, le tout bien conquaf- 
fé groflîerement foit mis à maccrer dans la quâ- 
tité fufditc du vin, par trois ou quatre heures, 
puis y adiouftez fuccre finvne liurc & demie, 
paflez & repaffez le tout par v ne manche ,&fe¬ 
rez hipocras. 

Auttt faço Aucuns qui n’aiment refpiceric forte, fe con- 
i’hpocras tentent qu'on lefaccauec la feule candie & du 
tntfütur. fuccrc:mais d’autres y adiouftéc, pour luy dôner 
plus de pointe,& rendre plus propre à efehauffet 
vn cftoraaeh froid & débile,vn peu de poiurç ou 



»E IA SAîîtY* jjl 

ïimzembre, & trioins de giroffle ,ie tout pour- . 
tant à difcredon,& félon le gouft des pcrfonnes. 

On vfc de tels vinsauec les roftiesjprincipale- U 

ment en hyucr pour cfchaufFer & fortifier les c- 
ftoraachs debilcs,on le permet aux fieures<îuâr- 
tes & autres maladies longues,& qui procèdent 
de quelque caufe froide. _ 

Pour faire vn hipoCras tout foudain 5c en tous ffîpmâi 
Jieux.cnvoicy la façon. 

Prenez donques candie fine deux ou trois ott- 
CCS ,giroffles demie once, zimzcmbre,poiure extr 4 (ii$t$ 
long, cacdamorae,graine de Paradis, gaianga,dc dtsArmn» 
chacun deux dragmes,noix naufeade vne dragme 
& demie. Conquaffèz groflicrement, & meflez 
tres>bicn touslcfdits aromates, que mettrez das 
vn vailîèau de verre à col longjverfant dclïûs ex¬ 
cellent cfprit de vin. 

Le vaiffeau bien bouche foit mis das vn Baing 
Marie tiedci par trois ou quatre iours, & iufqu à 
tant que v oyez voftrc efprit de vin fort coleré & 
imprégné des tindures, ôc delà vertu desaro- , 
mates: alors tirez le vaifleau du Baing, laiffez le 
refroidir, & l’ouurez pour en feparer toute la li¬ 
queur tainde, par inclination, que verferez à 
part dans vnc ou pluficurs phiolcs de verre quac- 
lees, que boucherez treibienpouren vfer com¬ 
me fera did. 

Oftezauifîtoutlemarc,quirefteraau matras^ 
cxprimez-lc t res-bien le plus que pourrez,& re- 
feruczaufficeftecxprçflion à part, maislaprc- 
miereefttoufioursla meilleure. Si vousn’aimcz 
mieux apres ladite macération, filtrer le tout 
L1 ij 



JJl SECT. ni. OV POVRTRAICT 
enfcmblcypar vnechauflè d’hipocras^pour en ti. 
rcr ainfi cane mieux , la vertu des aromates. Ces 
extradions fe gardent longuement. 

Tfig» itf- Ql^nd vous en voudrez feruir aux fins que 
ditM txtra- defliis, prenez vne pinte de bon vin, adioufianc 
autant de goûtes de l’vne ou de l'autre extradiô, 
' qui fuffira pour le rendre aromatique à voftrc 
' gouft:&du fuccre à diferetiô pour radoucir. Et 

fi voulez pourrez mefrae porter auccques vous 
i’huilcou liqueur de fuccre,duquel pourrez ver- 
fer quelques goûtes à diferetion, dans le vin qui 
s*cn adoucira foudain : c’eft pour en vlcr lors 
mcfme que ferez en lieu où ne pourrez trouucr 
du fuccrc-.Car cefte liqueur de fuccre fe confetue 
longucmentjlaqucllc fç fait,commc s'enfuit, 
HtùUtiuli. Faites durcir des œüfs dans l’eau bouillante: 
5 »e»r d» les œufsbienendurciSjfoient pattispat la moi- 
^îtsœufsù^ îié, & f en ayant fcparc le jaune ) rerapliflèz-Ics 
faeti/Ifr*- fuccrc, réduit en poudre: les a jançant dans 

f 4 fgf, quelque verre ou efcuellc ou terrine verniffee, fi 

bien que le fuccre n’en puiflè tomber, fans qu’il 
foie befoin les couurir autremêt. Expofcz-lcs en 
vne feneftre à l’air toute vne nuid, gardant ( ad- 
uenant qu'il vint à pleuuoir ) que la pluye ny 
puil& tomber: ou bié les mettrez dans vne caue, 
ou autre lieu humide, & trouuerez le matin tout 
voftrc fuccre réduit en liqueur; que fi quelque 
phofe en vcrfc,vous le trouuerez dans ledit verre 
ou terrine, fans en rien perdre : & d'vnc liurc de 
fuccre aurez vne liure de liqueur, racrueilleufe- 
ment douce, & dont petite quantite,pcut ad<w- 
cir beaucoup de vin oud’eau. Cefte façô de faire 



D E ï. A SAUTE. y5f 

ladite liqueur de fuccrc,eft meilleure quèquand 

onkfaitauecreaudevic,&eftmcfracfîngulicre 

aux toux inucterces, & aux maladies, ou Texpe^ 

dorationeft rcquife &neccflàire .-lien fautprê- 

dre feulement pour en faire rhipocrasquelques^^^**"^ * 

gouttes, ou tant qu’il fuffit pour adoucit le vin."; 

On préparé le vin, nommé Clarctum,comme vinéronu^ 
deffus, en diuerfes façons : félon les diuerfes in- *'3** ÿ* 
tentionscuratiucs, dont on s’en veut feruir pour 
guérir diuers maux. Nous en mettrons icy deux ii»ttfe% 
formulaires feulcmct: d’autant que nous en par- çm» 

Ions plus à plain,& plus au long dans noilre fuf. 
dite pharmacie,corame en fon propre lieu. 

Il vous faut donques prendre candie fine deux. ^*'***"* 
, ? ‘ -JJ fanndtptt, 

onces, macis demie once, vnc vingtainedc dat-'^/„, 
tcs,dont leùcrés le noyau, & qui foient coupées 
allez mcnuitrois ou quatre my vôbolans,cinq ou 
. fix onces de raifins de damas, dont aurez ollé les 
pépins,femencc d’anis &fenouïl doux de chacun 
vrie oncc.coriandre préparée demie oncc,les aro¬ 
mates & les Icmences foient grofficreraent con- 
qualTees, ôc tout ce que delTus Toit mis dans vn 
raatras de verre capable : verfant delTus eau de 
vie redifice vne liure & deraie.vin de Canarie,ou 
vin blanc du plus excellent, vne pinte de Paris, 
qui font trois liurcs ou enuiron : bouchez bien 
voftre vaiireau;& lailfez macérer le tout au froid 
par quatre ou cinq iours: on en peut vfer fans fe- - 
parer la liqueur de fes forccs,ou fi voulcz,quan<l 
le tout auraeftéalTez long temps macéré, lepaf- 
ferez par vt^c chaulTe d’hipocras, gardant dans 
des phiolcs bien bouchées ledit Claretum ; Il en 
L1 iij 



j34 si CT. ni- ov tovrtraict 
faut prendre vhe ou deux petites cuillerées d’ar¬ 
gent le matin, quand on fefent mal difpofc. 
'TrBprUte\ Ceft yn remede fingulierpour cotrobcfrer,& 
fortifier l’eftomac le plus debik: propre pour 
tum, corriger èc ofter lescruditcz & venrolîtés d’ice- 

luy : & par confequent remede fîngulier contre 
toutes coliques venteufes & femblablcs maux. 
Ste$»itfa- Autre fâ^on declarctum plus yniucrfel fefair, 
#**• comracs’enfuit. 

Prenez maluaifiey^u vin blanc du meilleur, 
vne pinte & demie, qui font quatre ou cinq li- 
urcs, que raettrez dans vn matras ou pellican : y 
adiouftât girofles, noix mufeades, macis de ch⬠
tain fîxdragmes .canèWcLfine dix dragmes, zira- 
zcrabre,eardamqrac de chacun demie once, co- 
. ïiâdre,anis,fenoii doux de chaeû trois dragraeSj 
racine d’angelique , zedoairc , de chacun deux 
dràgraes:diprame,flcurs de romarin de bugloie, 
de chacun deux pugil: ou en lieu prendrez leurs 
côferues, de chacune vne once & demie: tablet¬ 
tes d’aroraaticura rofatura vne once, fuccrefin 
vne liure y tous lefdits aromates & autres ingre- 
diens grofEerement conquaflez, & bien raeflez, 
foient adiouftés auec le vin à raacerer dasle B. M 
ticdcjle col du vaiflèau eftant bien clos: & ce par 
deux ou trois iours. Puis faites pafler & repafler 
le tout par vne chaiiflè d’hipocras afin que le vin 
s’imprégne tant mieux de toute la vertu def- 
Prd^weiei^ditsingredicns. Donnez de ce vin qui fe gardera 

^ 2 **^-^*””‘^loguemcnt(eftanc mis dans des petites bouteilles 
bicnbouchees) vne ou deux cuillerées le matin. 

Çc claretum Corrobore toutes les facultés, & rc- 



D E t A s A N T e'. fis 

ffiaurc tous les cfpcits tant animaux, vitaux que 
naturcls:eft propre par eonfequent à toutes froi¬ 
des maladies du cerueau: aux cardialgies,lipo¬ 
thymies , fyncopes & autres afFcdions du cœur: 

Eft fingulicr contre toutes imbécillités, crudités 

• & flâtuofîtezdereftomach, qui enfont diffipees 
Coudain : comme celles aufS qui caufent dans les 
boyaux les coliques venteufes : corrobore de 
mefrae lefoyc &îa rate,& eft propre à toutes ca- 
chcxies,aux melancholiques hypochôdriaques, 

& mcfme aux hifteriques affedions : Et fur tout 
ceft vngrand preferuatif pour les peftes, propre 
de mefme contre toutes vermines & autres cor¬ 
ruptions qui s’engendrent dans nos corps,& qui 
font les feminaires de plufîeursgrands maux. 

Si vous les voulez rendre plus propres &con- Touttenitt 
uenables à certaines maladies , adiouftez-y les J^edfiquts 
chofes qui leur font fpecifiques,& faites qu'elles ^^*^**” 

• furpaflènt la quatité des autres, corne par excra- 

ple,fî c’eft pour l’epilepfîe, adiouftez-y la racine iitsvm. 
dcpeuoine,& fafcmcncc.laracleureducrancde Conm 
rhommc.les fleurs du tillct,liliura côuallium dit 
petit muguet,&-fcmblablcs:dont ferez vn clarc- 
tum, ou vinanticpileptique, tant p'our foudain 
efueiller du paroxilme prefent le patient qui en 
fera furpris, en luy en faifant aualer vn peu, que 
pour (eruir raefmes à-la précaution, en leur en 
dônâtla dofcd’vncoudeuxcuillersdargét,aux 
nouuclles & pleines lunes, & aux deux quartiers. 

Sil’epilepfic prouient de quelque hifterique Contre l’ai 
aSétion, il y faudra adioufter de la racine de foplexie & 
brionia bien defeichee, fAtdyftt, 

L1 iii) : 



SECT. II. DV POVRTRAICT 
Si c*efl: vnc apoplexie ou paralyfic, qu’ori aye à 
combatrc,adiouftcz-y la graine du gencuricr,lcs 
Heurs de lauande & de foucy en quantité Et aind 
des autres i-naladics,pour Icfquellcs pourrez cô* 
pofer diuerferfortes dcclarciû ou yinsaroraati- 
qucsmedicamentcuxtoùvouspreparcrezleidits- 
vins antipileptiques, & autres plus fimplcraenr, 
&cnplasbrieftemps,comme s’enfuit,qui fe¬ 
ront auffi profitables ou plus que les autres. 
^datrispUtt Pour TEpileplie prenez racleure de crâne d’ho- 
fo»s ie pre- rcccnt que pourrez trquucr,deux on- 

parer auee ces, guyde chefné haché menu vne once & de- 
de mefme mietfleursfeiches de peuoinc,petit muguet,&de 
vmdes rc- farbre tillet,de chacun dcux,trois ou quatre pu- 
gils,femenecdepeuoine, & de chardon bénit, 
fUfieurs concafïèes, de chacun fix dragracSjCanelle vnc 
ma»». : once,noix mufeades demie once: le tout foit mis 
première- dansvn vailTeau de verre capable, à col long, y 
ment centre yej-fanj hknc trefmcur, & qui tienne de ' 

la liqueur du vinde Canaric,quicftIe plusfpiri- 
tuel d'entre tous les vins, tant qu’il fumage la 
matière quatre oucinq doigts:bouchez trefbien 
le col du vaifTeau ( afin que rien n’en puifîe refpi- 
rcr)quc mettrez macérer au bain fort tiede,qua- 
tre ou cinq iours, puis pafïèz le tout par la man¬ 
che d’hipocras,deux ou trois fois, y adiouftant fi 
voulez dufuccrepour le dulcifier. Ce rcmede fe 
peut donner de mefme,& pour la curation à 
fçauoir pour faire promptement ceffer le paro- 
xifmc,& pour la précaution,leur en faifant pren¬ 
dre la dofe que defius parplufieurs matins,aux 
quatre fâifons lunaires. 


l’Epilefte. 



DE LA S A N T e'. Si7 

Pour faire vn rcmcde antiapoplcdique il faut centre i’a. 
prendre fleurs delauâdc,de fauge, & de giroflées 
fcichcesjde chacun quatre ou cinq bôs pugils, ôc 
d auantage, graine meure & recétc de geneuricr 
deux onces : faifant au demeurant en tout & par 
toutjCommedeflus. Si donnez deceftë liqueur 
vne ou deux cuillerées à lapopiedique.vous leC. 
ucillerez foudain de fon profond fommcil: & ne 
lairrcz pourtant d’vfèr des autres reœedcs qui 
feruent à l'euacuation generale ; aux reuulfions, 
deriuations,& autres intentiôs requifes pour ai¬ 
der en toutes fortes à combattre vn fi grand mal. 

Contre les paraly fies & coniraâurcs, il fe pré¬ 
pare aucc le merme vin,vn fpccifiquc & fort fîn- 
gulicr remede, que ic tics par traditiue des fleurs 
Vvolflius,Mofanus,&HartmannuSj mes flngu- 
licrs amis Ôc frétés,& célébrés médecins d c raon- 
feigneur & illuftrifliraë Prince le Landgrauede 
Heflen:!cquelrem€de fe préparé coraes’enfuit. 

Prenez fleurs de foucy & de lauande,deflci- ^xceUent 
chéesraediocrement,aflèxbonne quantitc-.dont remede^Jo^ 
remplirez à demy vne bouteille de verre qui foit ^ 
bien forte, y vcrfantd’vnc maluoifieou vin 
Canarie, tant qu’il furnago la matière trois ou fardes me, 
quatre trauers de doigts : le vaifleau fi bien clos 
que rien n’en puilFc te{pirer,{oit expoféau Soleil 
d cfté, par refpaccdc'trois femaines ou vn mois; 
dans lequel téps ledit vin s’impregncra,&attire- tra^urss, 
ra toute la venu dcfdites flcurs,& fe fortifiera de 
iortedeleursefprits, qu en expofant lé vaifleau 
de verre près de quelque muraille,que les rayons 
du Soleil y puiflent eftre retenus ôc reuerberez: 

■ LI V 



5jS JE CT, III. DV POVB.TRAICT 
c’eftà dire,que le vaiffèau s’en puiflè trop c{- 
chaufFer,il s’efclatera Scbrifcra en cent^icces: 
Ccft pourquoy il le vousfaut mettre fur vne fe- 
neftte ouuerte,où Icfdits rayons ne puilTent eftrc 
retenus. Au bout dudit temps ouutez voftrc 
vaifleau, l’ayant laifle auparauant refroidir tout 
Tnc nuid dans vne caue, pour donner loifîr aux 
cfprits d’eftre raffis & rabatus : Et ja ce vin 
compofé de la forte, eft bon pour les fufditcs 
malâdies,en faifant prédre vne cuillerée où deux 
tous les matins, par l’cfpaced^ vingt& cinq ou 
trente ioars,les purgatifs generaux &fpecifiques 
ayant précédé : Vous en verrez d’admirables ef- 
feds, comme les fufdits fleurs médecins, qui ne 
manquent d’autres infinis gradsreraedes, m’ont 
- affcuré.l’auoir efprouué fouuentauec heureux 
fuccez.Ce reraede eft mefmc propre pour cfueil- 
1er foudain le profond & lethean fommeil de 
l’apopledique. : 

«n Mais fl VOUS prenez ledit vin, comme deftùs 
HwZil imprégné, & le faides diftillcr aucc toutes fes 
à feu de baing marie va- 
meie, poureux, iufques à ficcité : cefte eau fera vn plus 
excellent rcraede, & le fera encore d’aùanta- 
ge, file marc des fleuts.cft reduid en cendre, & 
que ladite eau foit imprégnée de fon propre Ici, 

çons dt di~ liya d autrespreparationsj&firaples & corn- 
usn reme^ polies,où le vin fert de bafe, qui font propres & 
desfatûi a- fpecifiques rcmedes.tant pour la preferuation de 
mtlevtn. £ancé,q;uc pour la guerifon de diuers maux. 

-Arnauid de Vilie-ncufue, célébré médecin de 


BE LA santé'. 539 

de fon temps, & grand philofophe Chemique, 
commefes eferits en font foy -.fait &compofc 
vn lulep aucc trois liures de vin excellent,& 
deux liures de fuerc fin, qu’il fait cuire félon 
l’art, & qu’il dit eftre propre pour la robora- 
tion de noftre nature, & conferuation& pro¬ 
longation de noftre vie, quand on en prend 
quelques cuillerées le matin. 

Nous aprenons en noftre pharmacopœe de 
préparer en trois ou quatre diuerfes façons, des 
iuleps & fyrops, & Amples & compofcz,de tous 
les aromates, ôc de toutes les lemences chaudes, 
comme d’anisjfenouïl doux,coriandre,pcuoine, 
graine de geneurier, & femblables : voire des 
fleurs fciches& aromatiques, comme romarin, 
faugc,{oucy,lauande,bcthoinej&c.dont on peut 
préparer des reraedes appropriez à certains 
maux. 

Entre ccfdites façons, il en y a vne qui fe fait La façon de 
auecdu vin-.façon qu’il nous a fcmblé deuoirJ^'" 
ioindre en ce lieu, auec les autres préparations, ® * 

,, , r • tomafoma* 

que nous venons d apprendre, & qui font rai- dotantes 
tes auec la racfme liqueur : Et nous contente- femeMts& 
rons de prendre pour exemple, vn feularoma- 
te, vne feule fcniencc, ôc vne feule fleur : pour ^ 
enfaire vne forte & façon de iulep ou fyrop,par ^ueefeviL 
ou on verra, comme on en peut préparer plu- 
ficurs autres, foit Amples, ou foit tels qu’on les 
voudra compolec & approprier à diuerfes in¬ 
tentions curatiues. Lt Trob 

Entre les aromates, nous choiflrons la cznel- fimfU d* 
le, de laquelle, & delà meilleure, il faut prendre 



540 SECT.III. DV POVRTRAICT 
quatre onces, que conquafTcccz groflicrcment^ 
& ferez macerer trois iours durant(£lans vn vaif- 
feaude verre conucnablejàucc deux liurcsd’cxv 
ccllente raaluaific, & €c à lente chaleur : coulez 
en apres le tout, & y adiouftant vne liurc de de¬ 
mie de fiiccre,faites-en vnfyrop félon l’art, en le 
décuifant médiocrement : car tels fyrops fc con- 
feruent longuement : loint que par vne trop 
grande coâion, rcfpric de vin dépérit, lequel il 
faut conferuer en toutes fortes: En defaut de 
Frc/îW*fe\n3alaaifie,prenezd’vnexcellcnt vin blanc. Cefy- 
det fytaps rop eft merucillcufement agréable, & plus vtilc 
dttMtUe. jjg candie , qu’on fçait eft te tref- 

cordiale & propre à diuers maux. 

Vous ferez de la mcfme forte & façonlefy- 
cade, foi-rop de la noix muicâdc, trehpropre pour laro- 
^^jg»>'#«boration des cftornachs les plus debiles: le fy- 
taZTquTs. » fingulicr pour les quartcnaircs: 

le fyrop de giroftlcs, excellent contre toutes li¬ 
pothymies & deffaux de cœur, & contre tou-- 
tes léthargiques aifedions, &ainft de tous au- 
.. . très. 

pZ le fyrop fîmple de la femcnce d’a- 

pieiez» ^ nisi propre contre toutes coliques, & du ven- 
tricule,& des inteftins : vous prendrez de mefrae 
quatre onces de ladite femcnce conquaftèe, que 
macererez auec deux liures d’vn excellent vin 
blanc , par trois iours : fur la colaturcadiouftcz 
vne liuredefuccre,faifant cuire le tout comme 
deflus. 

Sjirof Itff L® fyrop de fenouil doux, outre qu’ileft fort 
»«»ïï do»», agréable à la bouche, eftant fait comme eduy 



D E LA SANTE'. J 4 I 

d anis eftsuffi propre contre les ventofitez, & (j. fispt»* 
fortifie merucillcalcmcnt la veucdcbile. 

Vous eompoferez ainfi les fyrops de toutes 
autres femenecs,qui en mériteront la peine, 

& que fçaurez eftrcfpecifiqucs à certains maux: 
comme la feroencc de peuoine contre TEpilc- 
.pfîe, celle, de la faxifrage,(ÿ milium yS/Âf,contre le 
calcul,&c. 

Quand au fyrop de fleurs de romarin , qui ^ 
nous refte à defcrire,& qui feruira d’excmp!e-^®“”j^V”* 
pour faire celuy de toutes autres fleurs, il fuffira^^j ^j 
(d’autant qu elles contiennent grande place)d’en pU duqitd 
prendre deux onces fur la mcfmc mefure du vin prepart 
Sc du fuccre : procédant , quant au refte, en tout 
& par tout, comme aux autres fyrops : ou cn^j„„ 
lieu de fleurs, prendrez le double de conCctae herbes eham 
de romarin: à fçauoir , fix ou huid onces qued«,4*ef<i» 
rââcererez auec la mefme quantité de vin que*"** 
dcflus,& décuirez pourtant auec moindre quan¬ 
tité de fuccre. 

En lieu des fufdîts fyrops Amples vous en «5*5- 
pouuez faire des compofez, adiouftant diuersP»/«L^«'‘- 
aromatiques, & mclmes diuerfes fcraences 
fleurs, comme aduiferez eftrebon, & quifoient^”*”^ ^ 
appropriez aux maux , que voudrez combat¬ 
tre. Nous en apprenonsdiuers formulaires en 
noftre fufdite Pharmacopœe , comme l’auons 
dit cy deflus : ou nous remettrons le ledeur eu- 
rieuxdclc fçauoir : Ou mefme on ttouuera la 
façon plus belle, facile & prorapte,de faire tous 
lefdits fyrops auec Peau de vie du vin : voire 
auec l’eau de vie de gcnicure, pour faire ccluy de 



5=4*- SECT. ÏII. DV PO V RT R AI CT 

gcriicurè, & ainfi de tous autres. 

Vhs de di‘ /Outre tousIcfditsdiuers remedes qu’on pre- 
aersfimples parcaueclevin,lcsanciens,comnierauons die 
^dmers\t ^^iTusEUchap.du vin, cotnpofoient &fe fer- 

^ uoicnc de beaucoup de fortes devins médica¬ 
menteux : l’vfage en cft encore en Allemagne, 
en pluficurs endroits : donc-on fait grand cas, 
&dont'Onvfc ordinairement. 

Nous en auons defetit vn bon nombre, & ap- 
/ prisles vertus & proprjetez en noftrc fufdiâe 
^ Pharmacopœe; de laquelle nous emprunterons 
feulement trois fortes de vins Amples, de telle 
nature & qualité, & trois autres qui ferôt cora- 
pofez: remedes qui ferôt appropriez aux maux 
qui affligent le plus communément nos corps, 
&quc nous eftimons conuenir le plus aufuied 
que nous traitons. 

Entre les Amples, nous prendrons le vin de 
Abfynthe, le vin Anthofat & lunipérat. Auf- 
qucls on pourra mefmc adioufter les chofes 
ftomachalcs hépatiques, cordiales & céphali¬ 
ques: pour les rendre plus propres à fortiAer 
les parties principales, aufquelles ils font ap¬ 
propriez. Et entre les compofez nous appren¬ 
drons vn vin Ophtalmique, vn Antinpphrcçi- 
que, & le vin Chalybeat, 

IrvinT" d’Abfynthe eft fort propre à roborct 

* l’cftomach, le foye, & tous les autres vifeercs 
qui feruent à la nutrition : ayant vertu de les 
nettoyer de leurs impuritez & corruptions, voi¬ 
re de toutes vermines, qui font les fcminaircs 

depIuAcurs grands maux. 



DE LA SANTE'. 54} 

Quand aux vins Anthofat & luniperat, ils frojirieter^ 
fonc vtiles pour les afFcdions du cœur & du des vin$ 
cerueau , ayant pouudir de fortifier & corro- 
borcr telles parties, d’où dépendent principa- 
lement toutes les plus belles fonélions de l’hora- 
rae : yoire la conferuation & prolongation de 
la vie. 

Tels vins fe font en deux maniérés: l’vnc.c’cft Les vins 
aueç le mouft , en temps de vendanges ; Et à 
ces fins,faut tenir preft vn barril ou tonnelet 
bien relie , qui tienne douze ou quinze pintes ^5^: 
oud’auantage, félon la quantité qu’en voudrez la fremiete 
faire. En Allemagne on en fait à pleins poin- 
çons: Il faut auoir d’vn Abfynthe Romain ou/**y**^^* 
Pontique , qui cft le meilleur : que ferez bien Ahfyatht. 
feicher, & en emplirez aueefa tige, la huiélief. 
me ou fixiefme partie du vailîeau qu’en vou¬ 
drez faire,&verferez deflusdu mouft tout re- 
cent,& qu'aurez fait vn peu chauffer,.& ^gUete^^lai 

quel('pour le mieux)aurez faiéfc exhaler dansai efiea 
vn grand chauderon à feu très-lent,l’huraidi- meafi'êre- 
te fupcrfluë: c’eft à dire enuiron la douziefrac 
ou dixiefme partie ; car le vin en fera beau- / !". 
coup meilleur, ôc plus vigoureux , bouillirae„yè. 
plus long temps, & fera par confequent ^lusparant vnt 
propre à tirer la vertu^des chofes, & à.fe con- *"*» & 
feruer plus long temps. Vous ne remplirez / 

ffâs du tout le yaiffeau , afin que le mouft y \lgaflc:pre- 
puiffè bouillir .fans que rien verfèî mais à me- paration 
fure qu’il deferoiftra .en bouillant, le faudra qu’onepeat 
remplir, & le gouuernercz de mefrae que les-^‘“” 
vins qu’on faitpourboirc. L’ebullitiondu 



5’;^4 SE CT. III. DV POV RTRAICT 
ccflee achcucz à bien remplir le tonncItt,& le 
bouchez trcfbien auec fon bondon : laiflant lc 
tout en macération, auant que d’en boire vingt 
iours ou vn mois, tant qu’il s’efclairciflc : Il fc 
preferue toute l’année: il en faut donner deux 
heures auant manger. En Allemagne oiren 
prend à pleins verres le matin : voire il en y a qui 
en boiuent le premier traiâ de leur repas. 
Sttoitma- La fécondé maniéré'fe fait en tout temps, en 
oitrtàe pre mettant dans vnvaiffeau capable de verrc,dudit 
w»r Abfynthchaché alTez menu, tant qu’il en rem- 
freni fwr la tierce partie ou plus, & le rempliflànt 
exemple le au furplus d’vn bon vin blanc, le vaiffeau bien 
mefmeAh- clos, foit mis fur vn buffet, OU en autre tel lieu, 
*' ny chaud ny froid , à rnacerer par dix ou douze 
iours:pendant lequel temps, le vin fera fuffi- 
farament imprégné de la vertu de cet abfynthc, 
que lairrez toufiours dans la phiole: & à mefu- 
re qu’en ofterez, la pourrez emplir denoüueau 
bon vin, & aurez ainfî vn vin d’Abfynthe, qui 
mclrnc vous durera long temps,pour les vfa^ges 
fufdits. 

Vin à*Al- Si le voulez rendre plus fpecifique qu’il n’eft, 
fyntheeem- pour chafïèr toutes vermines du corps, adiou- 
^qil’^contre ^ difctetioH des fleurs de mille pertuis : Sc 
les verni- poor Ceux qui n’abhorrgit l’amer tume,les fleurs 
eses. delà petite centaurée. ' ■ 

En voulez vous faire vn plus grand roborarif 
/ynthefom ^& du foyc ,& autres parties de 
p 9 /ê,propre^^ nutrition : tres-vtile mcfmc contre toutes 
à dîners Corruptions & vermines; propre à dcliurerles 
mMx q»i vifccres de toutes obftrudions : les nettoyer de 

leurs 



DE tA SANt e'. 545 

leurs mufcilagineuf^Sjfœculamcs & miAvecs ont hurfi» 
iropurctez, qui font les ièminaires & des cache- mtnaite 
xics.mclâncbolieshypochondriaques, & autres 
munis & grands maux. Compoiez-lc comme 
s’enfuit: ^ 

Prenez Abfynthe romain , bien defTeiché, 
deux ou trois bons manipules : efcorce de ci¬ 
tron confite, mife en petits lopins, deux onccsî 
conferues de fleurs de cichorce, buglofïe & gc- 
neft, de chacun deux onces ôc demie : candie 
&fcntalcitrin, qui foienc mis en petites pièces, ' 
de chacun trois dragmes: raclure d’yuoire, Sc 
de corne de Cerf, mifes enfemble dans vnnoU- 
ct, de chacun demy once: mettez le tout dans 
vnc phiole de verre capable , yerfant deflus 
d’vn excellent vin blanc, tant qu’il fumage qua^ 
tréou cinq doigts: le col du vailfeau foit bien 
fermé: laiflèz raacerer ces chofes au froid,pat 
dix ou douze iours, auant qu’envferipuispaf- 
fez&repaflèz le tout par la manche d’hippo- 
eras,le dulcifiant, fi voulez, auec autant defuc- 
cre qu’il vous plaira .pour le rendre plus agréa¬ 
ble au gouft : La doze vne ou deux cuillerées le 
matin. 

Vous ferez en la mefme forte & façon les 
vins fimplesde fleurs de romarin, &degraine 
de gencurier bien meure & feiche, dont auons 
cy deflus deferit les vertus & proprietez; voire 
les pourrez compofer comme il vous plaira: 
ccluydelagrainedugeneurier,en y adiouftanc 
les conferues céphaliques : Adiouftant auflî 
au vin, des fleurs de romarin, les conferues, con- 
Mm 


SECT. III. DV POVRTRAICT 

fcdions, & autres chofcs cordiales, pour rendre 
plus propres tels vins, pour les affedions du 
cœur Scducerueau. 

Dlutrfei De mefmevouspreparerczles vins Amples de 
ftrtet de j. j^ines d’acorus,angélique, & fleurs- de fange, 
fusŸdi- contre toutes affedions froides du.cerueau, êc 
' otrsmMx. Icspourrez préparer chacun à part. 

Les vins enulat,& des fleurs de pas d afnes, font 
bons cotre les afthraes & aflfediôs des poulmôs. 

Levin bugloflatjpropre pour laroboratiô du 
cœur,& contre toutes melancholiques affediôs. 

Le vin d’aniSjContre les coliques. 

Le vin {àntalin,pour la roboration du foyfe. - 
. Le vin d epithymejCetherac, & tamaris, pour ; 
îcsratcleux. 

Le vin paflulat, admirable pour reftaurcr les 
forces à toutes vieilles gens principalement: 
qui fert mefme de bafc,pour compofer plufîeurs 
autres vins,propres à diuers raâu;x,toutainfî que 
les autres:ce qui dépend de la dodrine & adreflè 
dVn bon médecin. 

ILnous refte de parler de trois vins compofez, 
Ipecifiques à certaines maladies,donten auons 
, promis les formulaires cy delTus. . 

Vin ophtaU On préparé le vin ophtalmique,côrac s’enfuit.* 
Faites en temps de vendâges, euaporer à lent feu 
dans vn chauderon propre, l’iiumiditc fuperfluc 
du vin,coramefauonsdit cy dcflus:Prenez deçc 
vinfept ouhuid pintes, plus ou moins,fclon la 
quantité qu’en voudrez faire: que mettrez, eftat 
- chaudjdans vn petit tônelet, fait exprès: dans le¬ 
quel aurez misauparauant cuphragefcichc,flx 



DE IA SANTÉ*. 

bons manipules: fcmencc fenouil doux,& fc* 
mcnce d’anis & de chardon bénit, de chacun 4. 
onces: : fleurs de fteehad. d’arab. deux manipu¬ 
les: faites que le tonnelet foit prefquc du tout 
reraply, que boucherez trefbien, & le lairréz 
macérer auant qu’en vfer trois Icmaines ou vn 
mois: faut prendre de ce vin le matin vne ou 
deux onces, & continuer longuement: il clarifie 
merucilleufement la veue, & eft tref-propre pour 
tous ceux qui l’ont debile. 

Le vin antinephretiquefc fait, en préparât de^»» 
la mefme façon le vin que deflus ; Il en faut em • ^^*^**z 
plir vn petit tônelet, s’il tient dix pintes : vous y 
aurcs raisauparauant du fruid d’alkekâge defei- 
ché mediocremêt, vne liure & demie: racines de 
arrefte bœuf & d’yringes delTcichées & mifes en 
rouelles ou petits lopins, de chacun 6-. onces: fc- 
mences de bardane, faxifrage, & miliû folis, de 
chacun 5. onces: fleurs de geneft, de maulues & 
guimaulues, de chacun 4. bôs pugils, laiflèz ma^ 
cerer le tour, corne deflus [le vaiffeau biêfcrraé.] 
faut prêdre de ce vin a. onces, par quatre matins 
fur le déclin des lunes, apres auoir efté purgé au- 
parauât,auec vn bol de caflè, ou auec noftre leni- 
tif antinephretique, deferit en noftre fufdide 
Pharmacopœe. Ce vin nettoye les reins de tout 
fable: a mefme pouuoir de comminuer le calcul, 
qui ne fait que fc former & endurcir: bref c’eft 
vn grâd preferuatif pour la gencratio de la pier¬ 
re: & on en peut meîme donner pour ayder à la 
rôpre & chafler, quâd on eft preffe de la douleur, 

& de quelque ftcangurie : faifant prendre ledit 
Mm ij 



548 SECT. III. DV POVRTRAICT 
vin,quand le patient cft dans le demy baing. 
VinChily- Le vin Chalybcatfe fait comme s'enfuit : Il 
vinfani. quatre ou cinq onces de limaille d'acier, 
iitctcr. plus vieille & roiiilléc: la faut bien lauer 

de toute ordure, par plùfîcurs lauacrcs d’eau, 
tant quelle foit tres-nette, & que l’eau en for¬ 
te auffi claire, que quand l'y aucz mife ; Celle li¬ 
maille foit mife dans le corps d'vn petit alcm- 
bic,y adiouftant raclure d’yuoirc & de corne de 
cerf, de chacun vne once: couraux poudroyez, 
& perles poudroyecs aulfi, de chacun demy on¬ 
ce : canelle en petit lopins, fix dragraes : girof- 
fles, deux dragraestcetherac,fleurs de geneft; 
epithyrne, de chacun vn bon pugil : demie once 
de poudre triafantali,mife dans vn noiiet de lin¬ 
ge: vin blanc du meilleur, vne pinte & demie, 
voire deux pintes de Paris , qui font enuiron 
fix liures : de fuccre candy, huid onces^couurez 
le vaifleauauec vn papier feulement, & laiflcz 
macerer le tout au froid, huidiours durant : en 
le remuant tres-bien deux fois le Jour : à feauoir, 
foir & matin, auec vne fpatule de bois toute 
neuue. Quand verrez que ladite fpatule fera 
taindc, & qu’elle fe rouflîra, ce fera vn indice, 
que le vin fera allez imprégné de la teindure du 
mars : alors pafïez le tout par vne chaufle d'hip- 
pocras, & gardez ce vin dans dcsphioles bien 
Pr9j^»ff«î;^bouchécs : il fe preferue longuement, &ell: lîn- 
gulier contre toutes cachexies,hydropilîcs, paf- 
U coulcurs,enfleures,opilations &durtez,tant 

itnvfir, du foyc que de laràtte. Ilenfaut donner pour 
le cqmmécement vjne feule cuillerée, pour y ac- 



DE LA santé'. 

cpufturaer l’cftomach : d'autant qu’il prouoquc 
â d aucunes perfonnes vnc naufee ou leger vo- 
înilTcmcnt : puis faudra augmenter la dofe peu à 
peu i iufqu’à deux ou trois cuillerées, continuer 
plufîeurs matins. 

Nousauonscnrichy fuffifammentceftuy no- 
ftre Pourtraid de la famé, de plufîeurs & fîngu- 
liers remedes, dont le vin eft la bafe & fonde- 
mcnf.tant pour la preferuation,quc pour la cure 
de beaucoup de maladies. 

l'ofe me promettre,que plufîeurs pauures per¬ 
fonnes,& faines & malades,l’auront pour agréa¬ 
ble, tant pour l’Ytilité qui leur en peur prouenit 
en rallcgcmcnt de plufîeurs raaux,dont ils peu- 
uent cftreattâints, que pour la facilité de la pré¬ 
paration, & peu de couft defdits remedes. 

Ce qui feruira mefmement pour ceux qui fc 
tiennent aux champs : cflongnezde fecours, qui 
pourront tenir prefts en leur maifon,partie def¬ 
dits remedes: pour en fecourir les pauuresj & 
autres perfonnes qui n’ont toufîours le moyen 
d’aller au medccin,oü à l’apoticaire. 

Mais d’autant que les purgatifs font les plus Vmpuy’ 
communs & neceffàires remedes dont on 
prefque à tous maux, qu’ils font pourtant les * 

plus defgouftans, & def agréables : & qui mezi- ptrfinntê, 
tent & requièrent par confequent,plus que tous 
autres, quelque corredion : loint que ce/ont 
les remedes qu’on fait le plus valoir, Il nous a 
fcmbléeftrede noftre dcuoir[pour remedier à 
toutcequcdefîus] d’empruter de noftre mefrae 
Pharmacie, quelques vins purgatifs,beaucoup 
M m iij 


5J0 SECT. III. DV POVRTRAICT 
plus aifez à prendre, que les communes medeci- 
ncsîvins qui font auffi recommendabics, entant 
qu’ils font de fort facile préparation, de peu^e 
couft, &trcs-vtiles & profitables. Ce que nous 
faifons principalement en faueur defdits pan¬ 
ures necclficeux : dont mefme toutes autres per- : 
fonnes de quelque qualité qu’elles foient , fc 
pourront preualoir,& pour la preferuation de 
leur fanté, & pour beaucoup d’infirmitez, auf- 
quelles tous hommes peuuent cftre fujets, & où 
la purgation eft requife, 

N ous ne voulons pourtanr,«n cet endroit,for- 
tir de nos limites:c’efl: à dirG,qüe nous ferons fer- 
uir, en deferiuant lefdits purgatifs, le feul vin de 
bafe & de fondement, corne Tauons fait aux au¬ 
tres remedes,par nous j a raiscy deflusenauant. 

On fera donc en temps de vendanges, vn vin 
purgatif,compofécommes enfuit : Il vous faut 
premièrement faire prouifîon d’vn oü diuers 
tonnelets, faits dVn bois qui aye ja feruy à tenir 
tnaluoifîe, ou tel autre vin blanc de liqueur tref- 
excellent : & que ce tonnelet contienne douze, 
quinze ou vingt pintes, ou d auantage, félon la 
quantité qu’en voudrez fkire : mais il eft pour le 
mieux, qu’il foit de moyenne grolïeùr, ^ qu’en 
ayez plaideurs,fi prétendez en faire quantité. 

Tm pitrg/tl Si le tonnelet contient vingt pintes de Paris, 
tif de/emé mettez-y dedans par le bondon, deux liures,qui 
preTarer°èa ^^ux onces defolliculcs, bien mon- 

tempf de ‘^écsdcfenné Oriental,duplus rccent. Vous en 
yeBdanget, y pouuez mettre iufqu’à trois liures ou d'auan- 
lagc, félon quedcfircrez rendre ledit vin plus 



DE LA santé'.- 551 

OU moins purgatif: adiouftez-y girofïles tous 
entiers, canellc en petits lopins, de chacun deux 
onces : fcmence de fenouil doux, deux onces & 
demie: raifîns de damas ou de quaiiïc, dont au¬ 
rez feparé les pépins, quatre ou cinq liures : rc- 
guelifle mife en lopins, vne liure: polypode mo¬ 
de, & mis en petits lopins aulB, vne liure & de¬ 
mie; le tout eftant meflé enfemblc, en agitant 
levaiflfeau, vous le remplirez à deux trauers de 
doigt près, du raouft d’vn excellent vin blanc, 
de ceux qui retiennent leur liqueur longueraêr, 

& duquel il voulez, aurez fait exhaler, pour le 
mieux, Thumidité luperfluë, comme l’auons dit 
cy delTus : & le lairrez bouillir tant qu il pour- 
ra,le rempliflant auec du nouucau vin, à mefurc 
qu’ii décroiftra : & apres l’ebullition cefl*ée : & 
ayant tres-bien bouche le vailTcau, il faut laiflèr 
fermenter le tout enfemble,auant qu’en vfer, 
vingt ou vingt-cinq iours, & aurez vn vin pui> 
gatif, qui durera toute Tannee. Duquel donne¬ 
rez pourdofe vn fort petit verre le matin. Oa 
en pourra racfme prendre trois ou quatre on¬ 
ces : le mefmc iour deux ou trois heures auant 
foupper.aduenant qu’on nefoit alcz purgé par 
ladoledumatin. 

Or pour domter les maladies qui font de long a» 

traid : d’autant quelles ont leurs racines pro- 
fondes, & qui font caufees de lies & tartres de 
noftre corps,ou des humeurs craflès & terre- ««er Uau» 
ftres,defquclles le raouuement eft difficile: Il coup de 
faut continuer ledid remede , dix , douze, ^ , 
voire quinze iours durant, & d'auanfage: qui “^"**^*5 
Mm iiij 



SECT.III. DV povrtraict 
defracinera & cuacucra telles humeurs peu à 
peu, fans qu on s’en débilité nullement. C cft 
ainfiqu’ondomte les fleures quartes: les ilie- 
îancholies hypochondriaques.lc cachexies,& 
ferablablcs maux de difficile guarifon. 

Si on s’en veut feruir pour la prophylaâi- 
que; à fçauoir pour le preferuer d’eftre mala¬ 
de ; fuffira qu’on en vfe de liuidt en huid iours, 
ou deux fois par mois ; Ayans prins le médica¬ 
ment, on peut toft apres prendre fon repas, fi 
onveut;&mermeen prendre le premier traid 
cndifnant,fans qu’on foie contraind d’en gar¬ 
der la chambre. 

Fi» purgA* Pour faire vn vin plus à plain purgatif, & qui 
tifc 9 mp»fe, mefraeferuiracommed’vncatholicon,OU pur¬ 
es^ gtr gatif general, propre à euacuer toutes humeurs: 
î"premer' ^ faudra âdiouftcr dcs racines feichcés,d’oxy' 
propre ivn lapatum OU rhab. des moines, deshermodades, 
(Uetp.mAtt du raechoacam,du turbith.à diferetion, & ce fc- 
particaUé- rapour lors vnexcellent remede pour les gout- 
pZlireTZ récentes,& autres tels maux, en y ad- 

yertUt:^ iouftant delà falccperille,à diferetion auffi. Il 
en faudra prendre plufîeurs iours, comme def- 
fus,&en verrez de beaux cfFeds. 

Si quelque cenfeur met en apant pour mef- 
prifer lefdits remedes, qu’on demeure plu- 
lîeurs iours à les faire; Et que c’cftvne fois l’an 
tant feulement, à fçauoir en temps de vendan¬ 
ges, qu’on les peut préparer, & qu’vn chacun 
n’en a pas le moyen : s’il adioufte qu'en cefte 
attente, vn malade pourroit ou languir ou mou¬ 
rir, le réplique qu'on en peut préparer à la fois. 



DI t A santé'. 5X5 

pourvac, voire deux années, & i^u'on peuta- 
uoir ainfi le loifîr d’en tenir toufîours preftauac 
que l’vn défaille. Mais nous y voulons pouruoir 
par autre façon ; en apprenant de faire des pur- ' 

gatifs de telle meftne nature, qui feront d’vne 
prompte & facile préparation,fort proufitables, 

& qu’on fait en toute faifon comme s’enfuit : 

Prenezpôlypodede Chefnc,fcraencedecar- 
thame de chacun vne once : racine d’acorus vul- „eÂltxctû 
gaire fîx dragmes,fcracnces de fenoil doux ÔCletttdtf 4 (im 
d’anis,efcorces de myrobâlans,citrins,& chebu- 
les, de chacun trois dragmes : candie, girofïles, 
macis,de chacun deux dragmes: conferue des 
fleurs de geneft, violettes, & maulues, de chacun 
vne once : hcrmodadtes blanches fix dragmes, 
turbith gommeux demie once,follicules de fen- 
né du plus recenc deux onces : vin blanc du 
plus excellent & liquoreux deux ou trois liures, 
mettez le tout dans vn vaifleau de verre capable, 
le méfiant trcfbien, & lélaiflant macérer à vne 
trcs-letc chaleur du B.M. le col du vaifleau cftac 
bien bouché, par quatre ou cinq iours, oud’a- 
uantage : puis le pafièz & repaflez par la manche 
d’hipocrasyadiouftant fix oncesde fuccre. Ce 
vin fc garde aflèz long temps. C’eft vn claretura 
ou hipocras purgatif, duquel donnerez pour 
dofe,dtux ou trois onces continuant cinq ou 
fix matinsivous en lèrcz & fuffifamment & dou¬ 
cement purgé ; voire ce remede purge toutes 
humeurs foitfereufes, foiterafies ou terreftres; 

Eft propre auxcalculeux & goutteux, & princi- 
• paiement à ceux qui font d’vne délicate nature. 

Mm v 


'j54 SeCT. III. DV roVRTRAiCT 
qui ont vn cftomac dcbile , qui ne peut fuppor- 
ter, ains qui reiette toute autre forte de commu¬ 
nes purgations. 

Tutgatif Ce fera de meime vn fingulier remede pour 
propre pour les byftcriques affcâions , & pour les femmes, 
les affeilios ont Ics fleurs blanches, fi on y adioufte vn 
^^pluTus fœcula brioniæ, quiîft le purgatif fpeci- 
tnatnees flque des matrices: nous en aprenons la prepara- 
laueufes, tion en noftrc fufdicStc pharmacopœe. Vousfe- 
rez en outre vn prompt & facile purgatif, com¬ 
me s’enfuir. 

Mtre^vm Prenez demie oticc de fenné bien mondé , que 
fZf'^finne'- J^^ttrcz dans vno petite phiole de verrjrde dcux 
propteàtoit liards, adiouftant canelle en petits lopins demy 
us petfon- dragme, & huit ou dix éloux de giroffles entiers, 
ms : ^ &d’vnbon vin blanc tant qu’il fumage deux ou 
^un*peut' trauers de doigt:ferraez la fiole aucc du pa- 

prtpJrer fiu cotton feulement ; y adiouftant, fi 

chexjoyfa. voulez vn pcu de fuccrc, & la raettat fur vn buf- 
sûement,<â fet, OU dans vn cabinet, laifièz macerer le tout 
' au froid,par trois iours,tant que le vin fetai- 

gne bien fort, & s’imprégne de la téinéfure du 
fenné. Prenez de ce vin rainât, deux ou trois 
cueillcrces, qu’auallcrcz : ou fi voulez les mcflc- 
rez aucc autant d’vn bon-bouillon, que hume¬ 
rez le matin, vous en pourrez prendre autant le 
foir, & continuerez ainfî,deux outrais iours 
durant ,& auec demy once de fenné ainfi prépa¬ 
ré, & qüc les enfans peuuent mcfme prendre fans 

en laucr la bouche; on peut cftre purgé trois ou 
quatre iours durant, bien ôe'fuftifamment :En 
lieu qu’on met communément en la dccodtion. 



, DI LA SANTE'. 5J5 

d*vnc feule commune & moindre médecine, de¬ 
mie once de fenné, deux ou trois dragmesde 
cathalicum, ou diaphænicon,auec dufyrop de 
cichorcc aucc rhab. & du fyrop rofat folutif: 
meflange & boiffon iî trouble, efpoiflè, & mal 
plaifante, qua peine la peut-on voir, ou flairer 
fans defdain & foufleuement de cœur. O n peut 
faire cefte macération de Icnné auec de l’eau, 
pour ceux qui abhorrent le vin. - 

On peut faire vn autre vin purgatif iî on faiâ: 
prouifîonau primtemps des fleurs de pruniers «^‘*‘*‘'*^j** 
domeftiques & fauuagcs, ou qui viennent parmi 
les hayes, fur Icsarbrilfeaux,qui portent les pru- 
ncllcs. Il en faut cueillir bonne quantité, & en 
emplir la troifîefme partie ou la moitié d’vn pe¬ 
tit tonnelet, en les bien preflant, & y adiouftant 
raifîns de corinthe ou d’augebis, nettoyez de 
leurs grains au pépins j.liu. pruneaux doux 3. li. 
iuiubes a.Iiu. dattes dont aurez ofté les os vne li. 
fenoildoux trois onces &: deux onces de cand¬ 
ie: puisempliflez le vaifleau d’vn excellent vin 
blanc, qui tiennent de la liqueur : bouchant en 
apres ledit vaifleau très-bien, & laiflèz macé¬ 
rer le tout, auant qu’en faire vlcr,par vingt 
cinq iours, ou vn mois. Vous préparerez 
ainfî vn vin pjirgatif, qui n’eft nullement defa- * 

greable, & qui tiendra lieu d’vn diaprunis, très- purgatif de 
propre pour contemperer & purger en lenif- fleurs de 
fant les humeurs bilieufcs : vin qui durera toute 
vne année. 

On en peut prendre vn demi petit verre , qui 
purgera douccmét Si copieufemét: fans qu’ô aye 


y5(j SECT. III. DV POVRTRAICT 
befoin d’y adiouftcr du diagrcde pour luy fcruir 
de véhiculé. Ce vin fe peut préparer auffi en Au¬ 
tomne aucc du mouft d’vn vin blanc,comme 
d’autres, dont auons parlé cy deflus. Il faut gar¬ 
der quantité dclditcs fleurs feichees à bombre 
iufques audit temps , & pour le rendre plus 
purgatif, y pourrez adioufter pcuir lors vne ou 
deux liures de feuilles de fenne des plus ré¬ 
centes. 

Vlnfmga- Vous ferez en la méfmc façon au printemps 
tifàtifiem 2 ca^\ vnvin purgatif aucc les fleurs du feulpef- 

cher, propre contre Icj vermines des petits en¬ 
contre les r ^ ^ 

•ytrtnines tans. 

Auec les fleurs de mille permis, fleurs & lura- 
mitésde lapctiteccntauree,& de la fume terre,. 
^ cueillies en leur temps, &lors qu’elles font en 
Vin purga- Aèur ( qu’on peut reiéruer fciehcs,fi on veut) on 
tif cempoft faiâ: de racfrac vn vin purgatif, excellent contre 
propre ton- toutes vermines, propre à purifier toute la mafle 
^Ues^vîrms- ‘ ^ ^ purger la bile & l’humeur melan- 

ws , co* «cholique, Sivousyadiouftcz dufennéàdifcrc- 
purifier le tion,vous Ic rendrez plus purgatif & meilleur., 
fang^ Tels vins fc irouuerot vn peu amers au gouft, 

mais ils font clairs & limpides, & l’aracrtumc fe 
peut aucunement corriger, en y adiouftant plus 
grande quantité de raifîns deCorinte,& vne ou 
deux liures de rcglice pour tonnelet. 

F»» qui Vous ferez en la mefmc façon le vin purgatif 
desrofesmufcadclles,loir des cultiuees, ou de 
auedesro. Celles,qu’on trou UC par les hayes. Ce vincft pro- 
fes m»/f4.prc pour purger les ferofitez. , 

Onen fera vn excellent remede pour les hy- 



DE LA SANTE*. 

drapifîeSjqui meftnc purge par les vrincs.fi on y vin purgtt- 
adioufte ( à diferetion ) les racines de vincc toxi- & dut- 
cum,& qu’on face du tout, vn vin à la façon des *'*** 3 '‘« 
autres, dont on donnera deux cueillerees le ma- 
îia:reiterant voire par plufieurs iours le remede, jje» fi„gu. 
s’il eneftbefoin. lier pour la 

Pour purger les humeurs lereufes ou les eaux 
on peut de racfmc préparer les vins de fcraence 
d’hiebles &dcfemencedc hierrc,& en vendan¬ 
ges, & en tout autre temps. Tels vins feruiront 
auflî pour les hydropiques. 

Nous adioufterionsencelieu^nosfyropshel- Vin défi* 
leborats, & fîmples, & compofés, faits auec ^ 

vin:& nos vins purgatifs hclleborats auflî, pro- JlZlus 
près à toutes maladies, dcfquellssles ferainaires^rapr« i 
fontoccuItcsÂ:profonds,comme font lcsma-»»f/meif/- 
nies.&toutcsaffedions raelanchoIiques.Adiou-/*^^'* 
fierions mefme en fauéur detouscatharreux & 
afthmatiques.nos fy rops & vins purgatifs de Pe- 
tura,& plufieurs telsautres non cornmunscSi ce 
n’eftoit que nous referuons les donner au public 
ennoftre fufdite pharmacie. Car ç’aefténoftrc 
intention,d’infercr fculement(commel’au9nsja 
proteftéjcncefluynoftrepourtraiâ delafantc, 
ou diætique,quelques familiers & faciles reme- 
des,pour le commun populaire principalement, 
tant pour la preferuation de fanté. que pour la 
curation des plus communes maladies, aufqucl- 
Ics l’homme eft le plus fubiet,& non d’en pré¬ 
tendre faire quelque generalAntidotaire. 

Ceft la raifon auflî pourqüoy nous auons pré¬ 
paré &cümporéprcfque tous nos fuldits terne- 



55^ SE CT. III. DV povrtraict 
dc^aucc le vin : Comme eftant laliment, qui 
abonde de plus en efprits viuifians, & qui ferc 
d’vn excellent véhiculé à tous médicaments: aux 
purgatifs mefmement, pour accélérer leurs ope¬ 
rations: En leur feruant mefmc de vraye corre¬ 
ction, voire d’vn vray Alexipharraaque, contre 
, leur maligne qualité, aduenant qu’ils en foyent ^ 
doiiez comme ils le font pour la plus part. . 
ToutUfàm Mais pour me parer des derniers coups de 
langue que quelque Mome pourra ietter con- 
msfipeu- prépare tous lefdits rerae- 

iimprepa- des auccle vin, veu mcfme, qu’il y a beaucoup de 
ur auee perfonnes, tant hommes que femmes, aufquel- 
vineft totalement nuifiblc & odieux : le re- 
Uving^ prefentc, qu’on peut faire &-auec l’hydromel 
t» tout tout firaple;&auec le vineux, (qui eftant recent 
umps. bouillonne vn certain temps, aufli bien que le 
mouft)la plus part des purgatifs, &autres rc- 
NouueU* raedes, que nousauonscydeflus apprinsdepre- 
fafon de parer, foitauec le vin cn tout temps , foitaucc le 
eompeferles mouft en vcndanges , y procédant cn la mefrac 
fout ^ Are ft^’^tions ditte. ' 

mates, ft- quant aux diuers fyrops, foit fimples, foie 
menceSfher- côpofés des Aromates, fcmences, & fleuts chau- 
^ des, dont enauons de mefmc apprins cy dèflirs 
ilsfepeuuent préparer' 
leurs pro’ mieux(bicn qu’en differente façon ) aucc 

près eaux y l’cau fîmplc, cn lieu de vin:&cn apprendrons, 
^ui ont fer- vn^u deux faciles formulaires, à l’exemple def- 
uanimli pourra faire & préparer tous les au-, 

leurs bus- *'*'‘^*‘ 

Prenez doc canellc fine trois ou quatre onces 



DE lA SANTE'. , ^ yj9 
©U tant (ju’il vous plaira,felon la quantité qu’eu 
voudrez faire : il la faut groffiercmentconquaf- 
fer,&latBcttredansynalenibicdeverre:verfant Syrop it 
delTuseau de fontaine,tant qu’elle fumage trois t^neae,auee 
ou quatre doigts ou d’auantagcdiailTcz digérer 
tout au froid par deux ôu trois iours, puis le fc- temple de" 
rez diftillcr. Prenez vne liurc de cefte eau, qui U(iutüe m 
fera imprégnée des vertus delà canelle, & ncufi’”/’^»'"'* 
ou dix onces de fuccre, cuifant le tout en façon 
defyrop,quifera trcf-agreablc & participant 
dutoutjdci’odeur &rauêur de la canelle: ninCi heries, ^ 
ferez des autr'es aromates: envousieruant racùpftnfhau- 
me de leurs eaux diftillées par le grand alembic 
decuiurc,apresqu’ôen a tiré & fcparé l’huile, 
félon la façon ordinaire des chyraiques. 

Vous ferez de raefmele fyropd’anis : prenant 
par exemple deux liures de fa femence, qui foit ' 
conquairée,&la mettant dansle cômün alembic 
de cuiure, qui porte Ton réfrigéré & qui eft pro¬ 
pre à diftiller les huiles : fur ces deux liures, met- 
tez huid ou dix liures d’eau de fontaine : laiffcz 
macerer le tout 24. heures, auant qu’y mettre le 
feu: puis faites-lcdiftiller félon l’art; Il vous di- mence d'a- 
ftillcra prefqne toute l’eau : &endiftillanr,era- nii>^»ifen 
porteraauec fey l’huile d’anis,quifurnagcra fur 
icelle : lequel vous feparerez auec vnentonnoir ^ 

& en aurez deux ou trois onces, que garderez à faire les ry, 
part,pour vous en feruir en autres vfages. ropsde taa- 
Prenez de cefte eau ^apres que l’huile en eft du '*'**’'“ 

tout feparé)dôc on ne fe fert point d’ordinaire:& 
quinelaiftè pourtant d’eftre imprégnée en tout^ea„ 

& par tout,de l’odeur & faucur agréable de l’anis des. 


5^a SE CT. III. DV POVRTfe aict' 
ce qui eft caufc que ic m’en ferspour faire Icf- 
ditsfyropSjComme fenluir. 

Prenez deuxliures de cefte eau, & vne liure de , 
fucerc ou d auantage, & le decuifez en façon de 
fyrop, qui fera très-agréable, fentant du tout 
l’anis, & ayant les mefmcs cfFe(às que le fyrop 
d’anis, dont auons parlé cy delTus, faiâ; aueclc 
vin. V 

On prépare de mefrac les fyrops des feraen- 
ces & fleurs defeichees, defcnoil doux,pcuoync, 
fauge, romarin, bethoine,& femblables. C eft à 
dire, qu il fc faut feruir de leurs eaux, apres que 
leurs huiles en font fcparez , par le moyen du 
grand Alambic de cuyure, comme venons de 
Notalle par Texcmple de l’anis: où auons ad- 

tifermion iouftépourçhaqueliurède femence, quatre OU 
dt faire te» cinq liures d’eau de fontaine, mcfurc qù’on doit 
tedeceHien obfetucr cn l’extraétion des huiles & aux ful- 
dûtes. 

méde plnr Toutes tellescâux par Tebullition cn vaiflèau 
çfle les ef. cloSj fottt tellement imprégnées de toutes les 
/>«« «’«*• vertus&qualirésduAmple,qu’ometcnœuure, 
halent. qu’elles furpaflènt en toute forte dé bonté, Icurs 
Cemme on c^ux, qu’on cn diftile d’ordinaire, lors 

fe»t faire qu’clles font vertes, & qui nc font prefquc rien, 
«aetles mtf qu’vn phlegme inutil & fans vertu. 

'les ex'*^ Parce que venons de dire, on peut compren- 
dreaufli, commeauecla propreeau de chaque 
lespurga- chofe,ou àuec les eaux cordiales,ou autresli- 
queurs appropriées aux purgatifs qu’on veut 
préparer, on cn peut faire des extradions, & des 
fyrops, & autres tels formulaires,qui purgeront 
douce- 



BE LA SANTÉ. 

doucement & fuffifammenc, voire donnez ea 
beaucoup moindre quantité. & qui ne feront à 
plus près, ny fi ucfgouftans, ny defagreables, que 
îe? ordinaires. 

Nous en ferons voir l’elpreuue en prenant à ces 
fins les cathartiquesjes plus communs aux bouti¬ 
ques des apoticaires : voire qui entre tous autres 
font les plus amers,faftidieux & violens defqueîs 
pourtant par l’adrefiè & induftric ,non d’vn api- 
rique & inexpert :ains d vn empirique & bien ex¬ 
périmenté médecin, en la préparation des reme- 
des, Ce peuuent rendre plus aifez, plus bénins, Sc 
plus faluraircs en toutes fortes, dont il nous refte 
d’enjoliuer & enrichir ceftuy noftrc traidé, ^fin 
qu’on ne nous reproche que nous mefprifons les 
communs purgatifs vulgaires : veu mefme que 
de leur conuenable corredion & préparation , 
beaucoup depauurcs malades pourront receuoir 
du contentement & de l’y tilité. 

Nous choifîrons doncquesla confedion, ou 
grand eled. de Hamæc deferit par Mefuc : &:la 
Hiere de Pachius, qu’on dit, hiere Diacolocyn- 
thidos : comme deux purgatifs qui font en tref- 
grand vfage,& qui pourtant ont le plus de befoin 
de corredion poureître trop chauds trop amers 
&violans: qualitez dont ils participent princi¬ 
palement, à raifon de la colocynthe,qui en eft vn 
des principaux ingrediens. 

Cefte corredion a efté aucunement prati- Onpeutch^ 
quée en la fufdite confedion de Hamæc : la- 
quelle eft auffivnedes plus artificieufes compo- 
fitions purgatiu£s,de toute la racdecine: & en la- ^ ^ 

Nn 



jôi SECT. III. DV POVRTRAICT 
deUeoKfe* quelle fur toutes autres onvoit pratiquer cefle 
aion operation chemique, qu’on appelle extraélion. 
7ation°dts Ondiuife la cora'pofitionde telle confcffcion 
'^€hemiqHes parties: dans la première entrent tous les 

ç» iZî «ÿ- myrobalans, la rhabatbe, l’agaric, la colocynthe. 
feüent ex- le fenné, le polypbde, le fuc de furacterre ( pour; 
m6lm. purgatifs) & pour corredifs, l’abfynthe, le thim, 
î’epithymcjlcs violcttcs.les fenicnces d’anis,& de 
fcnoiUesrofes rouges,les pruncs,& les raifins. 

Toutes ces chofes font mifes (félon les pré¬ 
ceptes de l’Art) dansvnvaiffeau, quiaye le col 
eftroit, que les chymiquesappellent raatras : on 
verfe deflus de petit laiâ: de cheure, la quantité 
qu’ilfaut ,qui fumage de beaucoup les matières: 
on bouche en apres tres-bien le vailTcau: & le 
met-on à digérer, en vn lieu tiede, par cinqiours; 
puis oHsfâit vn peu bouillir le tout, &cn fin on 
le coule: bref on y obferucde poinél en poind, 
tout ce que l’art fpagyrique cômande, pour faire 
les extradions, operation chemique qui n’eft pas 
doneques à reietter comme chofe nouuelle : veu 
qu’elle eft fi antique. . - 

La fécondé Operation de celle compofition 
cil plus cralfe & materiele: d’autant qu’on yad- 
iouile la manne, les poulpes de ealTe, & de tama¬ 
ris , la feammonee {gomme fort elchaulFante ) 
tous les rayrobalans, la rhabarbe, femence de 
fume-terre,anis,& fpiquenard,cnlcur fubftance, 
& réduits feulement en pouldre. 

FroprUtex^ Voila la defsription & compofition de celle 
diC/. confedion : qu’on did eftre fi fouuerainc pour 
(lien Ha- purger, l’yne & l’autre bile, & la pituite falce : Sc 



Î>E la SANTE'. . / 

propre par confequent aux maladies, qui 8 en en- mgc^volri 
gcndrcnt, comme font les lepres, cancres, toute préparée à, 
efpece de rongnc ou de gale, les taignes, le mal 
mort, & femblables : & de laquelle melme plu--''*^®”* 
fieurs fe feruentheureufement contre les Heures 
quartes : voire pour lesveroies,donnez endofe 
de demie once auec quelque decodion conue- 
nable : en laquelle aucuns adiouftent iu^ues à 
deux dragmes d’efcorce de la racine du vray hel¬ 
lébore noir: laquelle confedion pourtant, eft fî 
amcrc & fidegouftante (ie n^ofe pas direnuifî- 
ble,à tout débile eftomach) que qui en aura effàyé 
& vfé vnc fois, à peine en voudra il reprendre la 
fécondé. 

Il nous refte doneques pour la rendre plus 
agréable, plus vtile, & meilleure, en toutes quali- 
tez (comme Tauons promis cy deflus) d’adioufter 
en cet endroit fa vraye corredion & préparation, 
que nous aprenons de l’art fpagirique. ' ' 

Prenez donc côfedion de Hamæc trois ou qua- 
tre onces, plus ou moins félon la quantité qu’en 
voudrez faire à la fois,que mettrez dans vn matras mefine ton¬ 
de verre capable: verfant delTus eau diftillee du Cnc feston Ha- 
des pommes de court-pendu ou de fumeterre tant p>rr 

que l’eau fumage la matière quatre bons doigts, 

Si vous aigrifTez vn peu ladite eau, auec les ius 
purificZjGU de limon, ou de grenades aigres,ce le- Lesliquean 
ra pour le mieux. Car tel ius acides vitnoliques, aigres g/ 
aident à mieux & pluftoft extraire & tirer les tin- vtmohques 
tures &proprietez 4eschofes : & feruent quant ”*‘P*^‘"**f 
& quant de vray correptifà la feammonee , & 
à tous autres purgatifs trop efchauffins & vio- talqueües 
N n ij 



5^4 SECT. ni. DV POVRTRAICT 
«»fautren-Uns: c’eftainfi qutlacorrigoit le grand Theodo^ 
duts vnfe» fg Zuinguerus, auec Ton vinaigre de montagne, 
appelloitjCogneuaux philofophes: Ce qui 
terfouiam paiTant. Ce vailTeau doncques bien^ 

m;« Ut clos,foit mis dans vn bain marie médiocrement 
teinturn chaud, & dans trois ou quatre iours l’eau fe rougi- 
dei fleurs ja^comme du fang, & fera claire, & tranfparente; 
fiU^eTfle- v^erez bellement par inclination, dans vn 
Jlries Lire corps d’Alembic de verre, gardant que rien du 
eueiüies de trouble ne pafle : fur les fœces qui relieront, vcr- 
îong ternes, ferez de nounelle eau, remettant le tout à la dige- 
ftion du bain, par deux ou trois iours : enfeparant 
le clair par inclination, & réitérant celle mefrae 
operation, iufques à ce que l’eau ne fe teigne bu 
colore plus: qui fera ligne qu’elle a extraid toutes 
les teintures & virtuelles qualitez, de ladite eon-: 
fedion. Faides en apres exhaler toute l’eanaueC; 
voftre Àlembic à feu de cendres ou bain marie*. 
vaporeuXjiufques à ce qu’il vous refte auforid vue 
alTez dure confillance, de laquelle (ellant refroi¬ 
die ) en puilïïéz mefme former des pillules: deux 
defquelles, du pois de demie dragme au plus,fuffi- 
La ligtflio font pour bien & fuffifamment purger,fans, auçu- 
^coSlion ne nuifance ny perturbation : les faifant dorer, 
au bam vous n’en fentirez nulle amertumerlaquelleamef;-^ 
Îet^l>lr7& d’aillieurs fart corrigée ôc contempe- 

adoucittou- parla digeftion & préparation fufdite, & par 

te amertu- confequent ne fera fi nuifible à l’ellomach. 

Vous vous pouuez feruir ( pour ladite extra-, 
dion ) d’eau dillilee ou du laid, ou du petit laid 
ou de fumeterre', en lieu d’eau de pommes de 
court pendu. 



DE IA santé'. 

Vous procéderez de la mefme façon en Tex- De(^uoy «fi 
tradioa de la hiere de Paehius, qui eft compofée compofét la 
deftœchas, marrubc, chamædris, agaric, 
cynihe,des gommesd’opanax,fagapenutn,raci-‘ ^ ’ 
nés d’ariftolochieronde,petfil,poyureblanc,ca- 
nelle,fpiquenard,myrrhæ,polium, faffran: toutes 
çes chofes poudroyees font meflees en la dofe, 
contenue çn la difcretion, qui reuient ànonante 
cinq dragmes de poudres : on mefle du miel crud, 
defpumé feulement, le triple qui font trois Hures de Fachiut 
borfmis deux'onccs ou enuiron. Pour en faire àlafaço» 
donc fextraiâ: il faut que ce foit fans miel : & chmu 
qu’on prenne les feules efpices : qui feront mifes 
dans vnvaifTeau de verre, verfant delTus del’eau 
ou du petit laiâr, on defumeterre, ou pommes 
de court pendu: & que lefdites eaux foient aigries 
auec ius de limon pour le mieux, comme l’auons 
dit. On en tire les tintures félon l’art, y procé¬ 
dant comme àl’extradtion de la confedion Ha- 
mech. - 

Il cil vray que pour la faire plus groffierement Trtparaùo 
& en moins de temps, apres les digeftions, de deUmefme 
quatre ou cinq iours , vous pourrez couler vos 
matières par vne eftamine , pour en fepater la 
plus cralTe fubftance: & ce qui aura palTé, fera mis grafiiere- 
dans vn nouueauvaiffeau deverrcquifoitnct,à ment, 
digerer de nouueau dans le Bain : y adiouftant ius 
de pommes de court pendu, & de coings bien 
depurez de chafcun vne Hure & demie : laiHèz-le 
tout en ladite digellion par deux ou trois iours: 
puis faiteien euaporer pari’alembic, toutel’hu-^ 
midité, tant qu’il vous demeure vne bonne con- 
Nn iij ■ 



'5^6 SE CT. III, DV POVRTRAICT 
fiftence d’opiate nul,ou ne fcrabcfoind’adiou- 
fter du miel, d’autant que lefdits ius l’adouciront, 
& corrigeront alTez par leur fubftance mielleufe, 
qu’ils y lairroat ; vous y pourrez (fi voulez) pour 
plus grande dulcification, adioufter fix onces de 
manne bienchoifîe.auec lefdits ius, afin que le 
toutfedigereenfemble. De ceftehieraainfî pré¬ 
parée kdofed’vnedragme & demie, ou deux au 
plus, fuffiront, en forme de bol prins par la bou- 
■ chc, pour vnc conuenable & fimple purgation, 
& demie once pour les plus forts clifteres. Telle 
hiere ainfi préparée ( bien que gtoffierement) ne 
fera iamais fi nuifible à l’eftomach, que la com¬ 
mune: dont les pauures malades pourront vfer 
en cas de befoin : aux maladies melmement, qui 
ont profondes racines, & où les eccoprotiques 
neferuent defrien : pour eftre trop débiles ,& ne 
pouuans attaindrc.que iufques à la première ré¬ 
gion du corps. 

Voyez les grandes vertus & proprietez que 
'rnimUs Scï^ibonius Largus attribue à celle hiere de Pa- 
: chiust refleuant mefme iufques au ciel: Et la dû 
alahierede kut le fouueraiii remede à toutes Epilepfies,ver- 
ciges,manies,inueterees douleurs de la telle: con- 
tre tous afthmatiques,&:catarrhes foudains,& 
^1^777' ^“ffo^^”f®>^*i‘^u^cSsConuulfions canines, toutes 
’ fortes de melancholies, contre les gouttes : voire 
comme l’affeure Scribonius,contre les ellomacfas 
les plus debiles. 

Si elle elldouée de tant de vertus, fans autre 
digellipn ôc préparation , que la mellangc aucc 
le miel crud comme delTus , elle aura bien plus 



DE LÀ SANTE. 5^7 

d’cfficacc, cftant préparée comme venons de 
dire : ainfî que l’expcricnce le fait voir. 

Nous-nous ferions tort pour la décoration 
totale de noftre Pourtraid de la famé, d’oublier 
entre les purgatifs, ceux qu’on dit eccoproti- 
ques, & qui font les plus doux & bénins ; pro¬ 
pres par confequent aux natures les plus déli¬ 
cates; remedes dont nous apprendrons de mefme 
quelques préparations, qui ne font pas commu- 
nes,& qu’on verra pourtant eftre aufli faciles que 
profitables. 

Nous prendrons par exemple la caflTe ; de la- Syrop â« 
quelle auec la mefme eau de pommes de court- 
pendu procédant en tout & par tout comme 
deflus, vous tirerez vn eflence & tindure tref- 
claire & aufli rouge qu’vn rubisou qu’vn vin le 
plus vermeil ; il faut prendre feulement deux on¬ 
ces de poulpe de cafle.verfant deflus de ladite eau 
tant qu’elle fumage quatre doigts: & laiflèr ma¬ 
cérer le tout par l’efpace de huid heures feule¬ 
ment dans vn B. M. fort doux, dans lequel temps 
la tainture paroiftra comme deflus : auec cefte 
tainture claire, &du fuccre autant qu’il faut, fai- j 
tcs-cn vn fyrop : qui pourra reuenir à vne once & 
demie que ferez prendre : c’eft vn tres-leniant & 
doux purgatif, & bien toftfaid. 

Si vous prenez poutpe de cafle, & de la gyf^p jg 
manne de Calabre, autant d’vn que d’autre en cajTe auec 
la proportion que deflus, [ n’eftant befoin d’en Marne. 
faire à la fois plus d’vne dofe ] & qu’en tiriez l’ef- 
fence ou tainture auec la mefme eau de pommes, 
de court-pendu, ou auec l’eau du petit laid ; tou- 
N n iiij 



Syep ie 
faffe auee 
manne ^ 
fennéê 


7euf faire 
iefiites ex- 
traêm va 
eUBaaire 
fàliie.. 


^é% SECT. III. DV POVRTRAICT 
te la manne ptefque fe diflToudra, &conuertir» 
auec la calTe en tainturetres-clairc & pure & fans 
y adioufter ne voulez ] du fuccre, en ferez vn 
fyrop de cafle auec la manne : qui de mcfme eft 
vn purgatif des plus lenians pour les femmes 
groffes, pour les petits cnfans, & pour les efto- 
ipachs les plus délicats. 

Adiouftez auec deux onces de poulpe de calTe, 
auec autant de manne, vne once de fueillcs de 
fcnné bien mondées, & vn peu conquaffées, fai- 
fant au refte comme delTus, vne extradion félon 
l’art, vous en compoferez, [ y adiouftant fort peu 
de fuccre] vn fyrop decalTe, Manne ôcSennéi 
duquel ne faudra prendre qu’vne once, qui pur¬ 
gera fuffifamment, & bénignement toutes hu¬ 
meurs : & feruira comme d’vn catholicum. 

Si vous en voulez faire vn eleduaire mol: 
feides euaporcr , au Bain Marie doux , toute 
la liqueur : il fulBra d’en donner deux outrais ' 
dragmes , foit en forme de bol, foit en po¬ 
tion , en le dilToluant en quelque liqueur conue- 
nable. 

Ce font-femedes de toute autre préparation & 
bonté, qu’vn Catholicum tranfeolé, ou qu’vne 
caflTe coîée à la commune façon : qui font pré¬ 
parations trop craffes, & defquclles il faut mef- 
me prendre à pleins gobelets : Ce qui eft trop 
mai plaifant, & faftidieux : ioind que c’eft don¬ 
ner touGours les chofes crues & en leur rerreftre 
fuhilance, fans auoir vfé des digeftions ou dépu¬ 
tations necelfaircs & requifes , qui bonifient 
Cüifent & dulcifient tout ce qui eft de plus vi» 



CE LA. santé'. 

fuient, malin,crud&amer, comme l’auons ja 
cfcrit ailleurs. 

Qt^on fe fouuienne, fur ce propos, de ce 
qu’auons dit & allégué cy deffus du miel, qui eft 
de trop plus ætherée & cœlefte fubftance, que 
la calTe ou la manne : à fçauoîr, que quand il 
eft mangé crud, fans eftrc déàiid auec Teau, ôc 
bien efcumé & dépuré, qu’il eft plus domma* 
geable que proufitable ; engendrant beaucoup 
de ventofitez & cruditez, lelon la fentence & 
dire de Galien teftimez pis, [commedechofes 
plus terrcftres & impures que le miel ] de la 
manne & de la cafte ; Àufli voit-on par leur 
vfage , les ventofitez , cruditez & maux que 
telles médecines donnent à l’eftomach le plus 
fouucnt. 

Mais en les reduifant en eftcnce, ou en fyrop: 
on les décuid, on les efeume & purifie : & leur 
fait-on par confequent, changer leur nuifible 
qualité, en vne bonne & falutaire : outre que 
eftant ainfi préparées, on les adminiftre en beau¬ 
coup moindre quantité, & qu’on les rend beau¬ 
coup plus agréables à la bouche : voire plus aptes 
à faire meilleure, prompte & fuffifante euacua- 
tion qu’auparauant : tellement que c’eft auec 
toutes les conditions requifes par THippocrate, 
qu’elles opèrent, cm, tuto, & toft,afleu- 

feuréraent & plaifammenr. 

On trouuera cent telles belles extradions 
& préparations en noftre Pharmacopœe refti- 
tuée, dont nous auons voulu emprunter [ pour 
la décoration de ceftuy noftre Pourtraid de la 
Nn V 


La tafjty 

n'eftantdé- 
cuiêlc, de^ 
purtt ny 
prtfuree , 
fUint de 
etuditn^. 



570 SECT. III. DV povrtraict 
Santé] quelques formulaires feulement, en fa* 
ueurdes pauures malades,qui en pourront auoir 
befoin j Pour monftrer que nous auons cognoif- 
fancc de tels remedes, que nous les approuuons, 
&quen la manière de leurs préparations, nous 
fçauons quelques traiâ:s,qui ne font pas com¬ 
muns, que nousrcndrons pourtantcognuÿàvn 
chacun. 

Préparations deücs à la vraye & légitimé 
Chemie: vne des plusvtiles & plus ncceffaires 
parties de la thérapeutique, & art curatoire de la 
medecine: Vraye Chemie, exaltée . prifée ,tref' 
eftrotttemcnt cherie , & approuuée par plu- 
fieurs vniuerfîtez en general : & particulière¬ 
ment , par infinis Doéteurs & Profeficurs mé¬ 
decins,, grands, experts & doétes perfonnages, 
d’Italie , d’Angleterre, ide Pologne , Dannc- 
marck& Suede: bref desbafTesde hautes Alle- 
magnes, qui font les pepinieres les plus fertiles, 
& qui ont produid & produifent encore , des 
perfonnes les plus célébrés & dodes de noftre 
fiecle: vraye Chemie, receiie & exaltee parmy 
tous eux : & pourtant mefprifée , voire relé¬ 
guée aux Garamantes, [ comme chofe diaboli¬ 
que , auec tous fes fauteurs ] par tel qui pour 
n’en auoir cognoiflànce , n’en peut cftre iuge 
équitable. / 

Tous les fufdits diuers remedes, dont auons 
çnrichy ceftuy noftre traidé, bien que la prépa¬ 
ration de la plus part en foitdeué à l’art ipagy- 
rique , ils font tous pourtant empruntez de 
la famille des végétaux : n’y ayant voulu exprès 



DE LA SANt/. 571 

entremcfler nuis métalliques : pôur n’eftre ap- 
prouuez d’vn chacun: bien qu’on eh voye tous 
les iours des efFedls admirables. 

Tefmoin les belles & grandes cures qu’on 
voit prouucnir de i’vfagc des thermes, baings, ôc 
eaux métalliques: ou onrelegue lespauuresma¬ 
lades déplorez, lors qu’on eft au bout du roolle 
de tous autres remedes qui n’auront de rien 
feruy. 

Vn des premiers & plus célébrés médecins de 
celle ville, en a recueilly luy mefme lesfruiéls: 
lors qu’affligé d’vn commencement d’hydropy- 
fie, il eut recours aux eaux de forges en Norman¬ 
die , qui font ferrecs, & dont en fin il a rcçeu en¬ 
tière guerifon. 

L’excellence & grande vtilité de telles eaux 
métalliques,eft chofe fi notoire à vn chacun, & les 
cures merueilleufes qui en furuiennent ordinai¬ 
rement , que cela n’a pas befoin de plus grand 
preuue : & qui en voudroit difputer, feroit trop 
reprchenfîblc, voire iugé auoir perdu les fens,cn 
niant ce qui eft trop notoire au fens commun. 

L’eau qui eft dans les entrailles de la terre, 
paflknt & repaffant patmy telles fubftances mé¬ 
talliques, attire & s’imprégne de leurs vertus & 
proprietez. C’eft vn ouurage de la fage & pro- 
uidente Nature , qui a mefme voulu.defp.ar- 
lir par tous les coings de la terre , vn fi grand 
bénéfice , pour l’vtilité des hommes : Mefme 
en noftre France, on en voit prefque toutes les 
prouinces pourueuës & enrichies: afin que tous 
ceux qui en ont befoin ne foient contrainds 


SE CT. III. dV POVRTBLAICT 
d’aller chercher bien loin, ny àgrandfraiz, vh(î' 
falutaire rcmede, qu’elle leur dêrpattit fore libé¬ 
ralement. 

L’art en imitant Nature, peut de mefme, ou 
' auec de l’eau, ou auec du vin, & autres diflbluens^ 
conuenables , attirer les qualitez & proprietez 
des mefmes îubftances raecalliques : en bref les 
adapter & approprier de forte qu’il les rendra^ 
propres & vtilcspourlaguerifon d’infinis maux, 
voire incurables. 

Les eaux fufdites de forges , qui font ferrées 
ou imprégnées des qualitez du fer : font pro^ 
près pour la reftauration des foyes, & autres 
vifeeres de la nutrition , dont l’œconoraie eft 
deprauée & peruertie : font parconfequent pro¬ 
pres à toutes cachexies, qui font les caufes anté¬ 
cédentes félon l’Auicenne & Aurel, deshydro-' 
pifîesy& parconfequent gueriffent tels maux: 
comme noftre vin Chalybeat, vin que nous im-^ 
pregnons par l’art de la vertu du fer, fait les mef¬ 
mes efFeds, & eft propre à telles ou femblables 
maladies : ainfi qu’on efpreuue de mefme heu- 
reufement tous les iours-, & eh cefte ville , en 
maux femblables, & toutes paflés couleurs, les' 
effeds d’vne poudre , où l’atténuation & deue 
préparation du fer , fert de bafe & de fonde¬ 
ment. 

Mais comme peut-on auiourd’huy en bonne • 
confcience, condamner telles fortes de remedes 
métalliques , eftant mefmement bien & deuë- 
ment préparez &adminiftrez,non de la main de 
quelque ignorant empirique, ains de celle d’vn 



De la SANTE. ^75 

Dodeur Médecin ; veu mefme qae les anciens 
médecins, fans nulle preparation,en ont vfé : voi¬ 
re compofc diuers & grands Antidotes, contre 
diuers maux, des plus déplorables. 

Vous trouuercz dans Nicolas Myrepfus,qui 
eft l’autheur entre les Grecs,qui ale plus enrichi 
la pharmacie. de qui a faiâ: comme vn recueil des 
plus exeellens remedes, deferits par tous les grâds 
autheurs fes deuanciers, vous trouuerez, di-ie, 
dans la première feânon de fes Hures, qu’il inti- , 
tule des Antidotes : cent de fes plus exeellens An¬ 
tidotes , dans lefquels, & les metaux,& les autres ^ 
fubftances métalliques . qu’on condamneauiour- 
d’huy, entrent voire fanrnulle préparation. 

En l’Antidote qu’il intitule dt^aefer- Myre^sïil^ 

fOt il faidt entrer vne liure ftomatis fecri, qu’il Amid. 
appelle , qui font les efcalles qui fortent du fer 
battu: dofe d’vne liure qui furpaffe celle de tous 
les, autres ingrediens : & didt telle tripherej pro- 
pre contre toutes froideurs, & cruditez d’efto- 
mach : & pour purger les humeurs froides & pu¬ 
trides,qui redondent en iceluy. 

Les remedes qu’on faiâ auioiird’huy auec l’a¬ 
cier comme l’auons didt cydeffus: Acier qu’oa 
reduidt en faffran trefdeüié , fans vinaigre ^ 
fans feu, & duquel en yadiouftant qûelquesro- 
boratifsjdn faidi: vne poudre ou tablettes contre 

les cachexies, dont on voit de beaux efièdts: le 
principal ingrediaiit de tçls remedes dif ie eft 
métallique: & la préparation,qu’on y adioufte à 
l’ayde de la Ghemie , ne doit pas eftre pourtant 
mefpriice teietteç , veu mefme que par l’ex- 



574 s B CT. III* DV P OV RT RAI CT 
periencc nous voyons qu’elle cft vtile & profi¬ 
table. 

On condamne les rcmedes qu’on tiredufou- 
phre: on di6t que ce n’eft que feu, pour ce qu’il 
brufle ; le dis que la confequence n’en cft pas 
bonne : Car le Camfre qui brufle, mefme dans 
l’eau, eft eftimé du commun pluftoft froid que 
chaud : bien qu’il foit accompagné au gouft d’vue 
tref-acre qualité.dont le foufre cft du tout vuidc. 

Mais pourquoy condamne on vne chofe ap- 
prouuéc par toute l’antiquité : On trouuc dans le 
mefme Myrepfus plus de vingt Antidotes, voire 
des plus excellens , & aucuns d’eux appropriez 
mefme contre les fleures. & inflammations in¬ 
ternes : où le foufre vif entre, fans nulle prépara¬ 
tions. le ferois trop long de les mettre toutes par 
le menu ; mais i’en allegueray les principales pour 
la confirmation de mon dire. 

C 4 j>,'tao. A l’Antidote que ledit Myrepfus intitule du 
nom de Paul, & qu’il dit eftre propre contre l’A- 
phonie.difficultéderefpirer, contre les Afthenes, 
dyflènteries,& coliques affedtions, le foufre n’eft 
pas oublié. , 

C4f. lis, Non plus qu’en l’Antidote qu’il intitule Pana¬ 

cée: qu’il dit deftruire touresfieutesdiuturnes.& 
beaucoup d’autres tels & grands maux. 

Caji.ti}. Le mefme foufre, entre dans l’Antidote nom¬ 

mée par le mefme Myrepfus, Perfîca : qu’il diét 
eftre propre à toute maladie, douleur detefte,à 
la iaunifle,& à toutes fict/res, qui commencent 
par le froid, comme font les intermitrantes: Ily 
a bien d’auantage , c’eft que dans raefme corn- 



DE lA santé'. 57} 

pofîtionqu*il cxtolle tant, il y faiâ:entrer cinq 
dragrnes d'Arccnic tout crud: Arcenic de mefmc 
adioufté à r Antidote qu’il attribue à Mufa Apol¬ 
lonius ,defcrite au chap.$05.&qu’il diâ: tres-vtile 
contre les afFedtions du foye. Dieu me garde d’en 
approuuerd’vfage. 

Aux Antidotes qu’il attribue au mefmc Apol- 
loniusjdefcrites auxchap.joi. 302.303. intitulant 
cefte derniere Aphraftos, [ pour ne deuoir eftre 
ditte , ny communiquée à perfonne ] tant il 
l’cftime pretieufe : le mcfme Ibufrc cft adiôuftc; 
mais ic dcfîrerois que ce fiit fine fiercore bouillo» 
en grofle lettre Latine, afin que les femmes ne 
m’entendent pas, qui n’y prendroient pas grand 
gouft. 

Pour conclufîon, le foufre a efte parmy les 
anciens, enfifingulicre recommandation,que 
Myrepfus en deferit diuers antidotes, qu’il in¬ 
titule de Sulphure , ou lexopyretes: comme on 
le verra , aux chap, 359. 358. 359. Antidotes, 
qu’il dit eftre fingulières contre les toux inuc- 
terees : fleures tierces, fleures quartes, contre 
toutes douleurs internes : inflations des inteftins 
&dc l’eftomach: voire contre le haut mal tié¬ 
dit foufre entrant dans les fufditcs Antidotes 
fans nulle préparation. 

Puis que les Anciens en ontvfc, pourquoy 
en interdit-on auiourd’huy Tvlage , à ceux qui 
le fçauent mefme préparer en diuerfes façons 
pour s’en feruir contre diuers maux î Les fleurs 
blanches & fort defliees, qu’on en tire, & 
le laiâ; ou beurre doux au gouft « à quoy par 



SE CT. III. pv POVRTR.AICT 
r«t, on les peut rcduirè ; fera vn rcmedcbeau- 
coup plus propre & fingulier contre les toux, 
les Àfthmes,phthifîcs, & toutes autres afFedtions 
des poulinons , que le foufre tout crud & fans 
nulle préparation; le baulme rouge comme vn 
rubis, que l’expert Philofophe en fçait extraire, 
dont on donne quelques gouttes, meflé auec 
quelque bouillon ou liqueur coniienable , eft 
bien auffi vn plus excellent remede pour toutes 
telles afFeûions, & principalement pour la cu¬ 
ration des vlceres des poulinons, que le foufre 
crud,& en fa fubftance:Et quand aux fleures,elles - 
font bien demefme, pluftofl: eftaintes, parîacidc 
liqueur,qu’on eij tire, & qui cft fcparée de fa foü- 
fteufe oleagineufe& bruflante qualité, pluftoft ( 
que nel’eftantpoint. 

; Venons au.vitriol, duquel on préparé plu- 
fîeurs excellens rcmedes , qu’on condamne de 
mefrae auiourd’huy, pour auoir efté incogneuzà 
rantiquité. . , 

, , Galien au ^^ des Amples., traidant du vitriol, 
s’eftonne, voire admire, comme fous la fi gran¬ 
de aftridion d’vnc telle fubftance métallique,, 
fbit cachee, ÿnc fi grande chaleur ; & c’eft pour 
cela qu’il le dit feulement ttes-propre àprefer- 
uerles chairs trop humides de corruption. Pau- 
mhica 6 ^‘ ^us, 8 i Oribafius:, font de la mefme opinion de 
Orib^^med » qui ne füft.pas entré en fi grande admi- 

«oK.i.ij. * ration, s’il eull fçeu rinterne-Anatomie dudit 

vitriol: à fçauoir ce qui eft contenu d: caché en 

fon intérieur, que l’art fpagyrique defcouure 
pat l’cxtradion de fonphlelgme, doux- aigrelet, 
de fon 



DE lA SANTE*. 577 

de foncfprictres-aigcclct^&dcfonhûille trcs« 
acre. 

Par cefte interne difledion qn paffe bien plus 
outre :c’cft qu’on y trouuc quantité dcloufFre 
doux & narcotique, le vray anodin & fcdatif de 
toutes douleursjians produire nulle ftupefaâ:io, 
comme le font ordinairement Topium, 6c les 
'communs narcotiques : ôc vn feul qui cfl; vn fore 
doux vomitif : 6c voire diurétiquepurgatif tout 
enremble,eftant préparé comme il faut. 

Sous cefte acidité grande du vitriol, lemcfmc 
Galien euft remarqué en outre, comme i’expe- 
rience en fait foy : ( 6c que cent grands perfon- 
nages beaucoupplus experts que moy,pourronc 
tefraoigner pour le fçauoir eux-mcfracs ) deux 
qualitez bien contraires : l*vne dediftbudrc tous 
corps terreftres, comme font les pierreries 6c 
toutes chofes dures : ôe de coaguler tous cfprits 
volatils, comme l’eau de vie fou efprit de vin le 
plus fubtil, & fêmblables tels cfprits qui ne fe 
-peuuent coaguler par nulle externe, violante & 
élémentaire froideur : par où on euft compris 
coj^me dans nos corps il diftbut les calculs, 6c 
coagulclcs fumées 6c vapeurs fpiritucllcs qui s’y- 
efraeuuent &yproduifent diucrsfymptoraes,& 
la cure principale defqucls confîfteenleur coa- 
^lation. 

Qto fi ce grand & admirable perfonnage vi- 
uoit âuionrd’hay, 6 combien admireroit>il,pri« 
fcroit,&feroit curieuxdapprendrevne libelle 
6c rare philofophie,qui ne confîfte point en dif- 
cours: mais qu’on faiâvoir à l’œil & toucher 
O O 



ijî SE CT. III. DV POVRTRAICT 
du doigt, corn ràc on diâ:, & qui par confcqucnt 
cft trcfccrtainc & nonabufiue. 

Diofcoridc ordonc le vitriol, voire tout cru^, 
& fans nulle préparation, non feulement exte- , 
ricurement, ains intérieurement: & voire en 
donnc^iufquesàvne dragrac, deftrepee &mef- 
Iceauecdu miel: contre les afcâridcs & vers des 
petits enfans, & pour prouoquer le vomilFemet,' 
àceux qui ont mangé des champignons, lors 
qu'ils s’en fentent greuez & ofFeneez. 

N.Myrcpfus, au mefme liurc que deflus, cftrit 
beaucoup d’Anditotes, ou le calchitis & voire le 
mily & l’alura,qui font de nature vitriolique en¬ 
trent; l’vne cftd eferitte au chap.ijy.Sc attribuée 
à Chryfîppus: l’autre eîl: intitulée Eclog£B,com- 
tne antidote due & choiiîe,defcrittc au chap. 
33®. & qu’il diâ: eftre fi propre contre tout cra¬ 
chement & hemothagie de fang, tant par haut» 
que par bas :1e mefrae calchitis entre en outre 
dans la thériaque fans nulle préparation. Ce que 
nous mettons en auant, pour raonftrer que lei* 
anciens n’ont pas mcfprifé d’vfcr, voire fans nul¬ 
le préparation, des fubftances métalliques; iuf- 
quesau plomb bruflé,qui entre en vndesmi- 
thridâts deferitpar le mefme Myrep. au chap.; 
4ii« Et que c’eft par confequentà tortiSc fans 
caufe qu’ori les condamne auiourd’huy: vett 
œcfmc que c’eft en les bien préparant qu’on en 
vfe 6 c non autrement. L’huile acre du vitriol, 
qu’on condamne, pour le voir doüé d’vnc tel¬ 
le acrimonie, qu’il peut ronger mefme le cuir 
êc drapeau dont on le bouche : a efté meftn® 



DE LA SANTE*. j7>- 

âpprouué & fort loiié par Mathiol, Comme vn MaihkUé 
grand & fingulier remède pour r'attrinon du/«fo»»»»ee. 
calcul, pour les retentions d’vrine, & pour les 
Aftraafiques & pouflîfs eftant raeflé aucc des 
eaux conuenablcs. Ceft comme on le contera- * 
pcre,pour le rendre propre à la dilTolution des 
calculs j&deliurcr les vifeeres de leurs obftru- 
Ctions & durtez fans nulle nuifance. Cela eft 
pour le vulgaire; Mais le vray Philofopbc peut 
faire perdre celle grande acrimonie ScTadoucit 
de forte, voire aucc vn fel de tartre trcs-acre, 
qu’il fera aulfi potable en y adioullant peu de 
fuccrc,que le fyrop de limons : ie fçay que d’au¬ 
cuns nclc croiront pas: mais ic protefte ne dire 
chofe qui ne foit véritable &qui ne foitcogneuc 
àplufieurs qui ont recherché les beaux kerets 
de la nature. 

Quant à l’antimoine j contre lequel on crie 
tant,&qu’on diteftre vn fl mortclveninrqu’onff f 
voye lesl^ualitez que luy donnent Diofeoride, 

& autres ancicns:c’cftd’aftreipdre & refroidir,& 
voila pourquoy ils en ordqnnoient aux collyres, 
pourlesyeux. Galien luy attribue la vertu exflc- 
catiueSc vneadftridion. 

Tellement qu’on ne trouue pas queDiofcori-^« s l.àn 
de,quc Galien ny autre, Payent raispreciféraent 
au nombre des veninstmais quand ainfl feroit,en 
doit-onexclurre pourtant Pyfageenla medeci- 
ne,vcu qu’on fe fert pour remedes,& voire pur¬ 
gatif , du lapis Lazuli, & du lapis Arraenus qui 
font rais au nombre des venins? 

On dira qu’il cfraeut tout le corps & par le bas, 

O O ij 



580 SECT. III. DV POVRTRAICT 
&par le vomiflement, aueç grande perturbar - 
tiontic l’accorde:mais non pas aucc telle violan.' 
ce &auec fi grand danger, à peu près, que les ti. 
thyraalci.tapfîa, Ellébore blanc, & plufieurs au. 
très tels violens remedes, qui donnent mcfracs 
des conuulfîons: & qui font mis entre les venins, 
ccquerantimoine n’eft pas,comme i’auons ja 
diteydeflus. . 

lay protefte il y a plus de vingt de huid ans, 

& protefte encore, que ie n ay i'amais approuue, 
nynayvféde l’antimoine vitrifiétCar ce neft./ 
pas fa vraye prcparation,eftant clcrit vnaniment 
par toiis les philofophes, gardez- vous de la vi¬ 
trification : mais il y a cent grands perfonnages ' 
médecins,aux Allcmagnes & ailleurs,tefmoins* 
irréprochables,quiafteureront auec moy,noa . 
pour rauoir ouy, dire,ains pour iefçauoir: qu’il 
fe tire du feul antimoine, diuerfement préparé, I 
plufîeurs bons ôc diuers remedes : propres Sc 
conuenablcs à toutes lesdnrentions flliratiues, 
qui fe peuucnt offrir en la medecine : comme à 
prouoquer vn doux vomiflèment, neccflàire à 
plufieurs maux : chofe qui eftoit anciennement, , 
f du temps mefmed’Hippocrate)fort pratiquée. 
Voire on le peut rendre tel, qu’il ne prouoquera, 
que la feule faliuatiô. On prépare de raefme du- . 
dit antimoine diuers purgatifs, qui donnent iuf^ 
qu’aux feminaircs des maux , fans prouoquer 
naufee ny la moindre perturbation àl'eftomac, 
ny à quelque autre partie: ains qui purgent fort 
doucement. On en préparé d’cxcellcnsbydroti-/ 
ques, diurétiques en diuerfes façons : Bref onl? 



BE LA S Ante'. 581 

peut rendrebezoardique,propre à roborcr & 
fortifier toutes les nobles parties. 

lefçay qu’on trouuera eftrange, que tant de 
contraires & diuerfes proprietcz le treuuent au¬ 
dit feul^ntirnoinc: mais ie puis protcftcr enco¬ 
re, que ic ne mets rien en-auant quinefoit véri¬ 
table & que ie ne face voir à l’œibauffi bien que 
ic puis raonftrcr de raefrac, voire promptement, 
trois proprietez diuerfes au fcul guaiacc la diu¬ 
rétique en fon efprit acide : la ludatiue en fon 
huilîc, méfiant quelque goûtes d’iceluy dans du 
vin,ou quelque bouillon : & la vertu purgatiuc 
en fon fel: vn ou deux fcrupuls duquel méfiez 
aiiec fa propre eau,ou liqueur acide, purgent 
fuffifamraent. Si Tantiquité a ignoré telles di- 
uerfes qualitcz & proprietez eftre enclofes en va 
mefrae indiuidu,iinefâutpas conclure que cela 
ne fpit pas. 

La mcfmcantiquité n’a lamais iuge, nycreu 
qu’vn antimoine fi noir,& de fi crafle fubftancc, 
•fe peut vitrifier en vn verre blanc, comme vn 
crifi:aI, ou rouge comme vn granat : Et que qua¬ 
tre ou cinq grains de ce verre macerez dans du 
vin, ou dans l’eau, euflènt tant de vertu, que 
d’efraouuoir vnc fi grande fedition en nos corps, 
en euacuant & par haut, & par bas; fans que lef- 
dits cinq grains perdent rien de leur poixtgrains 
quifèruironc mefme, eftans mis derechef en in- 
fufîon,! purger plufîeursfois, auflî bien qu’au 
commencement : qualitez pourtant qui font 
fort contraires à l’adftriétion que les anciens 
luy attribuent: pour ne l’auoiranatoraifé qu’én 
Oo iij 



jSz SECT. III. PV POVRTR AICT 
fop extérieur. 

LailFons à part tel verre & vitrification d’an¬ 
timoine (que nmprouuej pour les ignares em- 
pyriques : aucc lequel verre pourtant ils font 
tnerucillcs en la cure de plufieurs maux* déplo¬ 
rables , ^ ce fort fonuent à la honte des plus 
dodes médecins: mais il faut qu’on voye cin^ 
quante beaux grands,&diucrs remedes,quVn 
Bafile Valentin, de l’ordre de S. Benoift, grand 
Philolophc, & grand médecin, a laifle à lapo- 
fteritç dans les œuures, qui font imprimées en 
allemand : œuurcs qu’il auoit corapofees ily à' 
fort longues anpces ; bref long temps auparauât, 
qu’on eut ouy parler d’vn Paracelfe:par lefquel- 
îes on verra l’admirablecfprit dudit Bafile, Ce 
que nous njettons en auant pour faire apparoir, 
que c’eftdelong temps, que les beaux & fublb 
mes elprits, oni.trauaillé après la recherche des 
rares remedes, pour la fantç du corps: qu’ils les 
ont fort eftime? & tenus entre leurs plus pré¬ 
cieux threfors. 

Maisipourquoy condamne-on l’antimoine, 
comme vn grand venin auiourd’huy, veu que 
nous ferons voir , que les antiques en ont vlé 
daris leurs principaux Antidotes? Pour prcuue 
voyez l’antidote dite è zinz.ibere: quieftdclcri- 
te par N.Myrepfus:& qu’il dit eftre fi excellente 
contre Içs apoplcdiques, maniaques & quarta- 
nercs : ou on faid entrer trois dragmes d’anti- 
tnoinccrud; & tout autant de la pierred’Aznl 
& de la pierre Arménie, le tout fans nulle prepa- 



©B L A SANTE. JS5 

En fin pour voir lesgrands & admirables 
efFc(3:s, & belles expériences, qui ont efté fai¬ 
tes auec l’antimoine ,^oire vitrifié & prepa.. 
ré à lempyrique façon : il faut voir ce qu’en 
eferit bien particulièrement & au long, Mst- 
thiole f célébré médecin, & de grande reputa, 
^tidn )en fes commentaires fur le cinquicfme li- 
ure de Diofeoride, chapitre cinquante-neufîef- 
me en ces mots: 

le ne me puis aficz cfbahir;, dit-il , de l’hu- “ 
meur d’ausuns médecins , difant l’antimoine “ 
eftrevn venin mortel. Car failansprofeffion de “ 
medeciné,cjagnoiflènt-ils pas bien qu’il y a peu, “ 
voire qu’il n’y a point ,deraedicaraen3,quipur- 
gentpar eledion.defquels les anciens & les mo- 
dernes ont vie, qu’ils n’ayent vne qualité veni- 
raeufe? Les deux heilcbores,toutes }es efpeces “ 
de rithymale,pityufa, elaterium, coloquinte, “ 
tutbitjtapfîcjla coulcuree , la fcammonec, le 
rhymciecjle pain de pourceau : &enrrèrles mi- “ 
neraux, la pierre d’Arménie , la pierre d’azul, “ 
l’efcailled’crain,de laquelle lesanciens vfoient “ 
ordinairement pour guérir l’hydropifie, ne font 
fans qualité veniraeufe. Que diront-ils du San- “ 
daracha venin tres-cruei,Diofcoride nél’ordon- ** 
he-ilpas auec miel en pillules aux afthmatiques 
& autres eftans en danger de mort î Auicenne 
auflî, n’ordonne-il pas de l’arfenic ? C’eft aflèz ** 
parlé de certains médecins fort opiniaftres: lef- **' 
quels blafmansrantiraçine, vfent tous les iours ** 
de medicamensplus nuifîbles,quc l’antimoine ** 
Tvfage duquel bien appliqué iux maladies faii^ *' 
O O iiij 



584 SÏCT. ni. DV SOVRTRAICT 
' fouuent comme miracle principalement fi ori 
en bailleauec pillules de hicra fimple de Galien. 
Pour